‹ Voyage au lac Long dans le canton de Preston [microforme]Chapitre 9 sur 27 · VOYAGE AU LAC LONC · texte numérisé non relu

VOYAGE AU LAC LONC

Par intervalle, dans un chemin montant. sablonneux, malaisé, nous apercevions nos quatre piétens qui suaient, soufflaient, étaient rendus. Avant de partir, M. Malbœuf à … refusé de prendre une bouchée afin, ‘ «it-il, de se conserver plus léger. Nous nous demandions les uns aux autres : pensez-vous qu'il est assez léger ? Ce soir il nous a avoué qu'il n'avait pas encore marché la moitié de la route que son es: tomac affam ui Cia qu'il léluii veaucoup trop. Sur les huit milles qu'ils avaient à par. courir sur les bords du lac, cinq sont loin d’être beaux ; à la rigueur un cheval peut y trainer une charrette, puisque la Fanne de M. Gagnon, s'en allant coloniser 21, lac Long, l’a faitideruiè rement, mais enfin ie chemin est rabokeux et difficile. La consarne des chantiers n’y a tracé qu'une roule d'hiver ; l'été, elle a ia voie du lac peur transporter ses hommes et ses provisions. Ce sont les seuls cinq milles de mauvais chemin que l’on rencontre depuis Papineauville jusqu'au lac Long ; il serait à souhaiter que le gouvernement, s'il ne peut pas ouvrir pour le présent de nouvelles voies dans ces cantons. au moins fit terminer celle-ci, afin de donner un débouctié par terre aux colons de l’intérieur.

Nous laissâmes sur notre gauche uneéile haute, bien boissée, longue d'environ trois milles. Autrefois un sauvage célèbre dans ces parages, Simon. Blanc, y avait son château en écorce ; C’est de Ini que le lac Barrière tire son nom de Simon. Aujourd'hui y règne pacifiquement son fils Ga nard, et le .:v5le domaine n’est plus connu autrement que sous la dénomination de l'Ile du Ca: nard Blanc. « Dans cette île, nous dit M. Gagnon, il y à un petit lac.—Et dans ce petit lac, demanda M. Olaüs, y a-t-il une petite ile ?—oui,

repartit un autre, c’est de cette petite ile que parle la chanson, quand elle dit: Dans cette petite ile, Ù y a un pe‘il arbre ; dans ce petit arbre. l'y a une petite b:'anche ; dans cette petite branche, il y « un petil nid ; dans ce petit nid, il y a un petit œuf; dans ce petit œuf il y a...etc.. dévinez quoi et pour jui!» j'

A la tête de l'île sur la terre ferme, au flanc d’un rocher coupé à pic est gravée une figure diabolique, portant deux longues cornes, c’est le Rocher du Manitou. Simon Blanc aimait à ra.

conter, de son vivant, le prodige que voici. Un certain été il tendit ses lignes en face du Manitou, le poisson fourmillait au fond du lac ; trois fois par jonr il faisait sa visite. les appats avaient toujours disparu, mais pas une pièce n’était retenue prisonnière dans les hameçons. Qu'est ce que cela voulait dire ? Un beau matin. au lever de l'aurore, comme il approchait en tapinois, il aperçut, o surprise ! deux fées qui levaient ses lignes. A sa vue, elles pra la fuite, et s’enfonçant dans les eaux elles disparurent au pied du rocher. Il n’y avait pas à en douter, c'étaient là ou les filles, ou les sœurs ou les femmes du Manitou.

À 2? heures nous débarquons, à l’extrêmité du lac, près de la ferme appartenant à la compagnie qui exploite les limites de bois sur Ja ri. vière Nation. Je n’en connais pas tous les associés, seulement je sais que leur marque de commerce se lit : John À. Cameron & Co. Cette année ils ont en opération trois chantiers, d'u: e trentaine d'hommes chacun, qui coupent les billots sur les bords du lac des Sucreries, à vingt milles environ plus haut que le lac Long ; de plus ils ont donné nn sous-contrat à un Canadien pour faire chantier sur le lac Poisson

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Blanc, dont la décharge vient se jeter dans la Nation près du lac Barrière.

L'intendant de la ferme est un homme au dessous de la trentaine, tout à-fait poli, du nom de McKenzie. Nous tenons de son obligeannce le grand bateau qui nous a permis de braver le lac en furie. Nous allâmes lui faire visite et le remercier. Sa jeune femme n'habite cette solitnde que depuis l'automne dermier. Je lui demandai : * Vous.êtes vois ennuyée ici ?— Oh!n0, dit-elle, We have here plenty boaling and fishing, riding and shooting. En effet c'est un vrai pays ou de fées ou d’amazones.

Pour nous rendre au terme du voyage, nous avons encore à faire un, portage de cinq milles. Madame Thérien, avec le bagage, monte dans.la charette, M. Gagnon tient les guides, nous suivons. à pied, et marche Fanne, la seule haquenée Alu lac Long. Nous avançons dans un beau chemin de chantier, le sol que nous foulons est uve bonne terre jaune ; il est uni et généralement sans roches; nous traversons une épaisse forêt ‘le pins et de sapins. mê'és de gros meri : siers, de grands ormes et d’érables aux brauches entrelacées, Dans une semaine, quand Îles feui les seront toutes poussées, le. colon voyagera; Comme disent les poêtes, sous une voute de feuillage, : à travers ane demie-obseurité myst4 rieuse qui ne connaîtra pas les rayons du:soleil, Allant au nor, nous avions la Nation snr la droite ; depuis la rivière jusqu'au pied des hauteurs'il y a dix, douze, quinze arpeuts de plaine, et en plus d'in endroit le flanc de la montagne s'élève en:une pente douce qui: ne serà ancunement rebelle au soc de la charrue. On nre-dit que, sur la rive est de: la Nation, l'étendue de

erre arable est beaucoup plus considérable en-

core. C’est certainement le plus beau vallon que novs ayons rencontré depuis Pap'neauville.

