‹ Voyage au Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 23 · RP · texte numérisé non relu

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qu'ils me causèrent, j'aurais pu supporter la pluie pendant une heure ou deux, pour écouter les chansons de nos matelots canadiens, qui, dans le calme de la nuit, produisaient un effet singulièrement agréable. Ils faisaient mouvoir leurs rames en mesure avec leur chant, et Île bruit qu’elles rendaient en frappant l’eau, combiné avec le genre un peu sauvage de leurs cadences, imprimait un caractère romantique à notre voyage dans les ténèbres. Dans la plupart de ces chansons , deux bateliers entonnaient l'air, les deux autres chantaient une réponse , puis tous s’unissaient en chœur; leur musique aurait pu ne pas être approuvée par tes hommes auxquels leur habileté, dans le chromatique et Pharmonie, ne permet de goûter que ce qui est conforme aux principes de la science; mon ignorance de ces règles me servit parfaitement, et me permit de jouir à mon gré de la mélodie de nos bateliers, qui, de même que celle de plusieurs de nos airs écossais, était plaintive et touchante.

Notre patron avait espéré aller jusqu’à Brockville, petite ville située à peu près à 35 milles au-dessous de Kingston; quant à nous, nous

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éprouvions une certaine impatience de débarquer. La soirée était si obscure que nous ne pouvions distinguer qu'avec difficulté les contours ombragés des rives du fleuve : nous n’entendions d’autre son autour de nous que l'écho des voix des hommes de notre embarcation, ou le bruit des avirons qui frappaient l’eau. Nous glissions sur la surface du fleuve avec une conviction de sûreté qui n’avait d’autre origine que notre confiance dans nos bateliers,

Vers huit heures, une lumière brille sur le bord du fleuve : nous la saluons par des cris de joie , el nous décidons notre patron à gagner la rive où elle se montre, espérant y trouver un gîte. C'était une maison de fermier ; un feu de tronçons de bois de pin brülait dans le vaste foyer; des tranches de pommes , pour les pâtés d’hiver, étaient suspendues en festons autour de la pièce pour sécher. Avec quel plaisir, mouillés par la pluie, et plongés dans l'obscurité, nous échangeons notre bateau contre cette cuisine! On nous fait l’accueil le plus cordial, et quoique les maîtres de la maison ne soient pas très accoutumés à recevoir des étrangers, ils nous ont bientôt préparé un bon souper. Des gril-

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