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Le Buffle, (le Bœuf du Canada), quoique entièrement inconnu dans la partie peuplée du Haut-Canada, est toujours très-commun dans le territoire nord-ouest. Il est plus gros que le bœuf domestique , surtout vers la tête, le col et les épaules. J’ai mesuré le seul que j'aie vu en Canada : il avait neuf pieds six pouces de long, depuis la plus basse extrémité deses cornes, jusqu’àl’insection de sa queue. Sa hanche ou son épaule , était àsept pieds quatre pouces de la terre ; et la circonférence de son corps , dans la partie la plus large, était de huit pieds onze pouces. Sa tête et son cou.
étaient d’une grosseur prodigieuse ; le poil sur sa tête, son cou et ses épaules , était long et très-frisé , surtout vers le front. Les Canadiens emploient leurs peaux pour se garantir de l'inclémence de l'air, lorsqu'ils voyagent sur des chariots. On les appelle communément Petites Robes , et elles se vendent environ sept dollars. Un Buffle dans toute sa croissance pèse environ 2400 livres.
Les Daims sont très-communs , même dans
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182 BETIRE X.
les parties les plus populeuses du p2ys : ils sont plus gros que les animaux de même espèce dans la Grande Bretagne. Chaque quartier pès: généralement cinquante livres, et souvent davantage. Pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, ils se réfugient dans les criques ctrivières. pour échapper aux violentes attaques des mouches qui, pendant le jour, les privent de repos, et les empêchent de prendre de la nourriture. Dans cette saison de l’année, leur chair est meilleure à manger, et on les tue facilement dans l’eau. La manière de les tirer est assez singulière. Deux personnes, l’une armée d'un fusil , l’autre d’une rame, descendent la rivière dans un canot, sur le tillac duquel est suspendue une lanterne sourde: le canot vogue au milieu de la rivière, et, lui laissant descendre le courant , l'homme qui gouverne prend soin de faire, avec sa rame, le moins de bruit possible; en arrivant à environ deux ou trois cents verges du daim, ils l’entendent jouant dans l’eau, ets’assurent ainsi, autant que cela leur est possible , du lieu où il se tient. Le canot est alors immédiatement dirigé vers lui : aussitôt qu'il aperçoit la lumière, il demeure
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immobile, paraissant l’admirer avec la plus grande attention. Ses yeux brillent comme des globes de feu, et à mesure que le canot approche de lui, cet éclat augmente sensiblement. Le chasseur ne fait aucun mouvement, jusqu'à ce que le canot ne soit plus qu’à cinq ou six verges du daim. Alors il décharge son arme, avec l'entière certitude de ne pas manquer sa proie. Il saigne ensuite son gibier, et le dépose sur les bords de la rivière ; il continue à descendre le courant, où , de cette manière, il tue fréquemment deux ou trois daims avant que le jour ne paraisse : lorsqu'il s'aperçoit qu'il approche, il vire de bord, prend son gibier et revient triomphant chez lui : c'est la seule espèce de chasse qui soit utile et agréable en Canada. Celle-ci même serait un amusement dangereux pour un homme qui ne serait pas vigoureux et en pleine santé. On est toujours certain d’être bientôt en proie à l'humidité pendant la nuit, et on est forcé de rester dans le même état jusqu’au matin. Les rosées sont trèsabondantes dans cettesaison de l’année : et une retraite d’un mois avec une fièvre violente ba- Jancent souvent, d’une manière très-fâcheuse,
l'amusement qu'on à pu prendre pendant une seule nuit.
L'Étan (Cervus alces), est maintenant trèsrare en Canada, ou même n’y est jamais vu ; quoique , d’après le nombre de cornes qu’on en voit en différens points du pays, il est trèscertain que ces animaux y étaient autrefois trés-nombreux. Ses cornes sont d’une étonnante grandeur, ayant cinq pieds d’une extrémité à l’autre. La marche de l'élan est trèslente ; ilest presque inactif, et par conséquent incapable de traverser les bois avec cette facilité et cette célérité particulières au daim. C’est pour cela qu’un grand nombre de ces animaux a été détruit à l’époque des premiers établissemens faits dans le Canada.
