‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 232 sur 268 · CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-NEUVIÈME

spina et moi nous sommes bien armés; je vous prêterai à vous-même une paire de pistolets. Saisissez donc l'occasion qui vous est offerte de sortir enfin de votre esclavage, et de revoir bientôt vos parents et vos amis. Oui, si vous parvenez avec moi à rentrer à Tunis, M. le consul général vous facilitera les moyens de retourner en France. Les insurgés de juin sont maintenant presque tous amnistiés, et vous n'avez plus à redouter d'expier par une nouvelle captivité votre évasion de Lambese. »

Un éclair de joie et de bonheur brilla alors dans les yeux du pauvre Français, et il fut convenu que le lendemain matin il s'échapperait furtivement de la maison de son maître et se tiendrait prêt à me suivre au moment de mon départ. En attendant, il devait retourner auprès d'Ibrahim, afin de ne lui inspirer aucun soupçon. Autrement ce marabout pourrait, pendant la nuit, prévenir les Arabes des douars voisins et non-seulement rendre sa fuite impossible, mais encore nous faire tous égorger, et lui-même tout le premier.

29 avril.

A six heures du matin , je jette un nouveau coup d'œil sur les ruines de Sbéitla, et je cherche encore, mais en vain, l'inscription signalée par Peyssonnel et par Shaw', et qui renfermait le mot SVFFETVLENSI VM. Elle a peut-être disparu, car elle n'a été retrouvée, depuis ce dernier voyageur, ni par sir Grenville Temple ni par M. Pellissier. Dans tous les cas, elle détermine par un monument épigraphique la position de Sufetula, position qui, du reste, est fixée trèsnettement, snns qu'il y ait place au moindre doute, par l'indication des distances, telle qu'elle est marquée dans l'Itinéraire d'Antonin , et par le nom même de Sbéitla que

1 Peyssonnel , p. 120. — Shaw, t. I , p. 259.

:t88 VOYAGE EN TUNISIE.

les Arabes continuent ù donner à cet henchir, et qui est une altération évidente du nom antique.

Suf'etulu ou Suffetula, en adoptant l'orthographe de l'inscription copiée par Peyssonnel et par Shaw, est placée dans l'Itinéraire d'Antonin à XXV milles romains au sud de Sufibus (Sbiba), ce qui est parfaitement exact. C'est à Suffetula que convergeaient la plupart des voies romaines qui sillonnaient l'intérieur du pays. La Notice des églises épiscopales de la Ryzaccne fait mention d'un episcopus Sufetulcnsîs.

A l'époque de l'invasion arabe, cette ville était l'une des plus importantes de l'Afrique, comme l'atteste le passage suivant d'Édrisi 1 :

« Sobéitala était, avant l'islamisme, la ville de Gergès, roi (ou plutôt de Grégoire, préfet) des Homains d'Afrique; elle était remarquable par son étendue ainsi que par la beauté de son aspect, par l'abondance de ses eaux, par la douceur de son climat et par ses richesses; elle était entourée de vergers et de jardins. Les musulmans s'en emparèrent dès les premières années de l'hégire, et mirent à mort le grand roi nommé Gergès. »

La décadence de la ville date de ce moment. Aujourd'hui, elle n'a plus d'autre habitant que Sidi-Ibrahim , qui s'y est fixé depuis quelques années avec sa famille.

A neuf heures je fais mes adieux à ce marabout, et je lui déclare alors sans détour que j'emmène avec moi son esclave Ahmed, parce qu'il m'est impossible de laisser un de mes compatriotes dans un pareil état d'abjection et de misère; puis, me tournant vers Ahmed qui était debout près de son maître : « Montez sur mon cheval, lui dis-je, et partons. » Kn un instant Ahmed est en selle, au grand ébahissement du marabout, qui ne peut en croire ni ses oreilles ni ses

• Géographie d'Édrisi, trad. de M. Jaubert, p. 259.

Page 1