‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 130 sur 137 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Note À, page 98.

MÉTAPHYSIQUE DU LAKGAGE d'aprbs LA République française.

«La métaphysique et rexpérience ont deux manières bien distinctes de comprendre l'origine et la destinée des racines pronominales et des racines attributives.

La métaphysique croit, même lorsqu'elle ne le dit pas, que l'homme a toujours été semblable à lui - même , que Tintelligence lui a été donnée toute faite, et qu'il y a eu toujours des mots.

L'expérience, au contraire, seule base des inductions légitimes, a le droit de suivre , dans le mot, l'histoire du langage et de la pensée toujours parallèle, et de mesurer ainsi les périodes du temps écoulé entre la première interjection articulée et la constitution de la grammaire aryenne. L'articulation ou la consonne, car c'est tout un, est l'attribut le plus glorieux de l'homme. C'est elle qui l'a tiré hors de pair, qui l'a séparé à jamais de l'animalité. Mais il ne faudrait pas croire pour cela qu'elle ait dépassé d'abord les facultés départies à beaucoup d'autres êtres vivants.

Pour peu en effet que l'on écoute le langage des animaux , on y constatera aisément la présence des voyelles, il et ou dominent dans la langue du chien et du chat; l'e, dans celle du mouton ; e et t, dans celle du cheval. L'eu est familier au bœuf, o à la poule.

Déjà même l'articulation se fait jour, labiale chez les ruminants, gutturale chez le lion, dentale chez le singe et certains oiseaux. L'articulation n'est qu'un obstacle opposé par la glotte, le palais,

la langue , les lèvres et les dents an souffle venu du larynx. Rien d'étonnant si les animaux ont pu ébaucher la consonne. L'homme l'a filée et polie. Mieux servi par les propriétés d'un cerveau perfectible , et surtout par l'une des circonvolutions antérieures de l'encéphale, où réside la faculté du laugaçe, il est sorti de l'animaliié. Mais c'est de là qu'il est parti, s' élevant de la voyelle et de l'articulation vague à la consonne précise et à la syllabe, du cri an signe, de la racine au mot : c'est-à-dire de la manifestation confuse de son individualisme à la mémoire, de la mémoire à l'association des idées, à la réflexion et à la pensée ^ ■

Note B, page 174.

QUESTION d'origine AU CONGRES DB NANCY.

Au conf;rès des Amérieanistes de Nancy, plusieurs membres, dès la première séance, crurent pouvoir considérer comme acceptée d'avance et sans discussion la thèse en faveur de V autochlhome de l'Amérique, c'est-à-dire en faveur de la pluralité des origines de l'espèce humaiue.

Ils s'appuyaient siu* les raisons suivantes :

l» L'émigration Scandinave esl certaine, mais elle a laissé peu de (races.

2<> Les communications entre Chinois et Américains andoquième siècle? sont repoussées, comme est repoussée la vieille tradition phénicienne de l'Atlantide de Platon, comme est repoussée l'opinion de Bernardin de Saint- Pierre enfaveur d'une immigration dans l'Amérique méridionale et centrale de certaines peuplades noires venues de la côte d'Afrique ou des tics des mers du Sad.

Les analogies ont peu de valeur aux yeux de quelques savants; analogies de langues et de mœurs, d'armes et de coutumes, d'habits et de traits du visage ne sont point un critérium suffisamment certain pour les autochtlionistes qui ne veulent étudier les Américains que chez eux et par eux, abstraction faite du reste de l'humanité,

> République francise du 9 juillet 1876. — Métaphysique du langage.

> Preuves fournies par M. de Guignes, dans son Histoire des Huns.

tont comme s'ils étaient une anomalie dans l'univers ou une espèce de bolide tombé du ciel.

La remarque est du R. P. Pététol, qui s'est fait reman|uer au congrès parmi les champions de la thèse opposée.

A une grande science et à un grand talent d'exposition et d'investigatjon, le P. Péiilot joint l'avantage d'avoir, pendant quinze ans, étudié et approfondi la question, non dans sou cabinet, mais sur place, au milieu des tribus sauvages de l'Amérique du Nord, chez les Esquimaui et les Déné-Dindjié , grande famille peau rouge entre les têtes plates, les Algonquins et les Sioux.

