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Howay , accompagné d’un individu nommé Nowlan, américain d’origine, et par conséquent ayant une grande connaissance des bois, après s'être pourvus préalablement l’un et l’autre d'une hache, de six charges de poudre et de plomb, et d’une quantité suffisante d’alimens-æour leur dîner, se mirent en marche sur les traces de l'ours. C'était un jeudi de grand matin , le 12 décembre. Environ vers deux heures de l’après-midi quelques personnes les aperçurent traversant la Tamise, à la distance de plus de 7 milles du lieu d'où ils étaient partis. Ce fut le seul renseignement que nous pûmes obtenir sur eux, pendant 13 jours.
Après qu’ils eurent été quelque temps absens, leurs amis conclurent qu'ils avaient péri de faim ou de froid , ou qu’ils avaient été tués par l'ours blessé. Je partageais fortement l’opinion qu'ils avaient péri de froid, parce que le temps était extrêmement rigoureux , qu'ils étaient légèrement vêtus, sans briquet et totalement dépourvus de moyens de défense contre l'air et les élémens. Néanmoins je réunis un grand nombre de colons appartenant au territoire de Londres et de Nassouri; je leur proposai de
gr
nous munir de provisions pour quelques jours et d'aller à la recherche des deux malheureux chasseurs. Ils consentirent unanimement à cette proposition, et nous nous mîmes en route le lendemain matin, pourvus de compas , de boussoles et de trompettes, d’une bonne provision de munitions, de tout ce quäl, fallait pour faire du feu, et amenant avec nous quelques-uns des meilleurs chiens du pays. Dans l'intervalle qui s'était écoulé entre leur départ et le nôtre , il était survenu un dégel partiel qui n'avait pas laissé sur la terre le plus léger vestige de neige, excepté dans les lieux bas et humides. Nous n'eùmes donc pas de traces anciennes pour diriger notre marche, ni aucune idée de la route prise par Howay et Nowlan, excepté les renseignemens obtenusde ceux qui les avaient vu traverser la Tamise le jour de leur départ. Nous n'avions pas grand espoir de les trouver. Cependant nous continuimes pendant deux jours à explorer des milliers d’acres de terre, des interminables forêts, et des marais impraticables, où il ne paraissait aucun,vestige de traces humaines. Enfin, bien convaincus de l'inutilité de nos recherches,
1es jours heureux ment à en route npas , de nne proal, fallait ous quelys. Dans ur départ el partiel plus léger >ux bas et de traces e, ni auet Nowsde ceux e le jour rand esontinuàmilliers brêts, et paraissait in, bien erches,
nous revinmes chez nous, ayant renoncé à tout espoir de les revoir jamais, ni morts ni vivans. Néanmoins une considération diminuait un peu notre affliction. Les objets de nos recherches n'étaient point des pères de famille ; ils n’avaient pas sur les lieux de parens qui pussent donner des regrets à leur mort prématurée, de femmes qui dussent déplorer l'instant de leur union, ni d'enfans pour invoquer en vain
leur retour.
Treize jours s'étaient ainsi écoulés depuis le départ des deux colons aventuriers ; et tout espoir de leur retour s'était complètement évanoui. Le matin du jour de Noël, au moment où j'allais envoyer des messagers à quelquesunes des connaissances les plus intimes de Howay, pour les prier de faire l'inventaire de ses propriétés, je fus informé que lui et son compagnon étaient de retour depuis quelques heures , pleins de vie, mais dans un état déplorable. Aussitôt que je fus un peu revenu dc ma surprise , je me rendis auprès d'eux, impatient d'apprendre de leur propre bouche les détails de leur miraculeuse préservation. Jamais de
ma vie je ne vis un tableau de douleur, de Tour I 14
rar
196 LEUTRE XL pauvreté et de détresse aussi digne de pitié. Leurs formes amaigries, leurs yeux creus et hagards , leurs membres exténués, leurs vêtemens déchirés, produisirent sur mon imagination un effet tellement extraordinaire, que je m’approchai d’eux avec un sentiment de timi- / dité dont il m'était impossible de me rendre compte. Je m'assis près d'eux, et, pendant quelque temps, je crus que je conversais avec les esprits des défunts. Durant un entretien de plusieurs heures, il me fut impossible de banunir complètement cette idée de mon esprit. La préservation de ces deux êtres me parut une preuve de l'intervention de la Providence plus marquante et plus signalée que tout ce dont j'ai pu entendre parler jusqu’à ce jour. Comme ces détails doivent être intéressans pour vous qui ne connaissez pas les bois et les déserts de l'Amérique , je vais vous en faire un récit exact où vous ne trouverez que la plus stricte vérité,
sans la plus légère exagération.
