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LÉTTRE Lil. 33
blement adaptées à sa destination. Le collège des Jésuites, le séminaire , l'hôtel-dieu, le couvent des Ursulines , le palais de l'évêque et les barraques , sont les seuls autres bâtiments remarquables de la ville , et leur apparence extérieure est peufaite pour attirer une attention particulière.
Le couvent des Ursulines fut fondé par madame de la Peltrie en 1659. Il est présentement occupé par une supérieure et trente-six religieuses dont leprincipal emploi est l'instruction des jeunes personnes qui professent la religion catholique romaine.
L’hôtel-dieu fut fondé en 1637 par la du- ‘hesse d’Aiguillon, sœur du cardinal de Richeeu, et destiné à recevoir les pauvres et à gucrir les malades. L'établissement consiste en unc supérieure et trente-six religieuses.
Le bâtiment qui servait autrefois de palais épiscopal est maintenant converti en une maison d’assemblée pour le parlement provincial.
Lasituation relative des villes haute et basse rend Québec le séjour le plus désagréable pour toutes les personnes dont les affaires exigent successivement la présence dans les différens
94 LETUBE Ill
quartiers de la ville. Elle les oblige de monter d'une partie dans l’autre, par de longs escaliers de bois, ce qui est extrêmement désagréable dans les chaleurs brülantes de l'été.
Les magasins de marchandises à Québec sont bien éloignés de la propreté et de l’élégance qu'on remarqué dans les mêmes lieux en Angleterre : les portes et les croisées sont exactement semblables à celles des autres maisons particulières ; et, pour ajouter à leur mince apparence , ils sont toujours sales et mal tenus; on n’y voit aucune marchandise déployée , excepté quelques misérables chiffons qui donneraient plutôt l'idée d’une boutique d’eau-devie ou d’une barraque, que celle d’un magasin considérable de marchandises. Il y a dans la ville une grande quantité de tavernes auxquelles on donne ce nom. Mais ie crois que celle de l’Union est la seule où l’on puisse trouver tout ce que peut désirer un étranger. Cette vanité, ainsiquel'observe avec justesse M. Lambert, est un trait caractéristique de tous nos frères transatlantiques , depuis les contrées de la Floride , jusqu'aux rives du Labrador : c'est elle qui a induit les habitants de Québec, ainsi
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LETTRE If. 39
que ceux des autres parties de l'Amérique à décorer le plus mauvais cabaret du nom de taverne. En traversant ces différens pays, vous avez souvent occasion de rencontrer des maisons ainsi surnommées ; mais à peine une seule fois dans la semaine en verrez-vous une qui mérite réellement ce nom.
L'origine du mot Quévec est incertaine :
quelques-uns prétendent qu'il est dérivé du mot Algonquin Quebeco ou Quebec qui signifie resserré, parce que le Saint-Laurent devient plus étroit, d’un peu plus de trois quarts de mille, du côté immédiatement opposé à la ville. D’autres assurent qu'il tire son origine du langage normand, et qu’une des personnes qui accompagnaient M. de Champlain dans son expédition, en remontant la rivière, s’écria, en arrivant vers cette partie où la ville est maintenant construite, quel bec ! qaelle pointe! Enfin une troisième opinion veut que ce mot soit dérivé du mot Abenaquis, Quelibec, qui signifie ferme, parce que les Indiens de cette nation qui résidaient à Claudiere, À environ vingt mille de la cité, lorsqu'ils venaient de chezeux, ne pouvaient rien voir des deux ca-
Toue I. û
naux formés par l’île d'Orléans, et concluaient de là que la rivière était complètement fermée par cette ile.
L'origine du mot CaxanA n’est pas plus cer-
taine. On dit que les Espagnols pénétrèrent
dans ces contrées avant les Français ; mais que, les trouvant stériles et sans or, le principal objet de leurs recherches, ils s’écrièrent tous, avec l’accent du désappointement , au moment de leur départ et en présence des Indiens, aca nada : ici i n’y a rien. Les Indiens, à l'arrivée des Français, les prirent pour des Espagnols, et désirant s'en débarrasser, ils ne ces- $aient de crier aca nada, ce que les Français ne comprenaient point : ils crurent que c'était le nom du pays. C’ést de ce léger incident que l'on suppose généralement que le mot Canada a pris son origine.
