‹ Voyage au Canada [microforme]Chapitre 8 sur 39 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

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jét de leur culture. Les églises couvertes en toits d’étain, ainsi que les clochers réfléchissant jusqu’à vingt mille de distance l'éclat qui les entoure ; les maisons des fermes, toutes d’une extrême propreté, qui, pendant environ cinquante lieues , forment une suite d’établissements contigus ; les taillis épais, sur quelques-uns des bords, et la belle diversité des intervalles qui les séparent : tout cela forme un aspect romantique qui ne peut que plaire et intéresser.

11 était environ six heures du soir, lorsque nous jetâmes l’ancre devant le port de Québec : comme nous remontions lentement le bassin , le canon des batteries, et le feu continuel] des vaisseaux du port, tous saluant leyr nouveau gouverneur qui avait jeté l’ancre quelques minutes avant nous, produisirent une telle confusion qu'il se passa quelque temps avant de pouvoir nous rappeler que notre voyage était à sa fin. Lorsque la fumée eut disparu , la ville jusqu'alors cachée en partie à nos yeux,se présenta majestueusementà nous.

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d’amphithéâtre ; les murs imprenables , et les batteries dirigeant leurs canons redoutables vers le bas de la rivière ; les tours de Martello et celle encore plus élevée du télégraphe; et les clochers hardis dont les aiguilles montent jusqu'aux nues, sont des objets qui remplissent tous les étrangers d'un étonnement à la fois solennel et agréable, et donnent la plus favorable opinion d’un pays qui fait naître de semblables sensations.

Aussitôt que les officiers de la douane eurent inspecté le vaisseau, notre capitaine ordonna que personne ne tentât d'aller au rivage avant le lendemain matin: cetie injonction ne fut pas très-patiemment reçue par les passageis, dont plusieurs avaient un désir extrême de se mêler à la foule des habitans qui bordaient les quais pour recevoir leur illustre gouverneur. Gomme ja famille de mon père n’était pas comprise dans cette prohibition, je reçus une invitrtion du capitaine Black pour faire avec lui une incursion dans la cité. Le vaisseau était au centre du bassin, ce qui nous obligea à aller au rivage dans une chaloupe. Arrivés au quai de la Reine, nous avançämes dans uve

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rue sombre et étroite, en partie éclairée par quelques mauvaises lampes, qu'on venait d’allumer à l'instant: nous entrâmes ensuite dans une autre rue mieux percée, encombrée , comme la première, d’une foule bigarrée de toutes les Nations , des zônes torrides, glaciales et tempérées ; au milieu de laquelle il était impossible de dire quels étaient les plus nombreux des descendans de Cham, de Schem ou de Japlet. Des Africains, des Américains , des Indiens, des Européens et des Asiatiques composaient ces grouppes bizarres : quelques-uns étaient vêtus de pourpre avec du linge fin, et paraissaient, d'après quelques indices extérieurs, s'être copieusement nourris pendant toute la journée : d’autres déployaient leurs grotesques figures, dans un état approchant d'une nudité presque totale; en un mot, une semblable exposition des costumes de toutes les nations qui habitent le globe terrestre ne peut être vue qu'en Amérique, ou peut-être dans la nouvelle capitale de la Russie. Ces mouvemens confus et cette diversité peu harmonieuse de langage , produisirent un tel effet sur les organes de mon ouïe, que je crus être au

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moment où on plaçait la dernière pierre de la tour de Babel : je n’entendis pas prononcer un seul mot d'anglais ; je ne vis pas une seule figure qui m'offrît les traits d'un compatriote ; excepté lorsqu'à ma grande satisfaction je me trouvai dans le magasin d’un marchand anglais, où en regardant autour de moi, et réfléchissant sur la courte excursion que je venais de faire, je me rappelai qu’au lieu d’avoir été occupé à placer la dernière pierre de la tour de Babel, j'avais seulement terminé ma première promenade dans la ville de Québec.

La première visite que le capitaine Black et moi fimes dans la soirée , fut dans un hôtel : en y arrivant , nous fûmes introduits dans un vaste appartement, dans lequel il y avait environ trente capitaines de vaisseaux marchands: nous entrâmes sans cérémonie et découvrîmes bientôt que chaque individu avait devant lui un énorme gobelet rempli de liqueur, avecune pipe d'environ trois pieds et demi de longueur, et une poche du meilleur tabac de Virginie.

En peu d'instans , le capitaine Black et moi jouimes des mêmes avantages. Je pris un peu de la liqueur qui était vraiment délicieuse,

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mais je demandai à être dispensé de la pipe et du tabac : l’appartement était extrêmement chaud , rempli de la fumée d’un tabac brûlant et des exhalaisons de corps échauffés. Je désirais , de grand cœur, pouvoir en sortir; mais, puisque j'y étais venu , non de mon propre choix , mais par complaisance pour le capitaine , qui paraissait aussi rêveur dans cette

réunion amphibie , que s’il était occupé à dé-

couvrir la longitude, je ne pouvais convenablement me retirer, qu'au moment où il jugerait convenable de me donner le signal du départ.

