‹ Voyage au Canada [microforme]Chapitre 26 sur 39 · RE EL · texte numérisé non relu

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252 LETIRE XII

en plus grand nombre. Le chasseur, en approchant de leur retraite, fait plusieurs trous dans la glace. à une distance considérable au-dessous de leurs habitations. Alors en brisant les appartemens supérieurs, il parvient à les attirer sous la glace : mais comme ils ne peuvent exister dans l’eau, sans reprendre fréquemment leur respiration , ils se montrent par les trous etsontimmédiatementpercés par desindividus postés à cet effet. De cette manière, on en détruit souvent plus d'un cent dans une heure : et d’après cela, il est très-probable qu'avant qu’un autre siècle se soit écoulé, on en verra très-peu dans le continent du nord de l'Amérique. Lorsque quelqu'un approche de leur demeure pendant l'été , les castors s’avertissent mutuellement, en frappant l’eau de leur queue, avec une telle force que le bruit occasionné par ce singulier procédé, peut s'entendre distinctement à la distance deplusieurs milles.

On assure qu'ils pourraient facilement être apprivoisés. M. Fothergale, éditeur de Ja gazette du Haut Canada semble, dans sesobservations sur ce sujet, être d’avis que si l’on disposait pour eux des enclos convenables ,

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ils donneraient aux fermiers qui se deétermineraient à l'entreprendre un produit plus certain qu'aucun des autres animaux que nous connaissons. Il faudrait néanmoins pouvoir disposer d’un capital considérable pour faire les enclos et autres arrangemens nécessaires pour leur réception. La peau du castor vaut dans ce moment en Canada environ douze schellings six pences. |

Le Rat musc a été considéré par quelques écrivains comme une espèce diminutive du castor; mais à mon avis et d’après l'examen suivi que j'ai été à même de faire des deux espèces, la seule ressemblance qui existe entre elles , est celle de leur genre de vie. Ils bâtissent des habitations grossières dans les bas fonds et les eauxdormantes, ctils vivent de végétaux. Leur tête et leur queue ressemblent à celles d’un rat ordinaire ; mais leur fourrure est plus longue et d’une couleur plus sombre. Le nom de rat musc leur vient de ce qu'ils ont des glandes qui contiennent une odeur très-forte ; ils ont au moins quatre fois la grosseur d'un rat ordinaire , animal entièrement inconnu au Canada.

294 LETTRE XIL.

Il y a en Canada plusieurs espèces de souris, entr'auires celle des champs , et la musaraïque, le plus petit de tous les quadrupèdes , qui vit d'insectes.

Les Taupes sont très-communes en Canada, et il y en a de plusieurs espèces que je connais trop peu pour pouvoir en parler.

Le Cochon de haye est environ de dix-huit pouces de long et d’une grosseur proportionnée: on l'appelle porc-épic ; mais il ne ressemble à cet animal que par ses tuyaux de plumes qui n'ont que quatre pouces de long , qui sont presqu'aussi fortes que celles d’un canard, et si dures , si bien garnies de pointes innombrables, que souvent elles deviennent fatales aux chiens assez hardis pour les attaquer : il est impossible de s'en débarrasser, lorsqu'une fois elles ont pénétré la peau. Peu de chiens peuvent être poussés à les combattre, et ceux qui s’y déterminent sont souvent vaincus et toujours très-maltraités. Les Canadiens regardent la chair de cet animal, comme un morceau délicieux. À la vérité, ils mangent de quel animal que ce puisse être, depuis le bufle jusqu’à la

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On à vu souvent des Veaux marins sur le lac Ontario, quoique leur existence dans ces contrées ait été long-temps un objet de doute.

En février 1821,on prit un de ces animaux sur la glace dans le voisinage de Kingston , et on le montra dans la ville, comme une grande curiosité.

Le Cheval marinetVu:ïs2 m arine existent encore à ce qu’on assure dans le golphe et dans le fleuve Saint-Laurent.

