‹ Voyage au CongoChapitre 44 sur 48 · LE LAC TCHAD · texte numérisé non relu

LE LAC TCHAD

nez crochu, ce qui est particulièrement déplaisant pour n visage noir — l'œil égrillard et les lèvres pincées. Plus ie poli; presque obséquieux. Nous le quittons bientôt en ‘omettant de revenir le lenderain. Cette reconnaissance >cturne n'a eu d'autre but que d’apprivoiser un peu les ns, les enfants en particulier, à qui nous distribuons quanlé de piècettes. Ceux-ci n’ont plus, dans ces régions avoinant le Tchad, le ventre énorme de ceux de l'Oubangui ; ais leurs mains et leurs pieds sont souvent hideusement ‘formés ; la paume des mains devient alors comme sponeuse, et le dos squameux.

De retour à bord, après le repas, nous nous apprétions jà pour la nuit, lorsqu'Adoum vint nous dire que cinq digènes s'étaient présentés tout à l'heure, désireux de jus faire des « clamations » (réclamations), à qui le capiine venait de dire de repasser demain matin. Nous souveint de Semba N’Goto, et pensant que ces confidences nocrnes risqueraient d’être perdues pour toujours, nous Woyämes en grande hâte Sindbad à la poursuite des signants, lès invitant à revenir. Puis, dans l'attente, nous jus mimes à lire, à l’insuffisante clarté du photophore Mark Rutherford et le Second Faust). Un long temps Issa et je me désolais de plus en plus, imaginant Sindbad rcé d'aller j jasqu au village, ne parvenant à retrouver les üq bommes qu'en éventant leur démarche, qu’en les promettant, qu'en les perdant. Au bout d’une demiure, Adoum nous annonce un nouveau plaignant.

élui-ci vient d’une île voisine ; a sauté dans sa pirogue Lôt qu'il a vu passer le vapeur, dans l’espoir d’y rencontrer à blanc à qui il puisse parler. Il se penche en avant et ontre au-dessus de la nuque la cicatrice très apparente üne large blessure récente ; écartant son boubou il | GIDE 15

montre une autre blessure entre les épaules. Cas sont th coups de chicotte d’un « partisan » (?) du chef de cantoi Le partisan s'était d’abord emparé de trois des quat chèvres laitières que cet homme gardait devant sa case por subvenir à la nourriture de sa femme et de ses enfants et comme le partisan faisait mine de prendre encore la qu trième, l’autre avait protesté; c'est alors que Pagent € Kayala Korami, le chef de canton, lavait frappé. 1 ARS

Un peu plus tard (l’entretien avec ce premier plaigna venait à peine de finir) quatre autres indigènes so venus. L’un se plaint que Kayala Korami se soît appropr le troupeau de huit vaches qui devaient lui revenire héritage après la mort du frère de son père. Le secon raconte qu’il a donné 250 francs à Kayala Korami pot ètre nommé chef de village. Celui-ci en réclame encore a tant et, comme l’autre déclare qu’il n’est pas assez ich pour les donner, Korami menace de le tuer —et garde k 250 francs donnés d’abord. Les deux derniers, terrorist par Kayala Korami, en sont réduits à vivre dans la brouss dont ils ne sortent que la nuit pour aller retrouver, pri du village, des parents ou des amis qui leur Me manger.

Ce que je ne puis peindre, c’est la bédtic£ ds regards ces indigènes, l’intonation émue de leur voix, la réservet la dignité de leur maintien, la noble élégance de Jeu gestes. Auprès de ces noirs, combien de blancs ont Pair < goujats. Et quelle gravité triste et souriante dans lew remerciements et leurs adieux, quelle reconnaissance dése pérée envers celui qui veut bien, enfin, considérer | 1 plainte.

te fe Ÿ

Ce matin, dès l'aube, de nouveaux plaignants sont L

pis | LE LAC TCHAD 2.

