‹ Voyage au Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 23 sur 39 · scène orageuse de la vie; mais il a déjà assez facti · texte numérisé non relu

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long-temps vécu surla terre de sesancêtres, pour avoir obtenu , par quelques observations passagères, un léger aperçu de l’aspect des cicux. Quelque sombres que soient les nuages, il sait que les brillantes étoiles de l'indépendance les auront bientôt dissipés. Animé de semblables dispositions , il ne se passe pas généralement cinq ou six années avant qu'il ait obtenu le but qu'il s'était proposé. À cette époque, il a souvent , par le seul produit de ses travaux, acquis les moyens de payer sa ferme, et d’acquitter ses propres dettes ; de se pourvoir de tous les instrumens nécessaires à l’agriculture, et d’acheter tout ce qu'il lui faut pour satisfaire ses besoins journaliers. Il est certain que, pour arriver à un pareil résultat , il faut qu'il se livre à un travail pénible: six jours, et, je le dis à regret, souvent sept jours de la semaine, se passent en fatigues continuelles , en soins exclusivement donnés à l'extension de sa ferme et à l'agrandissement de sa grange : mangeons, buvons et travaillons , parce que demain nous vivrons ; tel est est son langage. mental. Il est vraiment délicieux d'observer avec quelle satisfaction il rentre chaque soir à la chaumière,

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lorsque les travaux du jour sont finis , et avec quel empressement , lorsque le sommeil bienfaisant a rafraîchi ses sens , il retourne , au lever de l'aurore, reprendre ses pénibles travaux. La hutte primitive lui offre un asile pendant les premières années, et rarement il manifeste le désir d'en embellir l'extérieur. Ses meubles ne sont jamais d’un grand prix, ni très-nombreux : un bois de lit grossièrement travaillé avec la hache ; un coucher formé de joncs ; une table, qu'on pourrait prendre pour le bloc d’un marchand de viande cuite ; quatre ou cinq barcs aussi grossièrement ébauchés ; les ustensiles nécessaires pour faire la cuisine et pour manger : voilà ce qui compose l’'ameublement du ménage d’un Canadien.

Il semble n'avoir pas l’idée d’une habitation plus commode, et montre rarement le désir d'ajouter quelques agrémens à la sienne. Elle est souvent tellement percée à jour , que le soleil du matin, ou le souffle de l'hiver , suivant la saison, vient saluer ses habitans long-temps avant que les portes ou les volets en soient ouverts. Dans l’été, néanmoins, c’est un avantage ; et dans l'hiver, un excellent feu diminue

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les inconvéniens qui pourraient résulter d'une clôture si imparfaite.

Si un Canadien peut s'assurer sa provision de porc, de mélasse , de chou-croutes , de thé et autres articles de nécessité ou d'agrément, pour sa subsistance journalière, (ce qu'il est rare qu'il n’obtienne point ) , il montre beaucoup d'indiflérence pour les contrariétés ou les privations du ménage qui ne portent pas sur des objets aussi utiles. Sa femme , espérant comme lui une prochaine amélioration dans leur situation, se résigne patiemment à son humble condition, qui ne doit être que momentanée ; surtout si elle peut obtenir la permission de se montrer quelquefois dans les bals où elle est reçue, sinon comme propriétaire actuelle, du moins comme maîtresse présomptive d'une maison splendide ; maison qui, bien qu’elle ne soit encore qu’un château en l'air, n'en aura pas moins un jour une exis-, tence réelle.

Lorsque six ou sept ans au plus se sont passés dans l’humble cabane, notre héros est parvenu à acquitter toutes ses dettes. Alors il a prouvé son industrie et l'énergie de son ca-

128 LETIRE XXIX.

ractère , et il se trouve placé dans la meilleure position , pour réaliser une fortune considérable. Mécontent de son genre de vie actuel, il se détermine à construire une maison plus conforme à son goût que sa modeste chaumiere: pour exécuter plus promptement son dessein, il hypothèque sa ferme à quelque négociant voisin, qui, à cette condition , lui fournit des matériaux de toute espèce, et l’aide de tous ses moyens pour l'exécution du magnifique plan qu'il a conçu. La maison est bientüt achevée : construite dans le meilleur goût.

elle est meublée d’une manière analogue. La famille s’y transporte : pendant un ou deux ans, les choses vont assez bien ; mais notre nouveau triptolème, possesseur d'une belle maison , au milieu d’une ferme bien défrichée, devientun gentleman, parce qu'il croit que son travail n’est plus nécessaire pour soutenir sa famille. D'ailleurs, ses bras, énervés par les rudes travaux des cinq ou six années précédentes , ne les continuent qu'avec répugnance et dégoût ; surtout lorsque ses occupation: agricoles ne lui paraissent plus un moyen sûr de réaliser la grande fortune à laquelle ilaspire.

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