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tion, sol, climat, avantages de la localité. — Une journée bien employée. — Le retour à Mattawan. -- Une entrée solennelle. — Mattawan : détails historiques et topographiques. — Une mission de deux jours.— Une procession.— Petites nouvelles.
Mattawan, le 31 Juillet 1881 MonsIEUR LE GRAND-VICAIRE (1)
Au moment du départ, Vous m'’avez demandé de vous tenir au courant des principaux incidents de ce voyage que Monseigneur d'Ottawa vient d'entreprendre pour aller visiter ses missions lointaines de Mattawan, de Témiscamingue et d’Abbitibi. Je ne faisais pas réflexion alors qu’en voyage, dans le canot où sur les grèves, il reste ‘bien peu de loi-
(1) M. J. O. Routhier, Vicaire-général, alors curé de la paroisse de Ste-Anne, eten ce temps-ci administrateur du dioeèse d'Ottawa.
sir pour tenir la plume. Mais n’importe, je l’ai promis, je tiendrai ma promesse ; seulement je vous avertis que j'écrirai currente calamo, et votre bonté si connue voudra bien tout excuser.
Comme vous le sevez, Mgr Duhamel a quitté Ottawx lundi, 25 juillet, à 1] h. a. :u., par ie Canada Central, accompagné de mon individualité que je n’ai pas besoin de vous introduire, et de M. J. Robert, ecclésiastique. Après avoir salué en passant, M. Rougier, curé de Renfrew, et M. Faure, curé de Pembroke, il s'arrêta pour la nuit à McKey s Station, où le Rév. P. Déléage, directeur de la mission de Mattawan, était venu le recontrer. Sa Grandeur fut l’hôte des employés du Syndicat du Pacifique, qui riva-
lisèrent entre eux de respect et d’empressement. Comme mardi se trouvait être la fête de sainte Anne, Monseigneur tenait à dire la sainte messe. Un autel est improvisé dans le réfectoire de M. Gosselin, et les divins mystères sont célébrés au milieu d’une assistance peu nombreuse, mais pieuse et recueillie. A 4 h. p. m., les chars déposaient Sa Grandeur à Ælocs Mills, le terminus actuel du Canada Central, et vers 7 h. le petit steamboat, (capitaine Mulligan), qui portait l’évéque et sa suite était en vue de Mattawan. | Le Malgré les incertitudes et les menaces d’un ciel pluvieux, toute la population en habits de fête attendait sur le rivage; une fanfare jetait dans les airs ses Joyeux accords, et
la mousquetterie faisait redire aux échos des montagnes l’allégresse générale. La foule tomba à genoux pour recevoir la bénédiction de Sa Grandeur, puis se releva pour l’accompagner à la chapelle du couvent où 1l y eut sermon en français et en anglais. Monseigneur parla, en termes éloquents, sur l'obligation qu’il y a d'aimer Dieu de tout son cœur ; puis, s'inspirant de la fête du jour, il exhorta ses auditeurs à toujours cultiver et accroître en eux leur dévotion envers la bonne sainte Anne. Il leur annonça que le lendemain il partait pour la mission du lac Talon, et que, par conséquent, la visite épiscopale à Mattawan
. n'aurait lieu qu’à son retour, samedi
et dimanche. La cérémonie se termina par la bénédiction du Saint
Sacrement.
Mercredi, à 8 h. a. m., nous partons pour remonter la rivière Mat- ‘à tawan en long bateau, six rameurs, capitaine à l'avant, gouvernail à l'arrière ; les rames frappent l’eau en cadence ; en avant, et vogue la galère. Le KR. Père Déléage nous accompagne ou plutôt nous conduit ; 1l nous intéresse fort en nous donnant des explications et des détails ne à curieux sur les lieux et les choses. L Nous voyageons en gentlemen. M. :
Wortington, intendant général dans cette partie du pays pour le syndi cat du Pacifique, par une faveur.
spéciale, a eu l’obligeance de mettre ses bateaux et ses hommes à la disposition de Monseigneur. .
Le Syndicat s’est amalgamé le Canada Central, depuis Ottawa jus-
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qu'à Pembroke ; de plus il a fait l'acquisition d’une charte qui lui permet de prolonger le Canada Central jusqu’à Callandar, à l'extrémité est du Lac Népissingue ; de là on poussera une nouvelle voie ferré dans la direction du Sault Ste-Marie, en sorte que, avant longtemps, Montréal, par le chemin de fer du Nord, se trouvera en communication directe avec l’ouest americain. Pour nous à Ste-Thérèse, avant deux ans, nous verrons passer les blés du Minesota et du Dakota, en attendant que la puissante ligne ait percé les montagnes au nord du Lac Supérieur et qu’alors nous puissions, comme le disait l’'Hon. Beaubien, voir passer les caisses de thé surmontées d’un petit chinois. En vain Toronto essaie de décourner à son
profit le commerce de l'Ouest. Les grandes lignes de chemin de fer, comme les grands fleuves, suivent les pentes les plus faciles et se fraient les routes les plus directes.
Fervet opus. Plusieurs milliers de travailleurs sont à l’œuvre; dès le mois de septembre le sifflet de la locomotive se fera entendre à Mattawan, distance de 209 milles d’Ottawa, et l’automne prochain les chars. devront être rendus sur les bords du lac Népissingue. Comme au lac Talon, à mi-chemin entre le Népissingue et Mattawan, le terrain, à raison des ravins et des rochers qui s’y trouvent, est plus rebel au nivellement, M. Worthington y a fait commencer les travaux d’avance, afin que le chemin, dans ces endroits, soit prêt en son temps à
recevoir les traverses et les rails.
Chaque jour des bateaux portent des vivres et des outils aux travailleurs de cette section avancée; et ce sont ces bateaux qui en ce moment nous remontent le courant, lestes, légers et rapides.
À 81h. nous sommes arrêtés à deux milles de Mattawan à l’endroit appelé Æ:Cules Mill. Avant d'aller plus loin, je sens le besoin de demander pardon à votre purisme gaulois, si je me sers d'expressions inusitées chez vous, ici on n’en connait point d’autres. La dame intercepte les billots, la rivière en est littéralement couverte à une distance d’une dizaine d’arpents ; 1l n'y a personne pour les pousser dans la slide, et M. Lalonde, le boss de M, David Moore, qui est à bau-
mer à deux milles plus hauts, nous envoie à chaque instant de nouveaux arrivants. |
Mais qu'est-ce que baumer? le boom est une longue chaîne de billots liés entre eux par une chaîne de fer qui barre complètement la rivière, afin d'empêcher les billots libres de remonter le courant, lorsqu’ils sont poussés par un vent contraire. Une gang d'hommes détachent ces pièces de bois des grèves, des îlots, des rochers où elles se sont attardées; puis descendant le baume d’un mille ou deux, ils recommencent et continuent leur chasse aux bois ronds, jusqu’à ce qu’ils soient rendus à l’endroit où ils les encagent, c'est-à-dire les lient ensemble pour en construire des cages ou radeaux, Il est vraiment curieux
de voir avec quelle habileté ces
hommes de chantier, même au milieu des rapides, sautent, courent, dansent, et gardent leur équilibre sur ces tronçons roulants.
Impossible donc de s'ouvrir un passage à travers les troncs pressés ; la quille du bateau est trop vieille pour permettre de le trainer sur le dos des billots, et le navire est trop lourd pour pouvoir le porter sur les épaules. Force est donc à notre équipage de couper des rouleaux dans la forêt, et avec un cri lent et monotone a-1, a, æ-i, de rouler le bâtiment à force de bras jusqu’ à l’autre bout du portage, ce qui ne prend pas moins de trois heures.
La rivière, sortie de son lit, avait noyé le sentier, et nous dûmes nous frayer une route nouvelle sur les
flancs de la montagne, à travers les broussailles, les trous remplis de vase, les branches entrelacées qui à la sourdine viennent nous fouetter la figure ; tantôt il nous faut grimper par dessus des quartiers de rochers abrupts, tantôt à plat ventre il faut nous glisser sous des arbres renversés, sous de véritables Fourches Caudines. Pour nous encourager, le P. Déléage nous annonce que, avant de parvenir à Abbitibi, nous avons à franchir au moins trente portages. C’est à peine si nous avions
fait douze arpents, et j'aurais juré
que nous avions parcouru deux ou trois milles. Je ne crois pas que, en fait de portage, nous puissions rencontrer pire. C’est bon; comme dit le proverbe, il vaut mieux manger son pain noir le premier.
les
‘de ui à tter rim-
rontre bres ourjura que, nous porions juré { ou ,en ren- > dit
ger
À 14 h. notre bateau était de nouveau lancé à flots et remontait à grands coups de rames les eaux du lac Champlain. On dit que le fondateur de Québec et le père de la Nouvelle-France a hiverné dans ces parages; ce serait sans doute lors de sa troisième expédition contre les Iroquois dans l’hiver de 1615 à 1616. Ce lac peut avoir deux lieues de long sur huit à dix arpents de large ; les côtes en sont très hautes, s’élevant en un amphitéâtre dont
les gradins sont recouverts d’une
forêt de pins blancs.
