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breux dans le village dont il vient d’être question, ce qui lui a valu le nom de village des Sénécas. On a souvent essayé d'introduire le christianisme chez eux ; mais un de leurs chefs, qui jouit d’un grand crédit, l’a constamment employé à combattre ces tentatives, et jusqu’à présent ses efforts ont réussi. Ce village est noté pour la paresse ct la dissipation. Lorsque je traversai Buffalo, ville nouvelle sur le lac Erié, je vis plusieurs Sénécas qui. mendiaient dans les rues. Le dimanche ma- Un, avant mon départ de Lewiston pour le village des Tuscororas, il en vint deux à la porte de l’auberge où je demeurais: ils voulaient avoir du rum. Je leur demandai à quelle nation ils appartenaient, car je craignais que ce ne fussent des Tuscororas; ils me répondirent qu’ils étaient Sénécas. Je leur dis que le rum était très mauvais pour eux. « Non, non, repartit l’un deux, en riant, bon, très bon.» Cependant ils s’en allèrent sans avoir pu en obtenir.
Une gazette de New-York qui m’est parvenue récemment, mapprend que, dans l'été de 1819, un nouveau conseil de ces Indiens s’est solennellement déclaré contre l'introduction du christianisme parmi eux. Ce reste des cinq na-
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tions, ajoute l'éditeur, ne peut exister très longtemps ; jamais peuplade n’a diminué si rapidement.
Ce fut de ce village que furent amenés ceux que Von vit en Angleterre, en 1818 et 1819,et qui répétérent leurs Ganses de guerre sur la plupart des théâtres. Depuis que les lignes précédentes ont été écrites, j'ai appris que plusieurs Anglais, animés d’un sentiment de bienveillance pour ces Indiens, leur ont donné à chacun des Bibles avant leur départ pour leur pays, et ont essayé de leur communiquer des idées religieuses. Ces généreux efforts n’ont pas été infructueux. Une réunion pour prier en commun, tous les dimanches, a été établæ dans le village Sénéca, sous la duection d’un instituteur américain, qui demeure dans ce lieu; et deux ou trois de ces Indiens qui sont allés en Europe, assistent régulièrement à l'office. Une lettre de remercîment adressée à leurs bienfaiteurs en Angleterre, lettre qu'ils ont dictée , a paru dans un des journaux religieux en 1822.
Les marchands qui demeuraient dans le voisinage du Tuscororas, ayant fait des avances aux Indiens, s'étaient adressés à l’ecclésiastique du
lieu, pour obtenir leur remboursement par son intermédiaire ; il leur répondit qu’il ne se mélait de ces sortes d’affaires que lorsque l’Indien était un membre de son.église, Un d’eux était convenu d’un prix pour une charrette, avec un charron de Leviston : avant qu’elle lui fût livrée, un marchand de la Nouvelle - Angleterre, passant par là, lui proposa de lui en vendre une à plus bas prix, et finit par lui persuader de l’acheter. Quelque temps après, le charron lui dit que la charrette était prête, et lui en demanda le paiement. L’Indien répondit qu’il n’avait plus besoin de la voiture, parce qu'il s’en était procuré une à meilleur marché, Le charron eut recours à l’ecclésiastique; celui-ci essaya d’expliquer à l’Indien la nature d’un marché, et l'obligation qu’il imposait aux deux parties. L’Indien convint qu'il avait pris Pengagement, mais objecta qu'ayant obtenu la charrette à un prix inférieur à celui qui avait été stipulé ,.ce fait prouvait que le charpentier avait essayé de le tromper, et qu’en conséquence, conformément aux principes de la jurisprudence indienne, il n'avait pas le droit d’insister pour lui faire prendre son ouvrage. Tout ce que l’ecclésiastique put dire pour
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convaincre l’Indien du droit du charpentier de le forcer à prendre la voiture, fut inutile; mais, d’un autre côté, persuadé que l’ecclésiastique ne voudrait pas faire du tort à un de ses frères rouges, et que de plus il connaissait très bien ce qui était conforme aux lois des blancs, il accepta la voiture dont il n’avait pas besoin, et en paya le prix convenu qui était de 40 dollars.
Cette conduite paraîtra encore plus honorable de la part de l’Indien, lorsqu'on saura qu’un blanc n’a, par la loi, aucun recours contre un Indien, pour une dette, quoiqu’un Indien puisse poursuivre un blanc. Disposition sage et très humaine.
Ce que j'ai vu et entendu chez les T'uscororas me confirme dans l’idée que j'ai depuis longtemps : je pense qu'il y a de la folie, et pire que de la folie. de parler de l’impossibilité de civiliser les aborigènes du nord de Amérique.
