‹ Voyage archéologique dans la régence de TunisChapitre 69 sur 268 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

A sept heures quarante-cinq minutes, nous atteignons le village de Khenis. Il renferme environ cinq cents habitants; des jardins très-fertiles l'environnent.

A huit heures quinze minutes, nous laissons à notre droite le village de Ksiba-el-Medîouni. Sa population se monte à un millier d'âmes. Il est situé sur une colline dont les pentes sont bien cultivées. Au bas de ce monticule sont d'anciennes carrières que l'on exploite encore aujourd'hui.

Un peu plus loin, nous rencontrons la zaouïa lella Souïna. Elle consiste en un petit sanctuaire construit fort grossièrement. A côté coule une source dont l'eau est réputée sainte et miraculeuse; aussi mes hambas, en bons musulmans, n oublient-ils point d'en boire en passant.

A neuf heures quinze minutes, une autre zaouïa m'est désignée sous le nom de Sidi-Messaoud. A partir de ce point, nous marchons directement vers l'est.

A neuf heures vingt-cinq minutes, nous parvenons aux ruines de Le m ta.

Ces ruines appartiennent à l'ancienne ville de Leptis Parva ou Minor, pour la distinguer de Leptis Magna ou Major (aujourd'hui Lebida), dans la Tripolitaine. Elle faisait partie des Eraporia de la côte. Il en est question pour la première fois dans le Périple de Scylax. A l'époque des guerres de César en Afrique, elle était défendue par de puissantes fortifications.

« Labienus intérim, dit Hirtius cum parte equitatus Leptim oppidum, cui praeerat Salerna, cum cohortibus tribus oppugnare ac vi irrumpere conabatur; quod ab defensoribus, propter egregiam munilionem oppidi et tormentorum multitudinem, facile et sine periculo defendebatur. »

Pline * la cite parmi les villes libres.

Dans l'Itinéraire d'Antonin, elle est marquée sous le nom

1 Bello Afric.y c. zxix.

* Plin., V. 4.

m VOYAGE EN TUNISIE.

de Leptiminus et dans la Table de Peutinger sous celui de Leptemimis.

Dans la Notice des évéchés de la Byzacène, il est fait mention d'un episcopus Lcptiminensis.

Sous Justinien, cette place était l'une des deux résidences du commandant militaire de la Byzacène : « Dux 1 vero Byzacenœ provincial et in Capsa et in altéra Lepte civitatibus intérim sedeat. »

Détruite probablement au moment de l'invasion arabe, elle n'offre plus aujourd'hui qu'un amas de ruines. Ces ruines occupent sur le bord de la mer un espace dont la circonférence peut être estimée à quatre kilomètres environ.

Le terrain qu'elles recouvrent ça et là est depuis longtemps en partie cultivé et envahi soit par des plantations d'oliviers , soit par des champs de blé ou d'orge semés d'une quantité innombrable de fragments de poterie antique que la charrue achève de briser de plus en plus chaque année.

Le long du rivage on distingue les vestiges d'un quai , et dans la mer, dit-on, quand le temps est beau et les vagues tranquilles, on aperçoit sous l'eau les restes d'une longue jetée qui défendait le port contre les vents du nord-est.

La mer entrait en outre dans la ville par une vallée naturelle que le travail de l'homme avait transformée en un canal artificiel. Cette vallée porte encore maintenant le nom d'Ouedes-Souk (la rivière du marché). Les petits navires pouvaient y mouiller : elle était bordée à droite et à gauche de maisons et de magasins actuellement renversés.

Leptis était alimentée d'eau par un aqueduc. Cet aqueduc, suivant les accidents du terrain , tantôt s'élevait au-dessus du sol, tantôt poursuivait sous terre son cours caché. Bien qu'il soit aux. trois quarts détruit, on en reconnaît et on en peut suivre facilement la trace en beaucoup d'endroits.

1 Justinianu«. Codex, I, 27, lex 2.

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