‹ Voyage au Canada [microforme]Chapitre 20 sur 39 · CEUX · texte numérisé non relu

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rivière , jusqu'à l'extrémité sud du lac Huron, possédent peut-être le plus beau climat et le sol le plus fertile que l'on puisse trouver sur tout le continent Américain ; mais ils sont trèséloignés l’un et l’autre de la seule sortie maritime qui soit ouverte au Canada, celle du golfe de Saint-Laurent. Les Cascades de Niagara, qui interceptent la navigation entre l'Erie et l'Ontario , ôtent la possibilité d'un retour proportionné aux exportations de ces districts , aussi long-temps que les produits de l’agriculture seront peu fructueux , et que les moyens de navigation seront aussi peu faciles qu'ils le sont en ce moment ; mais si on établissait un Canal pour joindre ces deux lacs , les difficultés se trouveraient entièrement levées , et alors les districts de Londres et de l'Ouest , se trouveraient aussi avantageusement placés que ceux de Gore et de Niagara. Sur tous les autres points , ils possèdent déjà une supériorité décidée. Dans ces districts favorisés on trouve, dans toute la perfection possible , toutes les espèces de graines ct de plantes qu'on cultive dans l'Amérique du Nord, à l'exception seulement du coton et de l'indigo. Tous les fruits,

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par leur beauté et l'excellence de leur saveur, semblent y être indigènes. Les étés y sont trèschauds , et les hivers beaucoup plus doux que dans les districts Orientaux. La population s’y accroît aussi avec rapidité. On compte à présent dans ces deux districts 22,000 habitans, dont près de 3000 descendent d'origine française.

Dans ces districts, et plus particulièrement dans celui de Londres , il y a plusieurs grandes étendues de terre entièrement dépouillée de toute espèce de bois. On leur donne communément le nom de Plaines ; elles sont pour la plupart d'une nature légère et sablonneuse, mal arrosées et fort inférieures aux terres hoisées. Il y à néanmoins plusieurs petites pièces de cette espèce qui sont d'une qualité très-fertile. C'est dans le voisinage de Long-Point , sur les bords de l'Ouse et dans le Burford, que sent les plaines les plus étendues , et les plus fertiles de la province. Depuis l'établissement Indien sur la rivière de l'Ouse , jusqu'au village ‘de Burford , distance d'environ treize milles, on ne voit pas un seul acre de bois , et cependant cette étendue de terre est d'environ 100,000

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acres, dont une grande partie appartient aux Indiens de six nations, qui souvent , pour une légère compensation ,; en cèdent des portions aux Canadiens pour 999 ans : mais les titres en vertu desquels ces terrés sont concédées sont très-sujets à discussion, parce que le gouvernement ne paraît point sanctionner de pareils marchés. Les pläines de la longue pointe sont encore plus étendues et mieux cultivées.

Ce sont les seules port'ons du Haut-Canada, exceptéle voisinage de .agara et de Sandwich, qui possèdent assez de moyens d'attraction pour engager les hommes qui ont quelque fortune , à s’établir dans ce pays. Néanmoins, elles sont sujettes, comme toutes les plaines d'une grande étendue, à un grand nombre d'inconvéniens, tels que le manque de bois pour le feu , pour les constructions et pour ies clôtures. On peut se procürer de l’eau en creusant ; mais on est obligé d'aller très-avant dans les terres pour s’y procurer, à grands frais, les bois dont on a besoin.

On trouve aussi des plaines très-étendues dans les territoires de York, dans ceux de

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Stamford , district de Nracara , Ancaster et Dumfries, district de Gore. Ces plaines et celles dont j'ai déjà fait l'énumération sont les seules que je connaisse ; et j'ai lieu de croire qu'il n’en existe pas d'autres dans la province. Elles sont agréablement parsemées de bosquets de chênes blancs, de pins et de peupliers qui leur donnent plutôt l'apparence de parcs plantés par la main des hommes, que de déserts incultes ombragés par leurs feuillages natifs.

Toutes les fois que je suis entré dans ces plaines , aprés avoir été renfermé plusieurs mois dans l'enceinte de sombres forêts , j'ai toujours senti mon cœur s'épanouir et mes idées s’agrandir en proportion de la vaste perspective qui s'ouvrait devant moi. C’est surtout dans l'été, lorsque ces plaines étaient couvertes des fleurs les plus variées , que j'éprouvais le plus fortement ces émotions dont je ne perdrai jamais le souvenir.

