CHAPITRE SEIZIÈME
d'embarras. Vers quatre heures enfin, nous débarquons dans un endroit appelé Kl-Mersa (le port). Très de là s'élève un bordj ou fort qui parait d'origine arabe. Il est aetiiellement abandonné et en très-mauvais état. J'v trouve trois vieux canons rouillés et sans affût. Autour de ce fort, on remarque des ruines de quelque étendue, mais très-indistinctes, qui ont appartenu à une cité antique, et très-probablement à l'ancienne capitale de l'île. D'innombrables débris de poterie parsèment au loin le sol ; ça et là aussi apparaissent des fragments de mosaïques. Je rencontre gisant dans un champ le tronc très-inutilé d'une statue en marbre blanc, découverte il v a quelques années par M. Espina, vice-consul de France àSousa, dans des fouilles qu'il avait pratiquées en ce lieu. Ce tronc, qui n'a plus ni téte, ni bras, ni jambes, représentait un guerrier revêtu de sa cuirasse.
Non loin de là est un columbarium romain à deux étages; chaque étage renfermait une dizaine de niches sépulcrales ménagées dans les parois du columbarium, et destinées à recevoir des urnes funéraires. On y observe également une espèce de four qui devait contenir un corps tout entier, celui, très-vraisemblablement, du personnage principal qui était enterré dans ce tombeau de famille.
Nous nous dirigeons ensuite vers le village de Ramlch , où nous parvenons avant la nuit. Ce village est ainsi nommé, parce qu'il est situé sur un terrain très-sablonneux; des bosquets de palmiers l'environnent. Les maisons qui le composent sont très-espacées les unes des autres ; il en est de même pour les sept autres villages de File. Nous y passons la nuit.
1 er mar*.
Au point du jour, guidés par un insulaire, nous nous dirigeons au nord, à travers une grande sebkha, vers une sorte de golfe qui s'enfonce assez avant dans les terres.
Comme ce golfe forçait les anciens habitants à faire un détour considérable pour passer de la partie sud-ouest de l'île dans la partie nord-ouest, ils avaient établi à l'entrée une longue chaussée, dont il subsiste encore des débris trèsapparents.
Dans la partie la plus septentrionale de l'île est une ancienne tour arabe très-dégrndée.
Nous retraversons ensuite la sehkha que j'ai mentionnée, et que l'on désigne indistinc tement par la dénomination de Sebkha-el-Melah ou par celle de Sebkha-m'ta-cr-Ramleh (lac du sel ou lac de Hamleh). Puis nous descendons vers une petite anse où le loud qui nous avait amenés la veille avait l'ordre de nous attendre.
Nous montons à bord à dix heures du matin, et je dis au réis «le tourner sa proue vers les ruines de; l'ancien pont qui rejoignait la grande île à la petite, en d'autres termes, l'île appelée Gharki, ou l'orientale, à l'île appelée Gharbi, c'està-dire l'occidentale. Le vent nous favorise, et nous voyions d'abord à pleines voiles vers le but auquel nous tendons; mais bientôt les bas-fonds de la côte nous forcent de marcher avec prudence et lenteur, et de faire d'assez longs détours avant de songer à l'atteindre. Vers onze heures trente-cinq minutes, nous entrons enfin dans un oued, espèce de chenal assez étroit bordé à droite et à gauche par des bas-fonds que recouvre à peine un pied d'eau. Quant à cet oued, il a une profondeur de quatre à cinq mètres. Il semble avoir été creusé par le courant rapide qui règne entre les deux îles; peut-être aussi la main de l'homme l'a-t-elle régularisé et approfondi.
Le pont qui avait été jeté d'une ile à l'autre avait au moins un kilomètre de long. Les arches sont renversées, et l'on ne distingue plus maintenant que In partie inférieure des piles sur lesquelles elles avaient été assises. Ce pont est-il romain, est-il antérieur à la domination romaine? C'est ce