V. appendice au chapitre VII
( ns suivre est une allée de sable se Départ un peu c ile car nous avons, hier soir, renvoyé quatre hommes
he, que Sapoua les pourrait remplacer. Les quatre es attendus ne sont pas présents à l'appel. Il faut
de beaucoup les plus lourdes. Souvent: les types s costauds s'emparent ainsi des charges légères et
n à éhique femme un billet de cent sous, espérant tre ocue provoquer le regret des hommes y —
tipoye ont pris de l'avance. Ce n’est plus de la marche, c'est une sorte de course, escortée de tam-tams, d’une troupe d’enfants rieurs; plusieurs se proposent comme boys. À partir de ce village, et jusqu’à Pakori, où nous arrivons vers onze heures pour camper, une escorte se formes, les chants (chœurs alternés) des tipoyeurs, des gens desvillages, ne cessent plus. On traverse, avant Pakori, quatre ou cinq villages, de plus en plus étranges, aux habitantstou-… jours plus exaltés. De tout cela, je crains de ne garder. qu'un souvenir confus ; c’est trop étrange. Nous sommes enfin sortis du cauchemar de la forêt. La savane prend l'aspect d’un bois clairsemé; arbres pas très” grands, semblables à des chênes-lièges et que souvent une belle plante grimpante, on dirait un pampre, recouvre. Beaucoup de pintades, nous a-t-on dit ; mais les hurléments” de tout ce peuple en délire font tout fuir. Les habitants” de ce pays, je l’ai dit, ont l'aspect heureux et robuste; les” hommes portent presque tous un “re tatouage ! qui, parti du sommet du front, trace jusqu’au bas du nez une ligne médiane, d'un relief très accentué. À Notre escorte (quarante porteurs, plus huit femmes de : porteurs, dont trois avec leur nourrisson suspendu au flanc) s’est démesurément grossie. On ne s’y reconnait plus. C’est le «nous partîmes cinq cents... » Même les. chefs veulent nous suivre ; jusqu’au village suivant, tout au moins. On s'arrête pour serrer des mains, en signe d’adieux.… Mais quelques kilomètres plus loin l’on retrouve encore… ceux dont on avait cru prendre congé. à À Pakori, le plus beau des villages vus jusqu'à présent,
1. Qu'ils obtiennent par des incisions, puis en introduisant dans à cicatrice je me sais quelles poudres qui provoquent un soulèvement de la peau
PAKORI ue
où l’on s'arrête, la quantité d’enfants est inimaginable, Je tâche de les dénombrer ; à cent quatre-vingt je m’arrête, pris de vertige; ils sont trop. Et tout ce peuple vous enveloppe, s'empresse pour la joie de serrer la main qu’on Heur tend; tous avec des cris et des rires, une sorte de lyrisme dans les démonstrations d'amour. C'est presque
du cannibalisme.
1 Pakori ; au soir. Ce grand village est merveilleux. Il a du style, de Pire: et le peuple y paraît heureux. L'énorme | ue-place (qu'on se figure une Piazza Navone prolongée)
‘on accède par six marches, bâties sur des sortes de monicules, de formation que je ne m'explique guère, sem-
: apprenons qu'ici, que dans tout le pays avoisinant : r (et: je pense, dans toute la subdivision de Carnot,) on laisse N'indigène vaquer à ses cultures après qu'il s’est acquitté “de l'impôt, c’est-à-dire après qu'il a récolté dans la forêt la quantité de caoutchouc suffisante à en assurer le paiement — — ce qui Jui prend un mois environ. Il ne cul-
m1. Pays non concédé aux Grandes Compagnies ; d’où cette aisance. - GIDE 9
130 VOYAGE AU CONGO à —
coup moins cher que Pindigène les cabris et:les poulets si qu'il ne les paierait du moins, car celui-ci nen achète jamais, ou du moins ne les consomme jamais, press que jamais. (De même qu'il ne mange jamais les œufs. Tout au plus donne-t-il aux enfants les Lœufs pâtés — et pour les autres, ceux qui sont soustraits à la couvée, il les réserve pour le blanc qui passe). Cabris et. poulets sont objets d échange, La monnaie, encore récem-= ment, encore aujourd hui, c’est le fer de sagaie, qu'il forge lui-même, estimé cinq francs la pièce. Le cabri vaut de quatre à huit fers de sagaie. On achète une femme indiffé-. remment avec des sagaies ou des cabris (de dix à cinquante. fers de sagaie, soit de cinquante à deux cent cinquante, francs). Le blanc n’est pas censé acheter le cabri que lui présente le chef. Celui-ci le donne; puis le blanc, qui en* principe ne doitrien, donne un matabiche notoirement nel quivalent, mais que le chef doit toujours accepter avec! re connaissance. Pourtant un certain tarif s'établit: 1 francs par poulet; 4 à 5 francs par cabri. Il est établi que l'indigène | ne sait la vraie valeur de rien. Il n’y a, dans tout le pays,” aucun marché, aucune offre, aucune demande. D’un bout. à l’autre du village, il n’est pas un indigène qui possède * quoi que ce soit “d'autre que ses femmes, son troupeau, et. peut-être quelques bracelets ou fers de sagaies. Aucun objet, É aucun vêtement, aucune étofle, aucun meublé —et,. quand bien même il aurait de l'argent, rien à acheter. ne se présente pour éveiller aucun désir. |
13 novembre. £ ‘4
Vers 11 heures, nous sommes arrivés à Berberati. Pays | tout différent ; même le ciel est changé, la qualité del'air : Enfin l'on respire. Belle traversée de landes; savane aux |