Le jour de leur départ , ils poursuivirent l'ours qui se dirigea vers le nord-ouest pendant environ vingt milles ; et à la nuit , ils s’arrétèrent sur ses traces. Après beaucoup de diffi-
le pitié.
creus et rs vête- | imagie, que je de timie rendre pendant sais avec retien de de bansprit. La arut une ence plus ce dont Comme our vous serts de cit exact e vérités
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cultés , ils réussirent à faire du feu , étant parvenus à se procurer de la lumière en appliquant un morceau de linge sec au bassinet de leur fusil, au moment où ils en faisaient partir la détente. Ils passèrent ainsi, sans souper et sans se coucher, la première nuit qui fut extrêmement froide.
Le lendemain matin , ils continuèrent leur chasse, aussitôt qu'ils eurent mangé un petit morceau de pain , reste, de leur dernier diner, qu'ils partagèrent également entre eux et leur chien. Vers midi, lorsqu'ils eurent suivi les traces de l’ours, etses tours et détours pendant l'espace d'environ vingt milles, il leur fut impossible de distinguer le Nord d'avec le Sud ; et paï conséquent , ils se regardèrent comme perdus dans l’immensité de ces forêts illimitées. Ils convinrent de ne pas poursuivre plus long-temps l'animal, convaincus qu’il les conduirait encore plus loin dans des déserts d’où ils ne pourraient plus sortir sans une extrême difficulté , parce que la neige disparaissait rapidement , et que la pluie continuait à devenir plus forte. Ils se rappelèrent alors que dans la première partie du jour, ils avaient croisé,
dans leur route, les traces d’un autreours, qu'ils s'imaginérent pouvoir les ramener vers leurs habitations. Ils résolurent imprudemment de suivre ces traces , se flattant d’ailleurs que , si elles ne les ramenaient pas chez eux, elles les conduiraient au moins à la retraite de l'ours; et que s'ils parvenaient'à le tuer, même dans un licu éloigné de toute habitation, sa chair leur servirait de nourriture, et sa peau serait pour eux un lit plus commode que la terre couverte de neige sur laquelle ils avaient bivouaqué la nuit précédente. D’après des probabilités aussi peu fondées , ils suivirent ces nouvelles traces, jusqu’à la disparition totale de la neige, Dans ce momeut le ciel se couvrit de nuages d’une manière tellement effrayante, qu’ils se déterminèrent enfin à renoncer à l'idée de continuer leur chasse , et à ne plus songer qu'à sortir de ces déserts pour ne pas y mourir de faim. Ils étaient alors sur les bords d’un petit ruisseau , dont ils résolurent de suivre le cours , espérant qu'il les conduirait à la Tamise, dans laquelle ils ne doutaient pas qu'il n’allât verser ses eaux. Ils passèrent la seconde nuit sur le bord de ce ruisseau , mais sans pou-
, qu'ils s leurs sent de que , si clles les l'ours ; 1e dans a chair a serait la terre ent biprobaes noule de la vrit de yante, à l’idée songer mourir l’un peivre le la Taas qu'il econde
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voir prendre de repos. Il ne cessa de pa .voir, et ils eurent beaucoup à souffrir. Iis se trouvaient dépourvus de tout abri, couverts, seulement en partie, de quelques morceaux d’écorce. Ils entendaient les loups hurler autour d'eux; les vents se déchainaient avec la plus violente furie ; les arbres courbaient jusqu'à terre leur cime altière ; et plusieurs , déracinés par de violentes secousses, tombaient, pour neplus se relever , près du lieu où nos deux voyageurs cherchaient en vain le repos.
Le troisième jour, ils continuerent leur voyage , en suivant le cours du ruisseau , qui, s’élargissant toujours de plus en plus , les porta À croire que c'était le commencement de quelque grande rivière : ils espérèrent que ce pouvait être la Tamise elle-même. Vers midi, la violence de la tempête commança à se calmer, mais sans que le froid diminuât, ou que la pluie cessit. Un peu avant le coucher du soleil, ils tirérent sur une perdrix qu'ils eurent le milheur de manquer : trois charges de poudre et de plomb étaient alors tout ce qui leur restait. Mais l'espérance et sa consolante influence les empêchèrent de tomber dans l'abat-
200 LETTRE XF.
tement : ils s'attendaient à voir bientôt le terme de leurs fatigues et de leurs souffrances. Cependant la troisième nuit se passa d’une manière aussi triste que les précédentes , et le matin les trouva livrés au plus complet désespoir.