Aussi a-t-il pu dire en commençant : 11 est une meilleure voie que celle des hypothèses; c'est celle que nous ouvrent les chemins de fer et les bateaux à vapeur. En dix-huit jours on se transporte, aujour« d'hui, du Havre à Winipeg-Cily, dans la province de Manitola. En cinquante jours on se rend de là au lac Athabaskan ou au pied des montagnes Rocheuses. Que les savants qui ont à cœur de voir prospérer la question qui nous occupe veuillent bien se donner la peiQe de. franchir ces distances, qu'ils veuillent aller passer dix ou douze ans de leur existence chez les Indiens , comme nous leur consacrons la nôtre tout entière; et si, après une étude sérieuse et attentive, leurs préjugés aotibibliques ne sont pas tous tombés, alors je ferai ma soumission à leur autorité et je reconnattrai que nous nous trompons!

En attendant, dit l'orateur, on nous permettra de tenir compte des analogies et des rapports frappants que nous rencontrons chez les Indiens d'Amérique et les anciens peuples de l'Inde, de ïa Chine, de la Chaldée, de la Syrie et même de l'Egypte.

Ainsi les Esquimaux, qui ont un pied dans le Kamtchatka à l'ouest et l'autre dans le Groenland à l'est, déclarent être venus de l'ouestsud-ouest et parlent de cette contrée, comme d'un Eldorado vers lequel convergent encore toutes leurs aspirations.

Us possèdent une physionomie mongole ou plutôt chinoise ; ils ont des usages, des coutumes , des instruments en tout semblables à ceux de certains peuples de l'Hindoustan et même de l'antique Egypte.

Leur langue offre des éléments communs aux Océaniens les plus rapprochés de l'Asie.

Toutes ces observations s'appliquent avec autant et même plus d'exactitude à la grande famille des Dëné-Dindjië.

Leur langue est encore plus riche que l'esquimau , en analogie avec celles des Asiatiques et des habitants des îles de la Sonde et Philippines. Son génie possède quelques-uns des caractères des langues touraniennes et ariennes , unis à ceux des langues polysynthëtiques de l'Amérique. Us ont une collection de bonnes et nombreuses traditions que j'espère publier plus tard et qui se rapprochent singulièrement du récit biblique; ils se donnent le nom d*hommes, comme les Esquimaux, les Océaniens , les Bornésiens et les Chinois; ils ont des observances en tout semblables à celles des anciens Israélites; plusieurs de leurs tribus pratiquent la circoncision; ils comptent le temps par nuits, les mois par lunes et les jours d'un coucher du soleil à un autre comme les Syriens, les Hébreux, les Chinois et les Arabes; et plus que tout cela, nous avons trouvé chez eux à notre arrivée le jei\ne , la confession auriculaire faite à leurs jongleurs, la croyance h la punition du péché par les maux et par la mort, la croyance en nue triade céleste, l'attente d'un rédempteur, etc., etc.

De cette croyance à un couple unique , à un déluge unique , à une langue unique répandue du haut d'une tour ou d'une montagne, croyance traditionnelle chez les peuples que nous avons observés et particulièrement chez les Esquimaux et les Déné-Dindjié, que devons-nous conclure?

Exiger une Genèse spéciale pour les Américains , c'est nous donner le droit d'en demander une nouvelle pour l'Australie et par suite aboutir à autant de Genèses , autant de Moïse, autant de déluges et autant de Babel qu'il y a d'îlots habités dans l'Océan. Encore, dans cet émiettement des origines de l'humanité, il nous paraîtrait beaucoup plus spécieux et plausible en apparence qu'on refusât le titre d'hommes semblables à nous aux hideux Papous, aux Alfourons dégénérés, aux Bushmen à demi idiots, aux Hottentots si laidement conformés; mais ce qui est stupéfiant et incompréhensible, c'est que l'on ait choisi, pour en faire une race distincte du genre humain, la variété américaine, c'est-à-dire celle qui se rapproche le plus du type caucasique, celle dont \e faciès ne le cède en rien au type syriaque et le rappelle trait par trait.

L'immigration asiatique nMofirme pas la probabilité de toate autre immigration occidentale on orientale snr le continent américain. Mais il est par trop étrange de refaser au détroit de Behring, tout semé d'Ilots , ce que la Manche et Gibraltar nous offrent avec tant d'évidence pour le passage des Maures et des Bretons.