Quoique l’aspeet de ces plaines soit d’une constante uniformité, étant toujours du même niveau et entiérement dénuées d’eau, elles offrent à l'œil un paysage délicieux, lorsque sur-

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Les opinions varient beaucoup relativement aux terres de cette espèce. Quelques-uns ont pensé qu’elles avaient été originairement défrichées et cultivées par les Indiens: d’autres supposent qu'elles n'ont jamais été boisées.

Une troisieme opinion veut que les bois dont elles étaient originairement couvertes aient été détruits par le feu dans des temps très-reculés. Les Indiens dont le jugement , en pareille matière , doit être de quelque poids, paraissent incliner pour l'opinion de ceux qui pensent que ces pays n'ont jamais été boisés. Ils disent que quand le grand homme qui est là haut sema tous les arbres que leur pays a produits depuis , il se plaça sur une haute montagne, d’où le vent soufflait avec tant de force, que plusieurs poignées de semences destinées pour ces différentes plaines, furent emportées dans d’autres parties qui avaient déjà reçu leur contingent; et que le grand homme, faisant peu de cas de ces terrains, ne daigna pas leur accorder une poignée additionnelle ; jugeant que les Indiens ses favorisseraient satisfaits d’avoir

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quelques espaces dépouillés de bois pour pouvoir y danser.

Si ces plaines avaient été boisées à’ quelque époque, il est probable que ces peuples fameux pour les histoires traditionnelles auraient conservé quelques notions du changement qui se serait opéré.

On a souvent trouvé à quelques pouces de la surface de ces plaines , des pièces de poterie, composées de matériaux grossiers, mais cependant fabriquées avec goût ; et comme on n’en trouve dans aucune autre partie du pays, de pareils vestiges des arts et de l'industrie humaine ont porté plusieurs personnes à croire que les terres où on les à découverts , étaient autrefois habitées par un peuple trèsavancé dans les arts et la civilisation, tandis que d’autres pensent qu'ils proviennent des émigrés de l'Amérique du sud. Il est mainte-

nant difficile de constater comment , ou par quels moyens , ces pièces de poterie ont été transportées dans les déserts du Canada : les Indiens, à qui j'en ai montré plusieurs , disent que jamais ellés n’ont été fabriquées par leur nation ,et nous avons toute raison de croire

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Une opinion qui semble prévaloir dans tout le Canada est, qu’attendu que le petit nombre d’arbres qui croïssent dans ces plaines est toujours d’une espèce différente de ceux qui composent les bois dont elles sont entourées, elles n’en ont jamais produit d’autres. Mais, dans mon opinion, cette conclusion n’est pas juste. Il est un fait bien connu dans ces provinces, c'est que si vous dépouillez une étendue quelconque de forêts des arbres qui la couvrent , et qu'ensuite vous laissiez cette terre inculte, peu d'années après elle sera de nouveau couverte d'arbres entièrement différens de ceux que vous aurez détruits. J'ai vu moi-même un champ qu'on assurait avoir été autrefois couvert d’érables , de bouleaux et de chênes, et qui s'était ensuite complètement garni de peupliers et de sureaux , quoiqu'on n'eut jamais vu à plusieurs milles de cet enclos aucun arbre de ces dernières espèces.

LETIRE X.

Animaux domestiques du Canada.— Le Cheval.

— Bétail à cornes.— Moutons et Cochons.—

Animaur sauvages. — Le Mammoth. — Le Cerf. — Le Daim. — L'Elan. — Le Cari-

bou. — L'Ours.

Les animaux domestiques du Canada paraissent très-inférieurs à ceux d'Angleterre et d'Irlande. Les chevaux de la province inférieure, quoique petits et traités fort durement, sont néanmoins les animaux les plus utiles du monde. Leur hauteur excède rarement 14 palmes ; et quoique mal faits et avec de fortes épaules , ils sont très-sùrs et d’une vitesse étonnante. Ils supportent toute espèce de travaux et de fatigues, et vivent de toutes sortes d’alimens. Dans l'été, lorsqu'ils ne travaillent pas, on les laisse chercher leur nourriture