La population actuelle de Québec s'élève à environ 14,000 âmes, dont les trois quarts sont Catholiques-Romains, d’origine française. Le reste se compose principalement d’Anglais , d'Écossais et d’Irlandais.
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Départ de Québec. — Arrivee à MONTRÉAL. —
Entrevue avec le duc de RicnemonD , — avec le colonel CocxsotrNe. — Avis du colonel. — Nos objections à une résidence dans la province inférieure. — Le capitaine BLAKE. — Des pays qui séparent Québec de Montréal. — Trois rivicres. — Lac Sr.-Prerré. — William- Henri. — Berthier. — Ile de Montréal. — Description de la ville. — Étendue et population. — Médiocre apparence de tous les bätimens élevés avant la dernière guerre. — Portes et croisées en feuilles de fer. — Triste aspect de la ville les dimanches et autres jours de fête. — Bâtimens publics. — Manière dont la ville est approvisionnée d’eau. — Maison
ns
LETIRE IV.
de banque. — Bibliothèque publique. — Cabinet littéraire. — Journaux. — Marché. — Son commerce. — Sa situation ouverte et sans défense. — Bâteaux à vapeur et leur disposition intérieure. — Rareté de l'eau entre Qué-
bec et Montréal. — Mauvais état des quais.
Le 3 août 1818, cinq jours après notre arrivée à Québec, nous nous embarquâmes, à bord du bâteau à vapeur, le T'élégraphe , à destination de Montréal, et nous y arrivâmes dans la matinée du 5 du même mois, ayant ainsi fait dans l’espace de trente-six heures un voyage de 180 milles, en remontant un courant trèsrapide.
Avant de quitter Québec, mon père se rendit chez le duc de Ricusmonp et lui présenta un ordre de lord Bathurst, relatif aux terres auxquelles il avait droit avec diverses autres lettres d'introduction. Sa Grâce le reçut avec beaucoup de politesse , et lui dit qu’elle serait heureuse de lui rendre tous les services qui seraient en son pouvoir : elle l’adressa en même
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ral, pour toutes les informations qu'il pourrait désirer relativement au choix d’un établissement
Le colonel Cockbourne entreprit de persuader à mon père de renoncer à l'intention d'avancer dansle Canada, et d'accepter un établissement dans la partie inférieure. Il chercha à lui démontrer les avantages d’un établissement dans un pays plus peuplé; lui offrit la comparaison de champs fertiles et de cités populeuses avec des déserts incultes et des forêts d'un aspect effrayant ; peignit en couleurs séduisantes les plaisirs de la société, et fit une sombre description des privations inséparables d’une solitude. Par ces comparaisons, il parvint presque à faire renoncer mon père à l’idée de fixer sa résidence dans le Haut-Canada.
Lorsque mon père nous transmit, à mon frère et à moi, les propositions flatteuses et les avis du colonel, nous lui déclarâmes notre invariable détermination , sous son bon plaisir, de nous rendre dans le Haut-Canada, et le conjurâmes de solliciter immédiatement les instructions mécessaires pour y obtenir des terres et les provisions qui avaient été mises à
4o LETTRE IV.
bord pour notre usige , par ordre de lord Bathurst. Il consentit à agir d'après notre demande ; et, en mettant sous les yeux de sa Grâce le duc de Richemond , les objections de sa famille à une résidence dans la partie inférieure , et la nécessité d’avoir les rations du gouvernement pour la subsistance des nouveaux colons pendant leur marche vers l’ouest, il obtint l’ordre requis pour les recevoir, avec environ cent vingt paires de couvertures qui avaient aussi été mises à bord pour leur usage.
Je ne dois pas continuer mon récit sans avoir auparavantrendu entière justice aux attentions amicales qu'eut constamment pour nous, pendant une traversée de cinquante-trois jours , le capitaine Black, commandant du Brunswick.
