‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 226 sur 268 · CHAPITRE TREKTE-NEl VIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREKTE-NEl VIÈME

bâtir une maison près de la cella d'un temple antique. Celte celle, longue de dix mètres quatre-vingts centimètres et large de neuf mètres soixante-dix centimètres, sert actuellement d'écurie pour les chevaux et les chameaux des caravanes qui passent par Sbéitla. Nous y installons nos montures et nous cherchons nous-mêmes un asile dans Tune des dépendances du temple. J'envoie ensuite acheter des vivres au marabout appelé Sidi-Ibrahiin , qui survient bientôt avec quelques provisions qu'apporte l'un de ses domestiques, revêtu d'un burnous déguenillé. Quelle n'est pus ma surprise, quand, sous les misérables haillons qui couvrent ù peine ce malheureux , je reconnais un Français ! « Est-ce que vous êtes Arabe? lui dis-je; vous en portez le costume, mais votre figure, quoique bronzée par le soleil d'Afrique, accuse en vous un Européen et même un Français. — Effectivement, me répond-il, je suis de Paris. Voici la première fois depuis neuf ans que j'ai l'occasion de revoir un de mes compatriotes et déparier ma langue maternelle. Je l'ai presque désapprise, ou du moins, comme vous pouvez en faire la remarque vousmême, je ne lu parle qu'avec difficulté. Quant à mon histoire, je vous la raconterai plus tard, lorsque mon maitre ne sera plus là pour épier mes regards et pour tacher de surprendre sur mon visage et sur le vôtre les secrets que je vous communiquerai. »

Vers trois heures de l'après-midi, je commence avec Malaspina l'exploration des ruines de Sbéitla, et la nuit nous surprend au milieu des débris de ses divers monuments.

Ï8 avril.

Je poursuis dès le matin l'étude des restes de cette cité.

Sbéitla, dont le nom moderne rappelle dans sa corruption même le nom antique Sufetula, occupe un plateau étendu sur la rive droite de l'oued qui porte la même dénomination. Cet oued est assez profondément encaissé ; l'eau qui y coule

est alimentée par plusieurs sources, dont la principale est tiède. Sur la rive gauche, des traces de constructions semblent avoir appartenu à un faubourg. On y observe aussi d'anciennes carrières dans les flancs d'une montagne qui domine l'oued de ce coté. Un pont à quatre arches, dont celle du milieu est très-hardie, rejoint les deux rives; il servait en même temps autrefois d'aqueduc et amenait à la ville les eaux d'une source voisine. Sous l'arche principale est l'inscription latine que voici. Elle est gravée sur un bloc rectangulaire encastré dans l'une des piles :

M A E L I 0 A V RELIO VERO CAES • COS • I I I M P • CAES • T • AE L • H A D R I A N I ANTONINI • AVG • PIIPPFDDPP

(Estampage.)

Près de cette rivière, sur la rive droite, les restes d'un grand édifice, qui semble avoir été à la fois des thermes et un palais, attirent ensuite mon attention. Cet édifice était orné de colonnes d'un seul fût à chapiteau corinthien ; les salles étaient pavées en mosaïque. J'y lis sur un gros bloc gisant à terre, les mots suivants gravés en caractères hauts de vingt-quatre centimètres :

CONSPP

1 S. Grenv. Temple, t. II, p. 33», n° 119.

Page 1