LES ESCALES. — BRAZZAVILLE
21 juillet, — Troisième jour de traversée.
Indicible langueur. Heures sans contenu ni contour.
» Après deux mauvais jours, le ciel bleuit ; la mer se alme ; l'air tiédit. Un vol d’hirondelles suit le navire.
| On ne bercera jamais assez les enfants, du temps de leur rime jeunesse. Et même je serais d’avis qu'on usât, pour s calmer, les endormir, d’appareils profondément bousulatoires. Pour moi, qui fus élevé selon des méthodes itionnélles, je ne connus jamais, de par ordre de ma ère, que des lits fixes ; grâce à quoi je suis aujourd’hui articulièrement sujet au mal de mer.
Pourtant je tiens bon ; je tâche d’apprivoiser le vertige, l constate que, ma foi, je tiens mieux que nombre de assagers. Le souvenir de mes six dernières traversées Maroc, Corse, Tunisie) me rassure.
“Compagnons de traversée : administrateurs et commerints. Je crois bien que nous sommes les seuls à voyager pour le plaisir ».
— Qu'est-ce que vous allez HE B-bas ? &
a J'attends d’être là-bas pour le savoir. | VE Je me suis précipité dans ce voyage comme Cu Cu dans le gouffre. I} ne me semble déjà plus que pré ment je laie voulu (encore que depuis des. mois. volonté se soit tendue vers lui) ; mais plutôt quil, imposé à moi par une sorte de fatalité inéluctablt comme tous les événements importants de ma vie. | j'en viens à presque oublier que ce n’est là qu'un epr de ; jeunesse réalisé dans l’âge mûr » ; ce voyageau C np je n'avais pas vingt ans que déjà je me promesses faire ; il y a trente-six ans de cela. | ;
Je HAN avec délices, depuis la fable I, tout fables de La Fontaine. Je ne vois pas trop de quelle que lon pourrait dire qu’il ne fasse preuve. Celui qui sait | voir peut y trouver trace de tout ; mais ilfautun œila tant la touche, souvent, est lépèrd. Cest un miracle culture, Sage comme Montaigne ; sensible comme Moz oZar
Hier, inondation de ma cabine, au petit matin, loi lavage du pont. Un' flot d’eau sale où nage piteuseme joli petit Gœthe letherbound, que m'avais donné le Cor Kessler (où je relis les Affinités). 45
Ciel uniformément oris ; : d’une douceur étrange. lente et constante descente vers le sud doit nous 4 Dakar ce soir.
Hier des poissons volants. Aujourd’hui des t tro f de dauphins. Le commandant les tire de la passe
L'un d'eux montre son ventre blanc d’où sort un flo sang. 40
he vue nd la me ane. Ce. matin une à hiréndelle LA r contre la lisse. J'admire ses petites pattes palmées et bec bizarre. Elle ne se débat pas lorsque ; je la prends. la garde quelques instants dans ma main ouverte; puis L'i son vol et se perd de Pautre côté du navire.
26 juillet.
tar. la nuit. Rues droites désertes. Morne ville endor-
:. On ne peut imaginer rien de moins exotique, de plus 1. Un peu d'animation devant les hôtels. Terrasses des és violemment éclairées. Vulgarité des rires. Nous suiis une longue avenue, qui bientôt quitte la ville franse. Joie de se trouver parmi des nègres. Dans une rue nsversale, un petit cinéma en plein air, où nous entrons. rrière l'écran, des enfants noirs sont couchés à terre, au d d'un arbre gigantesque, un fromager sans doute. Nous
us asseyons au premier rang des secondes. Derrière moi:
grand nègre lit à haute voix le texte de l'écran. Nous sortons. Et longtemps nous errons encore ; si fatigués ntôt que nous ne songeons plus qu'à Aloe Mais à ôtel de la Métropole, où nous avons pris une chambre, vacarme d’une fête de nuit, sous notre fenêtre, empêche gtemps le sommeil.
Dès six heures, nous regagnons l’Asie, pour prendre un pareil de photo. Une voiture nous conduit au marché. ievaux squelettiques, aux flancs rabotés et sanglants, nt on a badigeonné les plaies au bleu de prusse. Nous ittons ce triste équipage pour une auto, qui nous mène x kilomètres de la ville, traversant des terrains vagues e hantent des hordes de charognards. Certains cben su toit ‘, maisons, semblables à d'énormes pigeons pelés
Jardin d’Essai. Arbres inconnus. Buissons ; d'hibiscus en fleurs. On s'enfonce dans d’étroites allées pour prendre un avant-goût de la fôret tropicale. Quelques beaux papillons, semblables à de grands machaons, mais portant, à l’envers. des ailes, une’grosse macule nacrée. Chants d'oiseaux inconnus, que je cherche en vain dans l’épais feuillage. Un serpent noir très mince et assez long glisse et fuit.
Nous cherchons à atteindre un village indigène, dans les sables, au bord de la mer; mais une infranchissable
lagune nous en sépare. | À 27 juillet.