A Lh. nous dinâmes au campement de M. Lalonde, et nos appétits aiguisés par la marche du matin firent une large brèche au gardemanger de notre hôte. L’estomac accoté par le gros lard des chantiers
et le pain cuit sous la cendre, le tout arrosé d’un délicieux thé noir, nous pouvions attaquer les trois rapides qui se suivent à une assez petite distance les uns des autres : le rapide des ÆEpines, le rapide des ÆRoses, (c'est bien le cas de répéter qu'il n’y a pas de rose sans épines) et le rapide du Bouleau. Cependent nous n’eûmes pas à suer à grosses gouttes comme au Moulin de McCuie: nous faisions le trajet dans une route bien battue, pendant que nos hommes, à l’eau jusqu’à la ceinture, remontaient le bateau à la cordelle,
À 3 h. nous accostons, à l’extrémité du lac Bouleau, dans une baie appelée, d’un ,ancien chef sauvage, Amable Desfonds. Là, nous passons du bateau et des soins du capitaine Smith dans le bateau et sous la
direction non moins habile du capitaine Lefebvre. Chaque jour le capitaine Smith va porter une charge à Amable Desfonds, et revient passer la nuit à Mattawan; de même le capitaine Lefebvre, partant chaque matin du lac Talon, vient chercher
la dite charge, et retourne la dépo-
ser le soir au lien du départ. |
Nos nouveaux rameurs n'ont pas les bras moins vigoureux que ceux que nous laissons derrière nous ; nous remontons, nous remontons vite, nous remontons toujours. Le capitaine Lefebvre est natif de Beauharnaiïs, il y a vingt-trois ans qu'il est dans ce pays. Les hommes
de nos deux équipages sont presque
tous canadiens. Nous rencontrons
des Canadiens sur les points les plus
reculés de l’Amérique; à eux la
mission d’être les pionniers de la |
foi, du travail et de la civilisation.
Deux pics s’avancent en face l’un de l’autre, élancés, pointus, effilés, ne laissant entre eux qu'un étroit chenal d’un demi arpent de large : c’est le passage des Aiguilles.
Les côtes s'élèvent, ce sont de hautes montagnes, la rivière se
rétrécit, son lit en devient plus
profond, elle s’allonge droit devant vous sur une espace de trois milles :
c'est la Rivière Creuse.
Entendez-vous mugir le torrent, voyez-vous cette masse d’eau, blanche d’écume, enveloppée de vapeur, qui se précipite de la hauteur de soixante pieds: c'est la chute du Gros Paresseux. — Maïs, de grâce, quel rapport y a-t-il entre une chute et un paresseux ? d’ou vient ce nom .
bizarre ? Kcoutez la légende, la voici.
‘ Il y a bien des années de ce que ‘ je vous parle, nous dit le capitaine ‘ Lefebvre, c'était du temps des “ voyageurs dans les pays d'en Haut.
On passait par la Mattawan pour ‘“ se rendre au lac Supérieur, à la “ Rivière-Rouge, au Rabaska, aux ‘ Montagnes Rocheuses. Dans ce
. temps-là donc, une troupe de voya-
‘ geurs, arrivés au pied de cette chute, brisèrent leur canot (l’his- “ toire ne dit pas comment), mais si bien brisé qu’il leur fut impossible “ de le réparer, et ils n'avaient pas ‘ sous la main les matériaux néces- ‘“ saires pour en construire un nou- ‘ veau ; 1ls durent descendre, à plus ‘“ de cent milles sur l’Ottawa, au
# Fort Coulonge, pour aller chercher
‘“ rent ici un homme pour portager “ le bagage. Comme vous voyez “ le portage n’est pas long, il n’a “qu’un arpent, il suffit de monter ‘ la côte. Ils furent trois semaines ‘“ dans leurs voyages, et à leur re- “ tour ils trouvèrent que leur hom- | ‘ me n'avait pas fini de transporter {! “ses pièces. “Ah le gros paresseux !
: | | ‘ s’écrièrent-ils tous en chœur ; do- El ‘“ rénavant ce portage s’appellera : ‘ le portage du gros paresseux.” Du ‘ portage le nom est passé à la chu- | ‘ te. Ce n’est pas plus malin que ‘ cela, ”
En haut du Gros Paresseux, les côtes s’abaissent, le pays nous parait seulement ondulé de côteaux et de collines verdoyantes; nous devons avoir traversé la chaine des Lau-
| | # une autre embarcation. Ils laissèl |
om
1ssètager roy eZ n'a onter aines ur rehom- Jorter seux !
: doellera » Du a chun que
x, les parait : et de devons s Lau-
rentides, et nous nous trouvons sur les derniers contreforts du versant mérédional.
Il nous reste à remonter cinq rapides, le Petit Paresseux, les Mille Ro:hes, les Fleurs, le Rapide Croche et la Course de Cheval. Nos hommes, dans leur galanterie de voyageurs, ne veulent pas nous permettre de mettre le pied à terre, Lous restons tranquillement assis sur nos sièges, et 1ls nous remorquent à la cordelle au milieu des courants et des bouillons. Nous voyageons comme autrefois la déesse Cybèle sur un char attelé de huit dauphins. |
Il est six heures. Nous entendons de loin le fracas assourdissant d’une chute qui se précipite comme tête baissée dans des espèces de marches naturelles, et nous voyons les flots
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affolés qui se heurtent, se brisent, et arrivent au bas de l’escalier, à la profondeur de cinquante pieds, réduits en écume et presque en vapeur : c’est la chute Talon.
Comme au Gros Paresseux, un autre bateau, nous attendait, au haut de la chute, sur les bords du lac. Nous y arrivons, par w. «entier difficile, à travers une nature pro-
. fondément bouleversée, au milieu
de rochers aigus et brisés dont la tête semble être en bas et les pieds en l'air. Le capitaine Lefebvre.
pointe la proue du navire, en travers du lac Talon, dans la direction du petit lac Cabaska. Deux canots d’écorce sont venus à la rencontre de Monseigneur; les trois équipages rament dru et fort en chantaut des chansons canadiennes.
isent, Il tombe une pluie froide et fine ; ier, à | à l'abri de nos parapluies, nous nous pieds, °} taisons, nous écoutons et nous penue en sons. |
Lac Talon ! quelle peut-être l’ori- %, UN # gine de ce nom? vient-1il des an-
it, au | ciens missionnaires qui l’auraient rds du donné à un lac de l’ouest en souveentier | nir de ce grand intendant qui fit "e pro- | tant progresser la colonie sous le
milieu | gouvernement de M. de Courcelles ?
jont la } C’est là peut-être un fait d'histoire s pieds MA bien connu, je l’ignore. Je me profebvre. A pose de l’éclaircir lorsque je serai en tra- NS retourné à ma bibliothèque.
direc- En route, nous ne pouvions nous Deux défendre des souvenirs du passé qui la ren- semblaient, à chaque instant, se rés trois [ veiller sous nos pas. La Mattawan
fort en 5 était le chemin des missionnaires jennes. DE Jésuites se rendant au pays des
Hurons ; les Pères Brebœuf, Lalemant, Jogues et Daniel ont donc frappé ces ondes de leurs avirons, ils ont campé sur ces rivares, leurs pieds ont foulé ces sentiers ? C'était aussi le chemin aux pays d'en hrut :
que de fois, le soir, ces rives ont vu les feux des coureurs de bois, ces forêts et ces montagnes ont répété leurs chants! Et mon esprit se bercait en de douces rêveries.
Pan ! pau ! pan ! Un cou de fusil,
deux coups de fusil, trois coups de | fusil. Nous voici rendus au fond du !
lac Cabaska. Une trentaine d’hommes attendent Sa Grandeur sur le rivage, et le reconduisent jusqu’au chantier de M. Smith, le boss d’une À section du chemin de fer du Pacifi- »
que. Pendant près de deux jours | que Monseignenr fut leur hôte, #
f, Lale- " 1t donc + :
F. montrés d’une politesse, d’une pré- AVITONÉ, ! venance digne de tout éloge.
8, leurs C'était on£ “® Nenviron deux ans. La terre est très pois, CS M fertile, on y voit toutes sortes d&bois francs, la moisson présente la plus belle apparauce. Le fond de terre . Ilest un sable jaune mêlé de chaux, de fusil, coups de climat, dit-on, est très favorable
fond du 4 à la culture, il faut remarquer que
; répété M ; se ber-
ss d’une * Pacifi- |
x jours À ur hôte, =
Monsieur et Madame Smith se sont
Cette mission renferme plus de
“quatre-vingts familles, presque toutes canadiennes, établies là depuis
recouvrant une couche de glaiïse ; le
Mattawan est situé sur la même latitude que Trois- Rivières, et comme 1l se trouve plus à l’ouest je serais porté à croire que ia belle
saison y commence «ussitôt et y
finit aussi tard qu’à Montréal; tou-
Jours est-il que ces jours-ci nous
pm ne ie
ni [4
avons une chaleur tropicale. Le
Syndicat du Pacifique, qui a acheté
le Canada Central, continue cette ligne de chemin de fer jusqu’à Callendar au nord-est du lac Nipissing, et les chars se trouvent à passer à travers la mission du lac Talon. Le pays,sans être plat, n’est pourtant
pas montagneux, c’est une contrée .
dans le genre des cantons de l’est, ou bien, je suppose, dans le genre des terres situées sur les bords de la Rouge à M. Labelle. Enfin c’est un
pays tout à fait propre à la coloni-
sation ; et 1l serait à souhaiter que les Canadiens, au lieu d’émigrer aux Etats-Unis, s’emparassent, tandis qu'il en est encore temps, de ces
belles terres, et assurassent ainsi au
Haut de l’Ottawa sa paït d'influence française et catholique.
Le cheté cette x Calssing, sser à »n. Le artant
ontrée .
; l’est, genre
est un
oloni-
er que er aux tandis de ces
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TA
Le Jeudi, 28 juillet, fut un jour de fête pour tout le canton à deux lieues à la ronde. Tous avaient revêtu l’habit du dimanche, aucun catholique ne se serait permis de travailler sur la ligne du chemin de fer, les colons arrivaient de huit milles au fond des bois. Ils ont bâti cet été même une jolie chapelle, de 50 pieds sur 30, couverte en bardeau ;
M la petite église se remplit littérales dela +
ment. Il y eut messes à différentes heures,confirmation,confessions,instructions l’avant-midi, instructions l’après-midi. J’ai prêché, il va sans
dire ; Monseigneur pour sa part a fait quatre ou cinq sermons en fran-
Sais et en anglais. Ces pauvres gens, 0 qui n’ont pas souvent l'avantage
D d'assister aux offices de l’église, se
montraient si avides de la parole de
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eq mm
Dieu qu’il n’y avait pas moyen de les rassasier. Avant de se séparer d’eux Monseigneur les félicita sur leur empressement à élever une maison pour le culte divin, il espérait qu'avant longtemps ils seraient en état de faire vivre un curé résident. ‘“ Défrichez vos terres, ajoutat-il, que se soit là le but de tous vos efforts, vous gagnerez plus qu’à travailler au service des étrangers.