Ces enfants de Neptune parlèrent de voyages longs et courts , de vaisseaux bien et mal construits, des avantages de la vue maritime, et de précieuses qualités de l’eau-de-vie de Cognac : tout cela d’une manière si diffuse et si prolongée, que je désirais d’être dans ce moment endormi dans la maison la plus mal construite , plutôt que de me trouver en pareil lieu. Pas un sujet n’y fut discuté ; pas une idée suggérée qui fut susceptible d'aucun résultat utile ou agréable , pour tout autre que pour euxmêmes. Je fus obligé d'attendre dans cette pénible situation jusqu’à onze heures : alors toute

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la société se leva d’un consentement mutuel et spontané , mais non sans prendre un nouveau rendez-vous pour la soirée suivante, pour leur édification générale et pour la prospérité du commerce du tabac. Il est inutile de vous assurer que je ne me trouverai point à cette nouvelle réunion.

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26 LETTRE Li.

Situation de Quévec. — Ses belles apparences extérieures. — Citadelle. — Cap du Diamant.

— Édifices publics de Québec. — Château de St.-Louis. — Cathédrale de l’église catholique romaine. — Temples du culte protestant. — Palais de justice. Collège des Jésuites. — L’Hôtel- Dieu. — Le Couvent des Ursulines.

— Le Palais de l'Évêque. — Les Barraques.

— Statue du général Wozr. — Origine du

mot Québec. — Population de cette ville.

Quesec est sous le 46° degré 48 minutes de t: latitude nord , et 71 degrés 11 minutes de t iongitude à l’ouest : il est heureusement situé a sur les rivières de Saint-Charles et de Saint- ; g

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Cette ville a, comme je l'ai précédemment observé, la forme d’un amphithéâtre s'élevant par degrés ; et vuc de la rivière, elle offre un si bel aspect, qu'un étranger qui ne connaîtrait pas son intérieur, la prendrait pour une des plus belles cités du monde : l'étonnante élévation des clochers, leur aiguilles resplendissantes et les formidables ouvrages extérieurs de la ville, sont hors de tout calcul , de manière à prévenir fortement en sa faveur l’âme d’un spectateur. Mais lorsqu'il entre dans les rues, les places et les allées , surtout de la ville basse , il trouve que tout est borné, mal construit et peu élégant : rien ne peut alors égaler son désappointement: plusieurs rues sont à peine assez larges, pour permettre à deux voitures de passer de front ; et toutes sont dépourvues de beauté, d'élégance et de régularité. Les opérations commerciales se traitent principalement dans la ville basse, qui, par suite de cette circonstance et de sa situation limitée, est dans un tourbillon perpétuel. Les greniers, les magasins et les habitations , quoiqu'’en général d’une grande élévation , sont dominés par les projections rocailleuses du cap du Dramanr, qui;

11 20 LETTRE Ill.

À dans quelques directions , semble les menacer | | d’une prochaine destruction. La montée de 1! ï la haute ville, le long des circuits de la rue de | la Montagne , a été ménagée avec beaucoup d’art: mais elle estnéanmoins très-rapide , et dans certaines parties , elle est bordée sur la \ main droite , de profonds précipices.

l& Lorsqu'on est parvenu à son sommet , l’as- 1 1 pect de la ville devient plus agréable, et on le (4! trouve , à tuus égards, préférable à celui de la hi basse ville. Néanmoins les bâtiments publics Le offrent peu d'intérêt à ceux qui sont accoutu- |! més à la vue des beaux monumens qu'on ad- À | mire dans les principales villes d'Europe.

Le bel état des fortifications mérite plus d’attirer l'attention : elles sont parfaitement entre-

| tenues , et on a ajouté de nouvelles défenses, | DEA partout où elles ont été jugées nécessaires : : | lorsqu'on les voit du rivage opposé ,.de quelque x partie des campagnes environnantes , clles of- L

| frent un coup d'œil très-noble et très-impo- d

| sant. La citadelle est située sur le point leplus , q qi élevé du cap du Drawanr, qui est à trois cent . | cinquante pieds au-dessus du niveau du fleuve. Œ oO

Lorsque Quebec devint la capitale de la colo-

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nie française , la citadeile fut bâtie, dans la vue uniquement de défendre les approches de la cité du côté de l’ouest, vers les plaines d'Abraham : elle domine orgueilleusement sur le St.-Laurent, et étend maintenant ses immenses murs et ses ouvrages militaires extérieurs réguliers , jusqu’à l'extrémité de ces plaines, près du bord de la rivière St.-Jacques.

La ville a cinq portes : la porte Saint-Louis , qui est la plus grande, s'ouvre à l’ouest et vers les hauteurs d'Abraham où le brave Wozr rendit son dernier soupir. La porte Saint-Jean s'ouvre vers Saint-Foi , qui est la route de Mowr-réar. Ces deux portes sont extrêmement fortifiées, et les murs où elles sont placées , ont au moins cinquante pieds d'épaisseur. Les portes du Palais et de l'Espérance s'ouvrent vers le nord, et la porte de Prescott par laquelle on passe dans la basse ville, s'ouvre vers le sud. Les approches de toutes ces portes sont gardées par des batteries et autres défenses. Ainsi, d’après sa position naturellement si avantageuse . et avec ses immenses fortifications , Québec doit être considérée comme une des plus fortes villes de l'univers.

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