Jour de pluie incessante. Mer assez houleuse, Nombrew malades. De vieux coloniaux se plaignent : « Journée ter rible ; vous n'aurez pas pire ».… Somme toute, je support l assez bien. Il fait chaud, DEEE humide ; mais il m >; semble que j'ai connu pire à Paris; et je suis son de ne | pas suer davantage. 4
Le 29, arrivée en face de Konakry. On de débarquer) dès sept heures; mais depuis le lever du jour, un épais | brouillard égare le navire. On 2 perdu le point. On tâtonne et la sonde plonge et replonge. Très peu de fond très peu d'espace entre les récifs de corail et les bancs de sable. La pluie tombait si fort que déjà nous renoncions. à descendre, mais le commandant nous invite dans sa pétrolette. tu
Très long trajet du navire au wharf, mais qui donne au ÿ brouillard le temps de se dissiper; la pluie s'arrête. se
Le commissaire qui nous mène à terre nous avertit que. nous ne disposons que d’une demi-heure, et qu’on ne nous attendra pas. Nous sautons dans un pousse, que tite un. jeune noir « mince et vigoureux ». Beauté des arbres, des enfants au torse nu, rieurs, au regard languide. Le ciel est '
re |
| : pe toits we dans la verdure. Le navire cn re kilomètres de la côte. Trop peu de temps à terre ; mais, du rivage pin deux
dix pour renforcer l’équipage — qu'on rapatriera 7
. Hommes admirables pour la plupart, mais
his Un: d'un claquement F ni contre la coque.
an)
en de longs rubans jaunâtres de vieille à peu . calme, une
fs
agner le wharf, nous prenons place à cinq ou six rte de Hs qu'on LES par un crochet
à une éliñgue, et qu'une grue soulève et dirige à travers les airs, au-dessus des flots, vers une vaste barque, où le treuil la laisse lourdement choir. | PES |
On imagine des joujous réquins, des joujous. épaves, pour des naufrages de poupées. Les nègres nus crient, rient et se querellent en montrant des dents de cannibales. Les embarcations flottent sur le thé, que griffént et bêchent de petites pagaies en forme de pattes de canard, rouges et vertes, comme on en voit aux fêtes nautiques des cirques. Des plongeurs happent et emboursent dans leurs joues les piècettes qu’on leur jette du pont de l'Asie. On\attend.quA les barques soient pleines ; on attend que le médec{® de Grand-Bassam soit venu donner je ne sais qui certificats ; on attend si longtemps que les premie passagers, descendus trop tôt dans les nacelles, et quel fonctionnaires de Bassam, trop empressés à les accueillis balancés, secoués, chahutés, tombent malades. On: les vo. ÿ se pencher de droite et de gauche, pour vomir, "4
d'TU Grand-Bassam. — Une large avenue, cimentée en à! milieu ; bordée de maisons espacées, de maisons ‘basses. Ouen de gros lézards gris fuient devant nos pas et regagnent le tronc de l'arbre le plus proche, comme à un jeu des quatre coins. Diverses sortes d’arbres inconnus, à larges feuilles, étonnement du voyageur. Une race, de chèvres très petite et basse sur jambes ; des boues à. peine un peu plus grands que des chiens terriers ; 'on dirait des chevreiux, mais déjà cornus et qui dardent par SEA très long aiguillon violâtre. :
TFransversales, les rues vont de la mer à la ls ; celle-ci, ; u large en cet endroit, est coupée d’un pont qu'on dirait Japonais. Une abondante végétation, pos
: ds groupe % Leo à he : puis a mer, .
à ne W voit sine mais que dénonce la mâture d’un grand |
Lomé (2 2
Cotonou (2 août).
j bas d'un lézard et dun serpent d’un mètre de long, at ne blanc, très mince a agile, mais si ADS par
vrai que le maïs que l'on paie 35 sous en France ne que... etc. |
Libreville, (6 août), Port-Gentil (7 août).
evil, dans ce pays enchanteur,
où la nature donne
16 VOYAGE AU CONGO à
l'on meurt de faim. L'on ne sait comment faire face À fai disette. Elle règne, nous dit-on, plus terrible encore à. o térieur du pays. | ;
La grue de l’Asie va cueillir à tond de cale caisses qu'elle enlève dans un filet à larges mailles, puis déverse! dans le chaland transbordeur. Des indigènes les reçoivent et s’activent avec de grands cris. Coincée, heurtée, précipitée, c'est merveille si la caisse arrive entière. On‘en voit, qui éclatent comme des gousses, et répandent comme d. graines leur contenu de boîtes de conserves. J'en saisi. une. F., agent principal d’une entreprise d'alimentation, 4 qui je 12 montre, reconnaît la marque et m'afhrme q e c'est un lot de produits avariés qui n’a pu trouver acheteur, sur le marché de Bordeaux.
8 août. 3
Mayoumba. — Lyrisme des pagayeurs, au dangereus franchissement de la barre. Les couplets et les refrainsdeleu” chant rythmé se chevauchent. * A chaque enfoncemen dans le flot, la tige de la pagaie prend appui surla cuisses nue. Beauté sauvage de ce chant semi-triste,; allégresse musculaire ; enthousiasme farouche. A trois reprises la chaloupe se cabre, à demi dressée hors du flot; et lors qu'elle retombe un énorme paquet d’eau vous inonde, A. vont sécher bientôt le soleil et le vent.
Nous partons à pied, tous deux, vers la forêt. Une allée ombreuse y pénètre. Etrangeté. Clairières semées de quelques huttes de roseaux. L'administrateur vient à nous en. tipoye, et en met aimablement deux autres à notre dis-
I. Je retrouverai ce chevauchement si particulier, dans les chants de la région du Tchad.