Reculez la forêt, et bientôt vous vivrez à l'aise, libres, heureux sur vos propriétés. Soyez en garde contre le blasphème, ce péché malheureux qui attire les malédictions de Dieu sur les établissements naissants ; fuyez l’ivrognerie et le luxe qui ont ruiné tant de familles et les ont réduites à la pauvreté.” Monseigneur baptisa lanouvelle mission du nom de Sainte Philomène.
LE Vendredi, Monseigneur dit la n de 4U messe à 54 h. a. m. et donna la bénéparet 7 diction pnpale, la chapelle était enà ST A core remplie. Puis nous primes le ba- Une 7 teau pour le retour, nous descendions espé- 1 le courant, le voyage fut bien moins raient L } pénible que l’avant-veille. Nous ne
rési- WU fimes que trois portages, nous sautàjouta- \N mes les autres rapides. C'était toute us VOS M} beauté de voir notre bateau emporté
qu'à (M avec la rapidité de la flèche, bondisngers. VA sant comme un taureau à l’épouvante
OUS VI- 4 au milieu des flots écumants; de sur VOS #! voir les vagues s’élancer en courroux utre le “) et venir se briser sur les flancs de
eux qui notre esquif; de passer sur le bord ieu sur de l’abîme, d’effleurer un récif, de ; fuyez contourner un écueil. Le cœur bat, truiné MS la bouche se tait, la respiration est éduites ” suspendue, un saisissement s'empare baptisa de tout votre être : c’est sublime,
e Sainte
A 7 h. p. m. nous étions à Mattawan. Monseigneur fit son entrée 80lennelle, leschemins étaient balisés dé jeunes pins aux têtes arrondies, tous les fusils du pays étaient dehors, jamais de ma vie je n’ai entendu résonner sur le timpan de mes oréilles une semblable mousquetade
Mattawan est situé au confluent.
de la rivière de ce nom et de l’Ottawa. Il y vingt ans ce n’était qu’un rocher recouvert d’une épaisse forêt ; les voyageurs et les hommes de chantiers étaient les seuls habitants qui, pendit une saison de l’année, fréquentaiet ces rivages. Aujour-
d'hui Mattaw:n est un joli village, renfermant environ soixante-dix familles ; les maisons en sont propres et coquettes. On y voit une résidence des R.R. Pères Oblats, un
tta-
lisés dies, hors, endu préil-
luent Ottaqu'un orêt ; s de itants nnée, ujourillage, te-dix t prot une ts, un
couvent, un hôpital, une église catholique, une église protestante, et une prison dont la construction a couté plus de trois mille piastres.
Le gouvernement d'Ontario a fait
4 bâtir sur la rivière Mattawan, pour 4 les piétons et les voitures, un beau
pont d'environ six cents pieds de longueur. Deux missionnaires y résident habituellement; pour le moment ce sont les R.R. P.P. Déléage et Eméry. Leur zèle s'exerce sur une étendue de pays de plus
«1 de soixante-dix milles, ils ne peu- “. vent suffir à l'ouvrage; ils auraient 7 besoin d'assistance, il est à espérer ù qu'on pourra la leur procurer avant
longtemps. Au couvent cinq reli-
« } gieuses de la communauté des sœurs
de charité d'Ottawa dispensent l’é-
> ducation à une centaine d'enfants,
filles et garçons ; leur hôpital, cette année, a donné des soins à cent cinquante patients. L’église catholique est située sur le sommet d’une colline qui domine tout le village ; elle a dû être agrandie de moitié, elle mesure maintenant 80 pieds de long sur 30 de large. Toutes ces améliorations se sont faites par souscriptions volontaires, plusieurs paroïssiens, paraît-il, se sont montrés d’une très grande générosité.
Mais personne n’a plus fait pour l'avancement de Mattawan que M.
Noah Timmens. Son activité et son esprit d'entreprise ont créé ce village au matériel ; son esprit de foi et sa charité lui ont assuré depuis longtemps les secours de Ia religion. Pendant sept ans sa maison et sa table ont été la maison et la table
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cette cent cathod’une Ilage ; noitié, pieds tes ces Ss par 1sieurs ; monrosité.
pour que M.
et son village oi et sa LS longeligion.
et sa la table
du missionnaire. Honneur à ce brave citoyen !
Hier et aujourd’hui, 30 et 31 juillet, nous avons donné les exercices d’une véritable mission : deux sermons dans l’avant-midi, deux sermons dans l’après-midi, confessions, préparation des enfants à la confirmation, visite au cimetière, etc. Monseigneur, dans ses instructions, a 1nsisté surtout sur les marques qui distinguent la véritable Eglise de Jésus-Christ, sur la mission que
0 l'Eglise a recue d’enseigner, sur l’im- | .portance qu'il y a d’avoir de bonnes | écoles catholiques.
Ce matin toute la paroisse en
! masse, hommes, femmes et enfants, È est venu chercher Monseigneur à la
7 maison des pères; la procession,
| croix en tête, au bruit de la fanfare,
+ DCI D
a défilé par les principales rues du Village, a traversé le pont de la
Mattawan, et a serpenté sur le flanc de la colline pour se rendre à l’é-
. glise, la nef s’est trouvée trop étroite
pour contenir la foule, près d’une centaine d'hommes ont dû rester à l'extérieur ; l’église était ornée de tentures de diverses couleurs et de couronnes de verdure ; la mèsse du second ton fut chantée par un chœur bierr exercé, il y eut cérémonies de la confirmation, messe pontificale, bénédiction papale : jamais Mattawan n'avait vu tant de splendeur.
Le Rév. P. Pian, supérieur de ces missions, est arrivé du lac T'émiscamingue ; demain nous remontons avec lui dans son canot d’écorce. Je me recommande à vos bonnes prières afin que je n’aille pas au fond de
s du e la flanc , l’éroite l’une ter à se de et de e du 1œur >s de cale, atta-
deur.
r de émisntons e, Je
quelque rivière servir de pâture aux poissons. Monseigneur était parti très inquiet au sujet de la santé de M. l’abbé Duhamel; les nouvelles .
qu’il a reçues à son retour du lac Talon l'ont grandement soulagé.
J'espère que vous êtes remis des fatigues de votre jubilé ; pour moi, le grand air, la solitude des forêts, le grandiose de ces paysages et l'obligeance de Monseigneur l’évêque d'Ottawa vont me procurer de toutes les vacances qu’un professeur puisse souhaiter, ia plus belle, la plus agréable et la pius utile.
Croy2z que je demeure toujours avec la plus haute cons’ ‘ation, Monsieur le Grand-Vicaire,
Votre très dévoué et très obéissant serviteur.
IT
DE MATTAWAN A TÉMISCAMINGUE
eue
Témiscamingue.— Entrée au port. — Un temps fait exprès. — Le capitaine Mulligan à la Demi- Charge. — Notre canot. — Habileté des sauvages. — Les portages. — Rapide des Erables et rapide dela Montagne. — A la cordelle. — Un homme qui compte. — Noms nouveaux. — Le paysage.— L'heure du repas — Le Long Sault. — Un naufrage. — Le rapide des Fourneaux. — La prière du soir... — Le lac Témiscamingue. — La Rivière Chippewa et la rivière de Montréal. — A la voile. — Deux aimables compagnons. — Le pélerinage.
Témiscamingue, 2 août 1881.
MONSIEUR LE (YRAND-VICAIRE
Voyez-vous là-bas, sur les eaux, ces deux pointes qui s’avancent en
face l’une de l’autre et ferment le lac presque entièrement ; sur l’une s'élève un fort de la Compagnie de la Baie d'Hudson, sur Lautre une
chapelle et une couple de maisons :
c'est :4 mission de Témiscamingue.
Au gciail couchant, notre canot,
voile déployée, bannières au vent, glisse sur la crête des vagues et fait son entrée solennelle dans le port.
Les canctiers chantent : En roulant ma boule, en roulant ; deux volées de coups de fusils saluent Sa Grandeur ; tous les sauvages, hommes et femmes, sont à genoux sur le rivage. Les Rév. P.P. Laverlochère et Mourier, les F.F. Blais, Cahill et Debigarré sont là, au débarcadère, pour recevoir Monseigneur, et tous ensemble nous nous rendons à la maison des Pères, où nous attend la
plus douce, la plus franche et la plus joyeuse hospitalité. Mais n’empiétons pas, chaque chose en son temps, la visite pastorale n’aura lieu à Témiscamingue qu’au retour d’Abbitibi ; donc, au retour les-détails sur cette mission.
Vraiment, nous avons eu un temps fait exprès: beau soleil, grand air, bon vent, pas trop de maringouins, force bonne humeur, pas de brûlots, brise délicieuse, etc; un orage hier, à l’improviste, sans nous avertir, nous est bien tombé sur le dos, mais c'était pour rafraichir la température. Nous ne souhaitons qu’une chose, c’est que le voyage continue comme il a commencé.
Monseigneur a quitté Mattawan hier vers @ h. a. m. Pour faire honneur à Sa Grandeur, le capitaine
Mulligan mit son vapeur à notre disposition pour remonter la caravane jusqu’au pied d’un rapide, à deux milles environ audessus du village ; les principaux citoyens de l’endroit, ainsi que les Pères de la missic , avaient pris place à bord.
La vapeur ne monte pas plus haut que ia derni-charge, ainsi nommée de ce que, le sault n'étant pas très difficile, les voyageurs ne sont obligés de faire le portage que de’ la moitié de leur charge.
