CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME
De Bordj-ekArbi à Haïdra. — Description dos ruine* de cette ville, l'anrienne Aminaedara. — Hctnur à Bordj-cl-Arbi.
22 avril.
La veille au soir, j'avais demandé au kaïd un guide pour me conduire aux ruines de Haïdra. Il m'avait aussitôt répondu que cet endroit étant souvent infesté par les brigandages des Nemencha et des Hanencha, il me fournirait cinq cavaliers, tous scheiks et bien armés, qui se joindraient à ma petite escorte habituelle, qu'autrement ce serait une témérité de ma part d'entreprendre cette excursion dans une contrée qui, se trouvant sur la limite de la Tunisie et de l'Algérie, n'est en réalité bien soumise ni au bey ni à la France, et devient parfois le théâtre d'hostilités et de razzias réciproques entre les tribus limitrophes des deux pays.
Le lendemain donc, 22 avril, à six heures du matin, je me mets en marche avec mes deux hambas, Malaspina et l'un des principaux scheiks de la smala des Madjcr; les autres scheiks désignés pour m'accompagner doivent me rejoindre plus loin.
A sept heures, nous franchissons l'oued Madjer.
A huit heures, nous arrivons a l'henchir El-Menchia. On y remarque sur une colline une enceinte assez grande formée de gros blocs soit debout, soit renversés. D'autres ruines sont éparses à côté d'une source qu'environne une construction moderne dont les fondements paraissent antiques. Près de là s'élève une zaouïa , et autour de ce sanctuaire s'est établi un hameau de quelques maisons.
Nous faisons halte un instant dans cet endroit, où le rendezvous avait été donné aux quatre autres scheiks. Bientôt un petit nuage de poussière nous annonce leur arrivée, et quand
ils ne sont plus qu'à une faible distance de Menchia , nous les apercevons qui lancent leurs chevaux à fond de train; puis, au moment où ils passent devant la zaouïa, ils déchargent dans les airs leurs longs fusils.
Après quelques sa lu t. s échangés de part et d'autre, nous nous remettons tous en route pour Haïdra.
A huit heures quarante-cinq minutes, nous franchissons l'Oued-ech-Cherif.
Trente minutes plus loin, nous rencontrons un autre oued appelé Oued-el-Kol. Le pays que nous traversons est trèsaccidenté; il est coupé de ravins sauvages, plantés de pins, de thuyas et de genévriers, ou seulement hérissés de hautes broussailles.
A dix heures trente minutes, nous franchissons un oued beaucoup plus considérable que les précédents, c'est l'Ouedel-Haïdra , dans lequel coule une eau intarissable qui en a profondément creusé le lit, et nous arrivons enfin aux grandes ruines de la cité antique (pie j'étais venu visiter.
Cette cité était située sur les deux rives de l'oued, mais principalement sur la rive gauche. Un quai en pierres de taille bordait les berges du torrent, et un pont, entièrement écroulé aujourd'hui, permettait de passer d'une rive à l'autre et reliait ainsi les deux parties de la ville.
Disons d'abord un mot de la rive droite. Les ruines de ce côté de l'oued ont appartenu à un quartier distinct ou à un faubourg'. On y admire les restes d'une longue voie antique pavée avec de magnifiques dalles rectangulaires agencées ensemble diagonalement. Cette voie conduit à un petit arc de triomphe. L'ouverture de la porte est de deux mètres cinquante centimètres; la largeur des pieds-droits sur lesquels elle s'arrondit en arcade est de deux mètres trente -trois centimètres. Chacun de ces piliers renferme une niche qui devait jadis être ornée d'une statue. L'inscription qui était placée audessus de lu clef de voûte n'existe plus, ce monument étant