LE CONGO
«chaumes » vosgiens ; pacages où l’on s'attend à voir des
troupeaux. Arrêt devant un poste à bois, vers deux heures (j'ai cassé ma montre hier soir). Aimables ombrages des man-
guiers. Peuple indolent, devant quelques huttes. Je vois . pour la première fois des ananas en fleurs. Surprenants
papillons, que je poursuis en vain avec un filet sans mon-
ture, car j'ai perdu le manche à Kinshassa. La lumière est
glorieuse ; il ne fait pas trop chaud.
ui Le navire s'arrête à la tombée du jour sur la rive française, devant un misérable village : vingt huttes clairsemées
“autour d'un poste à bois, où le Brabant se ravitaille.
Chaque fois que le navire accoste, quatre énormes nègres,
. deux à l'avant, deux à l'arrière, plongent et gagnent la rive
pour y fixer les amarres. La passerelle est rabattue ; elle ne sufñt pas, et de longues planches la prolongent. Nous gagnons le village, guidés par un petit vendeur de colliers qui fait avec nous le voyage ; une bizarre résille bleue
.marbrée de blanc couvre son torse et retombe sur une
… culotte de nankin. Ilne comprend pas un mot de français
mais sourit, lorsqu'on le regarde, d’une facon si exquise 2 2
que je le regarde souvent. Nous parcourons le village,
profitant des dernières lueurs. Les indigènes sont tous
galeux ou teigneux, ou rogneux, je ne sais; pas un n’a la
« peau nette et saine. Vu pour la première fois l’extraordimaire fruit des « barbadines » (passiflores).
La lune encore presque pleine transparaît derrière la
“brume, exactement à l'avant du navire, qui s’avance tout “droit dans la barre de son reflet. Un léger vent souffle … continuement de l'arrière et rabat de la cheminée vers