‹ Voyage au CongoChapitre 9 sur 48 · PES · texte numérisé non relu

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…extrèmement large, et encombré d'îles ; la traversée prend * On traverse de grands espaces où l’eau semble parfaitement : immobile, puis, par instants, et particulièrement au bord … des îles, le courant devient brusquement si rapide que tout sommes descendus trop bas, je ne sais pourquoi ; les pagayeurs semblent connaître la route, et sans doute la —.. Un Portugais, prévenu de notre arrivée par dépêche de E Brazzaville, seul blanc demeuré à Liranga, nous accueille. à malade, a dû quitter son poste le mois dernier pour aller se faire soigner à Brazzaville, emmenant avec lui les enfants du sommeil. La mission, où nous devons loger, est à d al. E d loger, est

Le dl : 3 e « ° , .

plus d'un kilomètre du point d'atterrissage ; au bord du . l'approche des navires d’un certain tonnage, en temps de passes eaux du moins. Le village, coupé de vergers, s’étend ….… Après une belle avenue de palmiers, on parvient devant une éclise de briques, à côté de la grande bâtisse basse qui va et, comme toutes les pièces sont mises à notre disposition, M orageux. On étouffe. La salle à manger est heureusement très aérée. Après le repas, sieste ; d’où je me relève ruisseavoir traversé de grands vergers de bananiers à très larges feuilles, différents de ceux que j'ai vus jusqu'à présent, et

plus de quutre heures. Les pagayeurs rament mollément. l'effort des pagayeurs a du mal à le remonter. Car nous - traversée plus en amont est-elle moins sûre. … Le Père qui dirige l’importante mission de Liranga, \es plus malades de cette contrée que décime la maladie fleuve encore, mais dont la berge rocheuse empêche ici É le long de la rive.

… nous héberger. Un « catéchiste » noir nous ouvre les portes, … nous serons fort à l’aise. Il fait terriblement chaud, humide, - Jant, Promenade le long d’un sentier, qui se rétrécit après très beaux ; puis s'enfonce dans la forêt. On marcherait

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42 VOYAGE AU CONGO a:

ainsi pendant des heures, requis tous les vingt pas par une surprise nouvelle. Mais la nuit tombe. Un orage effrayant se prépare, et l’enchantement cède à la crainte.

Trois fois par jour, catéchisme d’une heure, en langue | indigène. Cinquante-sept femmes et quelques garçons répètent mécaniquement les réponses aux questions que. répète monotonement le catéchiste instructeur. Ondistingue” parfois les mots que l’on n’a pu traduire : « Saint Sarre Extrême-Onction ; Eucharistie.…, »

18 bone . :

La température n’est pas très élevée (elle ne dépasse pas 32°), mais l'air est chargé d'électricité, de moiteur, detsé-tsés, et de moustiques. C’est aux jambes particulièrement que ces. derniers s’attaquent ; aux chevilles, que ne protèsent pas les souliers bas ; ils s’aventurent dans le pantalon, attaquent. les mollets ; même à travers l’étoffe on à les genoux dévotés. La sieste est impossible. C'est du reste l'heure des papillons. Je commence à les connaître à peu près tous 3. lorsqu'un nouveau paraît, la joie en est plus vive. à

19 septembre. La <

Le Laroeau, vainement attendu depuis deux jours, s'amène au petit matin. Nous arborons un drapeau blanc. en face de la mission, et le Largeau s'arrête au petit débarcadère, ce qui épargne le difficile trimballement de notre. bagage en pirogue. Le harcellement constant des mous- s tiques et des tsé-tsés nous fait abandonnér Liranga sans regrets.

Le Largeau est un navire de cinquante tonnes ; fon agréable ; bonnes cabines ; salon à l'avant ; grande Pre à manger ; électricité partout. Il est flanqué de deux cha

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CN | L'OUBANGUL

Liste, 5 lon l'usage de ce pays. En plus du ï pitaine Gazangel, nous sommes les seuls blancs à bord ; mais voyage avec nous le « fils Mélèze », un mulâtre assez agréable d’aspect et de manières. Son père est l’un des plus élèbres colons du « couloir ».

Nous quittons le Congo pour l’'Oubangui. Les eaux argées de limon prennent une couleur de crane,

Vers deux heures, une tornade nous force d’accoster pendant une heure à l'avant d’une île. Aspect préhistopui du paysage. Trois noirs superbes ont gagné la rive à

Æ de le soir, une pirouge très étroite vient à nous. C’est W, le propriétaire du prochain poste à.bois, qui voudrait Savoir si nous ne lui apportons pas de courrier. Il gagne Coquillatville pour se faire soigner, ayant reçu, dit-il, « cinq ou six coups de godiche bien tapés ». C’est ainsi qu'on appelle i ici les accès de fièvre.

: Arrêt à Boubangui pour la nüit. Le peuple qui s’em- | presse 1 n'est ni beau, ni sympathique, ni étrange. L'on nous confirme ce que nous disait le fils Mélèze : les cases de ce village, à l’époque des crues, sont inondées durant un mois et demi. On a de l'eau jusqu’à mi-cuisse. Les lits sont alors juchés sur des pilotis. On cuisine au sommet de petits monticules de terre. On ne circule plus qu’en pirogue. Comme les cases sont en torchis, l’eau désagrège le bas des murs.