LETTRE XIIL.

Diverses espèces d'oiseaux et d’animaux aquatiques qui visitent le Canada. — Le Cigne.

L Oie. — Le Héron. — La Grue. — Le Dinde sauvage. — La Caille. — Le Pigeon. — Le Geai. — Le Corbeau. — Le Hibou, etc.

On voit en été une grande quantité d'oiscaux dans le Canada; mais à dater du commencement de l'hyver, jusqu’à l'ouverture du printemps ,les forêts sont entièrement abandonnées par les tribus emplumées. Le l'aisan , le Geai, l'Oiseau de neige, le Pivert avec deux ou trois plus petits oiseaux dont je ne me rappelle pas avoir entendu prononcer les noms, sont les seuls qui paraissent assez attachés au sol du Canada pour s’exposer à Ja rigueur de son climat pendant l'hyver.

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mense assemblage d'animaux emplumés qui fréquentent le Canada pendant l'été, il n’y a point d'oiseaux chantans.

Les Poules d’eau sont très-nombreuses sur les lacs et les grandes rivières. Le Cigne ct l'Oic du Canada habitent constamment leslacs.

On trouve sur tous les points de ces contrées des Canards de toute espèce : je crois qu'il yena de plus de quinze dans le Haut Canada. Plusieurs ont un goût de poisson désagréable, et quelques-uns sont absolument immangeables; la chair des canards gris m'a paru supérieure à toutes les autres. Le canard des bois se nourrit sur le sommet des arbres les plus élevés.

Les Hérons ctles Grues , sans être trèés-nombreux en Canada, y sont vus fréquemment.

Les Bécasses qui ne sont pas beaucoup plus grosses que les Bécassines sont très-nombreuses dans la partie ouest du Haut Canada.

Le Dinde sauvage est un très-bel oiseau ; il pèse souvent 4o livres et au-dessus. On les voit fréquemment par nombreux troupeaux dans les différentes parties de la haute province ; mais je n'en ai jamais aperçu plus de huit ou

Dem

2358 LETTRE XHL.

dix ensemble. Dans l'hiver, ils se montrent quelquefois dans les cours des fermes, pour y chercher de la nourriture qu'ils partagent sans crainte avec la volaille du fermier.

Le Faisan, ou Perdriz, ainsi qu'on le nomme quelquefois, est, je crois, un oiseau particulier au continent Américain ; il diffère entièrement du faisan et de la perdrix qu’on voit en Angleterre. Sa chair est aussi blanche et aussi tendre que celle d’un poulet, et d’un excellent goût ; elle est bonne à manger dans toutes les saisons. Dans l'hyver, cet oiseau vit de bourgeons d'arbres ; et dans l'été, de fruits ct de noix. Quand il s’élance en l'air, il vole toujours sur un arbre , où il demeure longtemps, à moins qu'un coup de fusil ne le renverse.

Les Cailles sont très-communes dans les anciens établissemens , et sont entièrement seimblables aux oiseaux du même nom en Europe.

Au printemps, les Pigeons arrivent en nombreux troupeaux des contrées du Sud ; ils demeurent tout l'été en Canada , et on les trouve dansleurs nids semblables à ceux du pluvier. On en prend quelquefois cinq cents dans un prin-

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LETTRE XIU. 259

temps, et souvent on en tue trente ou trentecinq d'un seul coup de fusil. Les Canadiens salent et mettent en barils les poitrines de ces animaux, et réservent les autres parties pour les manger immédiatement. L'Ornithologie de Wilson, contient un calcul relatif aux troupeaux de ces animaux , qui viennent annuellement fréquenter le Nord , en partant des pays les plus reculés du centre et du Sud. Ce calcul paraît incroyable ; mais j'ai été convaincu , parmes observations personnelles, de son exactitude : il dit avoir remarqué un troupeau passant entre Francfort et le territoire Indien, sur une distance d'un mille de largeur, pendant l'espace d'environ quatre heures ; et en calculant un mille par minute, cela suppose une longueur de 240 milles. Ainsi en comptant trois pigeons par chaque verge carrée, ce qui est certainement un calcul fort modéré, vous devez trouver dans ce seul troupeau l'immense nombre de 2,250,272,000 pigeons.