Du moment de notre embarquement, jusqu'à la nuit où nous quittâmes son vaisseau, ses attentions , non seulement pour les passagers de la cabine, mais aussi pour le plus humble individu de la chambre commune montrérent les sentimens les plus honorables pour lui et pour sa profession. Il mit tous ses soins à rendre la situation de chacun de ceux qui étaient à bord aussi agréable que lecirconstances
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pouvaient le permettre : il fut à-la-fois ami empressé et attentif, médecin constamment occupé de notre santé, et de nous procurer tous les agrémens possibles. Je dois rendre le même honorable témoignage aux officiers et à l'équipage du Brunswick : nous nous en séparàmes à regret ; ceci est une digression, j'en conviens : mais elle porte avec elle son excuse.
La campagne entre Quévec et MonrnéaL, quoique plus avancée en culture que celle qui est immédiatemsnt au-dessous de Québec, paraît moins diversifiée et moins peuplée. À quelques milles destrois rivières , les bords du Saint- Laurent deviennent moins escarpés. Quoique peut-être plus agréables et plus régulières, les maisons ont moins d'apparence; les églises sont moins nombreuses ; mais les fermes sont plus étendues , mieux nivelées et mieux cultivées.
La Pointe aux Trembles , à environ vingt-un milles de Québec, fut le premier village que nous remarquâmes , après avoir quitté cette ville ; il contient unc église cathédrale et un
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42 LETTRE couvent de religieuses , et compte environ 500 habitans, tous d'origine française.
La ville des Trois-Rivicres , distante de Québec d'environ 90 milles, est située sur une pointe de terre au confluent du Saint-Laurent et du Saint-Maurice. À l'embouchure de cette petite rivière, on voit deux petites îles qui la , divisent en trois canaux : ce qui a donné à ce lieu le nom des Trois - Rivières. (Cette ville, qui approche de Montréal pour l'importance , renferme une église paroissiale française, une église épiscopale anglaise, un hôpital appelé le couvent des Ursulines, pour la guérison des malades et l’instruction des jeunes personnes de la religion catholique-ro- DE maine ; une prison et un palais de justice ; une » petite barraque, et un monastère de récollets, ÙN ordre maintenant éteint en Canada. Il y a à aussi aux Trois-Rivières une fonderie en fer très-considérable : elle appartient au gouvernement. Il l’afferme à quelques négocians || de Québec qui fabriquent sur les lieux des bar- | il res de fer de toutes dimensions. On dit que la ||] mine est très-riche , eton y établit des ouvrages de qualité supérieure , notamment des poêles.
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LETTRE 1V. 45 Le fer qu'on y forge vaut mieux que le fer anclais, mais il est inférieur à celui de Suède. Le nombre des habitans des Trois-Rivières est de 2,000, dont les cinq septièmes sont Français. Les bateaux à vapeur s'arrêtent dans cette ville en allant et venant de Montréal, pour débarquer ou prendre des passagers, et recevoir de nouveaux approvisionnemens de bois à brüler.
Bientôt après avoir quitt les Trois-Rivières , nous entrâmes dans le lac St.-Pierre , qui n'est qu'une des nombreuses expansions du St.- Laurent: il à environ 20 milles de lo: x et 8 à 12 milles de large ; les eaux y sont en général extrêmement basses. Par ‘4 négligence de notre pilote qui ne suivit pas la direction convenable (la rivière étant coupée en cet endroit par un grand nombre d'îles ) nous courümes le risque de rester à sec en traversant ce lac, ayant marché près d’une heure dans des eaux si peu abondantes que chaque révolution des roues faisait jaillir du lit du lac des herbes sauvages ou du limon.
À 40 milles des Trois-hivières et à 135 milles de Québec , on trouve la petite ville de Sorel
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ou Guillaume-Henri, dans une latitude de 45 degrés 50 minutes, ct par 75 degrés 20 minutes de longitude. Elle est située au confluent du Chambois et du Saint-Laurent. Ses rues sont bien alignées, mais pas encore entièrement bâties; on y voit des édifices consacrés aux cultes religieux ; une église catholique romaine et une église protestante épiscopale.
