‹ Voyage au Canada [microforme]Chapitre 27 sur 39 · XII · texte numérisé non relu

XII

quelques-unes des teintes les plus délicates de la nature. Tout son plumage est parsemé de taches d’or. Pendant l'été, on peut voir l'oiseau bourdonnant, dans tous les jardins du pays, étalant son superbe plumage, volant d'un lieu à un autre, et toujours trés-occupé à extraire le suc des fleurs.

Quand ses petites ailes sont en mouvement, il fait un bruit semblable à celui du rouet d’une fileuse: c'est ce qui lui a fait donner le nom d'oiseau bourdonnant. Malgré la petite taille . et le fragile physique de cette belle créature , c'est un des génies le plus irritables, et l’ennemi le plus fatal des oiseaux d'un volume supérieur. Il ne balance pas, lorsqu'il est provoqué, à attaquer méme un corbeau; il darde avec la rapidité de l'éclair son tendre bec dans le corps de son noir adversaire, et le fait tomber à terre sans vie.

On voit rarement des Corneilles, des Moincaux et des Roitelets, dans la partie Ouest du Haut- Canada; mais dans les districts du Levant, et dans la province inférieure , ils sont communs sans être trés-nombreux.

Les Aigles, les Corbeaux , les Hiboux , les Tour }. 17

Milans et les Faucons, sont communs dans les deux Canada.

L'Aigle Chauve, Falco leucocephalus, est, sans aucun doute, le plus grand oiseau que j'aie jamais vu dans cette contrée. Quelquesuns ont sept pieds de l'extrémité d’une aile à l’autre. Le Docteur Dwight dit qu'un oiseau de cette espèce fut tué à Broocfield en Vermont, et que ses ailes avaient plus de neuf pieds d'envergure.

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Insectes de différentes espèces. — Papillons. — Sauterelleset ITannetons.— Mouche de cheval.

— Mosquite ; Mouche de sable et Mouche noire. —Mouche de feu. — Abeille et Frelon,

elc.

À leur première arrivée dans ce pays, les Irlandais redoutent extrêmement les scrpens de toute espèce ; mais avant qu'ils n’y aient passé un seul été, ils trouvent des ennemis dont l'existence leur était absolument inconnue, et . qui sont beaucoup plus incommodes et beaucoup plus dangereux. Je veux parler de ces insectes fatigans et innombrables dont abonde le Canada. Un homme peut résider pendant un demi-siècle dans quelle partie de l'Ame-

rique que ce soit, sans recevoir la plus lègere

240 LETIRE XIV.

morsure d'un serpent d'aucune espèce, quoiqu'il soit à même d'en voir une centaine par jour; mais il est impossible de séjourner un seul été dans le pays, sans être extrêmementtourmenté par une variété d'insectes , dont plusieurs sont assez yirulentes et dangereuses dans leurs attaques , pour abreuver d’amertume la vie d’un individu, pendant la seule saison de l’année, assez attrayante pour engager quelqu'un à sortir sur le seuil de sa porte. Je n'aurai ni la patience ni les moyens de vous faire une description détaillée de ces animaux ; je me bor-

nerai donc à vous présenter une légère esquisse

de ceux qui sont les plus remarquables: tels que le papillon et la sauterelle, la mouche de cheval, le mosquite, la mouche de sable et la mouche notre, la mouche de feu, l'escarbot noir et l'abeille de ruche. l'abeille des champs, le frelon, la gucpe , ete.

Quelques-uns des Papillons du Canada sont uës-grands, et tous dela plus grande beauté. On penserait que, quand le divin Ordonnateur des mondes s'oceupa à leur donner l'existence, il voulut déployer sur leurs ailes toutes les bril-

lantes couleurs et les belles nuances qu'il avail

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lesmoyens de créer. Siles grades de distinction parmi les papillons étaient basés sur les différens degrésde beautés ,etque sir Joseph Bank eût vécu en Amérique , il y aurait fait de belles chasses, et aurait eu de nombreuses occasions de s'écrier , un Empereur; que cela est heureux ! sans courir le danger d'être réprimandé par les enthousiastes botanistes, comme lorsqu'au milieu de leurs tulipes et de leurs œillets, dont il faisait tres-peu de cas , il s'élancait à la poursuite de ces volages insectes, sans aucun égard pour les obstacles qui s’opposaient à ses poursuites. Plusieurs papillons du Canada paraissent, en volant, aussi grands qu'une chauve-souris. Mais je pense que la plus gr'nde espèce est la plus belle.

