‹ Voyage au CongoChapitre 8 sur 48 · LÉ CONGO · texte numérisé non relu

LÉ CONGO

Ts ar, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, qui a pris du service en Belgique, laissant à Léningrad sa L mme et ses deux filles.

Après que Léonard est enfin parti, rentrant dans la S. nuit, cette pauvre épave proteste : « Amiral! I] me traite » d'amiral..…. Mais je n'ai jamais été amiral... » Il craint que D la duchesse de Trévise n'ait ajouté foi aux perfides accu- 1 . sations de Léonard. Le lendemain, il nous dira qu’il n'a pas

pu dormir un seul instant. Et par protestation, par syim- | pathie, les passagers, qui jusqu'alors l’appelaient simplement : « “Capitaine », ce matin lui donnent du « commanire » à qui mieux mieux.

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Le spectacle se rapproche de ce que je croyais quil » serait ; il devient ressemblant. Abondance d'arbres extré- … mement hauts, qui n'opposent plus au regard un trop - impénétrable rideau ; ils s’écartent un peu, laissent . s'ouvrir des baies profondes de verdure, se creuser des .: alcôves mystérieuses et, si des lianes les enlacent, c’est . avec des courbes si molles que leur étreinte semble … voluptueuse et pour moins d’étouffement que d'amour.

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8 septembre.

…. Mais cette orgie n’a pas duré. Ce matin, tandis que j'écris ces lignes, les îles entre lesquelles nous voguons à n offrent plus qu'une touffe uniforme.

“Hier, nous avions navigué toute la nuit. Ce soir, à la ne nous jetons l'ancre au milieu du fleuve … pour repartir aux premières lueurs.

Hier, l’escale à Loukoléla fut particulièrement émouvante, * Profitant de l'heure d'arrêt, tous trois nous avons gravi en n hâte le bel escalier de bois qui relie l’importante scierie

devant nous, qui pénètre dans la Dis nous nous oies À enfoncés presque anxieusement dans une Broceliande… enchantée. Ce n'était pas encore la grande forêt téné-* breuse, mais solennelle déjà, peuplée de formes, d'o "4 et de bruits inconnus. k

en grand nombre sur notre sentier, mais or vol si. fantasque et rapide qu’on avait le plus grand mal à les” 3 saisir. (Certains, azurés et nacrés commes des mor phos, | mais aux ailes très découpées et portant. queue, à a 1 manière des flambés de France. ;

Parfois d’étroits couloirs liquides s'ouvrent profondé: ment sous les ramures, où l’on souhaite s’aventurer en pirogue ; et rien n’est plus attirant que leur mystère téné” breux. La liane la plus fréquente est cette sorte de palmier flexible et grimpant qui dispose en un rythme alterné,… tout au long de sa tige courbée, de grandes palmes girandoles, d’une grâce un peu maniérée.

12 septembre. |

Arrivés le o à Coquillatville, J'ai perdu prise. Je crains de me désintéresser de ce carnet si je ne le tiens pas à jour. Le gouverneur a mis à notre disposition une auto et Mai mable M. Jadot, procureur du Roï, nous accompagne à travers les quartiers de cette vaste et encore informe ville. On admire non tant ce qu’elle est, que ce que l'on espère ‘ qu'elle sera dans dix ans. Remarquable hôpital indigène, non encore achevé, mais où déjà presque rien ne due

. Pour ne point se déseler trop en lui comparant notre triste hôpital avis on est bien forcé de se répéter que les Belges En 4

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Le directeur de cet hôpital est un Français, un Algérien d'aspect énergique, médecin de grande valeur, paraît-il, et qu'il est bien regrettable qu'un traitement suffisant n'ait pas pu retenir au Congo français, où l'assistance médicale fait si grand défaut :.

Le 11, visite au jardin d'essai d’Eala, le vrai but de ce

- détour en Congo belge. M. Goosens, le directeur de ce

jardin, présente à notre émerveillement les plus inté-

ressants de ses élèves: cacaoyers, caféiers, arbres à pain,

“arbres à lait, arbres à bougies, arbres À pagnes, et cet … Ctrange bananier de Madagascar, l « arbre du voyageur ».

dont les larges feuilles laissent sourdre, à la base de leur pétiole qu'un coup de canif a crevé, un verre d'eau pure pour le voyageur altéré. Déjà nous avions

passé à Fala, la veille, quelques heures exquises. Iné-

puisable science de M. Goosens, et complaisance inlassable à satisfaire notre insatiable curiosité.

13 septembre.

Les journées les plus intéressantes sont précisément

… celles où le temps manque pour rien noter. Hier, inter- “ rompu par l'auto qui vient nous prendre de bon matin pour nous mener à Eala, où nous nous embarquons en balei-

nière. Une tornade, durant la nuit, avait un peu rafraîchi

atmosphère ; néanmoins il faisait encore une belle cha-

leur. Nous remontons la « Bousira », et débarquons

à parmi les roseaux en face de Bolombo, dépendance d’Eala,

qu'une colonie et qu’ils peuvent porter sur elle tout leur effort ; que le

… Congo par contre est notre colonie la plus pauvre et que l’on com-

…mence heureusement, en France, à se préoccuper de sa dètresse,

1. C'est un médecin français également qui dirige, et pour les mêmes

Jaisons budgétaires, l’hôpital modèle de Kinshassa,

nv M. Goosens a établi ses plus importantes pépinières et à

vergers de palmiers à huile. Sur ma demande, on nous

promène dans la forêt durant deux heures, le long d’un.

