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lades de bœuf, du jambon frit et des pommes de terre; ou bien, pour ceux qui le préférent , du thé et des tartines de beurre sont servis avec une promptitude et une propreté qui au raient fait honneur à une auberge en règle. Je n’ai pas besoin de dire que nous faisons un honneur infini au repas. L’instant de se retirer arrive, on nous cède tous les lits de la maison; mais quand je vois que je n’en puis avoir un qu'en le partageant avec quelqu'un , j'aime mieux me coucher sur le plancher, la tête appuyée sur ma malle.
Vers deux heures du matin, l’on nous réveille pour continuer notre voyage. Les bateliers , avant de partir, mangent une ample ration de soupe au pain bien épaisse et mêlée de viande ; quant aux comédiens, ils avalent le rum à grand trait, par précaution contre le mauvais effet de la pluie sur leur voix.
Le vent avait changé pendant la nuit; il nous était absolument contraire, et soufllait avec une grande violence du Nord-Ouest. L'eau gelait sur les avirons, à mesure qu’ils s’élevaient au-dessus de sa surface. Jamais je n’appréciai mieux le bienfait d’une grosse redingote de voyage, et d’un
s pommes préfèrent ‘ ont servis té qui aun règle. Je ns un honretirer arla maison ; s avoir un n , j'aime la tête ap-
jus réveille bateliers , ration de de viande ; m à grand is effet de
it; il nous avec une gelait sur au-dessus x le bien- , et d’un
Ca
bonnet de fourrure. Nos bateliers étaient obligés de ramer sans relâche ; si leur vigueur ne fut pas toujours remarquable, au moins leur constance fut étonnante. Vers neuf heures du matin, nous atteignimes Prescott, qui est à 67 milles de Kingston.
Prescott est à présent un pauvre village, quoique sa situation, au point où le fleuve cesse d’être navigable pour les goëleltes, puisse faire présumer qu’il finira par acquérir quelque importance. Tout près du village il y a une redoute en terre que l’on qualifie du nom pompeux de Fort Wellington : je demandai à y entrer, la sentinelle refusa de me laisser passer la porte.
Vis-à-vis de Prescott, sur la rive Américaine, on voit Ogdensburgh, petite ville très vivante. On y remarque cette activité qui caractérise toutes les villes des États-Unis récemment fondées ; le contraste de l’apathie et de la langueur de la rive gauche du fleuve avec le mouvement et les affaires de la rive opposée, ne peut que chagriner quelqu'un qui a les sentimens d’un véritable patriote. Le bateau sur lequel je partis d’Ogdensburgh , dans mon premier voyage, portait une cargaison de farine et de lard en plan-
che, qui, après avoir été enregistrée à la douane de Prescott, fut expédiée à Montréal où elle devait être vendue.
Dans ce premier voyage, mon départ de Prescott eut lieu à la fin de mai; c'était l’après-midi, le temps était très-chaud. Au-dessous du village, on rencontre plusieurs îles, plus ou moins boisées. Pendant la guerre, une de ces îles fut, dans une nuit, absolument rasée, afin d'empècher les soldats américains de venir se mettre en embuscade dans les buissons , pour effectuer ensuite une descente à l’improviste. Lorsque je passai devant cette île, jy aperçus la tente des commissaires anglais chargés de tracer la ligne de frontières entre le Canada et les États-Unis. Ceux de cette dernière puissance se tenaient, pendant la nuit, sur la rive droite du fleuve; la couleur blanche de ces deux camps pacifiques ajoutait beaucoup à l’effet pittoresque du paysage.
Peu de temps après que nous eûmes quitté cette île, nous fûmes retenus assez long-temps le long du fleuve, parce que le propriétaire de la farine voulut conclure un marché pour la vendre, et ne put en venir à bout. Ce ne fut
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qu'à la nuit tombante que nous approchämes du commencement du Long-$aut. On dit que la longueur de ce rapide, depuis le point où l'accélération de vitesse de courant devient sensible, jusqu’au fond du grand bouillon , est d’environ 8 milles. Toutefois, sur une étendue considérable de cet espace, l’eau est parfaitement unie, et par intervalles la pente du fleuve, et par conséquent sa rapidité, ne sont pas beaucoup plus fortes qu’au point supérieur. C’est donc, à proprement parler, une succession de rapides ; je crois que plusieurs parties sont désignées par un nom particulier; l’ensemble est compris assez ordinairement sous la dénomination générale de Long-Saut. Das
J’observai, dans mon second voyage, que le passage de tous ces rapides nous prit exactement quarante minutes ; la première fois il fut peutêtre plus prompt.
