‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 42 sur 268 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

put me permettre de mesurer avec assez d'exactitude par le nombre d'heures écoulées celui des kilomètres parcourus.

Sortis de la ville par ta porte appelée Bab-el-Djezirah et par le faubourg du même nom , porte et faubourg qui , pur corruption, ou, pour mieux dire, par abréviation, sont plus communément désignés sous la dénomination d'el-Dzirah, nous laissons bientôt ù notre droite le tombeau de Sidi-bel- Hassen-el-Chadeli, qui s'élève sur une hauteur, et ensuite le hameau et lu zaouïa de Sidi-Fcthalla.

Quelques kilomètres plus loin, nous rencontrons un fondouk ou grande hôtellerie arabe, à l'usage des caravanes, appelée Chouchet-Radès, parce qu'elle avoisine le village de ce nom. Les pluies des jours précédents ont tellement défoncé la roule, «pic nos montures n'avuncent qu'uvec la plus grande difficulté, et, dans certains passages, elles ont mille peines ù se dégager de la boue épuisse et glissunte des fondrières qu'il leur fuut franchir.

C'est ainsi qu'après de laborieux efforts de leur part, n/ms arrivons ù l'oued Meliun, le Catudu de Ptolémée. Nous le traversons sur un pont en pierre de cinq arches, qui u été construit en 1749, non loin d'un vieux pont écroulé. Cet oued est un des plus considérubles de la Régence, qui, du reste, ne renferme qu'un petit nombre de cours d'eau importants; il se jette dans le golfe de Tunis, un peu ù l'est du village de Rudès.

Les montagnes que nous longeons, ù notre droite, sont d'un blanc grisâtre, et leurs flancs ont été en certains endroits taillés pur la main de l'homme, qui y a puisé des matériaux de construction pour Carthage, pour Tunis et pour les bourgs ou villages voisins. Lu où le roc ne se montre pas aux regards, elles sont couvertes de broussailles et d'arbustes, tels que du houx, du myrte, de l'arbousier et du lentisque.

Nous passons bientôt devant une fente profonde qui divise

l'une de ces montagnes en deux parties distinctes, et a laquelle les Arabes donnent le nom de Darbet-mcta-Sidna-Aly (coup de notre seigneur Aly), prétendant que cette fente provient d'un violent coup de sabre asséné à la montagne par ce valeureux défenseur de l'islamisme. Suivant la tradition, ce guerrier se trouvant acculé en ce lieu par une troupe de chrétiens, échappa à la honte de tomber vivant entre leurs mains ou à la nécessité de périr sous leurs coups, en s'ouvrant par la lame puissante de son sabre, à travers les flancs rocheux et escarpés du mont qui barrait sa fuite, une issue inattendue. Cette légende merveilleuse, tout à fait conforme au génie arabe, rappelle naturellement à l'esprit celle qui attribue, dans une gorge célèbre des Pyrénées, un effet semblable à l'épée du fameux Holand.

A deux heures, nous atteignons Ilammam-el-Lif. C'est un amas de quelques maisons au milieu desquelles on distingue celle du bey, l)ar-el-Bey, par sa grandeur plutôt que par sa magnificence; car, extérieurement du moins, elle n'offre rien de remarquable. Ces maisons sont presque toutes adossées à la montagne; presque toutes aussi renferment des bains. Cette localité, en effet, est très-renommée pour ses eaux thermales; de là même le nom qu'elle porte.

Au moment où nous y arrivions, nous fûmes surpris par une pluie tellement torrentielle, que force nous fut de mettre pied à terre et de nous arrêter en cet endroit. L'oukil préposé ii la garde de Dar-el-Bey nous offrit l'hospitalité dans la partie de ce palais qui est réservée d'ordinaire aux étrangers. Nous acceptâmes cette offre avec reconnaissance, et la pluie n'ayant point cessé de tomber jusqu'à six heures du soir, nous passâmes la nuit dans la chambre qui nous avait été préparée.

Hammam-el-Lif ou Hammam-el-Enf, car ces deux dénominations sont également usitées, possède, comme je l'ai dit, des eaux thermales très-précieuses. La température de ces

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