‹ Voyage au Canada [microforme]Chapitre 11 sur 39 · PER LITE · texte numérisé non relu

PER LITE

Les

tale du Canada ; mais , sous les rapports politiques , ou doit considérer Québec comme beaucoup plus importante. La situation topographique de la première da ces villes, privée d’ailleurs de tous moyens de défense, fait qu'elle n’est que peu ou pas du tout importante pour les Anglais, en temps de guerrre.

in supposant que la population de Montréal s'élève à 16,000 âmes, ce que je pense ne pas être éloigné du calcul le plus exact, on y trouvera environ 10,000 tndividus d'origine française, professant la religion catholiqueromaine ; 2000 Écossais, presque tous presbytériens ; 1900 Anglais, dont la majeure partie est attachée à l’église établie; 1000 Zrlandais, dont moitié protestans , moitié catholiques, étenviron 1500 Américains, dont la religion est la politique, et la divinhé l'or qu'ils cherchent à se procurer à tout prix.

On ne compte pas moins de sept bateaux à vapeur navigant continuellement sur le Saint- Laurent , entre Québec èt Montréal , dont cinq sont presque aussi grands que des frégates de quarante canons. lis sont d’une construction élégante, et disposés de manière à rendre ces

voyages très-commodes pour ceux qui les font. Il y en a quelques-uns qui sont assez grands pour recevoir, de chaque côté de ‘a cabine , cent personnes dans deux rangs de cabanes placés l’un au-dessus de l’autre. Ces cabanes sont garnies d’excellens couchers et de rideaux que l'on tire à volonté et qui en cachent l’intérieur. Les femmes y trouvent aussi des logemens séparés de ceux des hommes , mais pour la nuit. ous les repas se prennent dans une chambre commune. Les passagers sont traités avec les plus grandes attentions à bord de ces bâtimens. Des domestiques de toute espèce sont toujours prêts à servir au premier signal ; et des tables , dressées tout le jour, offrent dans chaque saison la réunion des mets les plus recherchés que produisent ces fertiles contrées. En un mot, les agrémens de toute espèce qu'on y trouve, ne le cédent en rien à ce qu'offrent aux voyageurs les meilleurs hôtels d'Angleterre. Le prix d'ue cabane de passage de Québec à Montréal est de trois livres sterling; et de Montréal à Québec, de deux livres sterling et demie, en y comprenant tous les frais. Ces voyages sont,

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en générai, de vingt-quatre heures de Montréal à Quéhec, eton en mettrente-six pouraller de Québec à Montréal, circonstance qui explique la différence des prix. Les passagers de la cabane construite près de la grande chambre ne paient que dix schellings pour leur transport, etse fournissent de provisions de bouche.

Mais ces vaisseaux à vapeur sont aussi, depuis peu, trés-utilement employés à transporter des marchandises de poids; les difficultés de la navigation entre Québec et Montréal, s'opposant à ce que des vaisseaux excédant une capacité de 240 tonneaux puissent faire ce trajet avec promptitude et sécurité. Le seul secours qu ils puissent employer pour remonter contre le courant est le vent, et, lorsqu'il n'est pas absolument contraire à leur voyage, de grands vaisseaux peuvent naviguer sur plusieurs points de ce vaste courant; mais, dans plusieurs autres parties, le défaut d’eau ou d'autres obstacles non moins dangereux s’opposent à la navigælion. Par conséquent, leur marche vers Montréal est lente et susceptible de nombreuses interruptions. Pour prévenir ces inconvéniens , il est maintenant devenu

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d'un usage général pour les vaisseaux marchands de décharger à Québec la partie de leur cargaison destinée pour Montréal , et defréter, à un prix modéré, un bateau à vapeur pour la transporter dans cette dernière ville.

Les quais de Montréal, si on peut leur donner ce nom , sont dans le plus mauvais état. On ne peut y charger ou décharger les vaisseaux sans beaucoup de difficulté, et un travail très-pénible ; et, pour rendre toute promenade sur les quais aussi déssgréable qu'elle est souvent utile aux opérations commerciales, on permet à ceux qui sont chargés de nettoyer la ville d'en porter toutes les immondices dans ces lieux.