Le soleil se couchait quand nous enlràmes dans le Long-Saut : le ciel était sans nuage, et le temps serein. Le vent qui, auparavant, nous avait favorisés, diminua graduellement ; on amena la voile, et l’on eut recours aux rames ;
le bateau était tellement encombré de marchan- TOME HI.
Sa rmns
Den HER hr 5
dises, qu'il ne restait que l’espace nécessaire pour le mouvement de deux avirons ; deux hommes se placèrent à chacun , et leur force fut ainsi doublée.
Eu peu de temps nous atteignimes une île qui partage le fleuve en deux bras ; nous primes celui de la droite. Les sapins gigantesques qui couvraient l’île jusqu’au bord de l’eau , jetaient une obscurité profonde sur le canal resserré.
L’après-midi avait été très chaude, et la surface de l’eau réfléchissait avec tant de force les rayons du soleil, que mon visage en fut complètement brûlé; mais la soirée amena un air si piquant, que je fus obligé d’avoir recours à ma redingote. Frappé de la rapidité effrayante de notre marche, je ne pus me défendre de la pensée que je serais plus en sûreté sans ce surcroît de vêtemens ; en effet, le nageur le plus habile ne pourrait guère espérer de se tirer d’un torrent si fougueux, et je ne me flattais pas beaucoup de sortir sain et sauf d’un pas où un talent supérieur à nager est absolument nécessaire : cependant quel est l’homme qui ne ferait pas un effort pour sauver sa vie, même dans les rapides du Saint-Laurent ? |
essair ; deux ir force
e île qui primes ques qui jetaient erré.
1t la surforce les fut comun air Si rs à ma vante de e la pensurcroît s habile lun toras beaun talent cessaire :
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VOYAGE AU CANADA. 19 Probablement la vélocité du fleuve était en ce moment égale à dix nœuds à l’heure, et pourtant sa surface était aussi unie qu’une glace. En y jetant les yeux, on aurait pu croire qu’on était tranquillement à l'ancre; mais si 6n les portait sur une des rives, les sapins semblaient fuir avec la rapidité de la pensée. Un moraliste pourrait prendre le rapide du Long-Saut comme un emblème parfait des plaisirs de ce monde A l'extrémité de l’île les deux bras se rénis: sent; la forte commotion avec laquelle cette jonction s’effectue, occasionne le grand bouillon . torrens fougueux se poussent l’un conte l'autre avec violence , Soulevant leurs vagues mugissantes qui se brisent en écumant, et en s’éloignant forment de nombreux tourbillons puis vont frapper les bords du fleuve. | Avant que les cimes blanchissantes des brisans fussent visibles, l’équipage du bateau prit des précautions pour affronter la commotion la voile fut amenée ; et la vergue assurée, le fe tron appela un des matelots à son aide; les autres se tenaient à leurs avirons, attendant le mot de commandement pour les faire mouvoir Le bateau commença à se pencher d’un côté et
20 J, M. DUNUAN.
d’un autre, le terrible gouffre bouillonnait devant nous. Tout ce que l’on pouvait faire était de diriger la course du bâtiment vers le point de la passe où l’expérience enseignait que le passage était le moins hasardeux , puis de le lui faire franchir par un eflort vigoureux. J’éprouvai
| un frémissement involontaire, en voyant le patron fixer ses regards vers l’endroit qui me
paraissait le plus redoutable. Nous sommes en-
traînés au milieu des mouvemens les plus fu-
l rieux , aussitÔt l’ordre est donné en ces mots : « Force de rames» ; en ce moment une vague
crève sur nos faibles défenses ; toutefois l’écorce
tremblante opposa une résistance suflisante.
i: Notre péril ne fut que passager, et nous atteil: gnîmes bientôt la vague plus tranquille qui borde l'extrémité de la houle.
