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le rivage. Elle accéda très-poliment à notre demande, envoya un homme nous montrer le lieu où nous pouvions déposer le corps , nous invitant obligeamment à revenir ensuite et à prendre notre part de quelques rafraichissemens. Il est inutile d'observer que nous nous empressimes de profiter de cette invitation amicale, ayant été silong-temps confinés dans un vaisseau , sans pouvoir y jouir du plaisir de varier notre société. Lorsque nousrevinmes des funérailles, nous fûmes introduits dans un appartement qui aurait fait honneur à la plus belle maison en Europe. Nous y trouvâmes une boisson ‘délicieuse qui avait été préparée pour nous et composée avec des esprits de la Jamaique, du Jait frais et du sucre d'érable.
Nous primes avec le plus grand plaisir notre part d’un régal si peu attendu; et après avoir passé environ une heure dans cet asile hospitalier, remercié celle qui en faisait si bien les honneurs, et vanté, comme elle le méritait, l'élégance de sa charmante demeure , nous retournâmes au vaisseau, extrêmement satisfaits, et emportant la plus haute idée de l'hospitalité canadienne,
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16 LETIRE II.
Quoiqu'on dise que le territoire de la nouvelle Orléans est plus fertile que celui du Bas- Canada, il nous parut être d’une qualité trèsinférieure. |
L'orge dont on faisait alors la récolte, aurait à peine paru en Europe mériter d’être cueilli. Les patates nous parurent meilleures ; et le tabac semblait y prospérer. Mais il est évident qu'on n’attache dans ce pays aucune importance à sa culture.
Lorsque les fermiers du Canada auront fait quelques progrès dans la précieuse science de l'agriculture , ils seront convaincus qu'ilest du plus grand intérêt pour eux de bien labourer leurs vastes possessions : ils abandonneront l’usage de jeter dans le St.-Laurent la paille qu'ils ont de reste , et commenceront à utiliser le fumier quise fait chez euxet chez les habitans des villes environnantes : ils cesseront de le regarder commeun désagrément dont ils ne peuvent trop tôt se débarrasser. Ils prendront soin alors d’accumuler et d'utiliser leurs engrais : seul moyen de rendre productif un sol maigre ou stérile par lui-même.
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s'élève graduellement depuis le rivage jusqu’à son centre ; presque tous les bois sont coupés : à peine un arbre s'offre-t-il à la vue ; les barrières sont construites de bois refendu, ce qui tend à donner à toute l'île un air de pauvreté très-défavorable. Sa circonférence est d'environ quarante-huit mille ; sa longueur, de vingt mille; elle a six mille dans la plus grande largeur. À la plus basse extrémité de l'ile, la rivière a environ quinze mille de large. A l’ouest, le courant d’eau se divise en deux canaux à peu près égaux, et forme un bassin qui s'étend à environ six milles dans chaque direction et qu'on peut dire avoir pour limites, d’un côté l'embouchure de la rivière Sr.-Cxar- Les, et de l’autre le rivage du St.-Laurent opposé à l'extrémité du cap Diamant; dans son sein aussi vaste qu'assuré, on peut voir à l'ancre un nombre immense de vaisseaux marchands et de plus petites embarcations de commerce qui s’y rendent en foule de toutes les parties du monde. Mais cette forêt de mâts qui offre un aspect très-remarquable dans tous les ports de mer en grande activité, de-
vient ici insignifiante, par suite de sa conti-
18 LETTRE Il.
guité avec des bois plus épais et plus élevés.
En entrant dans ce bassin , la combinaison la plus attrayante de scènes imposantes attire et fixe l'attention. Sur la gauche, les cascades du Moxrmorency , dont les eaux s’élancent sur un précipice de deux cent quatre-vingt-dix pieds, les roches de la pointe Levr, sur le rivage du sud, où se déploient tous les indices de l’industrie humaine , le promontoire élevé, situé à l’opposite et sur lequel est placée la ville de QuéBec, combinés avec les grandes masses d'arbres, de chaque côté de la rivière , composent l'ensemble d’un tableau aussi imposant que magnifique, dont un étranger ne détourne les yeux qu'avec le plus grand regret.
Dans le fait, toute la contrée, jusqu'à environ cent cinquante milles au-dessous de Québec, diffère beaucoup dans son aspect des pays agrestes que l'on découvre à l'entrée, et doit affecter puissamment l’âme d’un voyageur qui sait observer les pays qu'il parcourt. L’admiration y est excitée non-seulement par la nouveauté de l'ensemble de la perspective qui diffère beaucoup de toutes celles qu'on voit en
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LETTRE Il. 19
Europe, mais encore par les grandes masses de quelques-unes des parties qui lacomposent. Des montagnes élevées couvertes de boisimpénétrables, dont les sommets vont border l’horison ; desrivières serpentantavecrapidité quiviennent apporter leurs eaux tributaires au fleuve St.-Laurent ; un grand nombre d'îles où croissent des arbres vigoureux dontles épais branchages prolongent leurs ombres sur la vaste étendue d’eau dont ils sont entourés ; de nombreuses cataractes placées à différentes distances réfléchissant avec éclat les brillants rayons du soleil, tandis qu'elles lancent leurs torrens écumeux sur les roches avancées d’où elles rebondissent en jets légers et aériens, et se réunissant ensuite de nouveau, tombent en torrents impétueux qui vont se jeter dans la mer. Tels sont les traits les plus caractéristiques du tableau qui se présente aux yeux étonnés du spectateur placé de l’un des côtés du fleuve.
Mais il y a d’autres vues d’un aspect plus doux et plus civilisé qui donnent un air animé et délicieusement varié à plusieurs parties de la scène et les désignent comme étant plus spécialement les demeures des hommes et l’ob-