‹ Voyage au CongoChapitre 43 sur 48 · LE LAC TCHAD · texte numérisé non relu

LE LAC TCHAD

argenté qui tout aussitôt bouffe, foisonne, s’émancipe, d et se prépare à se laisser emporter au premier souffle.

Te sergent Bournet (extrêmement sympathique) est ul: à diriger la subdivision de Bol. Nous l’invitons à ns à bord. ILest ici depuis sept mois ; débordé de travail ; pourtant il s'embête à mort. Le travail qu’on lui fait ire, ‘qu'on exige de lui, est, dit-il, au-dessus de ses forces. Il n’y “peut suffire ; il n’est pas préparé pour cela. Le voici plongé dans. des écritures et des COMRIADIHRES compliquées, lui qui saità peine lire et écrire. « Ce qu'un plus instruit que moi ferait en vingt minutes, me prend toute une matinée, nous dit-il. Songez donc que je ne suis qu’un simple sergent, C'est un officier qu'il faudrait à Bol. Je n’en puis plus. » Et “tout, dans ses moindres propos, respire la franchise et F honnêteté. J'ai pris note par ailleurs des quelques renseilénements qu'il nous donne sur la disette menaçante et le “prix des denrées, du mil en particulier, dont les indigènes e Bol sont tenus de fournir dix tonnes"; dont ils manquent, et qu'ils sont forcés d'aller chercher à trois jours de distance (et plus) et d'acheter aux Bournous trois et quatre francs le -« tonnelet » de 20 kilos, que l'administration ne leur paiera pu un franc cinquante.

… Il nous parle également du recensement périmé, qui Rte de quatre ans ; d’après lequel sont taxés les villages, dont les habitants continuent à payer pour les morts (très

‘nombreux par suite de la récurrente) et les fugitifs dont le nombre s’accroît chaque année, de sorte qu’il risque de ne rester bientôt plus que les vieux, les impotents et infirmes,

1. Pour l’approvisionnement des tirailleurs prisonniers (qui nécessite-

.rait normalement 20 tonnes).

À Cd +

des Rues triple et Le quo Re pour les morts et les absents. (De même pour! 15 a « Si Le recensement était refait, dit-il,

Pontet volontiers à payer. Personne ne e songerait à s'enfuir » !. Lu

travers l’eau, à l’aide de grandes perches, souvent ke de fort loin. | Mo

Au bord de l’eau croît toutefois cet acbis es à jaunes dont j'ai déjà parlé. Son bois est si poreux, 5

a mi des individus porte malheur à ceux-ci, * « Combien as-tu de chèvres ?

— Si je les compte, elles vont toutes mourir. »

D 0 HE LAC TcHAD 217

qu il Aotterait sur des nuages. On est tout surpris de voir ‘un tout petit enfant en porter sur son épaule une solive énorme. Il s'en sert, l’enfourchant, pour traverser l’eau. Couche l-dessus à plat ventre, il rame des pieds et des mains, et, lorsque le vent laide, traverse en peu de temps des bahrs assez larges.

… Il y à quantité de crocodiles dans cette partie du lac, nous dit-on ! ; mais, chose étrange, ils ne s'attaquent Jamais à l’homme ? — peut-être surnourris par les poissons qui surabondent. Ils détruisent les filets que les indigènes

endent. Ceux-ci, gênés au surplus par les papyrus voyageurs, ont presque complétement renoncé à la pêche. W Le long de la rive, vers l'est, l'eau reste hors de vue et À , ,

d'atteinte, derrière l’épais écran de papyrus et de roseaux. Js dissimulent des fondrières, où l'on enfonce jusqu'au genou, jusquà la ceinture, où l’on peut disparaître en

entier. Par instants ce rideau s’interrompt et permet accès aux pirogues, aux passeurs, au bétail qui vient s’abreuver. Je nai j jamais vu bétail plus admirable. Ce fut d’abord, près d'un groupe de femmes, un bœuf couleur chamois, très fifférent de tous ceux que j'avais vus jusqu'alors ; semblable peut-être à quelque bas-relief égyptien. Ses cornes énormes Étaient à peine incurvées, leur ligne extérieure continuait celle de los frontal et formait coiffure comme le pschent. On.ne peut décrire une ligne; mais je puis dire que la

Ê: a. C'est du moins ce qu’affirment les indigènes. Mais Lévy-Bruhl ne met en garde (La mentalité primitive ; ; chap. I ; 4). Pour l’indigène, accidentel n'existe pas ; la notion même du fortuit ne peut l'atteindre ; 2 crocodile est « naturellement inoffensif», et, s’il lui arrive de croquer

un homme, c’est qu’un sorcier le lui a Hurd,

de de cette ue ue telle. me e aussitôt au Bœuf Apis.

