‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 40 sur 268 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

tuel de toutes les fêtes d'alors. Cavaliers intrépides, ces chefs arabes, fiers de l'admiration qu'ils excitaient, cherchaient à l'envi à déployer avec leur adresse l'incroyable légèreté de leurs nobles montures; celles-ci semblaient jouir elles-mêmes avec orgueil des applaudissements qu'elles provoquaient de toutes parts, et ne se refusaient point à recommencer, sans trêve ni repos, quoique toutes ruisselantes de sueur, leurs courses enivrantes.

Comme l'ordre ne préside pas d'ordinaire à ces sortes de fêtes, et qu'il est difficile qu'il se maintienne toujours dans un tumulte si confus, deux accidents funestes signalèrent ces fantazias ; deux Arabes fiirent écrasés sous les pieds des chevaux et succombèrent à leurs blessures.

Quand les courses furent finies, plusieurs cavaliers d'élite se mirent à danser à cheval, au son du tambourin et d'une flûte très-primitive, la danse du yataghan. Cette danse est très-ancienne parmi les Arabes et a le privilège de les charmer singulièrement. Leurs chevaux eux-mêmes semblent y prendre goût, et il faut voir avec quelle grâce et quelle intelligente souplesse ils bondissent en cadence autour des musiciens, qui, par leurs accords plus ou moins précipités, ralentissent ou accélèrent leurs mouvements , tandis que les cavaliers qui les montent manient et font tourbillonner en tout sens avec une merveilleuse habileté la lame étincelante de leurs yataghans.

Les fêtes durèrent trois jours; ensuite, les goums ou détachements des différentes tribus qui s'étaient rendus à Tunis, reprirent la route de leur campement habituel. La petite armée qui était rassemblée sous les ordres du bey du camp se disposa également à lever ses tentes pour commencer la longue tournée annuelle du sud de la Régence. Plusieurs personnes m'avaient donné le conseil de la suivre et de régler mon itinéraire sur le sien ; de cette manière, en efFet, j'aurais pu voyager en pleine sécurité, sans avoir de frais

d'escorte à payer; mais je crus ne devoir pas me conformer à cet avis, afin d'être plus libre dans mes mouvements et de pouvoir étudier et parcourir le pays plus à mon aise. Je préférai donc me composer une petite escorte qui m'accompagnerait partout, et qu'au besoin je pourrais augmenter, quand les circonstances et les localités l'exigeraient. Cette escorte se borna habituellement à deux hambas, Aly et Mohammed ; à un domestique arabe , Messaoud , qui était chargé d'avoir soin des montures et du bagage; et à un drogman nommé J. Malaspina, ancien spahi français, qui me rendit pendant mon long voyage, par son intelligence et par son dévouement, des services signalés.

Les derniers jours du mois de janvier avant été marqués par des pluies torrentielles, je fus retenu malgré moi pendant près d'une semaine dans la capitale de la Régence. Le 1 er février enfin, le ciel s'étant un peu éclaire?, je donnai le signal du départ.

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