Les Sauterelles et Hannetons infectent tout le pays, ct font souvent autant de ravage dans les récoltes du Canada, que les renards de Samsom en firent autrefois chez les Plhilistins. Quelques-uns des hannetons de ces provinces sont aussi gros que des rats de champ , et tous sont beaucoup plus gros qu'aucun de ceux que j'aie jamais vu en Europe. Is se montrent rarement avant la fin de juillet. A cette époque , ils

se rassemblent en si grandnombre,qu'une seule personne avec un fouet de roulier, pourrait en chasser dix mille devant elle, aussi aisément qu'un berger pourrait conduire un troupeau de moutons. Toute la surface de la terre en est si abondamment couverte, que les récoltes de toute espèce semblent destinées à une immédiate destruction. M. Lamnerr a fait le tableau de leurs ravages dans l'île d'Orléans, pendant deux saisons sucessives. Il dit que le nombre de ces animaux fut si grand alors, qu'après avoir détruit toutes les productions végétales de l'ile, ils furent forcés de la quitter pour échapper à la famine , et que s'étant réunis en différens corps sur l'eau , ils flottèrent avec la marée vers Québec, traversèrent la ville, enlevèrent l'herbe des remparts le long des lieux où ils passèrent, et ensuite avancèrent en colonnes séparées à travers le continent, dans la direction du Sud. Dans le Haut- Canada, ils détruisent quelquefois des champs entiers de grains et de prairies ; mais je n'ai jamais entendu parler de ravages aussi grands que ceux qu'ils commirent dans le Bas-Canada. Le docteur Dwicar assure que les Sauterelles ne pa-

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raissent dans la Nouvelle-Angleterre que desept en sept ans. Si cela est exact, relativement à

cette partie de l'Amérique, nous devons présu-

mer qu'elles sont venues passer leurs longues vacances en Canada; car je les ai vues dans ces contrées pendant six années consécutives.

La Mouche de cheval est plus grande ‘qu’une humble abeille, et c'est l'ennemi le plus dangereux auquel puissent être exposés les pauvres quadrupèdes du Canada. Sa morsure est aussi dangereuse que l’aiguillon d’une guêpe , et elle ne cesse jamais, depuis juin jusqu'en septembre , de tourmenter tous les animaux de la création. Le cheval et le cerf sont néanmoins les objets qu'elle attaque avec le plus de fureur. En vain cherchent-ils les prairies rafraichissantes , l'ombre des bois, ou le cours des ruisseaux ; elle les suit dans chacune de leurs retraites, et devient leur ennemi le plus implacable pendant tous les étés, depuis le lever du soleil jusqu'à ce que la fraicheur du soir vienne leur procurer quelques heures de relâche. J'ai vu souvent des chevaux mis au mois de juin en très-bon état dans d’excellens paturages , revenir au mois d'octobre très-amai-

us

dE

gris ; ce qui n'est pas étonnant, parce qu'au lieu de paître paisiblement, ils ne sont occupés qu'à se défendre contre les attaques réitérées des mouches de cheval, et d’autres insectes presque aussi importuns.

Mais de tous les animaux qui troublent la paix de l’homme et «les bêtes, les Mosquites sont, sans contredit les plus insupportables :ils ne vous quittent ni jour ni nuit, pendant quatre mois de l’année, époque pendant laquelle un habitant du Canada pourrait aussi bien faire remonter les eaux rapides du Saint-Laurent , qu'obtenir un instant de tranquillité de la part de ses infatigables persécutcurs. Aucun lieu, même du nombre de ceux les plus con-

sacrés au repos ,; n'est impénétrable pour

eux : l'inquiétude et la douleur sont extrêmes et générales pendant tout l'été. Le loup, l'ours et le serpent à sonnelte, dont ïes noms suffisent pour intimider les Européens les plus intrépides, n'ont rien qui puisse effrayer en comparaison des mosquites. Sivous n'alliez jamais . , . . \ .