race très différente ; re et taureau de couleur gi s.

sité, le désir de le voir de Me la enfin cu

Un peu plus loin je fus arrêté par - in trou eau «

nue et formant au-dessus du fou: une si redoutable que, ne connaissant pas l'humeur de Fa

m'aperçus que plus tard, repassant avec Marc et Out que ce terrible monstre était entravé. |

si charmant que je ne me décidais pas à le tuer. À

jaunes, gros comme des sansonnets, sur le de ne

J'avance enveloppé d'un nuage, comme une d’un nuage de mouches. Sur les mimosas, grande: ab dance ns gui, assez voisin du nôtre ; très . j

de

Nous avons suivi la rive tournante jusqu’à " sur le côté opposé de l'ile : et nous la traversons” trer. Amusement de retrouver, jaillie du sable, ( cett orobanche que j'admirais dans les dunes, au sud ‘de mais elle était alors d’an mauve tendre très d

a RNA

te, …. pour traverser les bahrs de lac, Po lus de cinq cents mètres, des CHE de ce bois extra-

GA

gar. Très belle et noble expression de visage du vieux F | Ha des mains de nes ; peau tachée de blanc.

s qu’ elles soient, celles-ci ne sont pas bien jolies. à

fait comprendre qu'il n’est pas décènt que nee et bon nagent en même temps. Ceux-ci doivent précéder de di minutes celles-là. Et comme celles-là restent sur la rive, ke hommes, pris d’une soudaine pudeur, se couvrent, se cein turent et enfilent des pantalons. Marc m'explique qui vont se dénuder en entrant dans l'eau ; ; il compte sur. u certain effet de ces vêtements portés à à l'abri de l’eau, su la tête. Mais la pudeur est la plus forte ; les hommes pre fèrent mouiller ces étoffes qui sècheront vite au soleil l’on insiste pour les faire se dévêtir, ils lâchent la partie# s'en vont bouder sous un palmier doum. Marc s'énerveu il y a de quoi. Au bain des femmes. Elles non plus ne.de cendront dans l’eau que vêtues. N’empêche qu’elles exiget que les hommes, que tous les spectateurs, nous except s’en aillent, se retirent au loin. Tout cela, grâce au simagrées, donne un spectacle assez raté. Il est midi soleil tape. Nous remontons en baleinière,, mais nous avot le vent contre nous. Pas de rames ; rien que des perch pour pousser, mais ici, par miracle, l’eau est profonde l’on est presque à bout de bras avant que la perche” touche le fond. Nous n’avançons pas. Enfin, prenant, parti de suivre la rive, nous faisons tant que d’atteinc Bol, (où, sur le d’'Uzès, nous attend notre me v deux heures. |

autre baleinière a été « faire du bois » dans une a île. Elle n’est pas encore de retour. Nous ne pourrons # re tir que demain. |

Je suis sorti de nouveau hier, vers le soir, avec mon f sur pes mails je n’ai rien tué. Les oiseaux sont si, craintifs qu'on se fait scrupule de les tirer presque à b portant. Glorieuse fin du jour. Si peu élevée que, so dune, on domine un large bras de lac où la gloire du

LE LAC TCHAD 2er

hant doré se reflète. Sérénité majestueuse, indifférente et ins douceur.

Nous avons levé l'ancre à cinq heures du matin. Le ciel st d’ une pureté saharienne. Il à fait de nouveau très froid étte nuit; mais, par absence de vent, froid supportable. Nous faisons escale vers sept heures, devant un assez nportant village, complètement déserté. Certaines des üttes, soigneusement closes, comme barricadées, marquent her les habitants une idée de retour. On finit par décourir, derrière une hutte, une vieille femme borgne, accrouje, vêtue de guenilles terreuses. Elle nous explique dans un rand flux de paroles qu’elle n’a pas suivi l'exode général, arce quelle est trop faible et à moitié paralysée. À ce Aoment on aperçoit, non loin, devant une autre case, une utre vieille, quelle nous dit êtré restée pour la soigner. lous interrogeons tour à tour l’une et l’autre, mais leurs écits ne concordent pas, et Adoum transmet mal nos quesons et leurs réponses. Quand on demande depuis comien de temps les autres habitants sont partis, on a comme éponse le nom du chef de village etle nombre de bras d’eau uil faut traverser pour gagner l’île où les autres se sont endus. La loquacité de chacune de ces deux vieilles abanonnées est cauchemardante. Elles radotent éperdument. à < elles n'ont pas suivi les autres, c’est aussi qu'elles ne ivent pas (ou ne peuvent plus) nager. Les autres sont partis puis vingt et un jours. La plus infirme indique le nombre m faisant dans le sable vingt et un sillons avec l'index. Moi que ce soit qu'on lui demande, elle se livre à une ïte de comptabilité maniaque en traçant du doigt des gnes. qu'aussitôt ensuite elle efface du plat de la main. e hommes sont partis pour trouver de quoi faire face ‘