… Le capitaine nous affirme que certains villages restent |inondés pendant trois mois.

20 septembre,

1” A es De

du pays y invite. J’achève un petit livre de Cresson

Position actuelle des problèmes philosophiques. Son exposé de la philosophie de Bergson me persuade que j'ai longtemps. été bergsonien sans le savoir. Sans doute trouverait-on.

même dans mes Cahiers d'André Walter telles pages ques

lon dirait inspirées directement par }’Evolution. Créatrice,

si les dates permettaient de le croire. Je me méfie beau. coup d’un système qui vient à point pour répondre aux, goûts d’une époque et doit une partie de son succès.

à ce qu'il offre de flatteur. | 21 senptembre.

Traité de la Concupiscence. Rien à en retenir que préci

sY 4 HR

sément ce que Bossuet considérait comme la qualité las

tion.

des plus belles et Bossuet ne s’est montré nulle part meil-. leur écrivain ni plus grand artiste.

22 septembre.

plus vaine, de sorte qu’il en va à l’encontre de son affirme

Je le sais de reste, et pour m'être souvént prêté à ce jeu : il n’est rien, dans la vie d’un peuple, aussi bien que, dans notre vie particulière, qui ne puisse prêter à une interprétation mystique, téléologique, etc... où lon-ne puisse reconnaître, si l’on y tient vraiment, l’action contre= battue de Dieu et du démon ; et même cette interprétation, risque de paraître la plus satisfaisante, simplement parce qu'elle est la plus imagée. Tout mon esprit, aujourd’hui, se révolte contre ce jeu complaisant qui ne me paraît pas, très honnête. Au demeurant la langue de ce « traité » est.

Pluie presque sans arrêt depuis deux jours. Le Zaroeau

s'est arrêté cette nuit devant Bobolo, sur la-rive belge ; 5 poste à bois et briquetterie |

se er revoir ce que pourraient des soins de et tinus. » l'administrateur, en tournée, ne

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en monotone

mi ne puis, par instants averse épaisse. Es rien n'est

| faudrait plus de sous-ordres. Il faudrait plus de œuvre. Il faudrait plus de médecins. Il faudrait ne. d'argent pour les payer. Et partout les médi-

On rencontre, dans les villages le long de hante. ben 1 peu de gens qui ne soient pas talés, tarés, marqués de plaies hideuses (dues le plus souvent au pian). Et tout ce” peuple résigné rit, s'amuse, croupit dans une sorte de félicité ; précaire, incapable même d'imaginer sans doute un état : meilleur. 2

Arrêt à Dongou pour la nuit. C’est à Dongou qu'on a | transporté le poste administratif d'Impfondo. Nous débar-" aquons à la tombée du jour. Il y a là, devant des habita-… tions d’Européens disposées de manière à se faire face, et les. séparant mais sans les isoler suffisamment, une sorte de jardin public. Des orangers en avenue plient sous le a. de des oranges vertes (car, ici, même les oranges et les citrons perdent leur couleur, leur éclat, pour se confondre dans une” sombre verdure uniforme). Les arbres sont encore jeunes,. mais ce jardin pourra devenir très beau dans quelques années. En face du débarcadère, un écriteau portes” « Impfondo ; 45 kilomètres ». La route qui y mène se” prolonge dans l’autre sens jusqu'au village indigue où. nous nous rendons à la nuit.

23 septembre,

Fa

La forêt change un peu d'aspect ; les arbres sont plus beaux ; désencombrés de lianes, leurs troncs sont plus Haies de leurs branches pend une profusion de lichen. vert tendre, comme on en voit aux mélézes de l'Enga… dine. Certains de ces arbres sont gigantesques, d'une taille qui doit dépasser de beaucoup celle de nos arbres den France ; mais dès qu’on se trouve à quelque distance, et. tant le fleuve est immense, on ne peut en juger. Len palmier-liane, si fréquent il y a quelques jours, a disparu.

Vers le soir, le ciel s’éclaircit enfin ; on revoit Pazur avec

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L'OUBANGUL ni 47

ravissement et Le surface libre des eaux reflète, non vers $ le couchant, mais vers l’est, une apothéose dorée, où de tendres nuances pourpres se mêlent.

…. Couché devant Laenza. Au crépuscule, nous parcourons L cé médiocre petit village sans intérêt. Dans une case, une femme vient d’accoucher. L'enfant n’a même pas encore “commencé à crier ; il tient encore au placenta. Devant nous une sage-femme tranche avec un couteau de bois le cordon ; elle en laisse à l'enfant une longueur qu’elle

mesure soigneusement à la nuque après avoir fait passer le

cordon par-dessus la tête du petit. Le placenta est alors enveloppé dans une feuille de bananier ; sans doute doit-il . être enterré selon certains rites. À la porte se pressent des . curiéux ; elle est si basse qu'il faut se baisser beaucoup … pourentrer. Nous donnons un « pata » (cinq francs) pour fêter la venue au monde de la petite Véronique, et … remontons à bord, où nous sommes bientôt assaillis par une horde de charmantes petites cigales vertes. Le Largeau repart à deux heures du matin. La lune est

“ à son premier quartier; le ciel est très pur; l'air est

tiède.