Aussi le savant missionnaire a pu dire en terminant et au milieu des applaudissements de la grande majorité du congrès :

Ches tons les peuples, il existe de ces corrélations de langage, qui sont comme des épaves de là langue primitive de l'humanité, disséminée depuis Babel à travers les âges.

La langue primitive et universelle, en se décomposant dans les plaines de Sennaar, se divisa sans se perdre. De là viennent les analogies existant entre tontes les langues de l'univers

Nous trouvons ces mêmes analogies entre les idiomes de nos Indiens septentrionaux de l'Amérique et les peuples asiatiques et océaniens; donc ils n'ont pas une origine différente de ces derniers et ne constituent pas une race à part.

Quand, au siècle dernier, deux pauvres missionnaires français écrivaient du fonddel'Hindoustanà notre Académie des lettres pressantes , afin d'attirer l'attention des savants sur les analogies qu'ils trouvaient entre le sanscrit, le persan ancien et les langues pelasgienncs, le grec et le latin, leurs voix étaient à peine entendues.

Aujourd'hui, vous le savez, des étrangers, des Prussiens, des Anglais, ont profité des découvertes linguistiques de nos compa« triotes les RR. PP., dont ne voulurent pas les savants du dix-huitième siècle , et nous possédons la grammaire comparée de Bopp, l'histoire du langage de Max Millier.

Le R. P. Pététot, lui aussi missionnaire depuis quinze ans parmi les tribus avoisinant la mer Glaciale et le détroit de Behring, a le droit de rappeler au congrès des Américanistes la découverte des PP. Cœnrdoux et Galmette dans l'Hindoustan.

Glorieuse et immortelle découverte en vérité dont nous avions oublié, pendant près d'un siècle, l'origine toute française.

(Congrès des Américanistes de Nancy. Extrait des comptes rendus donnés par le JourmU de la MeurOie, séances des sé, S4 et SB août 1875.)

Dans le même congrès, toujours dans le débat engagé pour ou

contre Vautochthonie de rAmériqne, on a fait valoir, entre les races primitives des deux continents, des analogies d'une autre nature que celles dont nous venons de parler. Elles nous ont paru moins sérieuses. Toutefois nous leur devons une mention. M. Oscar Commettant y a lu un mémoire sur la musique des Américains avant Christophe Colomb. L'auteur ne doute pas que la musique n'ait précédé le langage, puisque, sous une impression de joie ou de tristesse, l'homme chante naturellement, tandis qu'au contraire il a dû attendre des milliers et des milliers d'années pour former les consonnes et les diphthongues, conformément aux théories modernes que nous avons exposées.

Mais là n'est pas la question. Dans les antiquités péruviennes, on a découvert des instruments de musique, entre autres une espèce de flûte à cinq trous ; c'est la quena des Incas, encore conservée aujourd'hui par les descendants de ces infortunés qui ont survécu à l'extermination de leur race. Réfugiés sur les hauts plateaux des Andes, ils ont gardé quelques airs nationaux, tristes et plaintifs comme un écho lointain de leurs malheurs.

Ces airs exécutés par la quena exercent sur les Indiens de la Sierra une influence qui touche à l'extrême limite de l'art musical; elle va jusqu'à l'extase.

Comment quelques sons échappés d'un roseau peuvent^ils devenir I>our eux la complète expression d'une idéale beauté? C'est une question que nous n'avons pas à résoudre.

Deux de ces chants ou yavaris, recueillis par M. de Valois et harmonisés par M. Ambroise Thomas , ont été exécutés devant les membres du congrès par la musique du 26* de ligne.

Ces chants, d'un beau caractère et d'une tonalité conforme à notre système actuel d'harmonie, sont séparés de la musique chinoise par un abtme; ils rappellent au contraire certains chants liturgiques de l'ancienne Egypte.

D'une inspiration simple et touchante , ils sont , par la profondeur de l'idée et les qualités de la forme, sinon par l'exactitude du rhythme, ils sont dignes des productions poétiques et populaires de nos plus cminents musiciens de race blanche dans les régions montagneuses du Nord. Il y a du ram des vaches et du magaU dans les chants péruviens.