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Gn:nù | Embarquement à La Cline pour Prescott. — Raux sans Ph pidité du Saint-Laurent. — Vaisseaux emtrès-pé- ci ployés pour y naviguer. — Lac Saint-Louis. ade sur ‘À — Cascades. — Rudes travaux des baterouvent Fe. liers. — Barque de Durham. — Conduite permet , . dti

la ville # d’un fermier américain. — Aspect du pays. a vi s

ans ces Fa — Habitans. — Division de la province. —

Prescott. — Ogdensburg. — Brookville. — Kingston. — Fort Frédéric. — Lac Ontario.

à — Villages entre Kingston et York. — Gar-

nison et bâtimens publics.

Après avoir séjourné quelques jours à Montréal, je revins à Québec pour solliciter de son Excellence lé Gouverneur un ordre pour avoir les barques nécessaires au transport des nouveaux colons dans le Haut-Canada. Les lettres

de lord Bathurst à mon père nous avaient induits à croire que le gouvernement nous fournirait les moyens de nous rendre sur les licux où nous devions nous établir. Mais, à notre arrivée à Montréal , nous trouvâmes qu'il n'avait été fait aucune disposition pour nous transporter plus loin, et que nons allions être obligés d'entreprendre à nos frais un voyage de plus de 500 milles. Il y avait, à cette époque, à La Chine, village à environ 20 milles de Montréal, plus decinquante barques appartetenant au gouvernement. L'objet de ma seconde visite à Québec fut d'obtenir ces bateaux du gouverneur. Sa Grâce déclara que, n'ayant point reçu à ce sujet d'ordre de la secrétairerie d'État, elle ne pouvait nous en accorder la disposition, sans s’exposer à supporter personnellement toutes les dépenses et dommages qui pouvaient en résulter. Comme cette excuse me parut assez plausible, je n'insistai pas plus long-temps, et je ne tentai pas de mettre l'affaire en discussion, quoique bien convaincu qu'on avait dù pourvoir à quelques moyens de nous transporter au moins jusqu’à

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la distance la plus rapprochée du Haut-Canada.

Je retournai à Montréal sept jours après en être parti, et je m'embarquai à La Chine avec mon père et les colons , le 18 août, vingt jours après notre arrivée à Québec.

À raison des eaux basses qui se trouvent immédiatement au-dessous de ce village , les marchandises et les passagers qui doivent remonter la rivière plus haut, sont transportés par terre depuis Montréal. Avant de quitter la Chine, vingt-un colons, craignant les dépenses qu’entrainerait le transport de leurs familles , en avançant dans le Haut-Canada, se séparèrent de nous à la sollicitation du colonel Cockburn, et acceptèrent de lui un établissement près de Perth, à environ 140 milles de Montréal.

Par suite de la rapidité du Saint-Laurent immédiatement au-dessus de Montréal, les vaisseaux ne vont pas plus loin que cette ville. Telle est la violence des courans, sur différents points, qu'il est absolument impossible de remonter la rivière dans des vaisseaux de construction ordinaire. On a donc inventé,

pour ysup pléer, des bateaux plats, étroits à l'avant et à l'arrière, faits de planches de pin que l’on adopte comme étant les plus convenables à cette destination. Les bateaux ont environ quarante pieds de long, et dix de large au centre. Ils sont montés par quatre hommes et un pilote. Chaque bateau porte environ cinq tonneaux. 1] est muni d'un petit mât et de voiles, de six crocs d'environ neuf pieds de long , revêtus à leur plus basse extrémité de fer qui se termine en une pointe très-aigué ; d’un ancre et des ustensiles nécessaires pour la cuisine. Ce sont ces bâtiments qui effectuent le transport de toutes les marchandises destinées pour le Haut-Canada; et, lorsqu'ils ont terminé leurs préparatifs, ils partent de La

Chine ordinairement par convois de cinq à six

à-la-fois. Ils arrivent promptement au lac St.-Louis formé par la jonction de l'Ottu Was, où Grande-Rivière , avec le St.-Laurent. Si le vent se trouve bon lorsqu'ils traversent ce lac, ils hissent les voiles, jusqu'à ce qu'ils arrivent aux Cascades , distantes d'environ 30 milles de Montréal.