Sorel fut d’abord habité par un parti de royalistes qui quittèrent l'union à l’époque où l'indépendance des Etats-Unis fut reconnue. Cette ville est plus petite que les Trois Rivières, et ne contient que 1500 habitans dont la plupartsont ) Anglais et Écossais. Elle s'accroît graduelle- | ment et, par suite de sa situation salubre, devient fréquemment la résidence de son Ex- M | cellence le gouverneur du Canada, pendant 1 !
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quelques mois de la saison d'été.
Entre Guillaume-ITenri et Montréal, on
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trouve plusieurs petits villages, dont le principal est connu sous le nom de Berthier ou le | bord du nord. Entre ces villages se trouvent plusieurs vastes établissemens qui annoncent à l'opulence : quelques-uns d’entr'eux sont en- :
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core en ce moment occupés parles descendans de la noblesse française qui en jeta les premiers fondemens.
L'ile de Monrréaz, dans laquelle est située la ville de ce nom, a environ trente - deux milles de lorg et dix-et-demi de large. Elle appartient au séminaire de St.-Sulpice. Elle possède incontestablement le plus heureux climat et le sol le plus fertile de toute la province. La ville est située sur la côte sud de l'ile, à 44 degrés 21 minutes de latitude nord, et 75 degrés 34 minutes de longitude à l’ouest : elle est à la distance de 44 milles de Guillaume- Henri, 90, destrois Rivières, et 180, de Québec.
Montréal est situé au milieu des aspects les plus pittoresques: elle est en ce moment très-irrégulière dans sa construction , sa longueur étant d'environ deux milles , tandis que sa plus grande largeur , c'est-à-dire , depuis les bords du $t.-Laurent jusqu’au pied de la montagne dont elle tire son nom , n’est seulement que detrois quarts de mille. Elle contient15,900 âmes , dont plus de moitié sont de la communion catholique-romaine. Les rues sont en général très-étroites , et pour ajouter aux inaon-
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véniens qui en résultent , on à rendu les trottoirs presque impraticables, par l'usage absurde qui prévaut dans toute la ville , d'élever en dehors des portes, des marches en bois qui avancent de deux ou trois pieds dans les rues. Si seulement deux personnes se rencontrent près de ces constructions embarrassantes , elles sont inévitablement obligées ou de retourner sur leurs pas, ou. par un excès de complaisance, de descendre dans le milieu de Ja rue, probablement pour s'y trouver dans la neige jusqu'aux genoux, ou dans la boue jusqu'à la cheville des pieds. Il est aussi impossible à deux personnes de marcher en se donnant le bras, sans être obligées de se séparer toutes les dix ou douze verges. Les maisons sont en général bâties en pierre très-solide ; mais celles qui l’étaient avant la dernière guerre présentent un aspect désagréable par suite des portes extérieures et des volets de croisées qui sont en feuilles de fer. L'usage de ces garanties massives est si général , et on y attache tant de prix ; qu'on trouve à peine une maison qui ne soit pas disposée de cette manière. Elles ont été adoptées pour arrêter les effets du feu, qui
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souvent exerce les plus grands ravages dans cette ville. Il est impossible de se promener dans les ru: de Montréal, un dimanche , ou un jour de fête, lorsque toutes les boutiques sont fermées , sans éprouver les plus tristes impressions. Toute la ville paraît alors une vaste prison, et à chaque bruit qui vient frapper l'orcille de l’étranger qui passe, ilcroit entendre le son des chaînes du malfaiteur, ou les gémissemens lamentables d’un débiteur incarcéré.
On trouve néanmoins dans Montréal , des bâtiments modernes qui ne dépareraient pas les plus belles places de l’Europe: il faut convenir que tous ceux qui sont construits depuis peu montrent un style d'exécution vraiment supérieur. On a nouvellement construit quelques maisons, au-delà des anciennes limites de la ville, et vers les montagnes. Ces édifices prouvent une amélioration sensible dans le goût de leurs constructeurs.
Les édifices publics de Montréal sont l'église française , l’église anglaise , la chapelle des Méthodistes, la maison de réunion des Presbytériens , le palais de justice et les
prisons, la banque de Montréal, le collège, l'hôpital et les barraques.