Nous le croyons sans peine, nous qui, dans les pays les plus divers , avons cru souvent retrouver un air de parenté dans les notes monotones et nostalgiques de la plupart des mélodies populaires , chez le Gaouche dans les pampas solitaires de la Plaia, chez TArabe en Algérie , le Palikare à Corinthe, le chamelier turc sur la côte d'Anatolie et le Tartare en Grimée.

Quelles analogies peut-on inférer de pareilles remarques? Nous ne savons. Il nous suffit de reconnaître qu'elles n'ont pas la valeur de celles qui ont été exposées par le R. P. Pététot au congrès.

De la même nature sont celles que nous empruntons à un artiste distingué, M. Gézanc *, dans les tentatives qu'il a faites pour classer les voix humaines d'après leur degré de ressemblance et d'affinité. On sait que dans la même famille les fils ont souvent la voix de la mère et les filles celle du père. Ces ressemblances s'éteudent au delà du cercle de la famille et se rencontrent chez des personnes étrangères par le sang, par la nationalité et même par la race. Étudiant donc ces ressemblances et les classant d'après les HarmO' niques de la voix, on est parvenu à les comprendre toutes dans quelques groupes distincts et définis, cinq ou six environ.

Ges études, pour le moment, sont loin d'avoir atteint une généralisation suffisante. Elles exigent, de la part des marins, des voyageurs et des ethnologistes, de nombreuses séries d'observations recueillies sur toutes les parties du globe, dans le but de nous fixer sur le véritable degré d'affinité et de parenté qui peut exister entre toutes les voix humaines. Toutes les lan(;ues se réduisent déjà à trois familles; si toutes les variétés de la voix humaine pouvaient éire effectivement ramenées à cinq ou six groupes seulement, n'y aurait-il pas là un élément nouveau apporté à l'étude de nos origines?

Une remarque qui ne manque pas d'intérêt au sujet de la voix, c'est que le singe, que l'on nous donne pour ancêtre, est précisément de tous les animaux celui dont le cri discordant s'éloigne le plus de la voix humaine. Il est, sous ce rapport, au dernier degré de l'échelle harmonique; tandis qu'au contraire, et comme nous l'avons déjà fait remarquer, ou retrouve quelques notes graves de

< Le frère dn député de ce nom.

rhomme dans le benglement du bœuf on le bélemeat du moaton. Qui n'a cra entendre des pleurs et des Tagissements dans le bêlement de l'agneau et le miaulement nocturne des chats? Et le chant des oiseaux, ne rappelle- t-il pas souvent le cri joyeux des enfants?

Note C, page 215.

DE l'écriture d'aPRÎSS M. MAURT.

Dans un article récent ' de la Revue des Deux Mondes, consacré à l'histoire de l'écriture, M. Maury dit:

«Cette histoire, inabordable iry a seulement trois quarts de siècle, n'a été rendue possible que par les découvertes actuelles de l'archéologie égyptienne, cunéiforme et mexicaine. L'écriture n'a point été inventée spontanément par le génie d'un homme; comme le langage, elle est l'œuvre patiente des siècles. »

Des pierres ou des planchettes incisées , des baguettes entourées de courroies et de cordes à nœuds mystérieux, des bâtons entaillés, buch. stuben, tels furent les premiers caractères graphiques et mnémotechniques des Chinois, des Tartares et des Scandinaves.

Ce fut aussi pour aider l'esprit et la mémoire que les Égyptiens et les Américains ont presque exclusivement consacré l'art de la peinture à représenter leurs expéditions et leurs exploits : c'était de l'écriture descriptive, figurative et idéographique; et dans ce mode d'écriture, on ne tarda pas à voir s'introduire des signes conventionnels [d'abréviation analogues aux procédés dont nous nous servons dans le discours, tendant à représenter la partie pour le ^out, la cause pour l'effet, l'attribut pour l'objet et l'instrument pour le travail accompli.

Deux jambes indiquaient la marche, deux bras armés marquèrent le combat. Il y eut plus. En associant entre elles plusieurs de ces images, on forma des groupes qui prirent alors un sens plus étendu, sens déterminé par la juxtaposition de ces images. La bouche à côté d'un oiseau voulut dire le chant, l'oreille près d'une porte

> 16 septembre 1876.

signifia Vattention. Arrivée à ce point, Técritare figurative cesse d'être une simple peinture; elle devient idéographique et fournit les idéogrammes dont abondent les cunéiformes. Mais avec le temps les figures ou images qui les représentent s'altèrent : impossible de remonter au prototype iconographique qui leur donna naissance. Â cette période, on se trouve en présence de signes purement mnémotechniques et dont quelques-uns éjectent une valeur phonétique.