Après avoir marché trois milles, nous nous arrètâmes en face d'un chantier qui est construit au milieu d’une belle ormière. ‘‘ C'est ici, nous dit M. Gagnon, que nous avons passé le premier hiver, que nous avons abattu le premicr arbre, et que l'a itomue dernier nous avons récolté des patates grosses comm& des bols; l’'avoine y est venue si haute qu’un homme s'y perdait” Y trouvant plus d'avantages, les colons ont transparté leurs péaates à deux nalles plus loin sur les bords du lac, mais ils n’ont pas abandonné leur exploitation premivre : MM. Gagnon et Audet ont partagé entre eux le désert, et ils se sont taillé chacun une terre à même la forèt voisine.

A un demi mille plus loin, nous arrivons à une clairière d'environ cinq arpents, au milieu du bois fort, nette, propre et bien préparée. Là s'élève une petite maison neuve couverte en bardeaux, avec étable et écurie. dJ'arrètai boire. En voyage si vous voulez faire connaissance intime avec la population, si vous voulez la saisir sur le faitet voir au naturel les coutumes locales et les diverses manières d'agir, allez boire ; un voyageur peut avoir soif dix et Es fois

ar jour. Le maître de céans s’appelle Carrière, 1} a femme et six enfants, son étahle renferme deux vaches et une pouliche ; il n’est arrivé ici que depuis l’hiver et déjà il se prépare à fa‘'e une jolie semence ; ses deux gars, enfants de 14 et 12 ans, sont bien courageux, ils ont pris à ses côtés chacun une terre ; ils coupent et en lèvent les broussailles pendant que le père abat les grands arbres. Toute la famille est contente, La té pleine d'énergie et d'espoir.

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Un‘mille plus loin, M. Larose, avec son garçon, sort des branches. Lui aussi, depuis quel ques semaines, fait la guerre à la forêt ; il va se bâtir dans le courant de l’été, et à l'automne ure nouvelle famille vien ra accroître la population de la paroisse en herbe.

Le long du chemin, en une douzaine d’endroits différents, nous remarquons des arbres plaqués avec un nom dessus écrit, ce q''i indique chez ceux qui ont fait c tte marque lintention de prendre là même une terre et d’en commencer le defrichment avant six mois. Il est à remarquer que ce mouvement de colonisation ne date que depuis un an, et il ne fait que s’accentuer de plus en plus. L’honneur et le mérite, sans contredit, en reviennent à M. l'abbé A. Thérien, le véritable pionnier du lac Long. Avant lui. personne ne songeait à cette partie du pays.

A 4 heures, au sortir de la forêt, en mettant le pied sur le rivage, nous aperçümes à sept arpeuts, de l’autre coté d’une baie peu profonde, la maisonnette, neuve, riante, qui semblait, non pas nous tendre les bras, mais nous ouvrir sa

orte toute large pour nous recevoir. Une demie

eure après arrivaient nos quatre compagnons un peu fatigué:, et entr’autres M. Malbœuf un peu trop léger. Mais bientôt notre ménagère, allant et venant comme si elle eut été chez elle, avait mis la grillade au feu, et la maison se remplit d’un fumet délectable. Un copieux repas vint combler les vides de l'appétit, et nous nous trouvâmes, comme devant, frais, dispos et gail

lards. La soirée passa on ne peut plus agréable-

ment; préparant nos ontils de chasse, nous nous amnsâmes comme des bossus à faire du plomb avec de l’étain fondu.

Pendant le voyage, ce qui m'a frappé, c'est de

voir comme ces jeunes colons LL atta chés à leur établissement. Ils avaient hâte, répétaient-ils chacun à leur tour, d'arriver chez eux. ** L'hiver dernier, me dit l’un d’entre eux, quand nous allions à la messe à Hartwell, nous rev: nions bien fatigués ; mais d'aussi loin que nous pouvions apercevoir la maison, la fatigue alors s’en allait : il est si doux de se reposer chez so1.” Le travail qu'ils ont dépensé et les sueurs qu'ils ont versées, leur ont rendu cher le sol qu’ils défrichent. Ils sont encore au printemps de l’éxistence, la vie s'ouvre longue devant eux, l'avenir fait briller à leurs yeux l’aisance et la richesse. Courage, jeunes et braves amis, vos plus beaux rèves seront dépassés. Quand le lac Long sera devenu une paroisse florissante, quand de riches campagnes auront remplacé les arbres de là forêt, vous serez considérés comme les patriarches de l'endroit : la légende vous entourera d’une‘auréole de respect; le soir, au coin du feu, vous raconterez à vos petits neveux réunis les premiers commencements, les âges héroïques de la colonie que vous aurez fondée : et alors les fatigues d'aujourd'hui seront devenues autant dé souvenirs pleins de charme.

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hâte, ré- Chez eux.

IX, quand us rev:

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