‹ Voyage au pays d'Evangeline [microforme]Chapitre 2 sur 14 · LE PAYS D'EVANGELINE · texte numérisé non relu

LE PAYS D'EVANGELINE

Le collège de Memramcook n’a guère plus de vingt ans d'existence (1864), et il marche déjà de pair avec les collègés classiques de la province de Québec: Plusieurs de ceux-ci lui sont même inférieurs sous le rapport de l’organisation maternelle.

Ce même collège qui porte le nom de St. Joseph sur les confins du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle- Ecosse; au centre même des populations Acadiennes, ne pouvait être mieux choisi.

Remontez à l’origine de chacune de nos institutions catholiques vous trouverez un prêtre. Ici encore c'est un prêtre qui apparaît au premier jour, et qui est l’âme

de cette œuvre. C’est sous l’inspiration du Père Lefeb-

vre, c’est par son zèle, son énergie, sa persévérance, son habilité administrative, en un mot par toutes les qualités qui distinguent les fondateurs, qu’a été créé et organisé ce magnifique établissement, qui est le seul de ce genre dans les provinces maritimes, qui soit dédié aux Acadiens. |

On ne saurait exagérer l'importance d’un pareil éta: blissement. Le plus grand malheur n’a pas été la dispersion des Acadiens, mais l’abandon presque complet dans lequel ils ont été laissés durant près d’un siècle. Dans toute cette douloureuse période, ils n’ont eu on +. peut dire aucun moyen d'instruction. La plupart furent

même longtemps sans avoir de missionnaires résidant au milieu d’eux.

On conçoit l’état d’ignorance et de stagnation qui s'en est suivi. Mais de nos jours une ète nouvelle a commencé pour les Acadiens et elle coïncide précisément avec l'ouverture du collège de Memramcook, qui en a été la principale cause. Il en est sorti toute une pléïade d'hommes instruits, actifs, animés d’un: “patriotisme ardent et éclairé, qui ont fait leur réputation dans différentes carrières, et qui défendent la cause de leurs compatriotes sur tous les terrains de la vie publique et privée. On compte parmi eux deux sénateurs comme M. Poirier, écrivain aussi distingué que sage politique, des députés aux communes et aux législatures provinciales comme MM. Landry, LeBlanc, Terriault, Le- Billois, etc., des avocats, des médecins, des instituteurs, et d’excellents prêtres parmi lesquels il faut compter l'abbé Cormier, curé de Cocagne, l’insigne bienfaiteur du collège dont j’ai déjà mentionné le “nom. Chaque année voit s'accroître cette phalange d'hommes remar-

tables, qui, avec le temps, fera reprendre au peuple Acadien la place que ses malheurs lui avaient fait per+ dre.

MA CHÈRE AMtr :

J'apprends que vous êtes de retour d'un voyage dans les provincés maritimes) et que vous étiez à Grand Pré, le jour anniversaire de l'expulsion des pauvres Acadiens.

Que n’étais-je auprès de vous pour: Partager les émotions que Vous avez dû ressentir en visitant le beau site de ce village, ainsi que le cimetière et l'Eglise d'où les infortunés Acadiens furent forcés, l'épée dans les reins, de prendre le chemin de l'exil.

Faites-moi donc Part de ce qui vous a le mieux redit le passé

de notre Jeune Acadie? * Que reste-t-il des ruines de l’ancien Port Royal, des forts Beauséjour, Beaubassin ? Je suis par antici tion, Votre amie obligée, *

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