L'église française ou chapelle catholique-romaine appelée Sainte-Marie, qui est dédiée à la bienheureuse Vierge , est un vaste bâtiment de construction antique dont la façade est en pierres de taille. Elle est située au milieu de la ruc de Notre-Dame , une des principales de l’ancienne ville et qui est parallèle au fleuve St.- Laurent. Le clocher qui , avant l’érection de l'église anglicane , était considéré comme le plus beau de toute l'Amérique , n’est maintenant apprécié qu'à raison de sou antiquité.
Tout l’extérieur de cet immense bâtiment, excepté le toit et le clocher couverts en étain, est uni et sans goût. Mais l’intérieur, suivant l’usage observé dans les autres églises catholiques romaines, est somptueusement décoré de tous les ornemens qui conviennent à un lieu consacré à pareille destination , et qui pépètrent jusqu'au cœur, en affectant vivement les sens extérieurs par leur magnificence imposante et solennelle. Les bancs placés dans cette église n’ont rien de remarquable par leur élégance , ni parleur variété ; mais la voûte est
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magnifiquement ornée , et l’autel est un de ceux sur lesquels , pour me servir d’une phrase payenne , les Dieux eux-mêmes pourraient sacrifier. La voûte est divisée en deux sections coniques , par des moulures richement dorées ; et, dans l’espace qui les sépare, on voit d’innombrables figures , toutes d'imagination et très-bien dorées. Au centre de la voûte , se trouve un tableau circulaire de l'Ascension.
Quoique ce tableau ne soit point du premier ordre , on dit qu'il est l'ouvrage d’un artiste français d’un talent éminent, et il produit un très-bel effet. Au haut de la partie de la voûte qui est immédiatement au-dessus du cœur, on voit une superbe couronne d’or qui repose sur quatre piliers peints en verd et dont les chapiteaux sont dorés. Cette couronne sert de dais à l'autel qui est placé immédiatement dessous.
Derrière la couronne, est placée , de manière à être parfaitement vue de tous les côtés , une statue de la Vierge de grandeur naturelle. Elle a été sculptée sur un bloc de marbre blanc. De chaque côté de l'autel , sont placés cinq tableaux tirés des Saintes écritures , ét immédiatement au-dessus du portique d'entrée, est
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placé un grand jeu d'orgue, sur lequel se trouve un Christ de hautes proportions et très-bien travaillé. Les ornemens de l’autel sont d’uné richesse quipasse toute idée. Un grand nombre de cierges , dont quelques-uns ont plus de quatre pieds de haut, brûlent constamment pendant la célébration du service divin. Ces torches qui forment une brillante illumination
et répandent un éclat religieux et solennel, | jusques dans les parties les plus éloignées de l'église , impriment à l’âme un sentiment de crainte , et semblent calculées, surtout en plein jour , de manière à purifier et élever vers le ciel les affections terrestres. Pour rendre hom- Ï mage à la vérité , il n'y a que les individus qui —: ont voyagé dans les pays catholiques qui puis- I sent se former une juste idée de la magnifi- h : cence extraordinaire et de la splendeur solen- NO d nelle de l'ensemble de ce bâtiment. 11 peut aisément contenir 3,000 personnes; et rare-
ment trouve-t-on le dimanche , dans son en- é ceinte, un siège vacant. Il y a dans Montréal P deux ou trois autres églises catholiques, mais P
fort inférieures à celle de Sainte-Marie.
L'église épiscopale anglicane est aussi située
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LETTRE 1v.
dans la rue de Notre-Da
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me. L'intérieur de ce n pierres de taille et cture dorique. Le clocher , reconnu Pour être supérieur À tout ce qu'on voit en ce genre dans le nord de l'Amérique-A ngl ‘st Construit avec autant d gance. L'aiguille de Proportionnée, et]
aise , € légèreté que d'éléforme 0Ctogone paraît bien Couverture est en étain. A son Sommet » On Voitune Pomme de pin trèsbien faite , surmontée d’une grande girouette, élégamment dorée et décorée de divers ornemens. Il y a dans Je clocher une très-belle horloge , avec quatre cadrans dont l'un où l’autre Peut être constamment vu et le tinctement entendues de toutes la ville et des faubourgs. L timent indique be dans la Construc rité analowue église
s heures disles parties de intérieur de ce b 4UCOup de goût et de tion. Îl'est peint à sa destination.
