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LE MASSACRE DES 1I0MUXCULE5 MS

Au-dessus des êtres humains on plaçait du reste les machines qui assuraient l'existence du monde entier et ces matérialisations de l'intelHgence collective qu'étaient les grandes usines, étaient mises bien avant les simples manifestations individuelles de la pensée.

Par une pente toute naturelle, les animaux artificiels créés par l'homme pour ses besoins journaliers, furent même, à cette époque, l'objet de toutes les sympathies.

Déjà, aux premiers temps de la civilisation, on avait remarqué combien les formes nouvelles des machines rompaient violemment avec les traditions artistiques du passé et rappelaient, au contraire, les créations de la nature.

L'automobile avait été le premier instrument d'usage courant donnant quelques indications en ce sens. Aux temps barbares on s'était imaginé de concevoir l'automobile un peu à la manière d'un temple grec ou d'un meuble Louis XV ; volontiers, on eût dissimulé ses parties mécaniques sous une carrosserie de style rappelant un navire romain ou une chaise à porteurs, et les projets les plus fantastiques furent alors réalisés. Il fallut Tinter-

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vention de la nécessité pour que l'on comprît combien celte conception était vieillotte et s'appliquait mal aux idées nouvelles.

Les voitures de course, aux prises avec les exigences immédiates de la vitesse, furent les premières à indiquer la voie qu'il fallait suivre; les artistes les qualifièrent tout d'abord de monstres ; puis, petit à petit, se dégageant des préjugés anciens, ils en célébrèrent l'harmonie nouvelle et l'impérieuse beauté.

Et bientôt, lorsque l'automobile eut conquis sa forme nouvelle, grâce aux seules indications de l'empirisme, on comprit un beau jour, qu'elle réalisait tout simplement, sans que l'on y prît garde, la structure logique et complète d'un animal nouveau.

Depuis la tète, avec ses yeux, jusqu'à la noire évacuation de l'échappement, l'automobile se comportait comme un simple animal, avec les mêmes faiblesses, les mêmes défaillances, la même fièvre à certaines heures du jour, la même reprise de force à la tombée de la nuit, avec le cœur battant de ses soupapes, la colonne vertébrale de sa transmission, envoyant le mouvement aux pattes motrices d'arrière par l'intermédiaire d'un cardan en forme de bassin, tandis que les roues d'avant tàtaient le chemin. La circulation

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d'eau, la circulation d'huile, l'innervation électrique, autant de réseaux distincts, nécessités par la logique, indiqués impérieusement, comme si, dans toute construction, certaines lois naturelles exigeaient les mêmes formes, les mêmes procédés. L'être nouveau se distinguait des êtres naturels par l'idée de la roue et des engrenages, mais il ne s'en distinguait que par là.

On ne vit dans tout cela qu'un simple rapprochement amusant, tant que l'on attribua à l'homme une intelligence divine supérieure à la matière. Mais lorsque le matérialisme eut fait de nouveaux progrès, lorsque l'on commença à ne voir dans tout phénomène, matériel ou moral, qu'une simple juxtaposition de forces moléculaires, on se demanda logiquement si les animaux artificiels pouvaient se distinguer autrement que par leur imperfection des animaux naturels.

La question devint plus angoissante encore lorsque ces animaux artificiels se perfectionnèrent davantage. Un peu partout, au début de la période scientifique, on commença à construire, pour l'industrie et pour les besoins de la vie domestique, des homuncules destinées à jouer le rôle des esclaves d'autrefois.

Ces homuncules variaient de forme suivant les usages auxquels on les destinait. Un homuncule chargé, dans une usine, de surveiller la marche des tours automatiques n'était évidemment pas le même qu'un homuncule chargé d'une station télégraphique ou de la préparation des produits toxiques dans un laboratoire. Tous cependant étaient construits à peu près à l'imitation du corps humain, tous étaient doués de mouvements réflexes, suffisamment réglés et la perfection de leur mécanisme était telle que l'on avait souvent quelque peine à distinguer, au cours de son travail, un homuncule d'un homme ordinaire.

Il faut ajouter du reste que les savants du Grand Laboratoire Central avaient mis quelque coquetterie à réaliser d'une façon parfaite le rêve des chercheurs d'autrefois. Sans doute n'avaient-ils pas eu recours aux fameuses recettes de Paracelse pour construire leurs homuncules. Ceux-ci n'étaient point, comme le voulaient les alchimistes, de petits êtres sans gravité, sans sexe et pourvus de pouvoirs surnaturels. On s'était amusé, au contraire, ta les rendre aussi semblables à l'homme que possible, avec le secret espoir qu'en reproduisant fidèlement les formes de la nature, on arriverait à se rapprocher toujours plus de ses créations.

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