Le quatrième jour, ils éprouvèrent une faim extrême et la plus grande lassitude. Leur soif devint également insatiable. Ils étaient obligés de boire toutes les cinq ou six minutes.
Dans l'après-midi, leur faim s’accrut à un tel degré, qu’ils auraient mangé quelle chose que ce fût , excepté de la chair humaine. 1l était alors six heures, et ils n’avaientencore pris aucune espèce d’aliment. L’effrayante idée de mourir de faim, vint pour la première fois frapper leur imagination. Cependant , avant que l'obscurité de la nuit füt devenu complète, ils parvinrent à tuer une perdrix, dont ils mangèrent imprudemment la moitié à leur souper, et se régalèrent du reste le lendemain à déjeuner ; se conformant ainsi, mais dans un sens opposé au véritable, à cette maxime de l’Écriture Sainte, qui dit qu'il ne doit pas y avoir de lendemain pour un Chrétien; ils nous dé-
tôt le ances.
ne maet le et dé-
Le faim ur soif + oblinutes.
un tel se que Il était ris auée de e fois avant iplète, manuper, déjeusens Écriavoir s dé-
clarèrent que leur faim n'avait pas été plus apaisée en mangeant cet oiseau , qu'elle ne l'eùt été à une époque plus heureuse de leur vie , en avalant une cerise. Il ne leur restait guère plus alors qu'une charge de fusil, et ils résolurent de la conserver pour allumer du feu ; sachant bien que dans la reprise du froid, s'ils étaient exposés pendant une seule nuit au mauvais temps, sans pouvoir se préserver de ses effets par la chaleur du feu, leur perte était inévitable.
La cinquième nuit fut extrêmement froide, et Nowlan s’aperçut le matin que ses picds étaient dangereusement gelés. Quelque malheureuse que fût leur position avant cet événement déchirant, ils devinrent encore plus à plaindre. Cet être infortuné eut alors à souffrir une complication de maux qu'il n’avait pas encore éprouvés : le besoin impérieux de la faim qu'il ne pouvaitsatisfaire, une soif continuelle, impossible à apaiser, une fièvre violente qui semblaitne pasdevoir diminuer, et le souffle impitoyable de la tempête, contre laquelle il n'avaitaucun abri : à tous ces maux venaitse réunir ladouleur laplus cruelle à laquelle l'espèce hu-
maine puisse être exposée. Jusqu'à ce déplorable événement, ils avaient parcouru au moins cinquante millesparjour, marchantou,comme ils le disaient eux-mêmes , courant depuis le lever du soloil jusqu'à son coucher : à peine pouvaient-ils alors parcourir la moitié de cette distance , et ce n'était pas même sans être obligés de faire les plus pénibles efforts.
Dans l’après-midi du sixième jour, le soleil se montra quelques instans , et les convainquit qu'ils n'étaient pas sur les bords de la Tamise: cette connaissance accrut encore leur malheur, en leur donnant à penser qu'ils étaient sur les bords d’une rivière qui pourrait les conduire aux rivages désolés et déserts des lacs Huron ou Saint-Clair. Néanmoins ils continuèrent à suivre son cours, dans l'espoir de découvrir quelque établissement Indien, espoir qu'ils n'auraient pas, s'ils s'écartaient du rivage. Aussitôt que le soleil eut disparu, ils découvrirent un bateau sur le côté opposé de la rivière, et un peu plus loin un canot. L'apparition de ces embarcations leur fit présumer qu'ils ne pouvaient être éloignés de quelque nouvel établissement ; mais lorsqu'ils eurent
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déplou moins comme puis le à peine de cette ins être
le soleil vainquit Tamise :
nalheur, tsur les ‘onduire s Huron tèrent à couvrir r qu'ils ve. Ausdécoue la riappaésumer juelque eurent
avancé quelques milles de plus sans rencontrer aucune autre trace d’habitant , ils conclurent que ces embarcations avaient été entrainées par le courant à la suite du dernier dégel, et avaient été arrètées à la pointe où ils les avaient aperçues. Ils étaient au moment de couper un peu de bois pour la nuit, lorsqu'ils découvrirent, à quelques perches devant eux, une meule de foin : à peu de distance, et du même côté de la rivière, le foin paraissait avoir été fauché sur les plaines ou bas fonds , où il croit naturellement à l'ombre des épaisses {urêts. Cette circonstance , se rattachant à la découverte récente du bateau et du canot , leur persuada qu'ils étaient dans le voisinage de quelque établissement. La meule de foin leur fournit un asile très-commode pour la nuit, et leur parut préférable au meilleurlit dans lequel ils eussent jamais couché.
