‹ Voyage au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 12 sur 23 · ET · texte numérisé non relu

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mettent, à la Chambre des pairs, ou plutôt au Conseil privé.

L'assemblée se compose d’une cinquantaine de membres, dont actuellement le plus srand nombre , ainsi que le président, sont de la communion romaine; les débats ont généralement lieu en français. Les événemens de la dernière guerre de 1812 à 1815, fournirent de fréquentes occasions à l'opinion publique de se développer dans les actes de cette Chambre, et comme le droit d’élection est à peu près universel , celte assemblée est véritablement l’organe du peupie. Les Canadiens montrèrent, dans toutes les cir constances , un vif attachement au gouvernement sous lequel ils vivent , et une ferme résolution d'augmenter sa force pour toutes les mesures qui tendaisnt à assurer l'intégrité des possessions britanniques. Les Canadiens ont fait voir, pendant la guerre et après qu’elle a été terminée, qu’ils avaient apprécié le prix et s’étaient pénétrés de l’esprit de la constitution que la Grande-Bretagne leur avait octroyée ; et je suis pleinement convaincu que le roi n’a nulle part des sujets plus fidèles.

Miss Wright, qui a publié assez récemment un

voyage aux États-Unis, a parlé de la loyauté des Canadiens, comme n’étant que de la haine pour les Américains hérétiques, haine qui est inspirée au peuple par les prêtres. Je conviens que, si le Canada eût appartenu à l'Espagne, cette assertion aurait pu paraître plausible; mais autant que j'en ai pu juger, d’après mes propres observations, les Canadiens se soucient aussi peu delhérésie d’un peuple quede celle delautre. Il y a à peine soixante-dix ans que le pays a été conquis par les Anglais, et cependant l’attachement des Canadiens pour leurs anciens maitres paraît aussi complétement effacé que s’il s'était écoulé des siècles depuis l’évènement, ou que si le changement de domination fût arrivé en conséquence de leur choix, plutôt que par la chance de la guerre.

Mon opinion sur ce point est conforme à celle de M. Silliman , professeur du collége de Yale, dans les États-Unis, qui, en 1820, a publié un livre intitulé Relation d'un voyage à Montréal et à Quebec ; ouvrage qui se distingue par un esprit libéral, sensé et conciliant. J’éprouve un plaisir réel à transcrire ses remarques sur le gouvernement du Canada. « On peut mettre en

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VOYAGE AU CANADA. 93 question, dit-il, si un pays conquis a jamais été mieux traité par ceux qui s’en sont rendus maîtres. Les habitans conservérent leur religion et les revenus de l’église, leurs biens, leurs lois, leurs coutumes et leurs usages. Le gouvernement et même la défense de leur pays, ne sont pas beaucoup à leur charge. Je ne sais si, sous le rapport politique, nos communes qui ne sont pas sujettes, sont plus heureuses. »

Le Conseil législatif est composé d’une trentaine de membres nommés à vie par le roi. Les sentimens et l'intérêt anglais ont généralement dominé dans ce corps, et souvent il a été en opposition ouverte avec l’assemblée. Sir John Coape Sherbrooke a contribué, par la sagesse de son administration, à calmer l’animosité des partis , et à écarter tout ce qui causait des irritations.

Un bill présenté au parlement impérial de la Grande-Bretagne, en 1821, a détruit la séparation qui, depuis 1791, existait entre les gouvernemens du Haut et du Bas-Canada.

Le même voyageur français, cité plus haut, nous a laissé un singulier tableau de la manière dont le Canada était administré à la fin du dix-

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septième siècle; sans doute ses traits sont char-

gés ; mais les évènemens ont prouvé qu'il y à

un fond de vérité dans ce qu’il a dit.