À la tête du rapide nous nous installâmes dans notre nouvelle embarcation, un grand canot d’écorce, mesurant 30 pieds de long sur 54 de large, pimpant, frais peinturé, conduit par huit gaillards d’Algonquins à l’œil vif et au bras nerveux, portant sur la proue le drapeau
45 je
à blanc signé d’une grande creix rouà ge, et sur la poupe le drapeau lu rouge avec le monogramme blanc et Le immaculé de Marie. On y avait La préparé des siêges, hauts et larges, d aussi confortablement qu’on aurait pu le faire dans un salon; nous 1 étions assis trois de front, et 1l y “e avait de la place pour un quatrième.
ès Outre. les huit rameurs, nous étions ré sept passagers, sans compter un | quart de sucre et tout le bagage, ce qui faisait un poids de pas moins de
* 8,000 livres. Quand on pense qu’une pareille charge n’est séparée de sk l’abîime que par quelques planchet- D: tes, quelques écorces et un peu de , gomme; quand on songe que le sé moindre écueil secret suffirait pour gui ouvrir une voie d’eau dans les flancs
de ce frêle esquif, il y aurait de quoi
faire frissonner, si l’on ne savait que ces canots penvent porter jusqu’à 6,000 livres, et si l’on ne connaissait l’habileté et l'expérience des Sauvages sur les lacs, les riviè- : res et les rapides. 4 Voyez comment ils plongent et :
retirent leurs avirons lestement, comme les coups sont vigoureux, comme ils frappent les eaux en cadence ! L'homme de l'avant, le regard fixe comme un lynx, semble | sonder les profondeurs de la rivière ; di celui de l’arrière, debout à son poste, en deux coups d’aviron, au besoin, ti fait tourner le canot bout pour bout, | Les rapides sont nombreux : à 11 b. nous sommes à celui des Zrables, | à 3 h. à celui de la Montagne. Le | premier est court, violent et fougueux ; l’autre plus long, plus calme et plus majestueux.
AT
Nous faisons portage, c'est-à-dire |
que nous transportons nos individus à l’autre bout des rapides, par terre, à pied, par un sentier généralement battu, et de ce temps-ci bordé de framboises, de bluets, de fruits de toutes sortes. Ces portages ont cinq arpents, dix arpents, vingt arpents, le plus considérable a un mille et demi de longueur. Ces marches aux différentes heures de la journée, au lieu d’être un inconvénient, ne servent qu’à délasser nos jambes fatiguées de la position plus ou moins génante du canot,
Pendant ce temps-là les hommes montent le canot à la cordelle. Ils sattellent les uns à la suite des autres à une longue corde et ils courent sur les grèves, sautent de cailloux en cailloux, grimpent par
dessus les arbres renversés et passent à travers les broussailles, pendant que deux de leurs compagnons restés dans l’esquif, avec leurs avirons ou de longues perches, le tien nent droit au milieu du courant et l'empêche de se heurter contre les écueils. Dix fois par jour ces pauvres gens sont obligés de se jeter à l’eau, quelquefois jusqu’à la ceinture, mais ils n’en font aucun cas ; pourvu que le soir ils aient un bon feu pour faire sècher leurs habits, et une bonne tasse de thé pour se fortifier et donner du ton à leurs nerfs, c'est tout ce qu’ils demandent.
Le temps passe le plus agréablement du monde. Nous avons deux compagnons de voyage tout à fait charmants, le Rév. P. Pian, supérieur de ces missions d'en haut,
apôtre chez les Sauvages depuis vingt ans, et M. Rankin, bourgeois de la Compagnie de la Baie d’ Hudson à Témiscamingue, lequel a parcouru ces parages en tous sens, depuis les bords du lac Supérieur jusqu'aux glaces du Labrador. Chacun raconte son histoire, “ qui a beaucoup vu a beaucoup à dire aussi ” ;. l’une donne naissance à l’autre, c’est un vrai feu roulant ; 1l y en a de toutes les couleurs, des sérieuses et des badines. Monseigneur, pour sa part, en a plein son sac, il est inépuisable,
À propos d'histoire, savez-vous la réponse ingénieuse que donnait samedi dernier un enfant de la confirmation, à Mattawan. Monseigneur lui demandait: ‘ Qu'est-ce qu'un évêque ?” — “Un évêque, répond l'enfant, c’est un homme qui.
pu tr ’ l | ‘ Ï ah
jh
compte” Pas si bête, le petit! Pour le récompenser, le: P. Pian a exigé qu'on lui donnât une image.
Monseigneur a entrepr' je crois, de baptiser tous les lieux que nous rencontrons. Si j'ai le malheur de demander : Quel est ce lac ? de suite il répond : C’est le lac à la coqueluche.—Quelle est cette rivière ?— C’est la rivière étrange. —Quelle est
. cette île —?C’est l’île aux écureuils.
—Quel est cet autre lac? st le lac surprenant.—Quel est ce rapide ?— C’est le rapide excentrique.— J’en prends et puis j'en laisse; parfois, en secret, j'en appelle au témoignage de nos rameurs, et, tôt ou tard, je finis toujours par arriver au nom véritable.
Vous savez que j'ai emporté toute une bibliothèque ; jusqu'ici j'ai lu
Pour exigé
crois, > NOUS eur de e suite quelure ?— lle est reuils.
t le lac ide ?— J'en
les Plaidoyers de MM. Hamel et La-
coste, ainsi que les Sociétés Secrèles, par Claudio Jannet. Du reste, pour ne pas nous ennuyer, nous n’aurlons qu’à nous coucher nonchalement sur nos siéges et à considérer le panc.
rama qui se déroule sous nos yeux, cette rivière dont l'aspect et les beautés varient à chaque pas, ces baies sombres et profondes, ces montagnes tantôt à la pente douce, tantôt
| coupées à pic, dont les flancs sont | couverts d'arbres aux espèces les | plus différentes et aux couleurs les
plus variées. Oh! qu’elle est belle
et grande la nature, quand on la considère dans son état primitif et
7 sauvage, à peu près telle qu’elle est 2} sortie des mains de son Créateur.
L'heure du repas arrivé (et elle
D arrive souvent dans ces contrées,
aujourd'hui elle ést revenu cinq
fois), “ ho! ho! ho! à terre !” murmure le sauvage de l'avant. Chacun saute sur la grève, l’un allume le feu, l’autre court chercher du bois, l’autre fait rôtir ou brûler les grillades, l’autre prépare le thé, un thé fort comme de la lessive, un thé rouge noir, vous diriez un rhum de
la Jamaïque. Il se boit sans lait et
sans sucre, 1l n’en est que meilleur.
YŸ a-t-1l rien d’aussi bon que de savourer un gros morceau de lard, assis sur une roche, avec une assiette sur les genoux. Nos estomacs sont inrassasiubies. Allez demander à M.
Latour, de Hull, qui fait chantier sur la Chippewa, ce qu’il en coûte de pain, de beurre et de sirop pour rencontrer des appétits comme les nôtres.
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mut-
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me le bois, y grilan thé n thé um de lait et eilleur.
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Le lac Témiscamingue.se décharge dans l’Ottawa, par une succession de rapides qui, se prolongeant sur une espace d'environ sept milles, portent le nom générique de Long Sault. Ici l’aspect change complètement, les paysages sont moins grandioses, mais ils sont plus coquets; les rives sont basses, les montagnes s'éloignent quelque peu pour former à distance un fond de tableau ; à leur pied s’étend une plaine où croissent cà et là des pins 1solés, on y voit des prairies avec leur tapis de gazon, les grèves sont de sable jaune. les baies sont verdoyantes, des arbres de moyenne futaie descendent leurs branches jusqu’à la surface des eaux. L’œil se repose avec délices sur cette agréable variété.
Vers 5 h. en prenant le Long
Sault, le canot donna sur une pierre et se fit une large déchirure, on au-
rait pu y passer un chapeau. Quel
contretemps! Un blanc se serait découragé, du moins il aurait juré, sacré, tempêté, blasp. :mé. L'enfant des buis est plus calme, il est plus raisonnable. Vite de jeter le bagage sur les pierres, de tirer le cânot à sec et d'examiner la blessure; puis les voilà à rire, à rire et à rire encore. Ils avaient été sérieux toute la journée, cet accident les mit en bonne humeur. Il est admirable de les voir travailler ensemble, pas une dispute, pas une remarque, pas un reproche, pas d'avis à temps et à contre temps, chacun obéit sans mot dire à l’homme de l'avant qui est considéré comme le chef de l’expédition. Sur ses ordes on court
ierre nn au- Quel serait juré, enfant \n plus pagage Anot à ;3 puis à rire x toute mit en able de le, pas que, pas emps et sit sans ant qui de l’exn court
dans le bois pour lever une écorce de bouleau, un second allume le feu, un troisième apporte la poèle avec la gomme d’épinette. Tout le monde met la main à l’œuvre. Poser une pièce au canot, l’erduire de gomme liquéfiée, la recouvrir d’un morceau de toile, y déposer une seconde coude gomme, ce fut l'affaire d’un 1instant. Une heure après le naufrage, le vaisseau était radoubé, et nous
7 remontions le courant à force d’a-
virons.
Nous nous arrêtames pour passer la nuit vers le milieu du Long Sault, au rapide des Fourneaux, sur une | eôte de gravier, à l’ombre de grands pins. Trois tentes furent dressées ; et pendant que nos sauvages prépa- | raient le repas du soir, je me plaisais à considérer mes pieux compa-
gnons, le chapelet à la main, allant et venant sur ces grèves embaumées, se promenant comme de mystérieux fantômes à travers la demi-obseurité de la nuit tombante : on aurœit dit les bons génies de ces lieux solitaires. : |
Après souper, vers 10 h. un sauvage crla: anamiata, anamiata! la prière, la prière! Tous tombent à genoux autour du feu qui s’en va mourant, et dont les flammèches en serpentant montent se perdre dans l'obscurité des airs. Un d’entre eux entonne l’Ave Muris Stella en sauvage, les autres répètent et les échos de la nuit répondent; puis la prière se fait aussi en Algonquin et elle se termine par le chant d’un cantique.