Le Caribou, distingué par ses bois divisés en plusieurs branches et ses maîtres-andouillers, se trouve dans les parties du Bas-Canada qui bordent le district du Maine. Ces animaux, ainsi que tous les autres de l'espèce du cerf, se nourrissent d'herbes sauvages et des feuilles des arbrisseaux les plus mucilagineux. Dans Fhiver, ils subsistent de noix et de grains qu'ils
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Les Ours Américains (ursus niger) différent très-sensiblementdansleursdipositions, desanimaux de même espècequi habitent l’ancien continent. Ils n’attaquent jamais l’homme, quand ils ne sont pas blessés ou irrités par les chiens, si ce n’est pour protéger leurs petits. Néanmoins, ils incommodent extrêmement les colons de toutes les parties du Canada. Dans l'été, ils errent sur la lisière des bois voisins des habitations pour surveiller le moment où les troupeaux de cochons entrent dans les forêts à la recherche des noix, et souvent ils détruisent un grand nombre de ces animaux grogneurs. Lorsqu'un troupeau de cochons est ainsi attaqué, tous les membres se réunissent et forment un cercle dont les têtes sont les points externes de la circonférence. Rangés de cette manière, ils présentent un front redoutable aux ours, leurs ennemis, qui souvent sont forcés d’effectuer une retraite temporaire, loin du champ de l’action. Mais, en général , les assaillans sont heureux, excepté lorsqu'ils rencontrent les redoutables défenses
des vieux cochons qui portentla destruction chez leurs féroces adversaires. Deux ours suffisent pour mettre en déroute cent jeunes cochons, et souvent dans une seule nuit ils en détruisent assez pour avoir de quoi assouvir leur faim pendant un mois entier. Ilest naturel de penser que des animaux si nuisibles aux fermiers Canadiens, dont la plus grande source de richesses et d’agrémens consiste dans le bétail et les troupeaux, doivent devenir des objets d’hostilités publiques, aussi bien que particu- Jières. Mais il y a un autre motif qui ergage les Canadiens à détruire autant de ces dévoreurs de cochons qu'il est en leur pouvoir de le faire. La valeur de leurs peaux qui se vendent de cinq à sept dollars, et l'excellente qualité de leur chair, que l’on dit supérieure à celle des meilleurs cochons, sont des motifs d'émulation qui engagent un grand nombre de chasseurs (qui n’ont ni troupeaux ni bestiaux à protéger) à leur faire la guerre. L'huile que produit la graisse d'ours est aussi très-appréciée et est recherchée parles quakers américains, comme un excellent remède pour toutes les douleurs, particulièrement pour celles qui rentrent dans la
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classe des rhumatismes. Un ours, dans toute sa force , pèse souvent 400 livres, et alors il est estimé au moins vingt dollars, en y comprenant la peau et l'huile. Dans le commencement de l'hiver, ces animaux établissent leur demeure dans les troncs des grands arbres creux, où ils demeurent sans prendre aucune espèce de nourriture jusqu'aux premiers jours du printemps. Si, au commencement de l’hiver, la neige tombe en abondance avant les fortes gelées, on peut facilement suivre les traces de plusieurs de ces animaux, jusqu’à leur retraite, d'où , en pareil cas, il est rare qu'ils sortent en vie. Cette chasse est néanmoins comme toutes les autres en Amérique un exercice aussi dangereux que pénible. Les ours s’enfoncent fréquemment jusqu'à 4oet 50 milles dans l’intérieur pour y chercher un asyle convenable; ce qui conduit les chasseurs qui veulent les atteindre jusque dans des déserts où la neige vient quelquefois à leur manquer avant qu'ils n’aient rencontré leur proie. Dans cette saison de l’année, la terre chargée de neige est susceptible de changer d’aspect de la manière la plus prompte et la moins prévue,
et le chasseur qui s'éloigne de chez lui en suivant un sentierbien frayé, se proposant de revenir sur ses propres traces , est quelquefois forcé d'effectuer son retour sans retrouver les vestiges de la route qu'il a parcourue. Celui qui, dans une semblable circonstance, n'est pas muni d’une boussole pour diriger sa marche, ou n'a pas le secours du soleil pour lui indiquer sa route, est vraiment bien à plaindre.
li en suide reveois forcé les vestielui qui, n'est pas marche, indiquer
Traces de trois ours. —- Lieu de leur retraite.
