I.E JARDIN DES PLANÈTES
de héros imaginaires. L'élégance fut désormais tout entière dans l'utilité des lignes ou dans l'indication du mouvement : la beauté fut dans la force, le charme dans la vitesse.
Toutefois, à cette époque de transition, toutes les expériences qui furent faites ne furent pas exclusivement scientifiques ou disgracieuses. Il y en eut de fort jolies qui eussent séduit les poètes des temps passés.
Sans doute, lors des premières extériorisations de force nerveuse provoquées par la lévitation, il y eut dans le monde scientifique certains phénomènes bien faits pour effrayer les âmes sensibles. Suivant l'imagination des personnes présentes, la force nerveuse éparse dans l'air se matérialisait sous les aspects les plus divers. Tantôt, c'était des larves immondes, des animaux effarants, d'immenses protozoaires visqueux qui, parfois, empruntaient la forme d'objets inanimés ou d'instruments scientifiques.
Les confusions qui s'établirent entre les objets matériels et les êtres vivants ne tardèrent pas cependant à fournir de précieuses indications sur la nature des choses. On comprit rapidement que si
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la personnalité humaine pouvait se dédoubler, celle des bêtes, des plantes et même des objets matériels pouvait également supporter le même dédoublement.
On sait comment, durant cette période d'essais, certaines gens contractèrent l'habitude de déplacer, pour leurs voyages, leur seul corps immatériel, quitte à l'incarner pendant quelques heures, à l'étape, dans un corps matériel vide pour la circonstance, que leur prêtait un aubergiste. Ces voyages, bientôt interdits par le Grand Laboratoire Central en raison des désordres qu'ils provoquaient dans l'Etat, furent cependant tolérés, dans des conditions limitées, à l'époque des villégiatures et dans un endroit spécialement désigné par les Savants absolus et qui prit le nom de Jardin des planètes. Ce fut à cette époque une mode fort curieuse et que lancèrent certaines personnes sensibles, des littérateurs, des poètes qui conservaient encore le culte des émotions du temps passé.
Chaque année ils prirent volontiers l'habitude de s'incarner pendant quelques jours ou durant toute la période des vacances, dans des corps matériels d'animaux ou de fleurs. Cette coutume délicate et charmante nécessita d'infinies précautions et toute une organisation spéciale. On fut obligé de préparer à cet effet des corps de fleurs ou d'animaux,