Nous touchons ici au point délicat, à la transition scabreuse, au nœud même de la question. M. Maury glisse légèrement. Toutefois, voici, en quelques mots, comment il s'exprime à ce sujet :

« Les caractères idéographiques se dénommèrent par les mots qui , datis la langue du peuple qui s'en servait , répondaient aux idées exprimées par ces idéogrammes. »

Dès le moment que ces idéogrammes ou groupes d'images représentaient des mots simples, on fut conduit à prendre leurs figures pour les signes des sons émis quand on les prononçait. Ils devinrent ainsi de véritables caractères vocaux, ne répondant plus à des idées, mais à des sons. C'est le phonétisme. Ces sons restèrent naturellement monosyllabiques chez les Chinois, mais ils le devinrent aussi par la suite dans toutes les langues polysyllabiques, parle fait qui prévalut de prendre ce signe pour l'expression du son ini' tial ou dominant dans le mot.

Ce fait constitue ce que Ton appelle Vacrologie, et cette méthode acrologique donne une écriture phonétique par le procédé des rébus; phonétisme grossier, comme l'observe M. Maury, fondé en quelque sorte sur une espèce de calembour par approximation.

Toutefois, l'emploi de ces images à valeur phonétique n'entraîna pas l'abandon des idéogrammes. Un même signe pouvait répondre à une idée et à un son, et les difficultés déjà très-grandes d'un pareil système idéographico- phonétique ne vont qu'en augmentant encore, en passant du peuple qui l'a créé à un peuple doué d'une autre langue, d'un autre génie, d'un autre mode d'articulation.

C'est précisément ce qui arriva aux Assyriens, qui, ainsi que nous l'avons remarqué, reçurent des Touraniens leurs cunéiformes, en appliquant à ces caractères idéographico - phonétiques des lec*

tares nouvelles tirées de leur propre lano^ae ; véritable marqaetterie d'un déchiffrement souvent énigmatique.

Mais c'est précisément aassi en se débarrassant de ces idéogrammesqueles Médo-Scythes de la période achéménide s'emparèren|pfle celte écriture anarienne, n*en conservant plus qne les images réduites à une simple valeur phonétique.

L'extrême Orient a vu se reproduire le même fait, dans les premiers siècles de notre"Are.

Lorsque les Japonais empruntèrent aux Chinois leur système d'écriture toute formée, ils eurent soin d'en élaguer les images idéographiques, pour ne conserver aux signes figuratifs qu'une simple valeur phonétique.

Mais Japonais, Chinois, Mexicains ou Assyriens n'ont fait qne graviter autour des divers degrés du phonétisme, sans s'élever jamais an-dessus de l'idée et de l'image du son de la syllabe.

Tandis que pour se rendre compte de la nature de la syllabe elle-même , pour arriver, par voie de dissection , à la connaissance de ses éléments primitifs, à la conception de ses lettres et à la représentation de son articulation initiale, soit voyelle, soit consonne, il restait encore un pas à faire, le plus grand, le plus difficile, le plus inexplicable, disons le mot, le plus mystérieux de tous.

Ce pas , d'après M. Maury, les Égyptiens l'ont fait dès la plus hante antiquité.

Le savant écrivain de la Revue des Deux Mondes le constate plutôt qu'il ne l'explique. Il constate, en effet, comme nous l'avons vu, que les signes figuratifs passèrent successivement de l'état d'images à l'état d'idéogramme, et de l'idéogramme à la syllabe. Mais arrivé à ce point délicat, c'est-à-dire à la transition de l'articulation et des lettres, il nous dit que c'est par voie de réduction et d'élimination que l'image du son de la consonne et l'image du son de la voyelle se sont peu à peu dégagées du vaste appareil des hiéroglyphes égyptiens.