Chacun se retire à son lit, nous sous nos tentes, les sauvages à la belle |
allant umées, érieux securité reit dit solitai-
| étoilé. La nuit est fra*che, il y a peu de maringouins, nons nous endor-
mons au bruit monotonne du Sault
SA bouillonnant.
6 Lève, lève,” il n’est que 4 h. ; à
| 7 h. nous sommes sur les. bords du
un $Sausata | la bent à gen va èches en dre dans ntre eUX
en Sallles échos la prière et elle se
nous SOUS
la belle
Mau sud, en sorte qu’il coupe la chai-
7 grand lac. Témiscumingue veut dire eau profonde ; en effet, paraît-il, 1l
n’en cède rien, pour la profondeur, au lac Supérieur lui-même. Depuis sa
7 décharge jusqu'ici. à la mission, c’est- A 9 /
+ àdire sur une étendue de quatorze
«7 ou quinze lieues, on dirait plutôt une
graude rivière, large d'un mille à deux milles; mais en remontant à la
6 tête du lac, la largeur en devient plus
considérable, elle est de huit milles environ. Les rangées de montagnes
cantique. qui l’encaissent courent du sud-ouest
au nord-est, et le lac coule Qu nord
ne des Laurentides, non à angle droit, mais sur le triangle, ce qui donne une foule de points de vue magnifiques. Vous apercevez au loin devaut vous sept à huit tronçons de montagnes aux croupes arrondies, couchés régulièrement les uns à côtés des autres, et séparés par des baies plus ou moins profondes. Sur le côté est la nature a été fortement boulversée, on y voit des rochers abrupts de plusieurs centaines de pieds de hauteur, dans le genre de ceux que les touristes admirent au Saguenay.
En remontant le lac, sur la droite, vous rencontrez la rivière Chippewa, qui décharge les eaux et descend les billots du grand lac Chippewa, et sur la gauche la rivière de Montréal.
D'où lui. vient ce nom ? est-ce de la
haute montagne qui s'élève sur ses
angle bords ? ou bien cette rivière étaitapi elle pour les voyageurs qui venaient rboses - de la baie d'Hudson le chemin pour FR descendre à Montréal. Pour moi sub se sa judice lis est. | Fi Cet après-midi le vent était bon.
“pe Nos sauvages coupent un petit cèdre per te (4 de dix-huit pieds et en font un mât Hé A MA qu’ils fixent au canot avec des cordes; | tement Si y hissent une grande voile de 7 re Æiquinze pieds sur sept; les avirons ee . sont tirés de l’eau et dorment sur es sièges et ‘ Filez, filez, o mon nairenteu D ire, car le bonheur m'attend làcris @ Ilest près de minuit, avec votre
permission je vais aller prendre mon Bommeil. Nous partons demain pour Abbitibi, le P. Pian vient avec nous.
M. Rankin nous accompagne, j'en
scend les De W&; et [ontréal.
ce de la à
NE suis bien aise, c’est un vrai gentil- À
| homme, et un compagnon tout à fait !
plaisant dans le voyage. Le grand | et beau canot qui noùûs à aménés Il de Mattawan est une faveur de son {l obligeante bonté; il nous faut le ll laisser ici pour en prendre un plus | petit, afin de faire plus facilement
les.portages de la hauteur des terres; |
Il ce second canot est encore fourni par li
pl M. Rankin. À
| Nous avons souvent parlé de votre |
pélerinage à la bonne Sainte-Anne, À
et tous ici souhaitaient qu'il eut été | À
un succès.— Bonsoir et au revoir.
Je demeure avec la plus grande h
considération, M. le Grand-Vicaire, À
votre très dévoué et très obéissant|
serviteur.
gentil- III
t à fait | grand DE TEMISCAMINGUE A ABBITIBI, aménés .- de son :
faut le Chez M. Henderson —Le Siella.—Notre équipage sauvage.— Une mine d'argent et de plomb.— un plus | Au fond du lac.— Chansons canadiennes.—Chez jlement | M. McBride.—Le tabernacle de Moïse.—Le Rapide . . des Quinze.—Qu'est-ce qu’un portage.—Le plus 8 (erTES; M beau des soirs sur le lac des Quinze.--La plus belle purni par M des nuits.—Le plus beau des matins.—Le temple de ‘5 la nature.—Le lac Barrière et la Rivière Ennuyante te —Une demi-journée longue sur le lac Long. 6 de voire 2 —M. Rankin.—Le lac des Vases et la Hauteur des te-Anne, AD terres.—Une nuit froide et pluvieuse.—La route à k A: vol d'oiseau.—Le lac des Iles.— Un troisième lac il eut êt6 NS Champlain:—La ‘Rivière Ste-Thérèse et le lac revoir. 5 Duhamel.—Une foret de pavillons.—Un clou mal I cogné, s grande d-Vicaire, | Abbitibi, 7 août 1881.
obéissant |
L MonstEUR LE GRAND-VIOAIRE,
Nous sommes arrivés à Abbitibi, d hier, samedi, à six heures du soir;
nous avions quitté Témiscamingue mercredi. La distance entre ces deux missions est d'environ cent cinquante milles, à travers lacs et rivières ; nous l’avons parcourue en trois jours et demi, ayant couché trois nuits sous la tente. Nous sommes ici les hôtes de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et le bourgeois du poste, M. Henderson, se montre plein de déférence pour Sa Grandeur.
Mercredi, à 2 h. p. m., deux steamers en écorce de bouleau nous attendent dans le port ; je dis deux, car nous eûmes la bonne fortune d'avoir jusqu'au bout M. Rankin pour compagnon de voyage: Monseigneur, M. Rankin et moi, nous montons dans le Stella ; le Rév. P.
Pian et M. Robert prennent place à bord de l’autre embareation qui
ingue deux quan rivièn trois 6 trois ommes e de la eois du e plein ur.
is deux,
fortune | Rankin | Monsei-
1, nous Rév. P.
place à
, deux À
ion qui |
n’est pas encore baptisée. Le beau grand canot qui nous a montés de Mattawan se nomme Chief; ces noms sont inscrit en lettres enluminées sur le haut de la pince reluisante de peinture et de vernis.
Voulez-vous faire connaissance | avec notre équipage, je vais vous le présenter. D’abord à tout seigneur,
"0 tout honneur : à l’avant se trouve
«4 notre pilote Oguishon, puis à l’ar- 1 rière notre gouvernail, W. Cromalty; nos rameurs sont Masinikijik, Di ce qui veut dire Nuages au firmament,
Joachim et Jean Wabekijik, c’est- Là-dire Ciel sans nuages ; enfin un jeune métis Pierrot Thivierge, Dans l’autre canot sous la direction de Pien (Pierre) Pénassi et de W.
Pétras, rament M. Harry, le fils de M. Rankin, qui fréquente . écoles
de Toronto et qui vient à Abbitibi
à Abbitibi, J. Stanger, M. Thomp-
pour faire un tour de vacances, M.
W. C'auston, commis du fort à !
Témiscamingue qui s’en va résider |
son et J. Pofson, ces trois derniers métis écossais. Tous ces rameurs ont | le bras vigoureux. A chaque coup | d’aviron vous sentez sous vous le b canot s’élancer et bondir; du matin " au soir les deux pilotes ont l'œil fixé à dix pas à l’avant, et debout à Ms l'arrière les deux gouvernails, un M grand aviron à la main, rament avec une aisance et une dignité que vous ne pouvez vous lasser d'admirer. À Il fait chaud, le soleil darde seshi rayons sur nos têtes, nous voguonsà à l’ombre de nos usrapluies. MA Rankin fait fair à ses ho names uk détour de quelques milles pour allerhs
l 65 bbitibi
ces, M. # be à Monseigneur une mine fort à | argent et de plomb; c'est là, DU res un arcs tn de | Mu de la part du bourgeois; derniers +. le P. Pian, c'est la eurs ont | PS à ma connaissance que jue Coup Me ir; dévié de la ligne droi- , vous Le I Lee . Wright et Currier, d'Otdu matin ; Ont acheté ces gisements mi- . l'œil pat et ‘s ont fait exécuter certains debout à f déni excavation, mais la mine nails, un le peut guëre payer tant que le rent avec ransport du minerai sera aussi diffi- » que vous Sd a pose chemin de fer se nirer. Ras de Nipissingue à Pemikan, darde 8€ 1 ne Mie du lac Témiscamingue, 8 VOEUOL SE es € Los fort bien donner pluies. MR des Fa: reprenants propriétaires ho nmes US Nous ere considérables. - 8 pour alles. cinglons tout l'après-midi vers le nord, le lac va toujours s’é-
largissant, la nappe d’eau finit par avoir huit à neuf milles d’une rive à l’autre ; au soleil couchant nous entrons dans une baïe sur les bords de laquelle se trouvent de grandes prairies naturelles. Les Frères Ver-
.ret et Moffat y sont à faire leur foin, ils en couperont vingt-cinq tonnes | qu’ils metteront en mulons, et au premier vent favorable, sur un grand chaland ils le transporteront à la mission, à 20 milles plus bas.
Nous entràmes dans la baie en faisant retentir les échos d’alentour des anciennes chansons canadiennes; du r£ste ce n’est pas la pre-
“h mière fois, et ce ne sera pas la der-
| nière. Dans ces pays d'en haut, ces
| chants semblent être l’accompagneti | ment indispensable du voyage; tous
les connaissent, Français, Anglais,
Sauvages. M. Rankin n’a pas chanté une seule chanson anglaise, mais 1l ne s’est pas passé un jour sans qu'il n'ait répété En roulant ma boule; Alouette, jolie alouette ; Par derrière chez ma tante, etc. Nos sauvages ont chanté Un canadien errant traduit en leur langue ; mais le plus souvent ils entonnaient l’Ave Maris stella ou de pieux cantiques.
À S h. nous arrivons chez M.
Angus McRride, propriétaire d’une jolie ferme qu'il cultive à son profit, et en même temps employé de | la Compagnie de la Baie d'Hudson.
