‹ Voyage au Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 11 sur 39 · I. Talna de · texte numérisé non relu

I. Talna de

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plutôt possible. Pendant son absence, elle fut très-affairée à mettre la nappe pour le souper, quoique lesmatériaux, dont il devait être composé , fussent encore dans un état très-peu propre à la mastication : le pain était encore dans le pétrin ; les poulets mangeaient paisiblement à la porte de la ferme : le thé était dans la boîte de l‘épicier, et la crême dans le pis de la vache : mais dans une contrée comme l'Amérique, la transition du néant à l’existence , est presque instantanée. Ce n'était là que de légers obstacles , et avant qu'une heure se fût écoulée , on nous servit un souper de fort belle apparence.

Lorsque notre hôte revint, après avoir pris soin de nos chevaux , il reçut successivement de sa femme les ordres suivans, qui furent exécutés sans retard avec la plus scrupuleuse exactitude.

« M. X., je vois maintenant qu'il faut que » vous alliez tuer une paire de poulets. » Il partit sur-le-champ, et revint en moins de cinq minutes avec les deux victimes ensanglantées.

«À présent , M. X.. il faut que vous les plu-

» miez. » L'ordre fut sur-le-champ exécuté , et il reparut encore une fois pour recevoir de nouvelles instructions.

11 lui fut ensuite commandé de préparer ces poulets ; de porter de l’eau ; d'aller chercher les vaches, et après cela de les traire.

Ces travaux n'étaient que le prélude de ceux qui lui restaient à faire. Il reçut l'ordre d’apporter le lait; de remplir le pot de crème ; d'aller chercher du beurre à la laiterie ; de qu’ suspendre la chaudière , etc. | … 1

Pendant tout ce temps, madame X. s'amu- r di sait à parcourir la chambre , arrangeant les A CMP

plats , et chassant les mouches de dessus la 1 J nappe, sans porter le moindre secours à son D des malheureux époux , dans les nombreuses fonc- 4 gale tions dont elle l’avait chargé. Lorsqu'il eutsus- 4 fem pendu la chaudière, il prit modestement la Ë ea liberté de suggérer la nécessité où il était de M que prendre un siège, et de se reposer quelques ‘ fact instans ; mais au même moment, madame X. ‘à CO lui intima l’ordre d’aller chercher une livre de $ con thé chez l'épicier. È

Pendant qu'il était absent, elle eût la condescendance de descendre au cellier pour y

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prendre des patates, qu'elle placa dans un vase

‘à à la porte; et au retour de son mari, elle le À pria de les laver sur-le-champ ; l'époux soumis 4 les emporta très-tranquillement, et les rap- 4 porta bientôt après bien lavées et bien raclées :

on lui dit d'allumer du feu pour faire cuire les poulets.

Lorsque cela fut fait, il jouit d'un moment de repos, et il lui fut permis de s'asseoir, jusqu'au moment de placer le souper sur la table. Il fut alors mis de nouveau en mouvement avec un despotisme qui surpasse toute description.

J'observais en silence ce tableau mouvant des douceurs et du bonheur de l’union conjugale ;etje me félicitai sincèrement de ceque ma femme n'était pas née en Amérique. J'étais en ce moment d'autant plus fondé à m'enréjouir, que j'avais remarqué avec une véritable satisfaction l’improbation que manifestaient mes compagnons de voyage, en voyant une pareille conduite.

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