Un nouveau danger ne tarda pas à succéder à celui-là; l’émotion excitée par le passage du grand bouillon durait encore, lorsque notre bâtiment, li entraîné par le tournoïement d’un remous puis-
sant, présenta presque le flanc au courant du
| fleuve, «Forcede rames à tribord », s’écriaaussitôt | le patron avec une voix de lonnerre, et accompagnant ces mots d’un jurement épouvantable.
it de- > était int de e pasle lui rouvai ant Île qui me nes enlus fus mots :
vague l'écorce Msante.
s atteii borde
« 4 céder à 1 grand iment, S puis-
ant du ussitôt iccoimatable.
Ses ordres sont exécutés à l’instant, on redevient maître du mouvement du bateau, et nous nous trouvons de nouveau dans une eau tranquille.
Nous avions embarqué plus d’un muid d’eau dans ce dangereux rapide.
Il était alors à peu près neuf heures, on aborda Le rivage, on débarqua, et nous pümes passer la nuit dans la maison d’un Colon, voisine du fleuve.
Le lendemain, à quatre heures du matin, chacun revient à bord; le vent soufflait bon frais et nous était favorable; nous passons bientôt avec rapidité devant le village de Cornwall, et nous entrons dans le lac Saint-François , formé par le fleuve qui s’élargit considérablement.
Plusieurs trains de bois de charpente, destinés pour Montréal, naviguaient en ce moment sur le lac Saint-François, dont la longueur est de 30 milles. Ces trains ou radeaux sont d’une dimension prodigieuse ; les gens qui les conduisent logent, pendant la traversée, dans une petite cabane que l’on construit sur le sommet. Une forte balustiade règne le long du radeau. De distance en distance sont placées de très
longues rames qui pendent dans Peau ; tes
hommes vont de l’une à l’autre, suivant que la nécessité l’exige , et par leurs vigoureux efforts maintiennent le radeau dans la partie convenable du fleuve. Quand le vent est favorable, on étend une petite voile, autrement on n’avance qu’avee le courant. Malgré toutes les précautions prises dans la construction de ces radeaux , ils sont souvent mis en pièces au passage des rapides.
Entre une et deux heures de l’après-midi, nous approchons de la partie inférieure du lac Saint-François, où commence une suite de rapides terribles. Nous avons abordé la rive gauche au village du Coteau du lac, pour nous procurer un pilote. Ce n’est pas en général par un sentiment de méfiance de leur propre habileté à naviguer dans ces parages dangereux, que les patrons des grands bateaux prennent un pilote en ce lieu; c’est parce que, conformément à un réglement très salutaire, le propriétaire du bâtiment répond de la valeur de la cargaison, s'il néglige cette précaution. Ce cas est quelquefois arrivé; en 1810, un bateau se perdit dans ses rapides, et plusieurs personnes furent noyées, par suite de l’entêtement stupide d’un de ces
que Îa . efforts.
conveorable , n n’autes les de ces.
au pas-
s-midi , » du lac e de ragauche procupar un 1abileté
que les
a pilote ent à aire du baisOn , elquet dans oyées, de ces
hommes. Le propriétaire de notre cargaison n'avait raconté les détails affreux de cette catastrophe; ce fut par conséquent avec une grande satisfaction que j’entendis notre patron parler de son intention de prendre un pilote, surtout quandilse vanta ensuite de pouvoir conduire son navire aussi bien que le plus habile d’entre eux.
Voici comment un des passagers raconte le triste événement dont je viens de parler :
« Le 22 avril 1810, notre détachement partit du fort Georges, ou Niagara- Town, dans une grande goëlette : la traversée de l'Ontario, qui est de 200 milles, nous prit deux jours. Arrivés à Kingston , nous louâmes un grand bateau à fond piat, pour nous transporter à Montréal.
Le 28 nous quittämes Kingston, le même jour nous atteignîmes Ogdensburgh qui en est éloigné de 75 milles , le lendemain Cornwal, le surlendemain à la Pointe du Lac, sur le lac Saint-François. La, nous permimes à nos bateliers de retourner chez eux, et nous nous embarquämes dans un autre bateau qui était chargé de potasse, et qui portait un grand nombre de passagers avec leur bagage.
» Le 30 avril nous parvinmes au village des
Cédres, au-dessous duquel sont les trois dangereux rapides des Cèdres, de la Roche-Fendue et des Cascades, distans Pui &e Pautre d'environ un mille.