— Précautions pour abattre l'arbre. — Mort
de l’un des ours. — Chute de l'arbre où ils
étaient réfugiés. — Deux colons se mettent à
leur poursuite. — Leurs avantures et leurs
privations pendant treize jours. — Ils revien-
nent sains et saufs.
Il arriva dans le district de Londres, au milieu de l’hiver de 1822, un évènement dont le récit fera suite à ce que je vous ai écrit dans ma précédente lettre des dangers auxquels s’exposent les chasseurs. Un des colons de mon père, nommé Howay, découvrit les traces de trois ours , dans la matinée du premier décembre , et, après les avoir suivis pendant un espace de 5 milles, arriva à l’arbre dans lequel ils avaient pris leur quartier d'hiver.
190 LETIRE XI.
Ayant avec lui son chien, son fusil et sa hache, il commença à couper l'arbre qui avait environ seize pieds de circonférence. Tandis qu'il était occupé à ce travail, il levait les yeux de temps en temps, pour voir si ses mouvemens n’inquiétaient pas les ours dans leur retraite. Il se trouva bientôt fatigué de surveiller ainsi ses prisonniers , comme aurait pu le faire une sentinelle ; et il avait presque entièrement oublié de faire usage de cette précaution indispensable, lorsqu’au milieu de son travail, un grand morceau d'écorce vint le frapper sur la tête. Cet incident excita son attention: et en regardant de nouveau vers le haut de l'arbre, il s’aperçut , à sa grande consternation , qu’un des ours descendait de l’arbre, selon leur manière accoutumée, la queue la première. Craignant d'être attaqué par son noir ami qui paraissait descendre dans des dispositions très-hostiles, il quitta sa hache , et, prenant son fusil, résolut d'en décharger le contenu dans le corps de l'ours; mais, après avoir réfléchi mûürement à ce projet . il s’en désista ; craignant que, s’il ne faisait que blesser l'animal , il ne payät de la vie sa témérité. Tandis qu'il passait ainsi le
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temps à délibérer, son chien apercçut l'ours qui n'était plus alors qu’à quelques verges de la terre, et, par ses aboiemens, il effraya tellement le féroce animal qu’il remonta sur l'arbre avec une vitesse inconcevable. Arrivé à l'ouverture du tronc, il se retourna et, regardant en bas, il surveilla attentivement le chien et son maïitre. Howay regretta alors de n’avoir pas appelé quelques-uns de ses voisins pour f'aider dans son entreprise. Mais, craignant que s’il prenait en ce moment cette mesure, sa proie ne lui échappôt, il rappela son courage, et, prenant son fusil, il logea une balle dans le cou de l’animal qui vint tomber sans vie au pied de l’arbre. La victoire inspire ordinairement un nouveau courage au vainqueur, et souvent elle fait oublier les règles de la prudence. La conduite d'Howay dans cette occasion offre uneexception à une marche si généralement suivie : car au lieu d’être enorgueilli de son succès, et stimulé à poursuivre ses conquêtes, il réfléchit que, quoiqu'il eût été jusqu'alors aussi heureux qu'il pouvait le désirer, il devait néanmoins attribuer ses succès bien plus au hasard qu'à ses prouesses ; etil conclut , dans sa haute sa-
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esse, que, s’il continuait à presser la chute de l'arbre, il pourrait bien à son tour être vaincu. En conséquence, ilse détermina prudemment à retourner chez lui et à se procurer un renfort de ses voisins qui ne pût laisser la victoire douteuse. Laissant donc l'ours au pied de l’arbre, il s'éloigna et revint bientôt après avec deux compagnons, trois chiens et une nouvelle hache. Ils eurent bientôt réussi à abattre l’arbre , qui, en tombant, alla en frapper un autre et, par l'effet de sa secousse, rompit par le milieu, précisément à l'endroit où les deux ours étaient logés. Ces animaux étourdis et effrayés passèrent en fuyant si près d’un des colons, qu'il appuya le bout de son fusil contre l'épaule de l’un d'eux et lui mit deux balles dans le corps : l’autre s’échappa sans aucun mal , et les chiens poursuivirent celui qui était blessé, jusqu'à ce qu'il les eut forcés à se retirer, fort maltraités par les morsures qu’ils en avaient recues.
En ce moment le soleil d'hiver avait cessé de déployer ses rayons éclatans sur cette portion du globe: ileût étéimprudentde suivre les traces de l’animal. Mais, le lendemain matin,
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