très petit sentier presque indistinct, où nous précède un.

indigène armé d’une machette pour frayer la route. Sin intéressante que soit cette circulation parmi les végétaux,

inconnus, il faut bien avouer que cette forêt me déçoit. J'espère trouver mieux ailleurs. Celle-ci n’est pas très haute ; je m'attendais à plus d'ombre, de mystère et… d’étrangeté. Ni fleurs, ni fougères arborescentes ; et lorsque je les réclame, comme un numéro du programme que la représentation escamote, on me répond que « ce n'est He je

la région »,

Vers le soir, remontée en pirogue jusqu’à X... où nous attendent les autos. De grandes étendues de roseaux étalent. «

au bord de la rivière un vert plus tendre. La pirogue

circule sur une plaque d’ébène à travers les nympHésss

blancs, puis s’enfonce sous les branches dans une clairière inondée ; les troncs se penchent sur leur reflet ; des rayons Clique trouent les feuillages. Un long serpent vert court

de branche en branche, que nos boys poursuivent, mais

qui se perd au plus épais du taillis.

14 He ti à ;

Départ de Coquillatville à huit heures sur un petit

huilier qui devait nous mener au lac Tomba ; maïs l’obli= 1 :

gation de retrouver le Largeau à Liranga, 1€ 17; nous. presse. Le lac est « dangereux » ; nous pourrions ètre retardés par une tornade. Nous quitterons le Rubyà Te

bou, où nous passerons le 15, et d’où une baleinière nous

mènera à Liranga. Le ciel est très chargé. Hier soir, de à

VE

Wa Pr de

| | FERPBOU 0 39 . monstrueux éclairs tritourchus illuminaient le ciel ; beau- | coup plus grands, m’a-t-il semblé, que ceux d’Europe, … mais muets Ou trop distants pour nous permettre d'entendre leur tonnerre, A Coquillatville, nous avions été dévorés . par les moustiques. La nuit on suffoquait sous la moustiquaire, trempé de sueur. D’énormes blattes s’ébattaient ro de toilette.

… … Hier, au marché, vente à la criée de viande d’hippopo- tame: puanteur insoutenable. Foule grouillante et hurlante ; EL . de discussions, de disputes, entre be DES mais qui toujours se terminent par des rires.

? Le Rüby est flanqué de deux baleinières aussi longues que. lui, chargées de bois, de caisses et de nègres. Il fait frais, moite et terriblement orageux. Dès que le Ruby se met en marche, trois nègres commencent un assourdissant tam-tam, sur une calebasse et un énorme tambour de bois, long comme une couleuvrine, grossièrement s * sculpté et peinturluré.

Relu loraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche, Admirables passages ; je crois bien que je la préfère à … celles des deux Henriettes.

15 septembre.

Le Ruby nous a débarqués à Irébou, à la nuit tombante.

Reçus par le commandant Mamet, qui dirige le campement

“ militaire, ün des plus anciens du Congo belge. Une belle ‘ avenue de palmiers de trente ans, longeant 4 fleuve (ou du moins le bras quialimente le lac Tomba), nous mène à la

… case qu'on nous a réservée. Dîner chez le commandant, … Dévorés de moustiques.

née Dans, promenade en baleinière vers le lac Tomba,

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Admirables chants des pagayeurs. La caisse de métal, à. l'arrière de la baleinière, sert de tambour, sur laquelle, avec” une grosse bûche, tape un des noirs, inlassablement; etla baleinière, toute de métal, vibre toute ; on dirait le rythme, régulier d’un piston, réglant l'effort 4 pagayeurs. Derrière | celui qui tape la grosse caisse, un indigène plus jeune,… armé d’une baguette, brise le rythme implacable par un” système régulier de syncopes dans l’entre-temps. | Arrêt à Makoko (Boloko), petit village sur le large he nal qui relie le Congo au lac Tomba. Le temps manque: pour pousser jusqu’au lac. Il fait très chaud. Le soleil de midi tape dur. Sur la rive, je poursuis de grands papillons” noirs lamés d’azur. Puis, tandis que notre déjeuner se pré pare, je m'enfonce, avec mes deux compagnons, dans la forêt qui touche au village. De grands papillons incon= nus naissent devant nos pas, nous précèdent d’un vol.fantasque dans le sentier sinueux, puis se perdent dans lentrelacs des lianes où ne peut les atteindre mon filet. Ilyen. a d'énormes, et j'enrage de ne pouvoir m'en saisir. (J'en. capture pourtant quelques-uns ; mais les plus surprenants. m'échappent). Ce petit coin de forêt nous paraît plus beau. que tout ce que nous avons vu dans notre longue prome= nade aux environs d’Eala. Nous parvenons à un contre-bas. inondé ; l’eau noire double la profondeur de la voûtes; un arbre au tronc monstrueux élargit son empattément et, tandis que l’on s’en approche, un chant d'oiseau jaillit. des” profondeurs de l'ombre, lointain, tout chargé d'ombre, de toute l’ombre de la forêt. Etrange descente chromatique de” son garulement prolongé. k 16 septembre.

Départ d’Irébou en baleinière. Liranga est presqueen. face, un peu en aval ; mais le Congo, en cetendroit, est.

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