» Le 1° mai, dans la matinée, nous partimes du village des Cèdres; le bateau enfoncçait beaucoup dans le fleuve, et même faisait eau en plusieurs endroits. Le capitaine, homme hardi et audacieux , refusa de prendre un pilote.
Quand nous eûmes franchi le rapide du Cëèdre, non sans. quelque danger, il demanda du rum, jurant en même temps, comme un forcené, que Dicu Tout-Puissant ne gouvernerait pas micux le bateau. |
» Bientôt nous nous engageons dans le rapide de la Roche-Fendue par une mauvaise passe, ct nous nous apercevons que nous aVancOns rapidement vers un abyme terrible. Nous y descendons. Le fond du bateau frotte légèrement contre le roc, la chute est si forte que nous en perdons presque la respiration. Une grande quantité d’eau entre dans notre bateau, elle est presque entièrement vidée avant que nous soyons emportés dans ce que les Canadiens appellent le grand bouillon.
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‘endue nvirou
irlimes.
t beaueau en e hardi
pilote.
Cèdre, urum, né, que s MICUX
rapide asse, CL ds r'apilescencontre erdons aautilé pres- SO YOnS sellent
VOYAGE AU CANADA. aù
» Quand nous nous approchons de cet endroit, le capitaine s’écrie : « Par Dieu , le bateau » s’emplit ! » et presque aussitôt l’embarcation est enveloppée d'immenses vagues blanchissantes d’écume qui se brisent contre les rochers ; elles fondent sur nous et emportent les rames, les planches, le bagage ; il s'écoule à peu près une minute, et le baleau plein d’eau coule à fond. Dans ce court intervalle, je conservai assez de présence d’esprit pour me dépouiller de ma redingote, de mon habit et de mon gilet; je défaisais mes bretelles quand le bateau s’enfoncça. Je me trouvai flottant au milieu des hommes, de leurs effets et des marchandises. Chacun s’empara de ce qui lui tomba sous la main; un mutelot m’empoigna et me tint sous l’eau ; mais, contre mon attente, 1l me laissa aller.
» En revenant à la surface du fleuve, je saisis une malle que deux hommes tenaient déjà. A cet endroit où le rapide de la Roche-Fendue se termine, les bords du Saint-Laurent sont trés peuplés ; nous apercevions des femmes qui, dans une agitation extrème, couraient sur le rivage. Une pirogue s’en détache, elle recueille trois des
nôtres. Is s'étaient placés sur Le fond du bateau
20 J. M. DUNEAN.
Qui avait chaviré; après avoir déposé ces trois hommes sur une île, la pirogue s’avance vers le lieu où j'étais avec mes deux compagnons d’infortune, attachés à la malle; mais le voisinage des Cascades, dont nous nous approchions rapidement, effrayait les bateliers ; ils retournent en arrière, malgré les exhortations que je leur adresse en français et en anglais, de venir à notre secours.
» Un des hommes qui s’étaient cramponnés à la malle ne la tenait pas bien, de sorte qu'il plongeait fréquemment. Craignant que pour se sauver il ne mit la main sur moi, je lâche cel objet, et conjointement avec l’autre homme, je saisis la baume du mât qui en avait été détachée et flottait sur l’eau. Je n’avais eu que le temps de m’y accrocher ; nous sommes entraînés dans les Cascades : je suis enseveli sous une masse d’eau, et presque suffoqué. À yant regagné la surface du fleuve, je m'aperçois que je tiens encore la baume; mon compaguon n’avait pas quitté la vergue qu'il tenait. Un peu au-dessous des Cascades je vois le bateau continuant à
flotter sens dessus dessous ; il passa près de moi,
je réussis à y atleindre, et je m’y fixe par une
eu pd a A"
+ trois vers le 1s d’inisimagse ons ra- Jurnent je leur venir à
onnés à te qu'il pour se àche cel mme, je té détaque le atraîués bus une regagné je tiens ait pas dessous auant à
de moi,
AT unc
fente à une de ses extrémités : la violence des vagues et le chocdes bariques de potasse l'avaient complètement fracassé. Pendant long-temps je me contentai de m’y tenir ainsi, et je n’essayai pas de me placer sur le fond; à la fin je tente cet effort avec succès; me voyant placé commodément , je fais signe à mon compaynon de suivre mon exemple. Il secoue la tête; lorsque les vagues me permettent de regarder de nouveau de son côté, je ne l’aperçois plus; il n’avait fait aucune tentative pour s'approcher de moi, n'ayant ni la force ni peut-être la volonté d’a bandonner sa vergue, il s’était peut-être confié aux vagues qui roulaient alors par-dessus sa tête.