Plusieurs familles de métis écossais sont là réunis; il y a prière du soir Len contmun, à la belle étoile ; tous comprennent l'anglais, M. Robert commence son ministère en récitant Mi le chapelet. On nous offre à coucher
dans une maison ; mais, instruits par une dure expérience, ROUÊ préférons dormir sous la tente, SU? le haut de la côte, rafraîchis par la bise du lac.
Bien nous en prit, Car les puces nous laissèrent reposer ef paix. | Le lendemain, à 4 h. Monseigneur dit la messe dans une maison préparée à cet effet; deux jeunes sapins étendent leurs branches audessus de la table transformée en autel ; des bouquets de fleurs sauvages répandent leur parfum ; les femmes, comme aux jours de Moïse, ont apporté leurs joyaux et leurs bijoux pour oïner Je tabernacle du Sel gneur, EL les colliers de perle pen- | dent aux branches verdoyantes ; les | deux drapeaux dottent à la porte, et Ja maison s'emplit d'une foulepieuse,
avide d'assister aux saints mystères
S par brons ut de u lac.
s nous
igneur Jul préjeunes hes aunée eñ sg sau va les femoise, ont g bijoux du Selrle penntes ; les porte, et le peus; mystères
et de contempler leur évêque, la plupart pour la première fois. Après la messe, Monseigneur leur donna, en anglais, des conseils pleins d’apropos pour leur conduite chrétienne au milieu des devoirs et des obligations de la vie; puis nous continuàmes notre route. Une grande chaloupe montée par une trentaine de personnes nous reconduisit jusqu’au.
premier ‘rapide, à un mille plus haut, | Nous venons de reprendre le
cours de l’Ottawa et nous sommes arrivés au pied du rapide des Quinze, c'est-à-dire 2° quinze portages.
Quinze fois 1l nous faut débarquer, décharger sur la grève, porter à bras bagage et canot, puis rembarquer
| pour aller débarquer de nouveau, | quelquefois seulement à cinq ar-
pents plus loin. Le plus long de ces portages peut avoir un mille, d’autres n’ont guère qu'une centaine de verges. Une fois, afin de raccourcir la route, nous quittons la rivière pour aller tomber, par un portage impossible, dans le lac L’épervier ; puis, au moyen d’un second portage, nous revenons à l’Ottawa. Les côtes en général sont basses et tout-à-fait agréables dans leurs détours, dans leurs caprices et bizarreries. Nous avons traversé la chaîne des Laurentides qui continue à s’étendre vers l’ouest du côté du lac Supérieur ; du lac Témiscamingue à Abbitibi nous ne rencontrons qu’une seule montagne, et encore passons-nous à une journée de marche de ce pic isolé. Le rapide des Quinze peut avoir comme quatorze milles de lon-
e ces d’aune de ourcir ivière ortage rvier 3 ortage; 8 côtes t-à-fait 8, dans s. Nous og Lauétendre D érieur 9 À bbitibi e seule Ls-nous à e ce pic 2e peut ,s de lon-
gueur ; nous l’avions attaqué à 7 h.
du matin, et il était 6 h. du soir lorsque nous pûmes nous reposer, nous laver les pieds avec délice et prendre notre souper à la tête du dernier portage. Ce fut la plus dure journée du voyage ; cependant nous n’étions pas trop fatigués, et Monseigneur a supporté ces marches à travers les rochers et les arbres renversés aussi bien que n'importe lequel d’entre nous.
Nous ne pouvions nous lasser d'admirer la patience et l’habileté de nos sauvages. Trois d’entre eux, après avoir fait avec leur capot une espèce de coussin qu'ils placent sur leur cou, renversent le canot et le
à chargent sur leurs épaules, l’embarà cation pèse près de trois cents livres ;
deux marchent en avant, un en
arrière ; ils s’'avancent à travers les arbres, quelquefois dans un chemin étroit, rempli de cailloux et de précipices, montant, descendant, un vrai sentier de chèvre ; nous avions peine, complètement alléges, à y transporter nos personnes. Les autres s’attèlent au bagage ; ils s’appuyent sur le front une large bande en cuir qu'ils appellent leur collier, et à l’autre extrémité ils attachent une grosse Caisse qu’ils se renvoient sur les reins ; ils jettent sur la caisse un paquet, puis un autre, puis un autre, et ainsi chargés comme de vrais mulets ils s’élancent à travers les difficultés du portage. Notre bagage est trop considérable pour qu’ils puissent tout le porter d’un seul coup, et à chaque rapide ils sont obligés de faire un second
rs les emin > préa vrai LS peltransautres uyent n cuir , et à nt une nt sur caisse uis un me de travers Notre
e pour er d'un bide ils
second
voyage. Cependant vous les voyez toujours gais, contents, de bonne humeur; vous n’entendez pas un seul juron, pas un seul mot déplacé.
Hélas! il serait à souhaiter que, sous ce rapport, plus d’un blanc de nos grandes villes fût sauvage.
À 7 h. nous laissons l'Ottawa sur la droite, et nous continuons notre route dans une baie du lac des Quinze ; elle peut avoir trois lieues de long sur deux de large. Jamais de ma vie je n’ai vu plus belle soirée. L'air est calme, le temps est frais; le soleil se couche en colorant d’or et de pourpre les quelques nuages qui flottent à l'horizon, au-dessus de nos têtes le ciel est d'azur ; il souffle une toute petite brise qui se Joue dans nos cheveux et fait flotter nos pavillons, cependant les
eaux du lac sont unies comme un miroir, le canot glisse, vole sur la surface liquide ; au loin, tout à l’entour, les arbres semblent se confondre avec les ondes et forment une ceinture de verdure sombre. Personne ne parle, nous n’entendons que le bruis cadencé des avirons.
Couchés au fond de nos canots, nous nous délassons des fatigues du jour, nous contemplons, nous méditons. Pour moi, plongé dans une douce rêverie,.je me disais: Que Dieu est grand et que ses œuvres sont admirables! La hache de l’homme n’a jamais dévasté ces forêts, je vois cette grande nature telle que la vit Cartier, quand 1l aborda pour la première fois sur nos rives. Que ne puis-je rester longtemps dans ces solitudes, loin de tout travail péni-
ble, loin des hommes et de leur discussions acerbes. Ici l'esprit se repose et jouit.—Gare ! gare! gare! crie l’homme de l’avant ; nous abordons sur une grève de sable jaune.
La nuit fut aussi belle que le jour.
Pendant que nos hommes étaient à préparer les tentes, j’allai m’asseoir, pour réciter mon chapelet, sur le sommet d’un énorme caillou. La lune laissait tomber sur le lac une longue trainée d'argent ; le silence m’enveloppait de toute part, je n’entendais que le bruissement des feuilles dans la forêt, que le clapotis de la vague sur le rivage; puis bientôt monta vers le ciel la voix douce et sonore des sauvages qui soupiraient leur cantique avant la prière du soir. J’allai me coucher le cœur enivré de suavité et mon som-
meil fut rempli de rêves couleur de rose. |
Le lendemain le charme n'était pas fini. Nous partimes à 4 h. L'air était pur, frais et délicieux, l'aurore empourprait l'orient, aux lueurs d’un demi jour incertain les îles semblaient sortir du sein des eaux; les herbeset le feuillage imprégnés de la rosée du matin nous envoyaient leurs exhalaisons embaumées.
Enfin le soleil se leva radieux
comme un roi sur son trône et laissa
tomber sur nous des flots de lumière et de chaleur.
À 7 h. nous abordions à un rocher nu, sec et aride, Monseigneur était à jeun, il tenait à dire la messe ce jour-là qui est l'anniversaire de sa première communion et de sa confirmation ; de plus l’église célébrait
r de
était L'air lrore leurs îles aux ; sgnés 1VOYmi ées * dieux laissa mière
ocher
le fête si truchante de Notre-Dame des Neiges. Une tente est dressée sur le galet, la messe ne peut se dire en plain air, le vent éteindrait les lumières. Nous nous découvrons, nous tombons à genoux, les sauvages récitent des prières à haute voix, ils jettent dans les airs les notes Joyeuses de leurs plus beaux cantiques, pendant que l’évêque, au fond de la tente, murmure les paroles du saint sacrifice ; comme autrefois le grand'prêtre dans les mystères et le secret du sanctuaire, Monseigneur est presque entièrement caché à nos regards. C’est bien dans une semblable circonstance que l’on peut dire que nous adorons notre Dieu en esprit et en vérité; son temple est ce vaste univers qui est l'ouvrage de ses mains; le soleil en
est la lumière et le flambeau ; ila tendu les cieux audessus de nos têtes comme un pavillon ; et en ce moment les décors de son autel sont ces eaux argentines qui baignent les pieds de ce rocher, ces îles verdoyantes qui nous environnent, et là-bas ces immenses forêts qui ferment l’horizon et forment le fond de ce sublime tableau.
Transporté par ces beautés de la.
terre et du ciel, j'ai oublié de vous dire que vers 6 h. nous étions passé, au moyen d’un portage, du lac des Quinze dans le lac Barrière. A 10 h.
nous entrons dans la rivière Ennuyante. Certainement celui qui l’a baptisée de ce nom a péché par calomnie; car cette belle petite rivière, large d'environ cent pieds, serpente à travers uné épaisse forêt
d'épinettes et de cèdres odorants dont les pieds beignent dans l’eau profonde ; et pour un espace de trois lieues nous naviguons entre deux hautes murailles de feuillage et de verdure. Le. ciel nous apparait audessus de nos têtes, large d’un aune.
Du reste l’ennui se serait-il présenté que M. Rankin l'aurait chassé de suite en sortant de son sac à tout mettre quantité de journaux de toute sorte, le Globe, le : Scientific Journal, le Canadian lIllustrated
- News, etc., et n’avais-je pas pour me
défendre contre l’ennemi, la Biographie de Mgr Plessis par l'abbé Ferland ?