C’est un sujet de honte pour des hommes raisonnables, que des assertions semblables aient jamais été proférées. Je conviens volontiers qu'il est difficile d’effectuer complétement l’entreprise ; mais les principaux obstacles qui existent sont
nés de la conduite dépravée des marchands :
blancs; je crois que si l’on prenait pour exemple le caractère moral de plusieurs de ceux-ci, c’est à eux et non aux pauvres Indiens, si méprisés, que conviendrait le nom de Sauvages.
Depuis que les Européens ont mis le pied dans le Nouveau-Monde, leur conduite, à un petit nombre d’exceptions près, a offert une combinaison de tromperie, de rapacité et de cruauté trop atroce, pour qu’on puisse la caractériser par quelque nouvelle épithète, pour la rendre plus odieuse. Ils trouvèrent quelques milliers d'hommes nus dans la possession paisible d’espaces immenses de terrains fertiles, arrosés par de vastes lacs et des rivières navigables. Ils jetèrent un œil de convoitise sur ce continent, et a force d’intrigues et de fraudes ils réussirent à le posséder presque tout entier, et par extirper presque partout la race qui le peuplait.
Parmi le petit nombre d’,‘uropéens qui montrèrent aux Indiens de la bonté et de la bonne foi, on peut citer Guillaume Penn. Les Delavares parlèrent long-temps avec respect et avec l'expression du ravissement, du frère Wiquon, car c'était ainsi qu’ils traduisaient son nom, et de ses frères les Quakers. Quand la guerreéclatait,
en Pensylvanie, entre les Indiens et les blancs, l’habit de Quaker était une sauve-garde dans tous les camps indiens, et l’homme sans armes qui le portait, recevait un accueil amical dans chaque vigvam. L'histoire de cette colonie et de quelques autres prouve complétement que les Indiens n'étaient pas insensibles aux marques de bonté que leur donnaient les blancs, et qu’au contraire, partout où on les traitait comme des hommes, à leur tour ils se conduisaient humainement.
Mais on pensait différemment. Quelle entreprise longue et douloureuse que celle de raconter comment les peuples de l'Amérique ont été anéantis! Les détails seuls différent ; mais l’ensemble de cette triste histoire offre des traits généraux de ressemblance. Les hommes blancs étaient forts; les hommes rouges , faibles ; les blancs, rusés et entreprenans; les rouges, simples et sans défiance : les blancs avaient besoin de terres; les rouges furent obligés de les leur abandonner. Le rum, la poudre et la baïonnette furent les moyens employés pour effectuer le changement. Les Indiens furent excités à se piller et à se massacrer les uns les autres; les blancs
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achevérent ce qu’ilsavaient commence. Les restes des rouges, découragés, des tribus dispersées, devinrent les esclaves de l’ivrognerie et de la paresse. Ils furent aisément déterminés à échanger contre des liqueurs enivrantes, ou tout ce qu’on voulut leur donner, la terre qui leur restait encore. « Finalement, disait un chef indien, les blancs nous ont successivement chassés dans le désert, loin de l’eau, du poisson et des huîtres. Ils ont détruit le gibier ; nos peuples se sont anéantis ; aujourd’hui nous vivons misérables et malheureux ; et eux jouissent de notre pays si beau et si fertile. »
Les blancs , après avoir dépouillé ainsi les Indiens de leur territoire, après les avoir abrutis, et les avoir presque exterminés, ont calomnié Jeur caractère, de sorte que les peuples indigènes de l'Amérique septentrionale sont regardés, par la plupart des nations de l'Europe, comme la quintessence de ce qu’il y a de plus odieux dans la nature humaine, comme des êtres qu'il est impossible de tirer de la barbarie, et que, par conséquent, on peut, sans le moindre sujet de remords, vouer à la destruction.
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VOYAGE AU CANADA. 141 appeler ainsi, employés par quelques personnes pour prouver l'incapacité des Indiens d’être civilisés, est qu'ils ont diminué si promptement depuis que les blancs sont entrés dans leur pays, et qu'ils se sont si rarement incorporés avec ceux-ci. Mais, à moins d’un miracle, un autre résultat aurait été impossible. 11 ne faut pas oublier que les blancs ne se bornant pas à détruire autant d’Indiens qu’ils le pouvaient, ont saisi toutes les occasions d’exciter adroitement une tribu à faire la guerre à une autre, et que dans loutes les circonstances où les colons européens se battirent entre eux, chaque parti réunit, pour l'aider , des multitudes de guerriers indiens, qui tombaient victimes de guerres désastreuses. Dans les querelles entre les colons français et anglais , dans la guerre de la révolution , dans le malheureux renouvellement d’hostilités qui eut lieu en 1812, les Indiens furent, sans raison ni pitié, enveloppés dans des contestations qui ne ‘2s intéressaient en aucune maniére, et furent écrasés entre les puissances opposées, comme le grain entre les meules. Une haine invétérée pour les blancs, et entre les Indiens les uns pour les autres, a élé nourrie par tous les moyens possibles:
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les liqueurs spiritueuses prodiguées pour les desseins les plus vils, l’immoralité en tout genre encouragée, des maladies dégoûtantes, et auparavant inconnues , propagées, toute espèce d’instruction refusée à ces infortunés; et l’on veut qu'après cela nous soyons surpris de ce que la race indienne disparaît rapidement!