» Les Cascades sont une espèce de chute ou descente rapide du fleuve qui passe sur un fond rocailleux ; quand on les descend , les Francais disent que l’on saute les Cascades. Dans un intervalle de 2 milles au-dessous , le fleuve continue à être tumultueux et bruyant comme la mer dans une tempête : je faillis plus d’une fois d’être emporté de dessus le bateau, par les flots qui me couvraient.
» 11 ne me restait plus aucun espoir de salut :
je continuais à tâcher de me maintenir dans ma position ; mais le froid m'avait réduit à un si piteux état, que je ne souhaitais qu’une mort prompte ; souvent j'avais la pensée de renoncer à cette lutte, puisqu'elle était inutile. H me semblait que tout mon être était réduit de moitié; mes mains me paraissaient diminuées. Cerlainement, lorsque je me sentis transi de froid et épuisé de fatigue, je me serais endormi; mais les vagues qui passaient sans cesse par-dessus ma tète, m’obliseaient à m'occuper constamment de ma situation.
» C'était la première fois que je descendais le Saint-Laurent; je savais cependant que plus bas il y avait encore des rapides, peut-être une autre suite de Cascades ; et bien certainement les rapides de La Chine, dont je ne connaissais pas exactement la place. Je m'attendais à chaque instant à voir ces écueils mettre un terme à mon existence, el quelquefois je m'imaginais que des pointes de glace s’étendaient depuis le rivage jusqu’au point où commencaient les rapides. Dans ui moment où le mouvement des vagues me permit de regarder autour de moi, j'aperçus, à une cerlaine dislauce, une pirogue
ir dans ma it à un si ’une mort e renoricer ile. Il me it de moiuées. Cer- 51 de froid ormi; Mais -dessus ma nstamment
scendais le que plus it-être une ‘tainement ONNAISSAIS tendais à un terme ’Imaginais depuis le nt les rament des : de moi, e pirogue
Sibaners ÉRRIT À
avec trois hommes qui ramaient de mon côté ; j'attendais en toute confiance l'instant où j’entendrais le bruit de leurs pagaies; mon espoir fut décu. Peut-être ces hommes ne m’avaient pas vu. Ayant rencontré la malle d’un des voyageurs , ils la retirèrent de l’eau, et se hätérent de retourner à terre, pour s’emparer de ce qu’elle contenait.
» L'accident était arrivé à huit heures du matin. À mesure que le soleil s’éleva sur l’horizon, le temps devint plus chaud, le vent souffla du sud , et l’eau fut plus tranquille. Je me Jevai sur mes genoux et je reconnus que j'étais dans le lac Saint-Louis, qui n’a pas plus de 5 milles de largeur; enfin je me tins debout, mais les crampes que j'éprouvais dans toutes mes jointures, me prouvérent que j'essayerais en vain de nager à une certaine distance : j'étais alors à 2 milles du rivage.
» Aidé par le vent et le courant, je courais à ma perte; le froid, la faim, la fatigue, m’obligérent à m’asseoir de nouveau dans Veau pour me reposer, lorsqu'une circonstance extraordinaire me procura un grand soulagement. En examinant la carcasse du bateau, pour y décou-
| vrir sil était possible d’en détacher quelque N portion pour le gouverner, je vis quelque A | chose engagée dans un endroit où les planches M étaient séparées. C’était une petite malle retour- | née; avec un peu de peine je la tirai sur le baleau. Après une heure de travail, dans lequel à | je Cassai mon canif, en essayant de détacher la serrure , je fis un trou dans le couvercle, et, à ma grande satisfaction, j’en tirai une bouteille de rum, une langue froide, du fromage et un x sac rempli de pain, de gâteaux, etc : tout cela était mouillé; mais cela venait bien à point ; l j'en fis un usage modéré ; la malle me servit de | siége , et je fus ainsi élevé au-dessus de la surface j de l’eau.