Le matin du septième jour, ils se levèrent très-rafraîchis, après avoir joui, pour la première fois depuis leur départ, des douceurs de quelques heures d’un profond sommeil. Ils se confirmèrent de nouveau, par l'incident de la meule de foin , dans la résolution de ne pas
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s'écarter du bord de la rivière , encouragés par l'idée qu il les conduirait infailliblement à quelque lieu habité ; mais leur chien, ce fidèle compagnon de leurs dangers , et qui avait partagé leurs privations et leurs sonffrances, se trouva , dans cette matinée, incapable d’avancer plus loin. Lorsqu'il tenta de les suivre , il chancela quelques pas, et tomba ensuite sans pouvoirse relever. Dans cet intervalle , la faim des deux voyageurs s'était accrue à un tel point, qu'ils auraient pu manger les alimensles plus dégoûtans : néanmoins ils éloignèrent la pensée de tuer leur chien. Ils le laissèrent mourir d’une mort lente, plutôt que de tremper leurs mains dans le sang de cet animal fidèle et souffrant. À peine avaient - ils dépassé d’un mille la meule de’ foin, qu’ils furent arrêtés par un marais impraticable qui les força de quitter la direction de la rivière. Les difficultés semblaient les entourer de tous côtés : l'espoir n'avait paru luire un moment à leurs yeux que pour ajouter à tous leurs maux, celui de se voir désappointés dans leur attente. Ils se trouvèrent encore une fois forcés d’errer dans ces déserts où on ne voyait aucune route,
ragés par 1t à quelce fidèle vait parinces, se e d’avanuivre , il uite sans , la faim À un tel imensles iérent la aissèrent de tremanimal lent - ils , qu'ils able qui rivière.
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LETYRL XL. 20)
avec une bien faible espérance de pouvoir regagner le bord de la rivière.
Ils parcoururent , le huitième jour , une grandedistance, etle neuvième, à quatre heures après-midi, ils distinguèrent les traces de deux hommes et d’un chien. Ils s'imaginérent alors qu'ils approchaient enfin de l'établissement, objet si ardemment désiré de leurs vœux : cette pensée ranima leur force et leur courage. D’après cette opinion, ils se portèrent en avant avec la conviction que l'issue du sentier qu’ils venaient de découvrir serait le terme de leurs malheurs , en les conduisant au milieu de leurs semblables. Jugez quel dût être leur découragement , lorsque vers le soir, ils se trouvèrent revenus au même lieu où ils avaient couché cinq nuits auparavant. L'espoir ne vint plus alors ranimer leurs âmes abattues ; ils n'eurent point la pensée , ils ne conçurent pas même le désir de prolonger leur misérable existence.