6 ; ns si on on un me ; ans, n'avait pas à payer FR PERS Ge où ji

nos lentilles d’eau, elle n’a qu’une feuiles tiang divisée comme une feuille de fougère. Nous : t

de UStE vers l’intérieur de l’île (touiohié la mê tone végétation : mimosas et principalement. c -b

Hans devant. une case un groupe 4 hommes, en nous voyant approcher, A

nous Parle à ceux qui sont restés — trois garçons. Marc prend des photos et nous

1. Les pâtres insulaires du Tchad, lorsque Les me sont épuisés, emmènent leurs troupeaux, pour que sur une île voisine,

% garçons quin nous Lou ! Marc fait ne SEX et ma

s le fils du chef ; mais non ; son père n’est qu’un simple ultivateur qui est parti avec tous les gens de ce village. Les trois garçons qui se montraïent très craintifs d’abord, ap privoisent lentement. Ils nous disent que certains de urs parents sont taxés à 30 et même 35 francs d'impôt — x-mêmes sont taxés à sept francs, bien que les deux plus éunes n’aient certainement pas plus de treize ans. Ils nous roposent du lait caillé dans des vases-bouteilles de jonc essé, et se montrent extrémement surpris, presque émus, Otsque je leur donne un pata (cinq francs) à chacun. Ils content que voici quatre jours, ils ont été de nouveau imés par les gens du chef de canton Kayala Korami, qui e sont emparés de cabris, ont « amarré » un homme et l'ont oué de coups de chicotte.

| (Ces 30 ou 35 francs d'impôt, retombant sur un seul, ont peut-être dûs épalement au bétail qu'il possède — im- JOSÉ : à raison de un franc par bœuf).

Pris quelques notes sur la question des frais de douane ur les bœufs vendus en Nigéria (obligation d’ailer régler droits de douane à Maho à vingt jours de marche envix) et la réquisition du bétail par l'administration qui ne Door que le tiers ou le quart de sa valeur.

eu ux

| Nous ‘continuons de naviguer entre les îles. Toutes reilles. Je ne puis comprendre comment le capitaine s’y

éconnaît. Comme, à présent, nous avons la libre disposi-

É bateau, déchargé de ses caisses ne sans fil,

heures. Nous nous dirigeons vérs le centre de Pile. on À tité de crottes de cabris et de bœufs; celles des bœu ne sont pas très récentes. Après un quart d'heure de ma £ che, un village assez important, mais complétement désert Même pas une infirme abandonnée comme dans celui” ce matin. Mais au loin nous apercevons les taches blanch d'un troupeau de chèvres et nous marchons dans leu direction. La végétation change brusquement. C’est sn la lisière d’un bois de mimosas assez touflu que se tienne les chèvres. Elles font des taches claires mouvantes da l’entrelacs des branches, où pénètre l’oblique rayon: soleil couchant. Le troupeau est dispersé sur un grar espace, à demi enfoncé dans le bois. Il y a peut-être qua ou cinq cents bêtes. Elles s’acheminent toutes dans même direction, que nous prenons également, nous laiss 14 uider par elles. Et voici bientôt en effet deux cases pe dues en pleine brousse. Mon coup de fusil, qui Vient tuer une pintade, a fait surgir un vieux indigène ; il s'am à notre rencontre, les mains levées. Avec lui un gr adolescent très décemment vêtu d’un boubou bleu, : femme et deux très jeunes enfants. Le type au bou accepte de nous guider à travers les bahrs jusqu'a où les indigènes des villages disséminés sont rassem momentanément autour du chef de canton (plus pré Ê ment : de son fils) venu pour recueillir l'impôt. Ilest tard. Le soleil se couche. Pas un souffle ; les étend

d’eau sont lisses. La nuit est close depuis LOnetE I Àe lorsque nous jetons l'ancre. Le village n'est pas loin et

le chef de canton (ou du moins son fils — celui-là m Si qu’on accuse de sévices et d’exactions). Ila une salebot

Page 1