‹ Voyage au pays de Babel; ou, Explorations à travers la science des langues et des religions: ouChapitre 129 sur 137 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

Atnsi donc, langues touraniennes, langues sémitiques, laognes aryennes, telles sont les trois grandes familles de la linguistique moderne. Après avoir été établies par Tétude de la philologie comparée, elles ressortent encore des innombrables documents fournis par l'épigraphie assyrienne.

Ces trois familles, nous les avons suivies pas à pas, jusqu'à la décomposition de leurs éléments primitifs , et rien ne nous a démontré que, dans ces trois grandes et uniques catégories du langage humain , ces atomes irréductibles ne fussent pas comparables entre eux^

Il y a plus, nous avons creusé jusqu'à ses racines rhistoire du langage, pour demander à ces éléments primitifs de la parole humaine le sens réel , littéral, irrécusable que les premiers hommes ont attaché au nom auguste de la Divinité. A cette limite extrême du passé, que nous a-t-il été répondu?

Sur les lèvres à peine entr'ouvertes de Thommc, nous trouvons des mots tels que le Dyaus des Aryas , le El des Sémites, le Tien des Chinois ou le Juma des Touranlens; mots primitifs qui, appliqués à la Divinité, dans le sens de leur racine même, nous donnent Tesprlt créateur, Tesprit tout- puissant : Notre Père qui êtes aux deux! Définitions naïves, mais sublimes, plus nettes et plus précises que n'en trouvèrent jamais les génies d'Aristote et de Platon, de

1 Même malgré les objections du docteur Whimey. Fie du langage, p. 222. Paris, 1875.

no VOYAGE AU PAYS DE BABEL.

Deseai'tes et de Pascal , de Leibnitz oa de Bossnet.

Oui, en effet, ramenés à leurs racines, et quelque variées que soient les ramifications du langage humain 9 tous ses idiomes viennent aboutir, couler, se condenser en trois branches distinctes, branches puissantes, se déroulant à travers les âges comme les affluents d*un grand fleuve, dont la source unique, pour nous être cachée, ne nous offre pas moins tous les caractères de la possibilité la plus indiscutable.

» C'est ainsi, dit MaxMùller^ en terminant ses belles conférences sur la philologie comparée, c'est ainsi que la science du langage nous conduit jusqu'à ces cimes élevées, d'où nous pouvons contempler l'aurore de la vie, aux premiers jours de l'homme sur la terre : cimes lumineuses d'où nous comprenons enfin sans effort, dans leur sens le plus naturel

1 Max Maller, p. 495. Ses conféreDces sur la Mythologie comparât ou Histoire des Belxgkms, out été traduites et réunies en un yolame par H. Dietz, sous le titre de Science de la Religion^ Paris, Germer Bdillière, 1873. • L'auteur y déploie tontes ses grandes qualités de savant et d'écrivain ; on le lit avec le plus vif intérêt et avec un grand profit. Malheureusement il fait de plus en plus des concessions au lationalisme, et, sous prétexte d'être équitable envers toutes les religions, il devient, sans le vouloir peut-être, un apôtre de l'indifféreniisnie. Sous sa plume, la religion chrétienne est encore la meilleure des religions, mais elle n'est pas la seule vraie; toutes ont du bon; il n'y a entre elles qu'nne différence de degré. Si la théologie comparée devait amener à de pareilles conclusions, elle serait une des plus dangereuses ennemies de l'humanité , car elle conduirait à la ruine de la religion elle-iDéme. » G. R. (Po{^6t6/ioji, janv. 1875.)

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