Aux Cascades, le gouvernement à fait prati-

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quer un canal très-court et des écluses où ces bâtimens passent pour remonter jusqu’au haut dés cataractes. Iis continuent ensuite leur marche jusqu'aux Cédres, où, par le moyen de nouvelles écluses, ils remontent encore la partie la plus rapide du torrent. Le courant, entre les Cascades et les Cèdres, est tellement impétueux que les bateliers sont obligés d'avoir recours à leurs crocs qu'ils fixent dans le lit de la rivière set parla pression de chaque batelier sur cet instrument, ils font remonter le bateau avec une étonnante célérité. Quoique ces manœuvres soient extrêmement fatigantes , ils sont souvent obligés de les continuer pendant plusieurs heures sans relâche. Souvent même leurs plus grands efforts en ce genre deviennent inutiles. Alors ils attachent une corde à l’avant du bâtiment, et, ne laissant à bord que le pilote, ils se plongent dans l’eau et toucnt le bâtiment à force de bras, jusqu'au haut des cataractes écumantes. C’est ainsi qu'ils effectuent ce difficile trajet qui emploie rarement moins de dix jours, quoique ia distance ne soit que de 120 milles. Je ne peux m'expliquer comment les hommes employés Towe I. 6

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à cette navigation peuvent la continuer longtemps saus ruiner entièrement leur constitution. Excédés de chaleur, ou prêts à s'évanouir de fatigue, ils sont forcés de se mettre dans l'eau jusqu'aux aisselles, et d'y demeurer pour toucr les bâtimeus. (Juelquefois ils $ sont complètement transis de froid ; ils ont alors recours aux liqueurs spiritueuses dont ils font d'ailleurs un fréquent usage, et peu de minutes après ils sont encore de nouveau baignés de sueur.

Les chutes les plus rapides entre Montréal et Prescott, sont les Cedres ct les Cascades dont nous avons déjà parlé, le Coteau du Lac et le Longsault. Ce dernier a environ 9 milles d’étendue, et quoiqu'il faille rarement moins d'un jour pour le remonter, on à vu des bateaux ne mettre que quinze minutes pour le descendr: Cans toute sa longueur.

Tandis qu'environ 150 colons s'embarquaient à la Chine. dans des embarcations canadiennes, appelées bateaux de Duiïham .

mon père et sa famille, avec le reste des colons, montèrent sur un bâtiment de même construction. Cette embarcation offrait si peu de dispositions commodes pour les voyageurs que , pen-

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dant les treize jours que dura notre voyage de la Chine à Prescott, notre sort n'était rien moins que susceptible d’exciter l'envie. Pour faire place à ma mère et aux petits enfans dans le misérable trou d'une cabine , mon frère et moi étions fréquemment obligés de dormir sur le rivage en plein air, ayant pour rideaux les zéphirs rafraîchissans, et pour ciel de lit, la voûte azurée du firmament. On doit certainement trouver quelques tavernes le long des bords de cette rivière mais, comme les bateaux ne s'arrêtent pas toujours dans le voisinage de ces asyles , nous avions rarement d'autres moyens de repos que celui dont je viens de parler.

Une nuit entr'autres, trouvant l'air trop froid pour reposer sur la terre, mon frère et moi, avec trois colons, sollicitâimes un fermier canadien de nous permettre de coucher sur le plancher de sa cuisine. Cette humble et modeste requête fut péremptoirement refusée.

Nous ne demandions cependant ni lit, ni couverture, ni viande; niboisson, mais seulement la permission de reposer nos membres fatigués sur des planches absolument nues. Nous

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