Ils s’assirent donc sans faire de feu, et résolurent de mettre, cette nuit même, fin à leurs malheurs et à leur vie. Les larmes coulèrent alors sur leurs traits égarés, leurs regards mutuels leur apprirent à quel point l'un
ns
206 LiT'TRE XI
ct l’autre étaient changés; la crainte la plus vive qu’ils éprouvèrent fut celle que l’un d'eux mourûüt avant l'autre, et que le survivant expirât sans qu'il fût donné aucune larme à sa mort. Une autre réflexion vint ajouter encore à leurs tourmens : ce fut la probabilité d’être dévorés après leur mort par les monstres féroces des déserts. Howay, néanmoins, avec un peu plus de force d'esprit, s'encourageait encore lui-même par la pensée que la destruction ainsi opérée de son enveloppe mortelle ne l'empêcherait pas de paraître , devant son Créateur, digne d’être admis dans son sein. Mais Nowlan, quoique déjà soixante hivers eussent sillonné ses joues, avait très-peu de notions sur l'avenir qui l’attendait. Son corps nérissable attirait seul son attention. Nourri sur cette terre d’impiété et d'infidélité, ses idées sur la divinité et ses attributs n'étaient pas calculces de manière à élever ses regards jusqu'aux félicités d'un meilleur monde: à peine avait-il la plus légère notion de l'Evangile et des trésors de miséricorde qu'on peut y puiser. Ce monde bientôtne devait plus être d'aucun intérêt pour lui, et il ignorait complètement ce qu'il pou-
e la pius "un d'eux ant expirme à sa er encore lite d’être nstres fens, avec encourae que la nveloppe itre , dedans son nte hivers u de no- Corps Dé- Durri sur ses idées t pas calusqu'aux e avait-il
s trésors e monde srêt pour u’il pou-
vait atttendre de l'éternité. Combien est déplorable la situation d'un tel être? n'eût-il pas mieux valu pour lui qu'il n’eût jamais existé? Avec l'espoir brillant et bien fondé d’une heureuse immortalité , on peut se réjouir au milieu des tribulations et des épreuves même les plus pénibles ; mais dépourvu de ces puissantes consolations à l'heure de la mort, l’homme assez malheureux pour être ainsi abandonné à luimême , doit nécessairement:'mourir de désespoir, succombant à la fois sous le poids du malheur et des remords. |
Après s’êtrelirrés pendant environ une heure aux plus sombres réflexions , (temps pendant lequel ils ont déclaré tous deux que si un arbre avait été au moment de tomber sur eux, iis n'auraient fait aucun effort pour échapper à son atteinte destructive ) , ils commencèrent à considérer comme un devoir, d'employer les moyens que la Providence avait mis à leur disposition pour la conservation de leur vie, qu'eile seule avait le droit de reprendre, puisque c'était elle qui la leur avait donnée , et ils résolurent de faireencoreune fois du feu. Ilsn”y parvinrent qu'avec une extrême difficulté, parce qu'ils
ss stitlie RENE PER PORT RP LES TR
200 LETIRE XI,
étaient tellement affaiblis, qu'ils eurent beaucoup de peine à réunir une quantité de bois suffisante. Comme ils employèrent à cette opération les derniers grains de j'oudre qui leur restaient , ils ne furent plus susceptibles que d'une seule émotion, celle d’une horreur impossible à décrire, à l’idée que la nuit suivante ils devraient payer leur dette à la nature de la manière qui répugnait le plus à leurs sentimens. Ils parlèrent alors avec liberté d'esprit, mais avec une expression mélancolique od la manière dont la gelée accomplirait leur destruction : ils se réunirent à l'opinion la plus probable qu'elle commencerait d’abord par attaquer les extrémités de leur corps , et gagnerait ensuite insensiblement les parties vitales, jusqu’à ce que le sang qui circulait vers le cœur fût entièrement glacé. Après cette conversation, ils se couchèrent sur la terre , oubliant presque entièrement le passé, et ne s’inquiétant point de l'avenir, s’efforçant de se résigner au sort qui les attendait, quel qu'il pût être.
Le matin du neuvième jour de leur déplorable voyage, ils se levèrent dans un état de parfaite apathie, et commencerent à traverser
cent beau- ; de bois ette opéqui leur ibles que rreur imt suivante ure de la irs sentid'esprit, queod la leur desn la plus rd par atet gagne-
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les mêmes terres qu'ils avaient parcourues six jours auparavant. Ils arrivèrent le soir à la meule de foin où ils’avaient laissé le chien; ils le trouvèrent vivant, mais incapable de se tenir sur ses pattes. Ce n’était plus absolument qu'un squelette , et il paraissait livré à l’agonie de la mort. Le désir de prolonger leur existence se fit encore une fois sentir à leur cœur ; ils résolurent de chercher le plus promptement possible une nourriture quelconque : leur appétit était devenu tellement vorace , qu'ils enlevèrent l'écorce d’un ormeau, et dévorèrent une grande quantité de la partie intérieure; mais à peine en eurent-ils mangé, qu’ils tombèrent dans un violent délire, et furent forcés de s'étendre au milieu du foin, où ils restèrent jusqu’au lendemain dans l’agonie du désespoir.