seul dans les bois. vous n'auriez rien à craindre des deux premiers ; ét en demeurant chez

vous, il vous est facile d'éviter la morsure

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cruelle du dernier : mais ni votre maison, ni votre lit, ne peuvent vous servir d'asile contre les mosquites à longues pattes. En quelque lieu que vous alliez, ces canemis de votre repos vous trouveront toujours, et multipliant leurs piqûres sur vos jambes, votre visage et vos mains, ils rendront votre existence un véritable fardeau jusqu'au moment heureux où vous pourrez en être délivré.

Dans l'automne de 1818 , un gentleman irlandais, d’une famille respectable, qui, parsuite des différentes contrarietés qu’il avait éprouvées dans sa vie, avait conçu un violent dégoût pour sa terre natale, s'était établi dans le district de Londres. Il aimait tellement la solitude, qu'il fût , au premier aspect, enchanté à Ja vue des déserts de l'Amérique. Nous avions l’habitude de promener ensemble une ou deux fois par semaine , sur les bords de la ‘T'amise: dans ces petites excursions , ils ne manquait jamais de découvrir quelque lieu romantique, et épuisait toute son éloquence à en faire leéloge ; prenant toujours un soin spécial de conclure ses observations par quelques réflexions choti-

sies sur le plaisir de vivre retiré dans cette por-

292 LETIRE XIV.

tion enchanteresse du globe. Comme la solitude avait très-peu de charmes pour moi, je me bornais à donner de la tête un signe d’assentiment, et je souriais. Lorsque le printemps arriva, mon ami fut très-blessé du croassement des grenouilles , qui lui fit considérablement rabattre de ses éloges prématurés du pays. Mais lorsque la mouehe de cheval, le mosquite et la mouche de sable parurent , au lieu d'employer son temps, comme il l'avait fait jusqu'alors , à vanter les délices que l'on goûtait dans la solitude et les déserts de l’Amérique, ilsuivit un système entièrement opposé, et ue cessa de déclamer de la maniere la plus virulente contre cette contrée et les insectes dont elle est peuplée. Avant d’avoir passé un seul été dans la province, il considéra les plaies d'Egypte comme un châtimentléger, en les comparant aux plaies du Canada. J'ai souvent ri bien sincerement en le voyant frotter ses doigts, et égratigner ses jambes, quoique je fusse moi-même en butte à de pareils tourmens.

Le: @rfans souffrent plus, s’il est possible , que les adultes. des mosquites et de la

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mouche noire : leur tête et leur cou enflent à un tel degré, qu'indépendamment de la soutfrance qu'ils éprouvent, ils deviennentun spectacle vraiment affligeant.

Quoique la piqûre de la Mouche notre soit peu douloureuse au momentotellealicu , elle est néanmoins aussi venimeuse que celle des mosquites , et elle est peut-être la plus dangereuse des deux. Le mosquite, semblable à un franc guerrier, dédaignant d'agir en assassin, ne cherche point à cacher ses projets; mais il attaque honorablement son ennemi, au péril même de sa vie , et lui laisse tous les moyens de se défendre ; tandis que la mouche noire, semblable au meurtrier nocturne, se cache tout le jour dans l'attente de sa proie, et sort de sa retraite aux approches de la nuit : mais craignant toujours de rencontrer son ennemi face à face , elle se place en embuscade dans ses cheveux , et exécute ses desseins avec la plus complète sûreté; car on sent rarement sa morsure avant qu'elle n'ait eu le temps de se rassasier du sang qu'elle a fait couler. La morsure des mosquites produit aussitôt une en flure blanche. qui ressemble à la piqûre d'un

ortie. En peu de temps, elle cause beaucoup de douleur et de démangeaison , qui néanmoins cessent bientôt , si vous n’avez éprouvé qu'une douzaine de morsures ; mais lorsque vos mains, vos bras , votre visage, votre cou, vos cuisses et vosjanbes sont, littéralement, couverts de leurs atteintes à chaque minute de votre vie , pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, un pareil supplice est vraiment audelà de tout ce qu'on peut imaginer !