On trouve aussi dansce pays la Tourterelle, dont le beau plumage, les formes délicatesetles regards innocens, sont bien faits pour attirer l'attention.

On distingue en Canada cinq espèces de Pt+verts, dont deux sont très-belles quant à la forme et à la couleur. Le plus grand, Picus Erithrocephalus , que les Canadéens appellent communément Coq des bois , a la tête cramoisi,et une grande touffe de la même couleur, avançant horizontalementsur son cou. Son dos et ses ailes sont agréablement bigarrés de noir et de blanc, et sa queue est d’un vert noir. Les piverts sont pourvus d'un bec angulaire trèsdur ettrès-aigu. Avec le secours de ce bec, ils percent les arbres les plus durs pour y chercher des insectes qui leur servent de nourriture. Leur langue qui a presque trois fois la longueur de leur bec, est pointue ct dentelée de chaque côté. Ils s'attachent toujours de préférence aux arbres morts ; et en y appliquant leurs becs pour les creuser, ils font un bruit aussi éclatant et quelquefois semblable à celui d'un marteau de menuisier, lorsqu'il est rapidement appliqué sur la tête d’un clou.

Le Geai bleu est plus grand qu'en Angleterre ; il ne quitte point le Canada pendant l'hiver. Son plumage est très-beau ; mais les sons discordans de sa voix ressemblent à us

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Un oiseau appelé le Pécheur royal, qui est quelquefois plus gros qu'un bécassin , mais qui diffère entièrement du poisson Européen de même nom, fréquente les rivières et les ruisscaux du Canada. La couleur de son plumage est bleue : sa tête, qui est hors de toute proportion avec son corps, est d'une difformité effrayante.

D'immenses troupeaux d'oiseaux , ressem-= biant aux Oiseaux noirs d'Angleterre , et portant ici le même nom, s’assemblent au printempsen Canada, et y demeurent pendant l'été. Ce sont les êtres les plus destructeurs du globe;ils ontune prédilection particulière pour lesrécoltes de blé qu'ils détruisent fréquemment avec un acharnement inconcevable. Ils m'ont paru une espèce d’étourneaux, et ils sont aussi bruyans.

L’'Oiseau bleu ést un peu plus gros que le moineau; son plumage est beaucoup plus beau ; son dos etses ailes sont d’un bleu de ciel foncé; sa tête et sa poitrine sont de la même couleur,

mais plus légère et également entremêlée de nuances rouges et violettes.

L’ A louette paraît avoir beaucoup de rapport avec celle d'Europe ; mais elle ne chante jamais. C'est un oiseau stupide et inactif qui ne veut pas se hasarder à voler.

Les Oiseaux jaunes, qui ressemblent beaucoup aux Canaries, se voient en foule dans toutes les parties du pays. Ils ne chantent point, et cependant je suis très-porté à croire qu'ils sont de la même famille que les Canaries.

L'oiseau bourdonnant , le dernier et le plus délicieux des habitans des airs, est un visiteur annuel du Canada. H y a différentes grosseurs de ce diminutif d'oiseau, depuis celle d’un roitelet jusqu'à celle de l'humble abeille. L'éclatetla variété de son plumage «ont au-dessus de toute description. Le plus petit est, je pense, le plus beau ; ses couleurs sont plus variées et plus nombreuses que celles des autres. Sur sa tête on voit une touffe de plumes, ou, pour mieux dire , de duvet aussi noir que du geai ; sa poitrine est écarlate; son ventre d’un bleu pâle ; son dos et ses ailes du vert le plus brillant ; et sa queue d’un vert doré, bordé de

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