Au point du jour de la dixième matinée, ils étaient beaucoup mieux et auraient voulu se lever ; mais se rappelant alors qu'ils n'avaient plus rien de ce qui leur était nécessaire pour faire du feu, ils résolurent de se rouler de nouveau dans le foin, et d’y attendre tranquillement l'heure de leur dissolution , de quelle manière qu'elle vint à s'opérer. Ils venaient à peine
de prendre cette résolution, lorsqu'ils entendirent le son, si réjouissant pour eux en pareille position, de la clochette d’une vache qui paraissait provenir du rivage opposé de la rivière. Ils se levérent aussitôt , et examinant ces lieux, ilsdécouvrirent à leur inexprimable satisfaction une hutte en bois, récemmentélevée, maisnéanmoins sans que rien indiquât qu’elle fùt habitée. Pendant quelque temps, ils se sentirent disposés à douter de ce qu’ils voyaient de leurs propres yeux, et à considérer la hutte comme un pur fantôme de leur imagination. Ils se rappelaient avoir passé dans ces mêmes lieux sans avoir remarqué aucun bâtiment : mais en retraçant à leur pensée Ia circonstance du bateau et du canot, ils furent convaincus que tout ctaitréel. Délicieuse réalité ! Hs résolurent donc de parvenir, par un moyen quelconque , à traverser la rivière à gué, et parcourant ses bords d'un pas faible , mais le cœur tressaillant de joie et de bonheur , ils eurent bientôt découvert un endroit guéable. En arrivant au rivage opposé, ils furent accueillis par un blanc et deux Indiens , qui les conduisirent dans la maison d’un individu nommé Townsend, qu'ils
JS entenà pareille qui paa rivière. es lieux, tisfaction \aisnéanfüt habisentirent t de leurs e comme )n. Ils sc mes lieux : mais en e du bas que tout rent donc e, àtrases bords hillant de t décout au rin blanc dans la d,quils
connaissaient, et dequiils reçurent tousles secours que pouvait exiger leur déplorable situation. Lorsqu'ils eurent repris toutes leurs facultés morales , leur premier soin fut de remercier le ciel de leur heureuse délivrance.
Peu de mois avant cet évènement Townsend avait découvert une source de sel sur les bords de la rivière de Sauble et commençait alors à
établir une manufacture de cet article, à une
distance d'environ 20 milles de toute habitation humaine. Cet embryon de manufacture de sel était le bâtiment que Howay et Nowland avaient découvert après avoir entendu la clochette de la vache. Ce fut une circonstance très-heureuse pour eux : car si ce lieu avait été inhabité, ainsi qu'il l'était peu de temps auparavant, ils auraient, sans aucun doute, rendu leur dernier soupir sur les bords de cette rivière ( jusqu'alors inconnue) qui se rend dans le lac Huron sur un point éloigné d’environ 100 milles de toute habitation. Ils n'étaient plus qu'à 00 milles du lac lorsqu'ils furent arrêtés parle marais. En voulant, l'éviter ils étaient, par inadvertance, rentrés dans les bois; et en
découvrant leurs propres traces, ils étaient re- Joue E 19
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venus, sans le savoir, au méme lieu où ils avaient couché cinqnuits auparavant ;circonstance qu'ils déplorèrent alors comme un malheur des plus funestes, mais qui, par suite, ainsi que vous venez de le voir, fut la cause de leur délivrance presque miraculeuse.
À la maison de Townsend, ils'‘étaient à 50 milles de chez eux, et, dans tout cet espace, ils avaient à traverser des déserts; mais on y avait pratiqué des sentiers marqués par des incisions dans l'écorce des arbres, à la manière des Canadiens. À cette époque, les pieds de Nowlan étaient dans le plus mauvais état, et comme il ne pouvait se procurer dans cette demeure isolée les remèdes nécessaires peur prévenir une mortification, il partit le lendemain de grand matin avec son compagnon d'infortune. M. Townsend les pourvut obligeamment de provisions et de tout ce qui leur était nécessaire pour leur voyage ; etle treizième jour, depuis leur départ de l'établissement Talbot , ils eurent le bonheur de revoir leurs foyers. Juÿez, d'après ce récit, si l’on doit envier aux Américains le plaisir de la chasse aux ours.
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is on Y par des manière pieds de état, et ns cette es peur e lendepagnon ut obliqui leur eizième ent Tals foyers.
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Le Loup. — Le Carcajew. — Le Renard. — Le Catamount. — Le Chat sauvage. — Le Linx ou LoupCervier.—Le Kincajew.—La Belette.
— L'Hermine. — Le Skunk — L’Opossum — LeCochon deterre— Le Lièvre. — Le Lapin. — L'Écureuil, gris, noir, rouge, rayé etvolant.— Le Castor.— Le Rat musc.— La Souris. — La Taupe. — Le Veau marin. — Le Cheval marin, — et les Vaches marines.