de de © BERBÉRATI ei
Éininées hautes de 3 mètres ; coupée pat instants de “reprises de forêt. Le pays assez puissamment vallonné ; lk vue s'étend au loin. Le poste même, maison de l'adinis nistrateur, où nous couchons (abandonné faute de personmel), est fort bien situé, sur.un revers de plateau, d’où lon ‘domine une vaste contrée; mais, comme toujours dans ce pays démesuré, rien ne fait centre ; les lignes fuient éperdument dans tous les sens ; tout est illimité. Seuls, les villages parfois s'organisent. Îls ne sont plus établis seulement | le long de la route ; des perspectives se creusent, et = cases sont en non plus en ligne, mais forment
nous a fait cadeau d’un petit animal Lo enfermé dans cette sorte de panier en palmes tressées, qui sert ici de cage à poules. Je crois que c'est un « paresseux »'. Il n’a que quatre doigts aux pattes de devant; l'index restant atrophié; les pattes de derrière sont prenantes, les pouces nettement opposés au reste des doigts. Les-vertèbres cervicales ont des apophyses aiguës, qui soulèvent la peau, Il a la taille d’un chat, une queue très courte ; les oreilles comme coupées, Très lent de mouvements. Très maladroit lorsqu’ il marche sur le sol, et disgracieux, mais fort habile à grimper et à se suspendre la tête en bas, à n'importe quel support. Il mange volontiers ce que nous Jui offrons, dés confitures, du pain, du miel, et se montre particulièrement friand de lait concentré.
:. One est venu m apporter un énorme « goliath » que; ai le
A Dai ai Su plus tard le vrai nom de ce charmant petit animal ; c’est un ete ner
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plus grand mal à faire entrer dans mon flacon de cyanure, si large que soit son embouchure.
Visite à la mission, où les Pères nous reçoivent tres. aimablement et nous régalent d’un lait excellent.
De retour au poste, nous observons longuement l'extra=* ordinaire travail de la mouche-maçonne (celle-ci a létranglement de son abdomen jaune canari, et non noir commen l’espèce la plus commune). En quelques minutes, elle as complètement muré une araignée dans l’alvéole de terre” où elle l'avait forcée d’entrer. D'un coup de couteau, + Jai défait ce travail, découvrant, à côté de la grosse arai gnée, plusieurs petites ; quelques i instants après, les dégérs! étaient réparés. Le soir, je me suis emparé de la construc=" tion toute entière, la détachant avec peine d’une latté de bambou, où elle était fortement maçonnée. Le tout, gros comme un œuf de pigeon, formé de quatre alvéoles* oblongues ; en terre dure comme de la brique, où presque Chaque alvéole que j'ai crevée contenait quatre ou cinq. araignées assez petites, mais dodues; toutes fraîches, ets qui semblaient moins mortes qu'endormies; parmi elles, un seul ver, de la taille et de l’aspect d’un asticot. Certai” nement, c'est là le garde-manger des larves, et je pense que la mouche-maçonne (n'est-ce pas un sphex ?) avait, pondu, à côté des araignées, ou dans l'abdomen des “arai= gnées, un œuf, dont déjà le ver en question provenait. Malheureusement, ma vue baisse beaucoup, et je ne par. viens plus à « mettre au point » les objets un peu délicats.4
Magistrale engueulade de Marc à l’un des « gardes» du poste, qui s’est permis de gifler notre cuisinier.
a. sorte de grand diable, Pair d'un Mohican, une she faucon que nous avions tué passée dans un trou de
de lire. Le pays a changé. Plus profondément vallonné.. Grands plateaux. Depuis Berberati, plus de tsé-tsés,, plus de maladie du sommeil ; d’où les troupeaux de las mission, et les chevaux des chefs de villages. Ceux-ci ne” sont plus uniformément établis le long des routes en. longues suites rectilignes; les cases, non plus me mais rondes, aux murs de terre et au toit pointu de, chaume et de roseaux. L'influence arabe commence a" se faire sentir ; les chefs ont enfin un costume et ne sont, plus ÉeRent affublés de dépouilles européennes: Ils portent le boubou des Bornouans ou des Haoussas, bleu ou blanc, orné de broderies. Chose assez déconcer- | tante : à notre passage dans les villages, c’est bien à notre occasion que l’on organise le tam-tam, mais c'est autour du chef que les danses se groupent ; ce n’est plus à nous,« c'est à lui que les habitants des villages rendent les’ hon= neurs. Ces chefs, le plus souvent, sont à cheval; un cheval qu'ils se plaisent à faire galoper, piaffer ; c’est déjà presque la. fantasia arabe ; ils ont de l'allure, de la noblesse et sans doute. une incommensurable vanité. L’un d’eux, à qui je tends un billet de cinq francs, en plus du paiement du manioc | apporté pour nos hommes, et des œufs ou poulets pour“ nous, prend avec morgue le billet et le passe aussitôt. dédaigneusement, à un serviteur qui l'accompagne. Un. autre, qui n’a pas de cheval, est porté sur les épaules de” ses sujets, comme en triomphe; toutes les acclamations vont vers lui. Les deux fils de Baño :, fort beaux, propres * (en apparence) et dignes, sont venus à cheval à notre ren contre. En arrivant ici, ils ont soif et demandent à boire.