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occuper dans la société. La galerie supérieure est soutenue par des piliers d'ordre corinthien d’une exécution très-correcte et très-savante. Cet édifice est un des plus beaux ornemens de Montréal.
La chapelle des méthodistes , élevée en 1820, est un bâtiment très-vaste et d’une consuuction élégante. L'emplacement sur lequel il est situé, a coûté à la société 1,500 livres sterling. Les murs sont tous en pierres de taille, et son toitest couvert en étain. Son intérieur ressembleà celuid’uneégliseanglicane, avec cette différence que la galerie de la chapelle est circulaire, au lieu d’être carrée; et supportée pardes piliers unis, au lieu d’être d'ordre corinthien. C’est un grand embellissement pour la ville. Son extérieur est plus beau que celui de tout autre bâtiment, excepté celui de la banque de Montréal.
Il y a dans la ville deux petites maisons de réunions presbytériennes , l’une pour les individus qui font partie de l'église d'Écosse, ct l’autre appartenant aux Presbytériens des États-unis.
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bâtimens entièrement contigus l’un à l'autre, et placés sur une éminence , dans un des plus beaux quartiers de la ville. Derrière ces deux bâîtimens se trouve un vaste emplacement , appelé le champ de Mars, consacré , selon l’'étymologic de son nom, aux évolutions militaires, et formant, par cela même , une promenade fréquentée par les personnes de tout rang ; surtout lorsque l'heure des affaires est passée, et quand la belle température d’une soirée d'été invite les habitans à aller respirer le grand air. |
La banque de Montréal est, sans contredit, le plus bel édifice public ou particulier qui exisie en Canada , depuis que l'hôtel de la mairie a été brûlé en 1820. Il avait coûté à son propriétaire M. Molton , plus de 50,000 livres sterling.
Le collège plus communément appelé Le séminaire , est un vaste bâtiment, mais d’une architecture simple et irrégulière. Environ 120 jeunes gens y reçoivent une très-bonne éducation. Les titresrequis pour leur admission sont extrêmement simples : ils sont seulement tenus de prouver par témoins qu'ils professent
ou
la religion catholique-romaine. Les étudians laïques portent de longues robes bleues, serrées par des ceintures d'étoffe de laine. Ceux qui étudient pour l'état ecclésiastique sont distingués des autres par des ceintures de soie noire
ou de bombasin.
Les barraques sont un bâtiment d'un ordre inférieur , construit pour pouvoir loger 1,000
hommes.
Le monument consacré à Nelson, construit à la tête du Marché-neuf, et presque à l’opposé dela prison et du palais de justice, a une assez belle apparence. Je crois qu’on a commis une méprise en plaçant le dos de sa seigneurie vers le fleuve St.-Laurent : la mer fut le théâtre de toutes ses actions, l'élément sur lequel il acquit sa gloire, livra toutes les batailles , et ter- ‘ mina enfin sa noble carrière , d’une manière triomphante ; les flots de l'Océan ont célébré son requiem. Ce monument est entouré d’une chaine de fer qui forme presque un cercle complet. Cette chaine est attachée de distance en distance , à des canons à demi enfoncés aans la terre , et sert comme de barrière pour protéger la base du pilier, contre les roues des voi-
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tures de toute espèce qui passent dans ce lieu.
Il y avait anciennement un monastère attaché à l’église des Récollets: mais comme il n’y a dans ce moment qu'un seul religieux de cet ordre existant dans la province, le monastère, avec l'emplacement sur lequel il est bâti, est rentré dans le domaine de la couronne , etila souvent servi temporairement de corps-degarde pour les troupes.
Outre les bâtimens dont l'énumération vient d'être faite , on compte ericore dans Montréal trois maisons de religieuses , noires grises et congrégationelles.