24 septembre. Re les trois premiers actes du Misantbrope. Ce n’est pas, à beaucoup près, la pièce de Molière que je préfère. - À chaque lecture nouvelle se précise mon jugement. Les

… sentiments qui font les ressorts de l'intrigue, les ridicules

que Molière satirise, comporteraient une peinture plus

… nuancée, plus délicate, et supportent assez mal ce grossisse- . ment et cette « érosion des contours » que j'admire tant dans Fe le Bourgeois, le Malade, ou l’Avare. Le caractère d’Alceste me a paraît un peu fabriqué, et, précisément parce qu'il y met du sien, l’auteur sy montre moins à l'aise. Souvent on ne

sait trop de quoi ni de qui il se moque. Le sujet prétait ê au roman plutôt qu’au théâtre où il faut extérioriser trop ; les sentiments d’Alceste souffrent de cette expression. forcée qui ajoute à son caractère un ridicule de surface et de. moins bonne qualité. Les meilleures scènes sont peut-être. celles où lui-même ne paraït pas, Enfin l’on ne voit pes mise à part sa franchise (qui n’est le plus souvent qu'une” insupportable brutalité), quelles sont ces éminentes ue lités qui, nous est-il donné à entendre, le rendraïent “ee de hauts emplois.

Arrêt à dix heures devant Bétou. Les indigènes, de race. Modjembo, sont plus sains, plus robustes, plus beaux; ils paraissent plus libres, plus francs. Tandis que mes deux compagnons gagnent le village le long de la rive, je m'achemine vers le poste de la Compagnie Forestière. Une escouade de très jeunes filles est occupée à sarcler le” terrain devant le poste. Elles travaillent en chantant ;, vêtues d’une sorte de tutu fait de fibres de palmes tressées ;: beaucoup ont des anneaux de cuivre aux chevilles. Le visage. est laid, mais le torse admirable. Longue promenadesoli-… taire, à travers des champs de manioc, à la poursuite d’extraordinaires papillons. ï

Le village, où je vais ensuite, est énorme, mais sans : attraits. Plus loin, à demi perdue dans la brousse, l'église, abandonnée depuis deux ans, car ce peuple n'a jamais consenti à écouter l’enseignement des missionnaires, ni àse soumettre à leur morale. L'église, porte et fenêtres ouvertes, … est déjà toute envahie par les herbes. Le long du fleuve, un. peuple d'enfants s'amuse à plonger du haut de la berge.

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Vers deux heures, le fils Mélèze nous quitte. Il gagne en pirogue la rive belge, à Boma-Matangué, avec sa « ména=

| L'OUBANGUL ae

LA père» » et un petit se de douze ans, . d’ espionner la … femme, et de faire office de rapporteur.

4 RS : 25 septembre.

Nous accostons à la rive belge, au pied d’un arbre

borne, pour passer la nuit. Arrivés devant Mongoumba vers onze heures. Un monumental escalier de bois, bordé pe. manguiers, mène au poste. La berge est haute d’une

| quinzaine de mètres.

Le cours de l’Oubangui devient beaucoup plus rapide, : et. Ja marche du Larseau en est d'autant retardée. De très beaux arbres ne parviennent pasà rompre la monotonie de la forêt riveraine. Nous apercevons dans les branches quatre ; singes noirs et blancs, de ceux qu ’on appelle, je crois, des « capucins ».

. Je relis le Master of Ballantrae.

… Il y a chaque jour, entre une et quatre, quelques heures assez pénibles ; mais nous lisons, dans le paquet de journaux que nous prête le commandant, qu'on a eu jusqu” à 36 degrés à Paris, à la fin de juillet.

… La belle demi-lune, comme une coupe au-dessus du fleuve, verse sur les eaux sa clarté. Nous avons accosté au flanc d’une île ; le projecteur du navire éclaire fantastiquement le maquis. La forêt vibre toute d’un constant © crissement aigu. L’air est tiède. Mais bientôt les feux du Largeau s’éteignent. Tout s’endort,

26 septembre,

Nous approchons de Bangui. Joie de revoir un pays | dégagé des eaux. Les villages, ce matin, se succédent - je long de la rive, d’aspect moins triste, moins délabrés. Les arbres, dont plus aucun taillis ne cache la base, Fesibe | dec 4

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paraissent plus hauts. Bangui, qu’on aperçoit depuis une heure, s'étage jusqu’à -mi-flanc de la très haute colline qui se dresse devant le fleuve et inclineson cours vers Lest: Maisons riantes, à demi cachées par la verdure. Mais il pleut, une pluie qui va bientôt devenir diluvienne. Les paquets sont faits, les cantines sont refermées, Dans un quart d'heure nous aurons quitté le Largean. |

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