CHAPITRE QUATORZIÈME
duis à la connaissance du grand sens des mots \ nous pourrions dire à la connaissance du sens vraiment monotliéiste que les peuples indo-européens donnèrent, dès Torigine, au nom de la Divinité. Ce résultat est considérable à une époque comme la nôtre, où, au nom de certaines idées plus dogmatiques que scientifiques, on nous affirme encore que sur les bords du Nil et de TEuphrate , de ilndus et du Gange, rhomme s*est progressivement élevé du fétichisme le plus grossier à Tadoration du soleil et des étoiles, à la déification des phénomènes de ratmo.<phère et du ciel, en général au culte de toutes les formes de la nature. Entre miile exemples de ce dogmatisme de la matière, on nous permettra de citer à cet égard quelques lignes sur V origine de la civilisation, extraites d*un des
* Le P. Gratry, d'après rauloriid de G. de Humboldt, nous dit: ■ Les mots oat deaz sens : !<> le sens étroit, positif, scientifique : c'est l'exprestiion de la pensée pure appliquée au monde des affaires. Dans ce sens étroit, les mots ne sont que des si(;nes conventionnels et de pures constructions rationnelles. 2* Le grand sens des mots, au contraire, ouvre l'âme à' la parole telle qu'elle nous est donnée. C'est le sens oratoire, poétique, qui convient aux opérations intellectuelles, qui enlève l'âme et l'homme tout entier ; c'est la source de lumière, de chaleur et de progrès. Le grand sens des mots désigne les hautes vérilés par lesquelles nous apercevons et nous nous élevons au-dessus des objets sensibles. Les esprits sainement réalistes sentent bien que les mots tiennent aux idées et aux choses, et que les idées et les choses tiennent à Dieu.
« Dans le mystère de la parole, ils sentent Tharmonie du mot, de l'idée, de la chose; c'est l'harmonie de Tâmc de l'homme avec celle de Dieu , de Dieu créateor des choses, de Dieu substance de toutes ses idées. M (Le P. Gratry, Connaitsance de Fâme.)
derniers bulletins delà Société d'anthropologie. « Aux époques les plus éloignées auxquelles nous pouvons re> monter, est-il dit dans ce mémoire, nous savons que rhomme était nu, li\ré aux seules ressources de ses bras; il ignorait le parti qu*il pouvait tirer des objets que la nature avais mis à sa portée, il ne connaissait aucune des lois naturelles ; aucun lien ne le rattachait à ceux de son espèce, il n'avait pas de mots pour exprimer ses désirs ou ses volontés ; il était étranger à toute notion morale, à l'idée du juste et de Finjuste, à tout ce qui constitue la vie en société. Peu à peu il apprit à se fabriquer des armes, à se vêtir, à perfectionner ses moyens d'alimentation; il connut la vie de famille, il inventa le langage; plusieurs familles réunies formèrent des tribus, les premiers germes des idées religieuses et morales se montrèrent, un gouvernement s'organisa ^ » On le voit , Vinvention du langage marche de pair avec l'invention des idées religieuses : c'est logique.
Le culte des Grecs, soutenait naguère M. Alfred Maury, dans une séance de notre Académie des inscriptions et belles-lettres, est bien le culte des forces de la nature, car, après tout, la force n'est pas fatale, aveugle, inintelligente. En la divinisant, le génie hellénique n'a fait que la spiritualiser, l'anthropomorphiser.
Si le mot est nouveau, cette théorie n'est pas
* Des Origines de la civiliiationf par Gh. Ploix. Parif, 1812.