Que l’on suive un système opposé; la raison et l'expérience se réunissent pour nous faire espérer un résultat différent. Que l’on fasse, pour les peuples qui survivent, ce que l’on a fait pour les Tuscororas. Ils sont plongés dans les ténè-
bres, donnons-leur dans leur langue la lumière
de la vérité céleste ; ils sont paresseux , encouragons-les à devenir laborièux ; ils ont été privés de leurs territoires de chasse, faisons-leur connaître les arts utiles; ils sont découragés et comme désespérés , ranimons - les par l'espoir d’une satisfaction actuelle et d’un bonheur futur ; que l'usage des liqueurs fortes soit rabaïssé par tous les moyens possibles ; qu’on les protège contre les artifices funestes des hommes, chez qui le désir du gain efface toute considération de devoir moral; qu’en même temps on leur offre la main en frères sincérement affectionnés
et désintéressés ; et nul doute qu'ils la saisiront
des- ns MES et la presseront contre leur cœur. Que les géné- il xp rations qui s’élèvent reçoivent les bienfaits inap- K aT . A . . | Vin préciables d’être instruites de bonne heure des dl vérités de la religion, et exercées à la pratique des \ veut ARE se à aris mécaniques ; alors tout prendra un] aspect 1 "1 Le . . 18 plus viant; la confusion fera place à l’ordre, la Al , paresse à l’amour du travail, la misère au bien- fl, aison F à etre. 4 'e es- . LA 9 . L] 4.
Hu Depuis quelques années, l’histoire, les lan- | pour gages et la religion de ces tribus éparses ont énè commencé à attirer l’attention d'hommes doctes : et doués d’un esprit observateur ; les faits dont nière , leurs recherches ont procuré la connaissance , ICCU- r e D ’ L ne méritent lattention des hommes qui réfléiv és chissent.
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On s’est beaucoup occupé de la question de S € e. \ L4 ® . .
spoir savoir d’où étaient venus les premiers habitans
fa de l'Amérique; il est peut-être impossible de | NH La ® L4 .
la résoudre d’une manière complétement satis-
Fe faisante; mais il ÿ a beaucoup de raisons de croire be que les Indiens trouvés, par les Européens, en ion Amérique, sont au moins la seconde race disue tincte qui a vécu sur le territoire occupé au-
jourd’hui par les États-Unis. On a découvert, nnés
dans l'Etat d'Ohio et dans son voisinage, des
restes de grands tertres, élevés par la main des hommes, et sur lesquels croissent des chênes qui ont plus de quatre cents ans, et qui ont été précédés de deux autres successions des mêmes arbres. Ces ouvrages sont construits avec beaucoup de régularité, et offrent principalement des figures circulaires, carrées et octogones; sont pourvus d’ouvertures pour des portes à des intervalles égaux , et sont quelquefois joints les uns aux autres par de longs passages également garnis de retranchemens. Le terrain enclos varie en surface depuis un jusqu’à cent acres ; les murs ont de 15 à 20 pieds de largeur à leur base, et diminuent graduellement en s’élevant. On distingue sans peine des fossés, des lignes extérieures de circonvallation et d’autres ouvrages destinés évidemment à une défense.
Quelques tertres circulaires ont été ouverts dans l'enceinte de ces ouvrages; on y a trouvé des ossemens humains de différentes grandeurs; on a rencontré dans les autres des fragmens d’armures en cuivre, couvertes en argent, et attachées par: des agrafes à des lanières de cuir; des morceaux de tuyaux de cuivre rem-
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plis d’une rouille ferrugineuse, des pointes de lance en cuivre, des briques et des urnes en argile cuite au four, des haches de pierre de différentes espèces, des outils et des ustensiles; enfin des imitations grossières de bustes humains.
Ces objets prouvent que ces fortifications en terre n’ont pas été faites par les Indiens; car ceux-ci, avant l’arrivée des Européens chez eux, ne connaissaient pas les métaux, et n’avaient pas l’idée de briques ni d’imitations en pierre de la figure humaine. Les crânes et les os offrent des différences prouvant qu’ils apparü+ ent à une autre race d'hommes. D'ailleurs le. ‘: diens ie savent rien relativement à ces ouvrages, ils n’ont aucune tradition qui les concerne ; et sans doute ils n’en manqueraient pas, s'ils provenaient de leurs pères. Il ne paraît pas non plus qu’ils s’en soient jamais servis pour fortifications, ni pour demeure.
Il est vraisemblable que trois langues, radicalement différentes les unes des autres, ont été en usage parmi les Indiens qui habitaient à l’est du Mississipi. Du moins tous les dialectes dont ilreste quelques vestiges, ont été ramenés d’une manière