‹ Voyage au Canada [microforme]Chapitre 32 sur 39 · XI · texte numérisé non relu

XI

entre dans le bassin avec un bruit effroyable. Divergeant ensuite au Nord du canal direct, il court avec impétuosité à travers des rochers qui semblent s'opposer à san passage, jusqu'au moment où il paraît enfin regagner son lit naturel, qui commence à l'angle d’un promontoire rocailleux et menaçant, dont le sommet sombre et couvert de bois épais domine sur ce vaste abîme. Le curieux tournoiement de l’eau créc ce gouffre; en roulant rapidement sur son axe, de cinq en cinq minutes, il forme un violent flux et reflux, qui s'élève et s'abaisse d'environ 80 pouces dans l’espace d'une demiheure. Toutes les matières flottantes qui sont entrainées au bas des cataractes, vont tomber dans cet énorme précipice, où elles demeurent quelquefois plusieurs jours, tournant continuellement avec les caux du gouffre, jusqu'à ce que probablement, par un simple effet du hasard, elles soient rejetées sur ses bords, ou entraînées plus bas ,par l’impétuosité du courant. Ce gouffre diffère de beaucoup d’autres, en ce qu'il ne possède pas la propriété attractive qui fait ordinairementrefluer tous les objets vers leur centre.

Tour TL 21

Il y a quelques années, un soldat anglais , stationné à Queenstown , alla visiter le gouffre. Quelques-uns de ses camarades l'accompagnèrent dans cette excursion. Dans le cours de la conversation, qui eut lieu à ce sujet, un des Canadiens énonça la conviction de l’impossibilité qu'il y avait de naviguer sur le bassin sans être entraîné par le courant du gouffre. Le soldat entendit la remarque, et parutconcevoir quelques doutes sur son exactitude, supposant probablement qu'on parlait ainsi pour en imposer à la crédulité anglaise, et pour faire paraître le phénomène beaucoup plus merveilleux : lorsqu’ileut, pendantquelque temps, examiné la rivière avec attention, ii offrit de parier une certaine somme , qu’il traverserait le bassin sur une simple planche de pin. Le pari fut immédiatement accepté , et une planche préparée pour son embarcation. Comme un vrai fils de Neptune , mettant de côté toute appréhension , il uescendit sur le rivage avec la planche sur l'épaule et une rame à la main :

arrivé sur le bord , il s'embarqua, accompagné des vœux que ses camarades faisaient cordialcment pour son heureux trajet. En un moment,

anglais , gouffre.

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il fut pousse au milieu des caux agitées, et forcé , par la violence irrésistible du courant , d'abandonner le canal, et de prendie le rapide circuit du vaste bassin. Il employa vainement les plus grands efforts pour regagner le cours de la rivière : à la fin, convaincu de l'impossibilité de se sauver, il commenca à demander à grands cris des secours à ses camarades.

Sans perdre un instant, on se procura des cordes ; mais avant qu'elles fussent convenablement disposées pour sa délivrance, il fut tellement attaqué de vertigès, par suite de sa rotation circulaire, qu'il put à peine conserver l’équilibre sur son siège fragile, qui, malgré son extrême longueur, était entrainé avec la même rapidité, que la roue d’un moulin à eau.

Cinq minutes de délai de plus de la part de 865 amis ; lui auraient coûté la vie ; il fut néanmoins promptement retiré de sa dangcreuse situation; et son avanture sert aujourd’hui de leçon à ceux qui seraient tentés de s’engager dans une entreprise aussi hasardeuse.

Les cascades de W'est-Flamborough , dans le district de Gore, quoique peu connues , sont comptées parmi les grandes curiosités du Haut-

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