‹ Voyage au Canada [microforme]Chapitre 21 sur 39 · ERA · texte numérisé non relu

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de la sagesse de sa nation, vanté ses exploits pendant la guerre et sa prudence pendant la paix , il lui avoua son ignorance relativement aux ossemens exposés à leur vue, et pria ce chef de lui faire connaître ce qu'il pouvait savoir sur ces débris gigantesques. « Tandis que » j'étais encore très-jeune, dit alors le véné- » rable monarque, je passai plusieurs fois sur » cette route pour aller combattre ivs Catabas; » et les vicux chefs sages et éclairés, parmi » lesquels était mon grand père, me firent part » de la tradition qui leur avait été transmise » relativement à ces ossemens, dont on n’au- » rait pu trouver les pareils dans aucune autre » contrée. Après que le grand esprit eût créé » le monde, il créa les différens oiseaux et au- » tres animaux qui l’habitent maintenant. Il » fitensuitel’homme;maisl’ayant forméblanc, » très-imparfait et d’un maüvais naturel , il le » plaça sur un des côtés de ce monde où il » habite encore , et d'où il a récemment trou- » vé un passage à travers les grandes eaux pour » venir ici être notre fléau. Le grand esprit, » n'étant point satisfait de son ouvrage , prit » un morceau d'argile noire, et fit ce que 1°s

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blancs appellentun nègre, avec une tête laineuse. Cet homme noir valait beaucoup mieux que l'homme blanc; mais il ne répondit pas encore aux vues du grand esprit, parce qu’il était imparfait. À la fin , le grand esprit , étant parvenu à se procurer un morceau d'argile parfaitement rouge , en forma l’homme rouge, absolument selon son intention, etilen fut tellement satisfait , qu’il le plaça sur cette grande île séparée des hommes blancs et des hommes noirs, et lui donna des règles de conduite, en lui promettant le bonheur s’il les observait fidèlement. Il prospéra en conséquence et fut parfaitement heureux pendant plusieurs siècles. Mais la jeunesse imprudente, oubliant à la fin ces préceptes , devint perverse. Pour l’en punir, le grand esprit créa le grand buffle ( c’est le nom qu’ils donnént au Mammoth) dontnous voyons, en cemoment, les os. Il fit la guerre à l'espèce humaine seule , et la détruisit toute , à l'exception de quelques individus qui se repentirent et promirent au grand esprit de vivre selon ses lois, s’il voulait les délivrer de cet ennemi dévorant. Aussitôt il

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» lança ses éclairs et son tonnerre , et détruisit » toute la race des Mammoths dans ce pays ; » à l'exception de deux (mâle et femelle) qu'il » renferma dans cette montagne que vous » voyer là bas , pour être mis de nouveau en » liberté, si l’occasion l’exigeait. »

Telles sont les idées que conservent les Indiens , relativement à ces surprenans animaux, et c'est le seul renseignement qu'il ait jamais été possible d'obtenir sur leur existence. D'après les dimensions étonnantes de leurs os, ilest évident qu’une volonté spéciale de la providence a seule pu opérer leur destruction. Car certainement aucun animal, ni aucun troupeau d'animaux des espèces actuellement existantes , n'aurait pu avoir assez de courage pour attaquer un monstre dont les énormes défenses ont plus de six pieds de longueur.

Néanmoins s'ils étaient carnivores ( et comme je l'ai déjà observé , c'est l'opinion générale), leur extraordinaire grosseur aurait dà les rendre trop inactifs, pour pouvoir donner la chasse à des animaux plus légers et plus souples; et par suite, d’après l'opinion de quelques personnes, l'espèce s’est probablement éteinte , faute de TouE I. 10

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nourriture suffisante. Mais cette opinion est tellement dérogatoire à la sagesse que le Divin Ordonnateur des mondes a déployée dans le graud œuvre de la création, que je n’oserais l’appuyer ; parce qu'il est entièrement invraisemblable que celui qui a donné l'existence à tous les êtres animés , n'ait pas, en même temps, pourvu à leurs besoins, et que, par un motif quélconque, il aitpu refuser à quelqu’un d’eux lacapacité de se procurer sa subsistance. Il est généralement admis que, soit quele mammoth fut carnivore ou graminivore, il aurait pu trouver aisément et abondamment à se nourrir dans quelle partie de l'Amérique que ce fût , s’il était capable de se donner les soins nécessaires pour y parvenir, comme il est impossible d’en douter. D'ailleurs un animal qui existait à une époque aussi récente que celle de la découverte de l'Amérique par Colomb , c’est-à-dire plus de cinq mille ans après la création, aurait-il pu être en danger de périr, faute de subsistance, lorsque, à cette époque , le pays fourmillait de toute espèce d'animaux sauvages, et abondaït en provisions

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