La Mouche de feu est de tous les insectes nocturnes le plus curieux à observer. Ge petit: être nous offre un exemple étonnant d’une:

créature admirable ; dans certain moment, son corps est sombre et opaque, et dans d’autres, il estbrillamment illuminé, comme parun feu réel. Dans les nuits d'été, ces mouches éclairent toute la contrée et ressemblent à une voie lactée d'étoiles subalternes destinées à montrer les sentiers où on peutmarcher en sûreté. Ces mouches sont si nombreuses dans toutes les parties du Haut et du Bas Canada, qu'une personne qui ne saurait pas que leur éclat n’a

rien d’inflammable , imaginerait que les bois

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immédiate. Les mouches de feu appartiennent si je ne me trompe , à la classe des escarbots ;

c'est de leur bas ventre , couleur de paille, que

part cet éclat lumineux dont je viens de parler.

Les £scarbots sont très-communs en Canada

et parfaitement inoffensifs; mais il y à un

insecte qui lui ressemble beaucoup, appelé par les Canadiens ,; Punaise de corne, qui est très-

dangereux. Il est pouvu d’une corne extrême-

ment pointue qui avance horizor talement de

sa tête, d'environ un quart de p ‘ice. Comme il va très-vite et semble peu s >ccuper de la

direction qu'il prend , il se trouve quelquefois

en contact avec les hommes, les chevaux et

autres animaux, etinvolontairement il entame

leur chair avec son instrument, sans pa-

raitre avoirs aucune intention hostile contre

CuUx.

Les Mouches de maison sont un fléau insup-

portable. Je crois pouvoir dire eu toute certi-

tude que sur ious les points du pays, une

cabane canadienne contient un plus grand

nombre de ces insectes que toute une paroisse

anglaise. Un Canadien pourrait aussi bien se

, RS | » . } flatter d'empêcher les nuages lobseureir le

soleil, que de préserver ses marchandises et

ses propriétés, ses portes et ses croisées, des ordures que produisent res incommodes animaux. Dans les villes comme dans les campagnes, toutes les croisées en sont tellement salies, qu'une personne qui en ignorerait la ‘ause n'hésiterait pas à taxer les habitans de la maison d'une négligence aussi honteuse qu'impardonnable ; mais c'est un mal qu'il est impossible d'éviter. J'ai connu des personnes qui prenaient constamment le soin de laver les croisées tous les matins, et cependant en examinant Je soir ces mémes croisées, on aurait dù crôire qu'elles n'avaient pas reçu d'eau depuis le jour où l'arche de Noé se reposa sur le mont Ararat.

Les Abeilles sont maintenant trés-connues danstoutre les parties de l'Amérique du Nord, où On dit qu'on n'en avait jamais vu avant l'arrivée des Européens. Les Indiens qui n'ont pas de nom pour elles dans leur langue les appellent des Mouches anglaises. Le miel est à tres-bon marché dans tous les anciens établissemens; et un grand nombre de fermiers ont depuis vingt jusqu'à trente ruches : indépen.-

de

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damment de cela , on découvre tous les jours , dans les forêts, des arbres dont lestroncs creux produisent souvent de 50 à 15o livres de miel. La manière de les reconnaitre est très-singulicre : les personnes choisies pour remplir cette mission ramassent un certain nombre d'abeilles au milieu des fleurs qui bordent les forêts et les réunissent dans de petites boëtes au fond desquelles e<' 1n morceau de rayon de mielet sur la couverture un verre assez grand pour re cevoir la lumière de tous les côtés. Lorsqu'on suppose que les abeilles ont eu le temps de se rassasier de miel, on en laisse échapper deux ou trois, et on observe attentivement la direction qu'elles prennent en volant, jusqu'à ce qu'on les perde de vue dans l'éloignement ; le chasseur ( car c'est ainsi qu'on nomme les preneurs d’abeilles) s’avance alors vers le lieu où il a cessé de les apercevoir et donnant la liberté à une ou deux autres prisonnières, remarque la direction qu'elles prennent comme il a déjà fait pour les premières. Ce procédé est répété jusqu'au moment où Îles abeilles auxquelles on laisse prendre leur vol, au lieu de suivre la même direction que Îles

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