On lit dans la grammaire géographique , his torique et commerciale de Guttries ce passage extraordinaire , relatif à un animal trop bien connu en Amérique : « Les loups sont rares en » Canada , mais ils fournissent les plus belles » fourrures du pays.» Aucune de ces assertions n’est vraie. Ce savant géographe, en écrivant ce passage était certainement occupé de toute
autre chose plus importante à ses yeux: car il n'existe rien dans les annales de l’histoire américaine , qui puisse confirmer son assertion.
Les loups sont très-nombreux dans tout le Canada et ne donnent aucune fourrure. Leurs peaux sont, s'il gst possible , inférieures à celles du chien et de si peu de valeur que, quand ces animaux sont tués on les dépouille rarement.
Leur chair est noire et d’une qualité si détestable , que le plus sauvage habitant des déserts ne voudrait pas en goûter. Ils sont incapables de monter sur l'arbre lemoinsélevé, et lorsqu'ils poursuivent un autre animal , ils abandonnent leur chasse aussitôt qu'ils voient leur proie se réfugier sur un arbre. Il n'y a aucun point du Canada où les chevaux, les moutons et les cochons soient exempts des ravages de ces animaux féroces et carnassiers: mais ils attaquent rareæent l’homme, à moins qu'ils ne soient extrêmement pressés par la faim.
Dans les États-Unis, on donne une prime de 20 et quelquefois de 50 dollars, à tout homme qui porte une tête de loup devant le magistrat de la résidence la plus voisine. Par ce moyen, les Américains peuvent espérer de
+ car il re améion.
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à tout evant le ne. Par D érer de
LETYUE XI. 215
les voir bientôt entièrement expulsés de leur pays. Îl est également en usage dans certains districts du Canada d'offrir quelques dollars pour chaque tête de loup, pourvu qu'il ait été pris par un blanc. Quelque modique que soit cette rétribution, si cependant on voulait l’étendre aux Indiens, ils détruiraient dans un mois un plus grand nombre de ces animaux dévastateurs , qu’on n’en tue en ce moment dans un demi-siècle. Les natifs, justement offensés de voir que cette libéralité ne s'étend pas jusqu'à eux, ne sacrifieraient pas une charge de poudre et de balles, quand même ils seraient certains de tuer une demi-douzaine de loups, parce que leurs peaux n'ont aucun prix et que jamais l’on ne mange leur chair.
Tous ceux qui connaissent les Indiens savent qu'ils n'ont aucune prédilection pour les plaisirs qui ne leur procurent aucun avantage, et que, par conséquent, ils passeraient à côté d’un loup sans y faire la moindre attention.
Le Carcajew, quelquefois appelé mangeur de castors, ressemble à un blaireau : il a environ deux pieds quatre pouces de longueur; le corps gros et court; les jambes courtes et fortes,
216 ÉETTRE XII.
et de grandes griffes ; sa queue a environ huit pouces de long, et est très-fourrée. Sa tête est grise, son dos noir, et son abdomen d’un brun rougeâtre. Il vit dans des trous ou terriers ; il est carnivore, et se nourrit aux dépens des animaux qui lui sont inférieurs en force, toutes les fois qu’il peut en attraper. Pennant assure qu'il est capable de détruire un cerf en s’attachant à ses cornes, et s'y maintenant jusqu’à ce que l'animal soit entièrement épuisé par les efforts qu’il fait pour se délivrer de son ennemi. Mais je suis porté à douter de la vérité de cette circonstance.
Les Renards sont très-communs et aussi dangereux pour les poulaillers que les loups pour les parcs de moutons : il y en a de beaucoup d'espèces dans le pays, quoiqu'’on les voie rarement le jour. La peau du renard noir est très-estimée : elle vaut environ 4 dollars. Les peaux des renards gris et rouges se vendent ordinairement 6 schellings.
Le Catamount est un animal de l’espèce du chat. Il n'en a pasété vu en Canada depuis plusieurs années. Il est un peu plus long qu'un loup : sa queue a près de trois pieds ;
on huit ête est n brun riers 3 il les aniutes les re qu'il tachant ce que ; efforts ii. Mais tte cir-
ssi danps pour aucpup oie raoir est rs. Les endent
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LETTRE XIf. 217
il a les jambes courtes et le corps vigoureux. On dit que le catamount vit du sang qu'il boit en le suçant à la veine jugulaire des animaux qu'il peut attraper.
