CHAPITRE CINQUIÈME
eaux est d'au moins \0 degrés centigrades; elles sont trèsefficaces contre plusieurs des maladies qui affectent la peau. Claires et limpides, elles sont légèrement salines et ferrugineuses. On les emploie soit comme bains , soit comme boisson. Elles attirent chaque année un assez grand nombre de baigneurs, et il est à croire que dans l'antiquité elles avaient dû de même déterminer en ce lieu la fondation d'un établissement thermal et d'un bourg attenant, dont les ruines auront servi aux constructions modernes de Hammam-el-Lif.
Par sa position, cette localité parait être la Maxula de l'Itinéraire d'Antonin et de la Table de Peutinger.
Pline 1 cite une Maxulla qu'il nomme immédiatement après Carthage, et à laquelle il donne le titre de colonie.
Dans la notice des évechés de la province proconsulaire, il est question d'un episcopus Maxuliianus. Seulement, comme Ptolémée signale deux Maxula dans le voisinage de Carthage, dont l'une plus ancienne que l'autre et pour cela appelée Maxula Vêtus, je ne saurais dire laquelle de ces deux villes était la résidence de cet évêque.
2 février.
A sept heures du matin, nous nous mettons en marche. A notre droite se dressent les cimes jumelles du Djebel-bou- Kourneïn. De loin , les deux sommets, qui ont fait donner à cette montagne le nom qu'elle porte (montagne aux deux cornes), semblent presque se toucher; mais, en réalité, ils sont séparés par une vallée d'une certaine largeur. Les flancs de ce massif que précèdent et auquel se rattachent , du côté de Hammam-el-Lif, plusieurs collines, sont revêtus de hautes broussailles.
A sept heures quinze minutes, nous laissons sur notre
« Pline, V, 7.
droite une sebbala ou fontaine publique dont les eaux sont amenées au bassin qui les reçoit et d'où elles s'écoulent, par un aqueduc qui descend de la montagne.
Plus loin , un grand puits accompagné d'une fontaine porte le nom de Bir-el-Bey (puits du )>cy) et indique par là qu'il doit sa fondation à la munificence d'un bey.
Plus loin encore, nous rencontrons une autre sebbala. Çà et là quelques ruines romaines sans nom et très-indistinctes s'offrent à nos regards : les unes, plus considérables, sont les vestiges de villages ou de hameaux complètement détruits; les autres, moins étendues, ont appartenu à de simples fermes ou habitations isolées.
A neuf heures, nous sommes en face du Djebel-Ressas (la montagne du plomb), l'une des hautes montagnes de la Régence : elle est ainsi appelée à cause des mines de ce métal qu'elle recèle dans son sein, mines jadis exploitées et qui sont abandonnées maintenant.
A dix heures, nous franchissons l'oued Touniss.
A onze heures, nous arrivons à Groumbélia. Ce village contient environ six cents habitants. Le bey y possède un pressoir à huile et une maison où il entretient un oukil pour la gestion des biens qui lui appartiennent dans cette contrée, et qui consistent principalement en belles plantations d'oliviers. Je remarque à Groumbélia, dans quelques constructions modernes , des matériaux d'une époque beaucoup plus reculée et qui semblent prouver que là a dû exister un bourg antique.
A midi quarante-cinq minutes, nous poursuivons notre route.
Trois kilomètres au delà de Groumbélia, nous parvenons à Belad-Tourki , village de cinq ou six cents habitants, et qui a été construit sur l'emplacement et avec les débris d'un autre petit bourg détruit.
Bientôt après, nous traversons l'oued Tebournok, puis
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l'oued el-Dcfla, ainsi nommé à cause des lauriers-roses qui bordent et même remplissent son lit.
Vers deux heures, à Bir-el-Arbaïn (puits des quarante), j'observe plusieurs petites enceintes en pierre du milieu desquelles s'élancent quelques palmiers et qui renferment des tombeaux. Les Arabes prétendent que ce sont ceux de quarante musulmans qui ont succombé près de là en combattant les infidèles.
A une faible distance d'El-Arbaïn, les ruines d'un ancien municipe méritent l'attention du voyageur. Comme je ne les ai visitées que dans une exploration ultérieure, je n'en parlerai pas pour le moment.
Nous nous engageons ensuite dans une kbanga longue de quinze kilomètres environ. C'est un fourré, jadis très-épais et qu'on a depuis éclairci un peu, consistant en thuyas, en sapins, en pins d'une petite espèce, et en divers arbustes épineux qui recouvrent un sol accidenté. Le passage de cette Lhanga était autrefois redouté, à cause des crimes qui s'y commettaient. Mes hainbas me font remarquer, de distance en distance, plusieurs petits tas de pierres indiquant l'endroit où des assassinats ont eu lieu. Ces petits tas portent généralement en Tunisie le nom de mechad, et, ainsi que l'annonce cette désignation, ce sont comme autant de témoins accusateurs du meurtre. Les Arabes ont l'habitude, quand ils passent auprès d'un tas semblable et que le crime qu'il rappelle est récent et n'a pas encore été vengé, d'iijoutcr une pierre à celles qui sont déjà amoncelées, en répétant cette imprécation : « Qu'Allah inflige au meurtrier une mort aussi cruelle que celle par laquelle il a fait périr un innocent! »
A six heures du soir, nous faisons halte pour la nuit à Birel-Bouita ; là est un puits et un grand fondouk où s'arrêtent d'ordinaire les caravanes qui vont à Sousa ou qui en reviennent. Du haut des terrasses de ce caravansérail, je promène
longtemps mes regards sur tous les alentours ; une lune magnifique les éclaire. D'un côté, la petite ville de Hammaraet, ses jardins et son golfe, de l'autre, une vaste solitude boisée, se déroulent devant mes yeux sous les rayons de l'astre qui les illumine. Le silence de la nuit n'est interrompu que par les cris plaintifs des chacals qui imitent les vagissements des enfants, cris auxquels répondent les aboiements des chiens dans un douar voisin. Tant que j'étais resté à Tunis, dans le quartier franc, je n'avais pour ainsi dire pas entièrement quitté l'Europe; ici, je suis en pleine Afrique. Au début de mon voyage, je ne puis m'empécher de me reporter un instant en arrière pur la pensée et par le cœur, et de tourner un regard ému vers la France, vers ma famille et vers mes amis. Daigne la Providence, à qui je me confie, me guider elle-même par la main à travers les contrées barbares que je vais explorer, et me ramener ensuite près du doux foyer où une mère m'attend !
3 février.
Partis de Bir-el-Bouïta à sept heures du matin , nous arrivons vers huit heures à Kasr-el-Menara.
Kasr-el-Menara, ou le château du Phare, comme les Arabes désiguent ce monument, est un édifice circulaire reposant sur un soubassement carré. Son diamètre est d'environ 14 mètres, et sa hauteur actuelle de 10. Construit en blocage , il est revêtu extérieurement de beaux blocs rectangulaires, dont une partie a déjà été enlevée pour servir ailleurs dans des bâtisses modernes. La corniche qui le couronnait n'existe plus; il en est de même des petits autels qu'a vus Shaw, et dont chacun desquels portait le nom d'un personnage différent. Comme le remarque très-judicieusement sir Grenville Temple ', ce tombeau ressemble beaucoup
1 Excursions in the Mediterranean , t. II, p. 8.