Cette explication ne semble pas satisfaire M. Maury lui-ioaéme; car, tout en admettant ce principe de l'alphabéiisme découvert dès la plus haute antiquité , il reconnaît que l'écriture égyptienne n'en testa pas moins comme à l'état latent , voilée et encombrée par une

multitude de câraetèrei homophonei; écriture aufti bien employée à l'état idéographique qu'à l'ëtat alphabétique ; jusqu'au moment où let Phéniciens, se trouvant en présence de ces deux systèmes , choisirent Tan et rejetèrent Tautre, pour représenter graphique* ment les sons.

De là l'alphabet phénicien , l'ancêtre de tous les alphabets asiatiques et européens; souche féconde d'où l'alphabet hébreu se détache en première ligne. Les Chananéens, en effet» sont assez près de la terre des Pharaons pour que, même avant l'invasion des rois pasteurs, ils aient pu emprunter à leurs voisins les caractères dont M. de Rougé a retrouvé la figure à peine altérée parmi les signes hiératiques des prêtres égyptiens.

L'ensemble de ces caractères constitue l'alphabet et ce qui prouve l'antiquité de son origine, antérieure à l'introduction des lettres en Grèce, c'est qtie l'ordre dans lequel ces caractères se présentent dans l'alphabet hébreu ou phénicien se trouve être le même que dans l'alphabet grec.

Une autre observation, non moins intéressante et à l'appui de cette antiquité, est également rappelée par M. Maury. L'ordre et le nom des lettres phéniciennes que l'hébreu nous a conservées ne se retrouvent pas en Egypte, et le sens même de ces noms dans ces deux langues ne répond plus à la signification des caractères hiératiques correspondants. Ainsi la première lettre de l'alphabet phénicien ou hébreu, dont est dérivé VA des Grecs et des Latins, représente un aigle dans le système héroglyphique , tandis que VAleph phénicien ou V Alpha des Grecs veut dire boeuf en hébreu.

Mais comment les Phéniciens qui empruntèrent directement aux Égyptiens les figures de leur alphabet, comment purent-ils en oublier à ce point la signification et la valeur? C'est M. Maury qui pose lui-même la question, et il y répond en expliquant naturellement cet oubli par la longueur du temps écoulé entre l'intervention et l'adoption de ces dénominations.

La longueur du temps écoulé est un élément exégétique commode, élastique et dont on use largement.

Ce n'est pas nous qui le contesterons à l'auteur de la Bévue, car il nous donne le droit de lui adresser une remarque : puisque d'une part, dans notre période de temps historique et de civilisa-

don, il nous a fallu quarante siècles pour passer de rëcritoré à rimprimerie, et puisque d'une autre part, et dès la .plus grande antiquité, ■ Tëcriture n'est point inventée par le génie spontané d'un homme et qu'elle est l'œuvre patiente des siècles », dés lors, quelle supériorité intellectuelle ne devons-nous pas accorder à ces siècles primitifs et antéhistoriques , siècles de barbarie comme on voudra les appeler, mais siècles étonnamment doués, car ils ont vu éclore l'écriture!

Or, à côté de cet art merveilleux, qu'est-ce que l'imprimerie, sinon une lointaine et bien tardive application? Sans doute, habitués, comme nous le sommes, à la parole écrite, nous pouvons sans peine nous rendre compte aujourd'hui de la décomposition des mots, des syllabes et des lettres; mais, avant l'écriture, avec le simple usage de la parole, comment concevoir que quelques signes matériels , vingt ou trente seulement, arriveraient à représenter cette infinité de mots qui, en eux-mêmes, n'ont rien de semblable à ce qui se passe dans notre esprit, ni aux objets qu'ils expri* ment , mais qui pourtant arrivent à découvrir à l'extérieur tons les secrets de notre âme?

L'écriture revêt la pensée d'un corps qui la rend visible et palpable. Elle est une expression de l'homme, ou plutôt, comme la parole, elle est l'homme lui-même.

Note Dy page 189.

DÉCLARATION FAITE PAB LES ORIEHTÀLISTES AU C05GRÈ8

DE SAIRT-iTIERNE.