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dans les bois, où ils pourraient la trouver facilement et en abondance, siles mouches n’y portaient obstacle. Pour se soustraire à ces animaux , fleaux de leur vie, ils sont forcés de s'abriter dans quelque bâtiment , où ils se réfugient invariablement pendant la plus grande partie de la journée. Même, dans la nuit , ils ne sont pas à l'abri de leurs attaques. Depuis la fin de mai jysqu’au commencement de septembre, la mouche, cet infatigable ennemi de l’homme et des animaux, ne cesse pas un scul instant de leur faire la guerre la plus violente. Dans l'hiver , ils ont rarement à leur disposition une bonne écurie pour les garantir de l'inclémence d’un climat rigoureux. À la vérité, ils sont souvent renfermés dans une misérable hutte ( construite en bois non assemblés et qui laissent un libre passage au vent et au froid }, aù ils n’ont qu’un peu de paille et une trèsmauvaise nourriture. Cette espèce de chevaux fut originairement transportée de la Normandie. Un grand nombre en est annuellement exporté dans les Indes occidentales, où ils supportent les chaleurs du climat beaucoup mieux que les chevaux anglais ou américains.

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70 LEITRE X.

Dans la province supérieure, les chevaux sont de race anglaise ou américaine. Ils sont plus grands et mieux faits que les chevaux canadiens , mais ne supportent pas aussi bien les travaux et les fatigues. Ils sont aussi sujets à une plus grande variété de maladies.

On suppose généralement en Europe , que les animaux domestiques dégénèrent sur le nouveau continent ; mais cetje supposition n’est point fondée. Ceux d'Europe ne dégénèreront certainement pas sur le nouveau continent , s'ils y sont aussi bien traités que sur leur terre natale. Mais il arrive que, dans presque toute l'Amérique du nord, on prend très-peu dé soin des animaux de toutes les espèces , et tout homme de bon sens peut aisément se convaincre par l'expérience , que la croissance d’un animal dépend beaucoup de la manière dont il est traité dans sa jeunesse.

Les bêtes à cornes , dans les deux provinces du Canada, sont au moins d’un tiers plus petites que celles de la grande Bretagne et de l'Irlande et sont traitées, s’il est possible, beaucoup plus cruellement encore que les chevaux: jamais elles ne sont abritées dans l'hiver , et il

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n'ya pas un fermier sur dix qui conçoive la pensée de donner un peu de foin à des vaches laitières. Pendantun hiver d'environ cinq mois, on les voit dans lestemps les plus froids , lorsqu’il y a presque assez de neige pour les couvrir, étendues près des portes de la grange : leurs regards plaintifs et leur mine affamée toucheraient de pitié les cœurs les plus insensibles. Malgré ce traitement inhumain qu'elles reçoivent pendant l'hiver, elles se trouvent en bon état au retour de l'été, et donnent , je pense, presqu'autant de lait que les meilleures vaches anglaises. Il est assez remarquable que les Anglais et les Irlandais qui, dans leur patrie, sont accoutumés à soigner bearcoup mieux le bétail, se conforment, en ce poïfit, comme sur plusieurs autres , aux pernicieux usages des Canadiens.

On a calculé que, dans l'hiver de 1822, 1500 têtes de bétail ont péri dans le, seul térritoire de Londres , et un nombre proportionné {ans les nouveaux territoires de la province. Toutes auraient pu être sauvées . si les fermiers avaient eu égard aux sentimens d'humanité et à leur intérêt bien entendu.

172 LETIRE X.

Les bestiaux sont sujets, dans le Canada , à un grand nombre de maladies. La plus funeste de toutes est celle de Zlollow horn ( Corne creuse ). Dans l'hiver, lorsque le froid est vif, et que ces pauvres animaux sont presqu'entièrement affamés , la moële de la corne se gêle. Aux approches du printemps, et lorsque le temps devient plus chaud, il en résulte une mortification qui bientôt devient fatale , à moins qu'on ne la prévienne par l’amputation des cornes, ou en les perçant et les injectant immédiatement avec une grande quantité de thérébentine. Dans ce cas, les trous doivent être faits à la partie inférieure de la corne , afin que la matière corrompue puisse couler audefors le plutôt possible.

Sur tous les points de ces contrées, les moutons sont les animaux dont l'aspect est le plus misérable. Ils pèsent rarement plus de cinquante livres , et leur toison environ deux livres et demie. Mais elle est très-supérieure en qualité à la laine anglaise. Je crois que cela doit être en grande partie attribué à l’introduction faite dans ces contrées, par feu lord Selkirk , des troupeaux de mérinos, et aussi

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; en partie à l'influence du climat. Car il est trèsnotoire que les animaux de toute espèce qui habitent les pays froids, sont revêtus d’une enveloppe beaucoup plus belle que celle qui couvre les mêmes espèces dans des climats plus chauds. En Canada, l'été est trop chaud pour permettre aux moutons de paître pendant le jour , et dans la nuit, il faut qu'ils soient à couvert, pour les préserver des ravages des loups. Cette circonstance seule suffit pour rendre impossible l'amélioration de leur race.

