‹ Voyage au Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 12 sur 39 · ETES · texte numérisé non relu

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LETTRE XAVI.

Suite des mœurs et coutumes des Canadiens. — Origine de la population. — Sa dépravation , son ignorance et sa curiostté..— Course de chevaux. —— Singulière manière de parier. —

Détestable coutume de boxer.

La grande masse des habitans du Haut-Canada est composée des émigrans des Etats- Unis , et des descendans de ceux qui se réfugièrent dans cette province , aussitot après que la guerre révolutionnaire fut terminée. Ces derniers conservent généralement les mêmes notions absurdes d’égalité et d'indépendance qui caractérisent les républicains leurs voisins; mais ils ne manifestent aucun attachement particulier pour leur contrée natale. Entreprenans et ambitieux à l'excès , ils sont toujours pressés

iadiens. — pravation , Course de parier. —

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0Ù de saisir les occasions de s'enrichir ; malheureusement pour eux, il leur arrive tressouvent de ne saisir que l'ombre, et de perdre la réalité, faute d’être bien pénétrés d’un esprit de modération, et de savoir diriger leur zèle. Quoique possesseurs absolus d’un sol qui, convenablement cultivé, pourrait leur procurer un sort digne d'envie, ils parviennent rarement à acquérir la véritable indépendance personnelle qu’ils ne connaissent que de nom. Se livrant sans cesse à de fausses spéculations, à des espérances incertaines , ils se lancent dans des entreprises hasardeuses , qui finissent par détruire en eux tout sentiment de rectitude et de probité. De là résulte qu'on ne peut pas compter sur leurs engagemens , ni ajouter foi à leur parole ; car ils promettent sans avoir l'intention de tenir, et contractent des obligations qu'ils se proposent de ne jamais remplir. Leur dépravation égale leur ignorance , ct toutes les deux sont souvent surpassées par leur vanité sans bornes et leur invincible opiniâtreté. Semblables aux républicains leurs voisins, ils se croient le peuple le plus éclairé de la terre, et il serait tout aussi inutile de leur offrir des ren-

seignemens sur quelque sujet, que de tenter d’apprivoiser un zébre.

La curiosité est leur défaut le plus enraciné ; elle est poussée si loin , qu'elle devient un fléau insupportable aux étrangers : je n'ai jamais rien rencontré de plus fâcheux. On est sans cesse assailli des questions les plus oiseuses et les plus impertinentes.

Les Canadiens aiment beaucoup les boissons de toute espèce ; comme les liqueurs ne sont pas chères, ils en prennent souvent jusqu’à l'ivresse. Les jeux de cartes , les courses de chevaux, la lutte et la danse, sont leurs amusemens favoris. Le doux tintement des dollars se faisant plus rarement entendre à leurs oreilles, que le mot de liberté à celles d’un Algérien , les paris se font ordinairement en bestiaux , et s'élèvent quelquefois à des valeurs extravagantes. Le sort d’une vache, d’une paire de bœufs ou de chevaux, dépend souvent de la couleur d’une carte ; et un srand nombre de fermiers se voient quelquefois privés, par une heure de jeu, des fruits péniblement acquis par vingt années de travail et d'industrie.

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