À midi nous entrâmes dans le lac Long. En effet il n’est pas très large, mais il mérite bien son nom, il est long, très long, surtout quand
il on le traverse dans toute sa longueur par une pluie battante. Les côtes en sont hautes, ce ne sont pourtant pas des montagnes, il n’y en a plus dans ce pays-ci; elles s’élèvent en amphithéâtre, au bas croïssent des bouleaux et des trembles au feuillage d’un vert tendre ; plus haut, en arrivant au sommet, domine une rangée d’épinettes et de cyprès au feuillage sombre. Nous étions à admirer ce mélange et cette disposition de cou: 2ur et de verdure,
lorsque tout à coup les nuages crevèrent et laissèrent tomber sur nos têtes une pluie fine et glacée qui eut bientôt refroidi notre admiration. Il plut jusqu’au soir, cependant nous n’eûies pas trop à souffrir, À nous avions un grand prelart, long de vingt deux verges, qui couvrait
4 = e - - 2 & J = + + DORE PE de 2 aires : Lg .
Sr . = RIRE LEE cast ‘# & nt = ie n PERRET ARCS OR LENS RSR M LS D Le D NE et : RES SERRES PRESS UREN ES
eee e
en même temps nos bagages et nos personnes Jusqu'au cou; la tête se trouvait à l’abri du mauvais temps sous le parapluie ; même je mis la mienne, avec les coffres, sous le prelart, et je m'endormis bercé dans mon canot comme l’enfant dans son berceau.
Ce prelart bienfaisant était une nouvelle faveur de M. Rankin. Ce bourgeois est un chef factor, c’est-àdire un des dix qui forment dans le pays le conseil du gouverneur de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Il a gagné ses épaulettes à force de travail, de persévérance et d’énergle. Il est très agréable 5ar sa conversation, ses histoires et ses chansons. Pour les reparties il n’y a que Monseigneur qui peut lui tenir tête, depuis longtemps j'ai jeté ma langue
aux chiens et J'ai abandonné la partie. Ce monsieur.connait tous les missionnaires depuis le Labrador jusqu'au lac Supérieur, plusieurs même sont ses amis intimes. (Certainement le plaisir: d’avoir passé plusieurs Jours en sa compagnie, restera un des plus beaux souvenirs de notre voyage.
Après avoir fait un portage dans la boue (ce qui n’est pas plaisant surtout pour ceux qui ont perdu leurs claques, et dévinez qui a pu perdre les siennes ?), après avoir traversé un petit lacaux eaux blanchâtres, appelé le Zac des Vuses nous arrivons à la hauteur des terres où nous campons un pied dans la province de Québec, l’autre dans le territoire du Nord-Ouest.
J1 fait froid, il pleut toujours, les
pardes ador Leurs Cerpassé \gnie ; enirs
> dans aisant perdu a pu avoir blanes nuus res OÙ la prole ter-
urs, les
maragouins sont enragés, les brulots brûlent, l’herbre est trempée de rosée, la terre est humide et les pieds aussi ; 1l faut faire de la boucane pour chasser ces chiens de maringouins, nous étouffons dans la fumée, en vérité ce n’est pas encou rageant d'aller se mettre au lit dans cet état. Heureusement que la bonne humeur a résisté au mauvais temps. “Nous devons être heureux, disait Monseigneur, de souffrir quelque peu, afin de mieux comprendre quelles sont les misères et aussi quel est le mérite de ces pauvres missionnaires qui passent leur vie dans ces pénibles voyages.” Le lendemain samedi, de gros nuages noirs nous menaçaient de nouvelles ondées :
mais le soleil se levant les eut bientôt dissipés, 11 réchauffa l’atmosphè-
Noa
re et nous donna un jour fait à souhait, dont nous jouimes d’autant plus que nous avions craint la pluie davantage. Nous étions comme ce malade qui, après s'être tordu dans les douleurs de la colique, disait :
“Oh! que j'aime cela, les coliques,
moi; oh! que j'aime cela !—Eh!
pourquoi donc?—On est si bien, quand elles sont passées.
Samedi, à à h. a. m., portage de la hauteur des terres. De m’entendre énumérer tous ces portages, vous êtes peut-être plus fatigué que sous l’étions nous-mêmes à les faire.
Voyons, allons, courage, je vais vous les énumérer tous d’un seul coup, et ce sera fini. À 5 h. nous traversons un lac dont le nom est inconnu aux rameurs de notre canot ; à 7 h.
nous entrons dans la rivière Serpent
OUant Luie e ce Lans ait :
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de tenges, que aire.
vous OUP, averonnu 7 b.
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qui déroule ses méandres à travers les joncs et les roseaux ; à 8 h. nous “voguons sur le Zac des îles ; à 10 h.
par deux portages, nous arrivons à une rivière d'un arpent de large, qui nous conduit vers midi au lac Champlain ; à 4 h. p. m., nous sautons du lac Champlain, par le portage de la danse, dans une rivière qui porte ses eaux au lac Abbitibi, le terme de notre voyage.
Le lac des Iles est on ne peut plus pittoresque, à chaque pas le paysage change, vous découvrez de nouveaux chenaux, la vue s'étend, s'élargit, se rétraicit, vous diriez une toile aux couleurs et aux dessins variés qu’on déroule sous vos yeux. Voyez là-bas ces ilots tantôt plus grands, tantôt plus petits, à La forme ronde, couverts d’un bois verdoyant ; voyez
ces cyprès, qui ça et là élèvent audessus des autres arbres leurs têtes coniques, ne dirait-on pas autant de flèches hardies, de clochetons gothi1ques ? Ne dirait-on pas, transportées comme par enchantement dans ces déserts, des églises du moyen-âge, de nouveiles cathédrales de Milan ?
Le lac Champlain est une belle nappe d’eau de trois à quatre lieues de long sur uné couple de large, autant du moins que les îles permettent d’en juger. Un assez fort vent soufflait de l’avant, la houle était grosse, de longues vagues à la crète blanchissante bittaient les flancs de l’esquif, le canot léger dansait sur les flots : quel plaisir, quand il n’y a pas de danger, de se sentir ainsi balancer au-dessus de l’abîme! La tradition locale veut, et j’ai peine à
la croire, que Champlain ait visité
ces parages ; toujours est-1l que c’ést le troisième lac qui porte son nom.
Il n’est que juste que, par tout le pays, on trouve comme empreint dans le sol le souvenir de cet homme de bien dont le génie a eu tant d’nfluence sur les destinées et le développe “ent du Canada.
La rivière qui conduit au lac Abbitibi est large, droite, bien boisée ; elle n’a pas de nom, Monseigneur me dit; “ Pourquoi ne lui en donnerait-on pas un? appelons-la Sainte-Thérèse, qu'en dites-vous ? ” —“ J’y consens volontiers, Monseigneur, à la condition que ce lne, à la hauteur des terres, qui n’a pas de nom non plus, s'appelle le lac Duhamel” Il ne nous reste plus maintenant qu'à avoir dans nos intérêts un
uit
géographe complaisant ou un arpenteur du gouvernement pour faire entrer ces noms dans le domaine de la légalité, de la publicité et de la postérité.
Voyez-vous, à l'embouchure de la rivière Sainte-Thérèse, cette armée de canots et cette forêt de pavillons :
c'est la nation toute entière des sauvages d’Abbitibi qui vient au-devant de Sa Grandeur. Mais je vous relaterai cette réception dans ma prochaine messive ; il se fait déjà.
tard et cette lettre doit partir demain matin par M. Rankin qui s’en retourne de suite à Témiscamingue.
Nous ne partirons d'ici que mercredi. Nous sommes tous en bonne santé.
J’ai oublié de vous dire ce qui est arrivé à M. Robert sur le lac Bar-
rière. En dormant il a cogné un clou en dehors du canot, et son chapeau est tombé à l’eau; vite le steamboat a viré bord, et l’on a pu pêcher ce pauvre couvre-chef, avant qu'il eut complètement sombré.
Nous avons plusieurs aventures de ce genre que Je vous raconterai de vive voix, l’histoire d’une certaine claque, d’un certain parapluie, d’un certain talon de botte, etc.
Au revoir, et croyez que je demeure toujours avec le plus profond respect, Monsieur le grand-vicaire, votre très humble et très dévoué serviteur.
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ABBITIBI.
Le jour du départ.—Une marche triomphale.— Le fort et la chapelle.— Entrée épiscopale.— M. Henderson et deux serviteurs®de la Compagnie.— Les sauvages à l’église.—Les sauvages sous la tente.—Une messe pontificale avec sermon en algonquin.—Une procession du saint Sacrement.— Une Madelaine dans es bois.—Un sermon pour les Protestants.—Le sacrement de confirmation. Une noce.—Détails historiques.—Le temps de la mission.—Le pays de chasse.—Sacrifices et bonheur du missionnaire.
Abbitibi, 9 août 1881.
MONSIEUR LE GRAND-VICAIRE
Nous quittons Abbitibi une journée plus tôt que je vous l'avais an-
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noncé dans ma dernière lettre.
Nous partons aujourd’hui mardi, 9 août, à deux henres après-midi, et nous devrons nous trouver à Témiscamingue samedi soir.
Je reprends le fil de ma narration là où je l’ai interrompu. Donc toute une flotte de canots d’écorce nous attend à l’entrée du lac; il y en a une cinquantaine, montés par plus de deux cents sauvages ; à l’avant et à l’arrière de chaque canot s'agitent, à l’extrémité de longues perches, des pavillons de toutes grandeurs et de toutes couleurs.
Dans ce pays, pas de fête complète si on ne brule quelques livres de poudre ; en conséquence, Monseigneur est salué par des décharges cent fois répétées, Le Rév. P. Nédelec et le: bourgeois du fort; M.
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narrä- Donc écorce ; y sg par à l’acanot ngues outes 1leurs.
18 plète es de onseiharges >. Nécé, M.
Henderson, serrent la main à Sa Grandeur, et nous prenons le chemin de la mission, à petits coups d’aviron, dans une marche lente et majestueuse. Tous les esquifs savancent de front comme des soldats alignés pour l’exercice, aucune pince n'empiète sur sa voisine, seulement le canot amiral, celui de l’évéque, en marque d'honneur, a le pas sur les autres d’une dizaine de pieds.