Le Chat sauvage est l'animal dont l'aspect est le plus redoutable. Sa tête est énorme; il a environ trois pieds de long; ses griffes sont d'une grandeur remarquable, et ses membres sont très-forts. Il est très-féroce ; mais il n'aitaque jamais un homme , excepté quand il est irrité par des blessures. Sa couleur est d'un gris jaunâtre, avec des taches noires et des raies.
Le Linx ou Loup cervier ne se voit pas souvent dans les parties peuplées du Canada, quoique, à en juger par les peaux que j'ai vus à Montréal, ils doivent encorc être très-nombreux dans le territoire du nord-ouest. Le loup cervier est plus grand qu’un chat de taille ordinaire ; il a une très-belle fourrure ; sa couleur est un gris bigarré , excepté sa queue qui est noire.
Le Kincajew est à peu près de la même grosseur que le linx ; ses formes sont agréables et ses membres indiquent de la vitesse et
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210 LETTRE XF.
de l’activité : sa queue a près de trois pieds de long.
La Belette ,mustela nivalis, ressemble exactement, dans l'été, aux animaux de même espèce en Angleterre. Elle devient blanche en hiver, comme le lièvre : alors sa fourrure est très-fine et d’une beauté remarquable.
L'Hermine , mustela candida, ne diffère que très-peu de la belette, en forme, en grosseur et en habitudes ; sa couleur est en été un noir tacheté vers l’extrémité de la queue. Les bouts des oreilles sont d’un gris clair. En hiver, cet animal est entièrement blanc.
Le Skunk ou Chaffouin américain, mustela americana fætida , que l’on nomme aussi enfunt du diable, a près de deux pieds de, long et il est d'une grosseur proportionnée. Sa queue est longue et très-garnie; son poil presque tout noir, avec quelques taches blanches, irrégulierement parsemées sur tout le corps. 1] sent mauvais pendant le jour; et, par cette raison , on ne le voit presque jamais dehors que le soir, lorsqu'il sort pour chercher de la nourriture. Les Canadiens mangent sa chair et emploient son huile à guérir les enflures qui proviennent
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LETTRE XIT. 211
de toute espèce de meurtrissures. Il est doué d'organes particuliers qui recèlent et conservent une espèce de liqueur volatile, fétide, qu'il a aussi la faculté de lancer jusqu'à la distance de vingt verges. Lorsqu'il est attaqué , il ne manque jamais d'envoyer une abondante décharge de ces munitions offensives et il abandonne rarement le combat , avant que toute sa réserve soit épuisée.
L’Opossum , didelphis marsupealis , a environ vingt pouces de long ; sa queue est dépourvue de poil, et couverte d’écailles qui lui donnent l'aspect d’un serpent. Ses pieds et ses oreilles sont également d’une nudité complète; il se sert de ses griffes comme un singe : son poil est long et grossier ; sa couleur d’un gris de différentes nuances. La femelle a sous le ventre une poche dans laquelle elle cache ses petits, lorsqu'elle est poursuivie par un homme ou par une bête : elle peut l'ouvrir à volonté. Lorsque ses petits viennent de naïtre, ils se tiennent dans cette poche, jusqu’à ce qu'ils puissent courir.
Le Cochon de terre est un animal inoffensif; son corps ressemble à celui d’un cochon an-
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glais : mais ses jambes sont comme celles d’un ours, et sa tête également semblable à celle d’un bichon. Il a environ dix-huit pouces de long ; ilest très-fort. Cet animal se terre comme le lapin , et demeure dans son terrier pendant la plus grande partie de l’hiver. Il est graminivore et on assure que sa chair est aussi bonne que celle du mouton. On se sert de sa peau pour faire des lanières de fouet, et on l'estime supérieure, pour cet usage, à tout autre cuir.
Le Lièvre du Canada, lepus hyeme albus, est très-petit, très-chétif, et ne mérite pas une charge de poudre et de plomb. En hiver, il est tout blanc.
I! n’y a d’autres lapins en Eanada que ceux qu'on y à importés.
Le Racoon, ursus lotor, ressemble au renard pour la forme et la grandeur. Sa tête, ses pieds et son corps sont gris; sa queue , qui est longue et bien fournie, est entourée d’anneaux de gris et de noir qui se succèdent alternativement. Ses habitudes ont une ressemblance frappante avec celles de l’écureuil : comme lui, il escalade les arbres les plus élevés, et joue entre leurs branches, sautant de l’une à l’autre avec
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