l » Après avoir essayé inutilement de gouver- | ner le bateau, ou d’en diriger la marche vers le | rivage, et avoir fait avec ma veste tous les si- | ] gnaux possibles devant plusieurs caps que je 1 doublai, je m’imaginai que j'entrais dans une baie; mais je reconnus bientôt que c’était la fin
| du lac, et que je m’engageais dans le fleuve, | | dont le courant rétréci m’emportait avec rapi- !. dité. Je vis plusieurs petites îles inhabitées; les è
bords du Saint-Laurent paraissant couverts de
quelque quelque lanches retourr le bas lequel cher la et, à outeille e et un out cela , point ; ervit de surface
gouvere vers le
les sique je ins une it la fin fleuve, C rapiées; les erts de
VOYAGE AU CANADA. 1 maisons , je répétai mes signaux avec ma veste et une chemise que je tirai de la malle; j’espérais que le fleuve étant moins large, on pourrait nr’apercevoir ; la distance était trop grande. La vitesse avec laquelle je naviguais, m’avertit que je ne tarderais pas à m’approcher des terribles rapides de La Chine. La nuit arrivait, ma perte paraissait certaine, cependant cette idée ne me troublait pas beaucoup; je m'étais familiarisé avec la pensée de la mort. Voyant l’inutilité des signaux , je criai, ou plutôt je hurlai de manière à pouvoir être entendu au loin. Le vent me favorisa, et ma voix frappa les oreilles des gens qui étaient sur le rivage, quoique la distance fût de plus d’un mille.
» Enfin j'aperçus un canot qui se dirigeait vers moi; comme il était trés petit et avait ses fonds peints en blanc, je l’avais pris, pendant quelque temps, pour un oïseau aquatique, à poitrine blanche. Il portait le capitaine Johnstone, qui fut mon sauveur : j'avais été pendant dix heures entre la vie et la mort.
» Je débarquai au village de La Chine, situé
à 21 milles au-dessous de l'endroit où l’accident
LA
était arrivé; les sinuosites du fleuve m'avaient
fait parcourir une distance beaucoup plus grande.
Je n’éprouvai d'autre mal que d’avoir la poitrine
et les genoux meurtris. Mon imagination se res-
sentit de ce triste événement. Pendant plus de
huit nuits consécutives, je rêvais que j'étais au
milieu des écueils des Cascades, et environné | de gens qui se noyaient.
» Je dus mon salut à un concours de circon- d
stances extraordinaires, qui paraissent presque s
nüraculeuses. Il m’arriva de saisir successive- a
hi ment divers objets pour me soutenir, et de
Al changer lun au moment convenable, contre un
We. autre qui m'était plus avantageux. La baume du
{| mât pouvait scule mc faire franchir les Cascades sans difficulté ; et quand je fus au-delà, le bateau . de
l. seul pouvait me sauver. Ce fut encore un grand Le {: bonheur pour moi d’avoir la journée entière ; si * na l l'accident fût arrivé une heure plus tard , je ne qu f serais parvenu qu’à la nuit close au village situé qu ! vis-à-vis de La Chine, et alors j'aurais infailli- co! F blement péri dans les rapides qui sont au-des- . pri | sous, et vers lesquels je m’avançais rapidement. qu | La malle qui me fournit des provisions et un sot | licu de repos au-dessus de l’eau, contribua aussi | | à me sauver la vie, Sans son secours, j'aurais été écl |
randeé.
)itrine se r'eslus de tais au ironné
circonpresque CESSIV E- , et de ntre un tume du ascades ce bateau n grand lière ; Si A,jene ge situé infaillau-desement.
s et un ua aussi 1rais été
obligé de rester tout le temps dans l’eau, et j'aurais été épuisé de froid et de faim.
» Quand les habitans du village des Cèdres virent que notre bateau s’engageait dans la mauvaise passe, ils prédirent qu’il nous arriverait malheur. Le bagage flottant qui nous soutint un certain temps leur donna le moyen de faire des efforts pour nous sauver; mais comme ils ne supposèrent pas qu’il ft possible de survivre au danger du passage des Cascades, ils ne s’occupérent plus de venir à notre secours; et, d’ailleurs, qu’auraient-ils pu faire ?