Les squaws et leurs jeunes filles manient 'l’aviron comme les hommes. Tout près de nous un enfant de. deux ans était attaché par des lacets sur sa planche; pour l’empêcher de pleurer sa mère lui. avait mis dans les mains un petit aviron d’un pied et demi, et le marmot nageâit tout joyeux dans l’intérieur du canot. (Chez nous on amuse les
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enfants avec des petits chevaux et des poupées, ici avec des avirons, c'est bien là ce qu’on peut appeler de la couleur locale.
Nous avons une demi-lieue pour nous rendre à destination, et de loin, nous æpércevons près des eaux, sur une presqu'ile qui s’avance dans le lac, la chapelle dont le clocher en ferblanc brille aux rayons du soleil, et le fort de la Compagnie de la Baïe d'Hudson. La maison du bourgeois est une habitation bien convenable, avec une galerie sur le front, à demi cachée derrière une rangée de trembles plantés avec symétrie ; devant la porte principale se trouve un jardin où l’on voit oignons, navets, choux de siam et. gadeliers avec leurs grappes en maturité ; à coté se trouvent six grandes bâtisses
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pour loin, &, SUT ns le >r en soleil, de la bouronvefront, angée étrie ; rouve 8, naeliers té; à itisses
qui servent de magasin, de hangars et de logements .pour les engagés de la compagnie. A trois arpents
. de là trône la chapelle sur une éle-
vation qui domine le fort, on y arpar une montée rapide et les galets:
par leurs couches superposées servent comme de marches naturelles, Elle a 42 pieds sur 20, et à l’arrière est accolée une petite sacristie dont le missionnaire fait sa résidence pendant les jours de la mission. Au dessus du fort, en signe de réjouissance, flotte le. drapeau anglais, ce drapeau rouge que le commerce et la puissance britanniques promènent par toute la terre, rule Britannii over land and over seas;: devant la chapelle flotte le drapeau français, cet antique protecteur du droit et de la faiblesse, dont la mission est
de monter la garde aux portes du Vatican. Héias ! que les temps sont changés ! maïs espérons que bientôt reviendront des jours meilleurs.
Pendant que je me perds dans mes descriptions le canot a filé ses nœuds et nous voici arrivés au quai de la compagnie. Monseigneur revêt la magna cappà, et, comme c’est la première fois qu’il visite cette mission, il s’avance sous un dais préparé pour la circonstance ; le caemin est bordée de balises ; les sauvages, après avoir sauté sur la grève, courent s’agenouiller sur le passage de Sa Grandeur, puis ils suivent en procession, chacun portaut sa bannière ou son pavillon. Le Rév.
Père Nédelec attend avec l’eau bénite à la porte de l’église, et Sa Grandeur fait son entrée soleunelle
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au chant du Te Deum, selon toutes les cérémonies prescrites au Rituel Romain. Le petit temple est pimpant de prepreté, des branches de sapin le tapissent à l'extérieur, et l’intérieur est orné de guirlandes de verdure qui courent sur les murailles.
Pour un endroit si éloigné au fond des bois, je puis dire sans’ exagération que c'est un petit bijou; la voûte, toute neuve, est en planche d'épinette, la nef est séparée par deux rangées de colonnes, les fenétres en ogive ont leurs vitraux de couleur, l’autel est paré de jolis bouquets artificiels, et le petit clocher possède sa cloche dont la voix argentine, répétée par les échos sur les eaux tranquilles du lac et dans la solitude des forêts profondes, appelle pieusement à la prière.
Nous avons nos appartements à la maison du bourgeois, Monseigneur, M. Robert et moi; les deux Pères Oblats couchent à la sacristie, mais ils viennent prendre leurs repas avec nous, M. Henderson s’est montré d’une politesse qu’on ne peut surpasser. Sa maison et sa table ont été mises à la disposition de l’évéque et de sa suite. Un quai considérable et dispendieux avait été construit à l’occasion de la visite épiscopale, et pour aller au devant de Sa Grandeur le grand canot de la compagnie avait revêtu une toilette toute fraîche. Depuis trois jours c'est grande fête au fort, et pour leur permettre d'assister aux offices religieux tous les employés ont reçu congé. Parmi ces serviteurs de la compagnie on remarque un vieux
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Canadien de Sorel, au type antique, du nom d’Aubichon, qui est dans ce pays depuis quarante-cinq-ans ; il pleurait de joie en s’agenouillant aux pieds de Monseigneur. Je dois mentionner aussi M. Miller, gardemagasin, homme de confiance, tout à fait dévoué aux intérêts de la mission.
Lundi, après souper, vers 8 heures, Monseigneur alla présider la prière du soir, ce qu'il avait fait aussi dimanche et samedi. Les sauvages commencent par chanter un cantique, ils récitent des prières, 1ls :
entonnent un nouveau cantique, ils disent le chapelet, ils finissent par un ou deux cantiques. Ils aiment à chanter, et ils chantent bien. Les hommes et les femmes, assis les uns du côté de l’évangile et les autres
du côté de l’épitre, alternent à tour de rôle. La plupart ont à la main leur livre de prière, ils savent tous lire, à l'exception de quelques vieillards. Ces sauvages sont habillés à l’européenne, la seule différence qu'il y a dans leur costume avec celui des gens de nos campagnes, c'est que les femmes en général se recouvrent la tête d’un mouchoir.
Ils sont habillés proprement, on n'en voit point en haïllons. Ils se tiennent bien dans l’église, et leur maintien plein de respect indique assez qu'ils comprennent ce qu'est le temple du Seigneur.
Il y a 371 sauvages attachés à cette mission, ils sont présents pour la plupart; quelques-uns cependant ont dû rester au fond des bois, dans leur pays de chasse et de pêche,
, tour main , tous vieilbillés rence avec agnes, ral 8e ichoir.
t, on Ils se et leur dique qu'est
hés à
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pêche,
faute de vivres pour faire le voyage.
La paroisse est grande, plusieurs centaines de milles carrés, et il n’est pas facile à ur moment donné de rassembler tous les paroissiens.
Les sauvages sont campés sur la grève entre le fort et l’église, ils ont dressé leur tente de toile blanche, ça et là, sans ordre ; les canots sont renversés sur le rivage ; vous diriez l’armée des Hellènes qui, après avoir tiré ses carènes sur la plage troyenne, est assise sous les murs d’Ilion.
L'habitation n’est pas grande, huit .
pieds sur huit; le ménage n’est pas considérable, un coffre, quelques couvertes, une poêle, une marmite ; rien de plus commode quand'il faut déménager, dans un quart d’heure un propriétaire a plié bagage et il emporte tout son avoir au fond de
son canot. Quand il veut se passer de toutes les superfluités des coutumes et de la civilisation, il est extraordinaire comme l’homme peut vivre de ‘peu. Comme ces jours-ci sont des Jours de repos complet, sans travail, ni pêche, ni chasse, il est intéressant de considérer à la porte de leur tente les femmes qui jasent, les enfants qui jouent, et les hommes qui fument leur pipes solennellement, à heureux comme des rois sur leur | trône. Je souhaiterais autant de.
tranquillité d'esprit et de contentement de cœur au czar des deux Russ1es. | | | Dimanche à 10 h: a. m. il y eut messe pontificale avec diacre, sous, diacre, prêtre assistant, maître de cérémonie. Vous pouvez vous ima-
ginez si ces pauvres enfants des bois
sser de utumes xtraor- , vivre ont des travail, éressant ur tente enfants qui fulement,
sur leur |
tant de.
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il y eut e, ‘SOUS, nître de puB 1mades bois
ouvraient de grands yeux, la plupart n'avaient jamais vu d'évêque.
La richesse des habits, l’éclat des couleurs, la grandeur des cérémonies, la magna cappa, la mitre, la crosse, tout les jetait dans l’admiration. Pendant la messe le peupic ne chante en latin que la rérinse au Dominus vobiscum, et, comme 1:
disait un fort helléniste, le Kyrie eleison; tout le reste, Gloria, Sanctus, Agnus Dei, se chante en sauvage.
Immédiatement avant l'office, Monseigneur lut en algonquin son sermon d'entrée, il commençait en ces termes : “ Ni nidjanisitok saiakiena- ‘ wok migwetch nin ina kige Mani- “tou iki chawenimetch kitchi pi ‘ wabaminagok,” ce qui veut dire :
“ Mes enfants que j'aime, merci je dis à Dieu par qui J'ai été favori-
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‘6 sé de venir vous voir.” Les sauvages ont bien compris Sa Grandeur, et ils étaient heureux d’entendre leur premier pasteur leur parler dans leur langue, Dans une circonstance semblable un sauvage se plaignait au Père en disant : ‘“ Pourquoi Monseigneur ne nous parle-t-1l pas hors de l’église, il est savant en sauvage. — Il sait lire, répond le Père, il ne sait pas parler.—Comment ça! moi, J'ai appris à parler avant que d'apprendre à lire.” Et il ne pouvait comprendre comment l’on puisse lire une langue qu’on ne sait pas.
ans l’après-midi, à 3 h. il y eut procession solennelle du saint sacrement. Un reposoir avait été préparé avec des branches de sapin dans une pruirie à quelques arpents
de la chapelle. La bannière de la Sainte Vierge marche en tête; suivent sur deux lignes les femmes, les petits garçons, puis les hommes ; vient ensuite sous le daiïs le saint sacrement porté par Monseigneur ; de chaque côté du dais marche une escouade de soldats improvisés qui de temps en temps nous étonnent les oreilles de leurs détonnations.
Au reposoir le Tantum ergo est chanté en sauvage, on revient par le même chemin. Certainement le Rév. Père avait raison d’être fier de l'ordre et de la décence qui avaient régné pendant toute la cérémonie.
La procession fait époque dans la vie du sauvage, il y tient, sans elle la mission ne serait pas complète.
Tout le monde y assiste. Cette fois