Après les nombreuses et intéressantes communications qni lui ont été faites sur le Cambodge et l'art Rhmer, sur les diverses missions au Mé-kong , au Yun-nan et au Cambodge et sur la vie de Doudart de la Grée , le Congrès, ayant pris connaissance des manuscrits laissés par le commandant de Grée, de la lifte des objets d'art recueillis par lui dans les monuments Rhmer et envoyés à Paris en 1866, et de divers documents inédits fournis par la famille ou les compagnons d'armes de Doudart de la Grée ;

Considérant que le commandant de la Grée a, par son habileté,

sa prudence et son patriotisme éclaires, assuré l'établissement da protectorat français au Cambodge ; que seal il a dirigé Texploration du Mé-kong et de Tlndo-Chine, dont le saccès ne saurait être at- Uibaé à d'antre qu'à lui , la mort ne l'ayant frappé qu'nprés l'entier accomplissement de la mission qui lui avait été con6ée; que ridée d'une voie commerciale à établir par le Song-Coï lui appartient en propre; que ses travaux historiques et philologiques au Cambodge ont ouvert la voie qui donne an monde savant une nouvelle étude à faire sur l'Orient; que ses recherches archéologiques et ses envois d'objets d'art constituent réellement les éléments des premières notions sérieuses que l'Europe ait possédées sur l'art Rhmer, avant la création du musée de Compiègne par le lieutenant de vaisseau Delaporte :

10 Décerne, à l'unanimité, aux frères du commandant de la Grée une médaille commémorativc des services rendus par cet officier;

2* Vote l'impression dans les mémoires du Congrès de Saint- Etienne des manuscrits indigènes recueillis par le commandant de la Grée et offerts au Congrès par ses frères.

Le président, Textor de Rayisi.

Le secrétaire général. Le M ansois do Prey.

Note E, page 182.

Ubi Trojafuit .

Nous avons dit qu'on ne trouvait pas trace de ruines à l'endroit oili fut Troie, ubi Trojafuit. Nous ne voulons parler ici que de la Troie homérique et non de Vllium recens du docteur Schliemann.

Dans la très-vive discussion engagée à ce sujet à l'Académie, il semble difficile de n'être point de l'avis de M. Vivien de Saint-Martin contre le docteur allemand quand oD a parcouru attentivement les lieux, comme nous avons eu fréquemment occasion de le faire en compagnie de MM. Doudart de la Grée et de Villemereuil , et comme l'ont fait tous les voyageurs jusqu'ici, Homère à la main et les plans de Mauduit et de Lechevalier sous les yeux.

24ft NOTES.

Dès 1783, L«chevalier, sous les ordres de notre ambassadeur i Constaotinople, chercha à contrôler sur place la topographie d*Honière, si nette et si précise.

En plaçant Troie près du village de BounarSachi, il a si bien réussi, dit Maxime Ducamp ', qu il a fait de cette invention purement française un dogme scientifique admis sans discussion jusqu'à nos jours. Il importe qu'un patriotisme aveugle ne nous égare pas.

Les descriptions d'Homère cadrent en effet merveilleusement avec la position de ce village turc placé entre deux camps, non loin de l'Hellespont (14 kilomètres), sur les pentes de l'Ida, au confluent des deux fleuves le Simoïs et le Scamandre, près des sources où les femmes troyennes venaient laver leur linge et où Hector fut tué par Achille, Là, à pic sur le fleuve, se trouvaient, le rocher de Pergame et les tours de la citadelle, et plus loin, l'emplacement des fameuses portes Scées d'où les vieillards, assis à côté de Priam et assistant aux péripéties de la lutte, s'écriaient :

• Voyant passer Hélène,

• Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine, « Notre mal ne vaut pas un seul de ses regards. •

Mais toutes ces particularités topographiques ne s'appliquent pas seulement à Bounar-Cachi ; elles se reproduisent encore pour la plupart à la colline d*Hissarlick, près d'//tKm recens, où les fonilles du D** Schliemann, au milieu des ruines les plus étonnantes et tout autour des découvertes les plus inattendues, nous montrent également Pergame et le Simoïs, les portes Scées et le lavoir des Troyennes, le mont lUus et la jonction du Scamandre.

La distance d'Hissarlick aux bords de l'Hellespont où campaient les Grecs est de six kilomètres. Comparée à celle de Bounar-Bachi, qui est de quatorze kilomètres, cette distance est plus conforme aux évolutions stratégiques qu'Homère fait journellement opérer entre les deux armées.