» Ce fut en ce même endroit que la brigade du général Amherst, forte de 300 hommes, et destinée à l’attaque du Canada, fit naufrage. Les Français de Montréal reçurent la première nouvelle de l’invasion, par les cadavres flottans qu'ils virent passer devant leur ville ; le pilote qui conduisait le premier bateau de cette troupe commit la même erreur que notre capitaine , il prit la mauvaise passe : les autres embarcations qui le suivaient de près partagérent son triste sort.
» Tout le détachement dont je faisais partie
échappa. Quatre hommes quittèrent le bateau TOME HI. 3
RS TRS 7;
au village des Cèdres, au-dessus des rapides, et gagnèrent Montréal par terre ; deux autres furent sauvés par la pirogue; l’équipage du bateau, bien qu’accoutumé au travail, périt entièrement. Des huit hommes qui descéndirent les Cascades, jévitai seul la mort. 1l était impossible de se sauver, sans le bonheur extraordinaire qui m’arriva, et sans l’aide du bateau auquel il était nécéssaire de se cramponuer. Les autres dûrent se sioyer dés lé moment où l’on entra dans les Cascades. Les malles et les autres objets auxquels ils s’attachèrent, et les redingotes pesantes dbnt: ils étaient revêtus, contribuërent probablement à leur perte : d’ailleurs, comment ne pas succomber , puisqu'il était impossible de nager dans ces endroits où les vagues se brisaient contre:les rochers, et s’entre-choquaient avec une fureur inconcevable ? Cependant la confiance que j'avais dans mon habileté à nager, me conserva ma tranquillité, et me rendit plus disposé à changer l’objet qui me soutenait, contre un autre qui était meilleur : ceux qui ne savaient pas nager, s’attachaient naturellement à ce qu'ils trouvaient sous ‘leur main, et par conséquent rencontrèrent des choses qui leur
An
apides, et res furent 1 bateau, jérement.
Cascades, ble de se qui m’arel ‘1l était es dûrent a dans les jets auxs pesantes nt probament ne bssible de es se bri- 1oquaient ndant la 8 à nager, sndit plus outenait ,
x qui ne
ellement
> et par
qui leur
furent funestes. Le capitaine passa devant moi, au-dessus des Cascades; il était sur un ballot de lainages qui, sans doute, ne tardèrent pas à s’imbiber d’eau, et à couler à fond.
» La malle que je retirai du bateau appartenait à un jeune homme du Haut-Canada, qui fut un des noyés. Elle contenait des habillemens, et à peu près 70 livres en or, qui furent rendues à ses parens.
» Ma malle renfermait, indépendamment de mes habits, 200 livres en or et en billets de banque. À mon arrivée à La Chine, joffris une récompense de 100 dollars à celui qui me la rapporterait. Un Canadien la trouva, quelques jours après, sur le rivage d’une île sur laquelle elle avait été poussée ; il me la remit à La Chine où j'étais alors. Je lui payai la somme promise ; j'appris qu’un tiers en était destiné à l'achat d’un certain nombre de messes ; c'était le résultat d’un vœu qu’il avait fait, dans le cas de succès, avant de se mettre en besogne. »
Nous fûmes retenus long-temps au Coteau du lac, parce que tous les pilotes étaient occupés au bas de la rivière.
Les rapides que nous avions devant nous
(i sont au nombre de quatre ; ce sont le Coteau du lac, les Cèdres, la Roche-Fendue et les Cascades. Tous sont dus aux mêmes causes; le lit du fleuve se rétrécit brusquement , et l’eau descend avec plus de rapidité, généralement, entre des îles nombreuses , et à travers des rochers qui s’élèvent au milieu du courant. La rivière, ainsi resserrée et retenue dans des passages étroits
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et embarrassés, s’y fraye un chemin avec une violence prodigieuse ; choquant les rochers avec fnreur , entraînant des fragmens avec la vélocité d’un tourbillon, et se soulevant, même dans les endroits les moins agités, avec un mouvement interrompu et terrible, comme celui de la mer, dans les tempêtes causées par des vents qui ont soufflé de côtés opposés.