Car si les meilleurs moutons d'Europe étaient forcés de se soumettre à un tel mode de traitement , ils dégénèreraient certainement au point de devenir inférieurs à l'espèce canadienne, si toutefois cela ctait possible.

Les cochons , particulièrement ceux qui sont croisés avec les races anglaises, sont d’une excellente espèce , s'engraissent très-bien, et deviennent vigoureux sans être d’un gros volume. On les tue ordinairement à l’âge d’un an et demi lorsqu'ils pèsent environ 200 livres. On les engraisse toujours avec du blé d'Inde, et leur chair, selon moi , est aussi bonne que celle des cochons d'Irlande.

174 LETIRE X.

Le bœuf, quoique rarement de première qualité , est en général de bonne espèce : mais les moutons ne ressemblent pas plus à ceux

‘ d'Angleterre , que le tabac de Virginie au tabac le plus inférieur.

Les chevaux français se vendent environ quinze livres sterling la pièce. La meilleure espèce des chevaux du Haut-Canada, vingt livres sterling. Les bœufs coûtent quinze livres sterling Ja paire ; les vaches cinquante schellings la pièce , et les moutons environ six schellings trois pences.

Les animaux sauvages du Canada sont trèsnombreux, et plusieurs d’entr’eux fort incommodes. Ce sont le buffle ou bison, l’élan , le daim, l'ours, le loup , le renard , le chat sauvage , le linx, le wolverine, le catamount , le kincajew , la belette, l’hermine , le martin, le mint, la loutre , le martin-pêcheur , l'opossum, la bécasse, le lièvre , le lapin, l’écureuil noir, gris, roux, rayé et volant , le castor , le rat musc et le rat des champs, la taupe et le porc-épic.

Les Indiens supposent que le Mammoth habite toujours dans le Canada. Mais son exis-

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tence actuelle est très-douteuse. On a souvent trouvé des ossemens de ces énormes animaux dans les différentes parties de l’ancien et du nouveau continent, mais particulièrementdans ce dernier. D'après la forme de leurs dents, on suppose qu'ils étaient carnivores , et d’après la grandeur de leurs os, il est évident qu'ils avaient au moins dix fois la grosseur d’un éléphant. On découvre fréquemment de leurs restes aux différentes sources salées qui sont contigues à la rivière de l'Ohio, et dans plusieurs autres régions du Nouveau - Monde.

Les Indiens possèdent, relativement à ces animaux , différentes traditions dont plusieurs portent la teinte de l'absurdité. Un des gouverneurs de la Virginie, ayant demandé à quelques délégués de la tribu indienne du Delaware, ce qu'ils savaient relativement au Mammoth , le principal d’entr'eux prit aussitôt l'attitude oratoire, et avec la pompe analogue à l'élévation imaginaire de son sujet, il apprit au gouverneur qu'ils avaient une tradition transmise par leurs pères, portant qu'un troupeau de ces animaux parut tout-à-coup chez eux , et commenca une destruction universelle

des ours, cerfs, buffles et autres animaux qui avaient été créés pour l'usage des Indiens.

Mais que le grand homme qui d'en haut domine sur l'univers, jetant les yeux sur ce qui se passait au-dessous de lui, et voyant le carnage , en fut si furieux qu'il saisit son tonnerre et descendit sur la terre ; que s'étant assis sur une montagne voisine , à la pointe d’un rocher où l’on peut encore voir son siège et l'empreinte de ses pieds, il lança son tonnerre sur ces animaux destructeurs , de manière qu'ils furent tous exterminés , à l'exception d’un seul , qui, s'élançant en avant avec rapidité , se dirigea vers les grands lacs.

Le colonel G. Morgan , dit que quand il visita , pour la première fois, les sources salées sur l'Ohio , il rencontra un nombreux détachement d’Indiens , Iroquois et Wyandots , alors engagés dans une expédition belliqueuse contre la tribu de Chickasaw. Il choisit le principal chef, âgé de 84 ans, comme le plus propre à lui donner quelques renseignemens authentiques sur l'existence de ces animaux.

Après lui avoir fait quelques petits présens de tabac et de munitions et lui avoir fait l'éloge

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