Quelle que puisse être la solution de la question topographique soulevée par le D' Schliemann, ses fouilles n'en ont pas moins une importance^eztréme; elles jettent dans la discussion des éléments

< Moniteur du ler et 8 janvier 1876.

nouTeaax et découvrent à la tcience des murailiet, des portes et des tours, .des bijoux, des vases et des milliers d'objets arrachés à une couche de quatorze métrés de décombres et dont l'épaisseur permet d'établir une échelle chronolo(;ique et une théorie nouvelle sur l'époque préhistorique et sur l'âge de bronze.

Elles constatent^ en ce point, un centre de civilisation aussi ancien que ceux de l'Éçyple ou de l'Assyrie.

Les travaux du docteur Schliemann ont été appréciés par M. d'Orcet dans la Revue britatmiquef dans une étude où l'érudition semble le disputer à la fantaisie.

Il fait de la splendeur de Troie une question de transit, le transit de l'étain indispensable à la fabrication du bronze et dont les seules mines connues étaient en Espagne, en Cornouailles et en Colchide.

Le mouvement de la civilisation lui serait donc venu de l'Atlantique, par le Rhin et le Danube, lui apportant le bronze et l'alphabet celtique. Etait-ce le mouvement aceadien? Quoi qu'il en soit, Troie, sur les Dardanelles, avait précédé Constantinople sur le Bosphore.

« Car le Bosphore a toujours été la clef de l'ancien monde. Le Bosphore a souvent dominé le Mil, mais jamais le ^iil n'est parvenu à dominer cet unique estuaire des trois plus grands fleuves d'Europe dont les riverains ont tant d'intérêt à maintenir la libre communication.

« Sidon et Troie ont succombé en même temps et par les mêmes causes, causes identiques avec celles qui amenèrent plus tard la chute de Constantinople. Ce fut la découverte d'une nouvelle voie de communication qui, en enlevant définitivement à Troie et à Sidon le monopole du transit de l'étain de Cornoilailles , produisit le même résultat que celle du cap de Bonne-Espérance sur Constantinople, par rapport au transit des Indes par Suez et le Danube. Le canal de Suez doit inévitablement rendre aujourd'hui à l'antique Byzance sa première splendeur. Elle doit redevenir le centi-e commercial du monde. C'est ce qui donne aux fouilles du docteur Schliemann une si grande actualité '. »

I D'Obcet, Revue britannique, février 1876.

Note F, page 199.

ABBÊT DÊFiniTIF ER MATIÈRE CBBOKOLOGIQUE.

Ce sont les rapports des rois assyriens qui , peadaot trois siècles, nous fournissent des matériaux nombreux pour ju{;er les livres des rois juifs. Les récits, tirés des inscriptions cunéiformes, complètent souvent les documents bibliques; ils nous donnent des renseignements sur beaucoup de difficultés découlant de notre ignorance des faits. Ils confirment, en gros et en détail, la chronologie des livres des Hois , telle qu'elle se présente devant nos yeux , simple et inal~ térée, dans les restes de l'histoire judaïque.

Il a existé, dans toute la période royale de Juda et d'Israël, une ère, d'après laquelle les chroniques de Salomon, les chroniques des rois de Juda et les chroniques des rois dClsraël ont été chronologiquement rédigées.

Le point de départ de cette ère n'est autre que l'époque de la sortie des Juifs d'Egypte, l'Exode. C'est à ce grand fait historique, constituant la nationalité judaïque , que convergent tous les souvenirs historiques, que se rattachent tous les préceptes, toutes les coutumes, toutes les lois; c'est à Moïse que se relie également la mesure des temps.

Comment ne pas connaître la date d'un événement d'une si hante importance, n'appartenant pas à des temps antéhistoriques , mais se trouvant à moitié chemin entre les pyramides et nous-mêmes?

Du temps de Salomon on connaissait cette ère. Un texte précis , très-célèbre , la cite :

« El ce fut dans la quatre cent quatre-vingtième année après la « sortie d'Egypte des fils d'Israël , dans la quatrième année, dans le « mois de Zio qui est le second mois de l'année du règne de Salo- « mon sur Israël, qu'il commença à bâtir le temple de Dieu.» (II Rois y VI.)

Jules Oppbbt, professeur au Collège de France. Annales de philosophie chrétienne. — Avril 1875.

Préface , , , v

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