Unspectateur inexpérimenté croirait qu’il est | impossible à un bâtiment de s’aventurer au f milieu des rapides, sans être à l'instant même enà glouti ou fracassé; j'ai souvent admiré la hardiesse de l’homme qui, le premier, osa hasarder sa vie nl dans cet essai téméraire. Une perte inévitable | attend quiconque pénètre dans quelques-unes des passes: combien de gens y ont perdu la vie, avant que l’on ait reconnu quels étaient les ca-
teau du Cascale lit du descend ntre des qui s’ére , ainsi s étroits vec une lers avec c la vé- , même un moucelui de es vents
qu'ilest rer au ême enardiesse er Sa vie vitable es-unes la vie, les ca-
aaux praticables ! Le nom du premier aventurier qui a tenté l’entreprise est oublié pour toujours ; mais son action est certainement une de celles qui ont exigé le plus de fermeté, de résolution et d’audace. Rarement on a pu citer avec autant de justesse les fameux vers d'Horace :
Illi robur et æs triplex
Circa pectus erat, qui fragilem truct Commisit pelago ratem
Primus.
Quelques voysgeurs ont dit que les rapides sont un objet aussi sublime que le Saut du Niagara ; quant à moi, je crois que l’on ne peut guère établir de comparaison entre ces deux vhoses. Cependant, si la sublimité d’un objet n’est estimée que par la force des émotions qu'il produit, je ne doute pas que beaucoup de personues n’adjugent la palme aux rapides. On se borne à regarder le Saut, mais on traverse les rapides. Dans le premier cas, le spectateur est en sûreté; dans le second, sa vie est hasardée dans le résultat de sa tentative. Il: est ballotté sur le sommet des vagues écumantes, et, poussé, avec une impétuosité et une fureur irrésistibles ,
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38 J. M. DÜNCAN.
au-delà des rochers, des écueils et des brisans. } | | Si un clou venait à se détacher du bâtiment fragile qui le porte, ou si la pagaie s’échappait des ] mains du pilote, très probablement c’en serait | 4 fait de sa vie. Le voyageur qui, placé sur le rian vage , se contente de regarder les rapides, ne ne connaît nullement leur caractère de grandeur, et ne peut nullement avoir l’idée de les mettre en comparaison avec le Saut du Niagara.
| Du Coteau du lac, au fond des Cascades, on |] compte à peu près 11 milles ; la partie interméil diaire où l’eau est tranquille n’a pas plus d’un f tiers de cette distance. Le plus grand intervalle
j autres ont si peu d’étendue, que si l’on a un vent favorable, comme cela nous arriva, l’on trouve à peine le temps de respirer entre un ji coup d’aviron et celui qui le suit.
La grande île, dont la longueur est à peu près hi | de 4 milles, et qui sépare le fleuve en deux an bras principaux, occupe presque tout l’espace ! entre le Coteau du lac et les Cèdres. Entre la : courbure de son extrémité supérieure et la rive gauche, on rencontre un groupe d’une dizaine de petites iles qui augmentent beaucoup le dan-
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VOYAGE AU CANADA. 39 ger du passage. Un canal a été ouvert le long de la rive, presque vis-à-vis la dernière de ces îles ; on y fait passer les embarcations qui remontent, cer elles ne pourraient refouler la force du torrent. Quelques ouvrages militaires ont été élevés pour commander la passe. |
Nous pümes enfin obtenir un pilote; c'était un homme actif et prudent; il montrait tant de dextérité dans l'emploi de la pagaie, servant de gouvernail, que j'éprouvai un haut degré de confiance de me trouver sous sa direction. Je ne pouvais cependant m'empêcher d’être surpris, en passant au milieu de ces flots agités, de ce qu'un homme -choisissait volontairement une profession si terrible. Ce pilote venait de revenir par terre du bas des rapides, où il avait conduit un autre bateau. Pendant la plus grande partie de l'année , il ne fait pas autre chose, d’une semaine à une autre.
Notre bateau est bientôt au milieu des vagues. ‘Tantôt élevé sur leurssommets écumeux, tantôt enfonce, et comme prêt à s’engloutir dans l’abime ; nous n’entendions autour de nous que le fracas produit par l’épouvantable agitation des flots. Néanmoins , nous franchussons ce dange-