L'hôtel-dieu, situédans la rue St.-Paul , est la résidence des religieuses noires. Il fut fondé en 1614 pour recevoir les pauvres, les malades et les estropiés. Il est toujours employé à cette bienfaisante destination , et les religieuses qui font partie de cette institution, sont au nombre de trente-six.
Les sœurs grises furent fondées en 1743 pour recevoir les fous, les enfans trouvés et autres malades. Cet établissement se compose de 24 sœurs.
La congrégation de Notre-Dame dont le cou-
56 LETTRE JV.
vent est situé dans la rue de même nom, fut | fondée en 1640 ur i'éducation des jeunes à personnesqui profe::. ui ia religion catholique- | romaine.
Ainsi qu'on peut enjuger par ce qui précède, Montréal possède plusieurs édifices particuliers d’une grande beauté , mais qui, au lieu d'améliorer l'aspect de la cité , ne produisent d'autre effet que de faire ressortir d'une manivre défavorable les autres maisons qui leur
sont très-inférieures. Les étoiles que l’on voit à la voûte du firmament seraient l'objet de ù notre haute admiration , si l'éclat brillant de
l'astre du jour et de celui de la nuit ne les effaçait point par sa supériorité, Montréal est approvisionné d’eau par un ré-
servoir construit à ce dessein sur la hauteur de # la citadelle : l’eau est conduite de la rivière dans M ce réservoir par la force motrice d’une machine è à vapeur. Les tuyaux conducteurs sont en fer Fe coulé , et sont tellement enfoncés dans la terre à que l’eau qu'ils contiennent ne peut jamais ge- M ler. Cet ouvrage fut entrepris par un gentleman :
écossais nommé Pooltious, qui, par ses infatiguables travaux, est parvenu à réaliser dans ce
nom, fut les jeunes itholique-
i précède, particui, au lieu roduisent ’une ma- 8 qui leur : l'on voit l'objet de orillant de ne les ef-
par un réauteur de vière dans machine nt en fer às la terre amais ge ntleman es infati- * dans ce
pays une brillante fortune. Ce réservoir est à la hauteur d'environ cent pieds au-dessus de la rivière.
Il y a dans Montréal deux banques : l'une, portant le nom de {a Banque, possède un capital de deux cent cinquante mille livres sterling. L'autre, connue sous le nom de Banque du Canada , en a 300 milles. Chacune des deux est gouvernée par un président et des directeurs élus tous les ans. Jusque dans ces derniers temps, cette ville était privée de ces moyens si précieux d'utilité commerciale : et ce n’est qu'après avoir long-temps fait la pénible expérience des inconvéniens attachés à l’ancienne manière de traiterles affaires, que les négocians de ces contrées se sont empressés de concourir à l'exécution des plans d'établissement de Banques Nationales. Hs en ont obtenu une amélioration considérable de leurs propres intérêts, etontrenduenmêmetemps à leurs voisins d’importans services, sans se nuire en aucune manière, Ceux qui dirigent ces établissemens de banque , sont, engénéral, des hommes sages et prudens qui répondent dela manière la plus
satisfaisante à la confiance qu'on leur a témoignée en les appelant à ces postes importans. | La principale bibliothèque publique est celle où établie par souscription et portant le nom de 1 Bibliotheque de Montréal : elle appartient à un certain nombre de personnes qui ont souscrit par portions pour réunir un capital suffisant à un achat de livres et à celui d’un bâtiment | convenable pour les recevoir et les conserver. Ce bâtiment contient environ 8,090 volumes, parmi lesquels on trouve un grand nombre d'ouvrages très-estimés. Indépendamment de cette bibliothèque, il existe à Montréal deux hi: cabinets littéraires appartenant à des libraires | et qui sont tous les deux très-bien approvisionnés d'ouvrages nouveaux. On y trouve aussi À plusieurs journaux anglais et français.
Deux vastes marchés couverts, avec toutes 5 les dépendances convenables , placés dans différentes parties de la ville , offrent aux habitans d'amples moyens de se pourvoir de viande, de poisson, de beurre, d'œufs et de tous Îles autres articles de consommation générale.
Montréal, envisagé sous les rapports commerciaux, peut être considérée comme la capi-
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