« Les gouvernemens politique, civil, ecclésiastique et militaire ne sont, pour ainsi dire, qu’une même chose au Canada, puisque les gouverneurs généraux les plus rusés ont soumis leur autorité à celle des ecclésiastiques. Ceux qui n’ont pas voulu prendre ce parti, s’en sont trouvés si mal qu’on les a rappelés honteusement. J’en pourrais citer plusieurs qui, pour n’avoir pas voulu adhérer aux sentimens de l’évêque et des jésuites, et n’avoir pas remis leur pouvoir entre les mains de ces infaillibles personnages, ont été destitués de leurs emplois, et traités eufin à la cour comme des étourdis et comme des brouillons. M. de Frontenac est un des derniers qui a eu ce fâcheux sort; il se brouilla avec M. Duchesne, intendant de ce pays-là, qui se voyant protégé du clergé, insulta de guetà-pens cet illustre général, lequel eut le malheur de succomber sous le faix d’une ligue ecclésiastique, par les eflorts qu’elle fit mouvoir coutre tout principe d'honneur et de conscience.

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» Les gouverneurs généraux qui veulent profiter de l’occasion de s’avancer, ou de thésaur:iser, entendent deux messes par jour, et sont obligés de se confesser une fois en vingt-quatre heures. Ils ont des ecclésiastiques à leurs trousses, qui les accompagnent partout, et qui sont, à proprement parler, leurs conseillers. Alors les intendans, les gouverneurs particuliers et le conseil souverain n’oseraient pas mordre sur leur conduite , quoiqu’ils en eussent assez de sujet, par rapport aux malversations qu’ils font sous la protection des ecclésiastiques qui les mettent à l'abri de toutes les accusations que l’on pourrait faire contre eux.

» Le peuple a beaucoup de confiance aux gens d'église, en ce pays-la comme ailleurs. On y est

dévot en apparence; car on n’oserait avoir man-

qué aux grand’messes ni aux sermons, sans excuse légitime. On nomme les gens par leur nom à la prédication : on défend , sous peine d’excommunication, la lecture des romans ce:

des comédies , aussi bien que les masques, les jeux d'hombre et de lansquenet. Les jésuites et les récollets s'accordent aussi peu que les mohnistes et les jansenistes. Les premiers pré-

tendent que les derniers n’ont aucun droit de confesser.

» Le gouverneur général ne peut se dispenser de se servir des jésuites, pour faire des traités avec le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, non plus qu’avec les Iroquois. Je ne sais si c’est

par rapport au conseil judicieux de ces bons pères, qui connaissent parfaitement le pays et les véritables intérêts du roi, ou si c’est à cause qu’ils parlent et entendent à merveille les langues de tant de peuples différens, dont les intérêts sont tout-à-fait opposés, ou si ce n’est point par la condescendance et la soumission qu’on est obligé d’avoir pour ces dignes ecclésiastiques.

«Les conseillers qui composent le conseil souverain du Canada , ont coutume de consulter les prêtres ou les jésuites , lorsqu'il s’agit de rendre des jugemens sur des affaires délicates ; mais lorsqu’il s’agit de quelque chose qui concerne les intérêts de ces bons pères, s'ils la perdent, il faut que leur droit soit si mauvais, que le plus subtil et le plus rusé jurisconsulte ne puisse lui donner un bon tour. Plusieurs personnes m'ont assuré que les jésuites faisaient un grand

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commerce de marchandises d'Europe et de pelleteries du Canada; mais j'ai de la peine à le croire, ou, si cela est , il faut qu'ils aient des correspondans, des commis et des facteurs aussi secrets et aussi fins qu’eux-mêmes , ce qui ne saurait être.

» Les gentilshommes de ce pays-là ont bien des mesures à garder avec les ecclésiastiques, pour le bien et le mal qu’ils en peuvent recevoir indirectement. L’évêque et les jésuites ont assez d’ascendant sur l'esprit de la plupart des gouverneurs généraux , pour procurer des emplois aux enfans des nobles qui sont dévoués à leur très humble service, ou pour leur obtenir des congés de trafiquer dans l’intérieur. Ils peuvent aussi fortement s'intéresser à l'établissement des filles de ces mêmes nobles, en leur faisant trouver des partis avantageux. Un simple curé doit être ménagé, car il peut faire du bien et du mal aux gentilshommes, dans les seigneuries desquels ils ne sont, pour ainsi dire , que missionnaires, n’y ayant point de cures fixes en Canada, ce qui est un abus qu’on devrait réformer. Les officiers doivent aussi tâcher d’entretenir une bonne correspondance avec les ecclésiastiques,

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