Réndaut notre de vouloir. Parmi eux un chef, que nous aisons passer d'abord. Tout ce que je disais des hommes ‘hier soir est encore plus marqué chez celui-ci. Un de ses idministrés l'accompagne qui, lorsque nous l'avons invité LS’ asseoir, s'accroupit à terre, aux pieds du chef, blotti dans a pli de sa robe, comme un chien, et par instants pose sa ête sur ou contre le genou du chef, en signe de respect, Es de dévotion, mais aussi, dirait-on, de tendresse. Le chef nous montre sur le dos de cet homme des cicarices de blessures et des traces de coups. Il nous dit les exactions de Korami, les gens de son village terrorisés, lésertant pour une circonscription voisine. Avant les nouvelles dispositions prises par l'administration française, lors que les chefs de villages n'étaient pas encore suborjonnés à à des chefs de cantons, tout allait bien. Non, non, ce nest pas des autorités françaises qu'il a à se plaindre. Ah! l'si seulement il y avait plus de blancs dans le pays ; ou i seulement les blancs étaient mieux renseignés | Si seulement ils connaissaient, ces blancs qui gouvernent, le quart des méfaits de Korami, assurément ils y mettraient bon prdre. Mais c'est Korami lui-même qui les renseigne, ou des gens intimidés, terrorisés par Korami. Hélas ! la famille de Korami est nombreuse ; s’il venait à mourir, son fils lui succèderait, ou l’un de ses frères, et tout irait de mal en pis. Nous lui demandons s’il connaît, en dehors de la famille de Korami, quelque indigène capable de remplacer cet pdieux chef de canton ; alors, très modestement en appafence et sans astuce, très naturellement, il se désigne. Marc relève son nom, comme il a relevé ceux des autres plaipnants. Du reste lui n’a pas à se plaindre personnellement; c'est au nom des habitants de son village qu'il parle, — Et tandis qu’il nous parle, voici que s’amène Korami lui-

même, flanqué de ses partisans, de ses gardes, de toute sa suite. Korami vient nous présenter ses hommages, mais du même coup regarder si des plaïgnants ne viennent pas dénoncer ses méfaits. Nous demandons au chef sil ne craint pas que Korami ne lui en veuille de ce qu'il soit venu nous parler. Il redresse la tête, a une sorte de haussement d’épaules et nous fait dire par l'interprète qu il n’a pas peur. Nous sommes fort embarrassés de savoir que faire poux ne pas compromettre les autres plaignants. En vain nous cherchons quelque moyen d’intimider Korami et d’empêcher qu'après notre départ il ne les brime. Nous nous BA dons à le recevoir d’abord — et lui disons toutaussitôt. que nous sommes pressés d’aller faire de la photographie dans son village. En quelques instants nous prenons notre break fast, et partons escortés par tous ces gens. Cependant, e arrière de Korami, nous faisons dire aux plaignants qu nie n’ont qu’à revenir vers midi. " Village dans le sable. Cases en roseaux, toutes distantsl les unes des autres. Des chèvres partout, en troupeaux éno® mes, blanches pour la plupart. Celles qui nourrissent attachées par la patte à des piquets, branches dépouillées d’écorce, fichées dans le sable. un Au sortir du village, nous avons pris congé 4 Korami désireux qu’il ne vint pas jusqu’au bateau où dévaie nt nous retrouver les plaignants. Mais bientôt, la curiosité le poussant, il est venu nous retrouver tout de'même: pi. :

on, qui 1 ne peut s'exprimer en paroles, me bouleverse. ment il voit combien je suis cu: moi-même et

nue voyage. A présent c'est AE le retour. ? Non regret, je HE un adieu, sans doute définitif, à tout l

Sicherlich, es muss das Beste Irgendwo zu finden sein.

papyrus ; un peu à à labri — ce qui n'a pas empêché navire de chahuter toute la nuit, avec un vacarme chaînes, de baleinières cognées, de portes clquantes qui a complètement empêché le sommeil. se) Levé l’ancre de très bonne heure — mais. pour une er d’échouages successifs. L'eau balaie le pont dé larriè nous ne savons où nous tenir et comment mettre à nos lits et nos affaires. Je crois que le brave capitaine un peu perdu ; à moins quil n'ait d’abord essayé d'u bras du Chari, bientôt reconnu impraticable.…. tou est-il que, de nouveau, nous devons mettre cap au No Enfin nous revoici dans des eaux courantes: D'abord que touffes de grands roseaux, le terrain se relève ce ment. Enormes termitières. ARE Nous avons longé la rive gauche (Cameroun). cdi que soudain, s "est couverte d’une forêt ait très

énormes et largement étalés était opaquement 4 s ee Cela ne resSerbIart à rien de ce de nous à

Page 1