CURÉ DE TADOUSSAC
Je connais, cachée sous l& feuillés tremblotante des hêtres et des sapins toujours verts, une Mat sonnette aux murs blancs et au toit moussu, Les clématites et les capucines y grémpent mariées au houbion et au Lierre. Dans le Jardin clos crois. sent les rosiers sauvages et les foins d’odeur. Pas de luxe, rien que la sémplicité antique: un de ces nids exigus que le Philosophe révait pour J loger ses vrais amis, et où on lit sur le seuil : Parva domus, magna quies,
Cette maisonnette, est le Dresbytère du curé de Tadoussac,
C'est là que, dans une douce quièlude, j'ai rêvé d'écrire ces humbles pages.
Je les dédie à celui dont je fus l'hôte d'un Jour et le compagnon d'étude pendant dix ans de ma vie,
Arrivée de nuit.—Un cocher hébraïsant.—Première vue de Tadoussac.—Les Mamelons.—Origine du mot Tadoussac, —L'anse à l’eau,
Il était bien onze heures du soir lorsque le bateau, longtemps retardé par la brume dans les passes du Saguenay, aborda enfin au quai de Tadoussac.
Une lampe à pétrole fumeuse projetait sa lumière blafarde sur la baie déserte. Notre arrivée reveilla les échos de cette solitude, Les com mandements saccadés du capitaine qui ordonnait de raidir les amarres, les ronflements sonores de la machine, les roulements criards des #rmcks sortant les malles des entreponts, tout cela faisait un tapage infernal dans la nuit hoire. Des voix stridentes dominèrent tout-à-coup ces milles clameurs du débarquement : nous les
entendions à droite, à gauche, au dessus et au dessous. Tantôt, elles semblaient sortir des flancs du navire, tantôt elles se balançaient à la crête des vagues, dans l'ombre des sapins nains, sur les galets du rivage, Le promeneur nocturne, qui trouble du bout de sa canne la mare fangeuse où dorment les dernières grenouilles féodales, ne crée pas de gammes plus déplorablement déchirantes que celles que psamoldiaient ce soir-là les cochers du port de Tadoussac. Car c'étaient eux, les misérables, qui, secouant la torpeur des voyageurs, repétaient dans la nuit noire : Tadoussac Hotel ! Tadoussac Hotel !
Nous étions à peine montés dans le coche de l'hôtel que déjà nous passions, au grand galop des chevaux lancés dans une course fur'bonde, sur un pont aux ais tremblotants, Et pendant que les vieilles matrones jetaient des cris pleins d'angoisse, le jehu tonitruant nous lança cette apostrophe : 4 és very black lo night. 1f you see where you ure, you be frightful. Décidément ce cocher de bonne maison, portant si crânement
sa casaque verdâtre, était un naturel de l'endr:it.
Nous le fimes causer. La place était bien tranquille, nous dit-il à mi-mot. Il n’était presque pas venu d'étrangers de l'été, et les affaires ne marchaient guère. Pourtant on s'était mis bien en frais. L'hôici avait été réparé à neuf. Les serviteurs étaient de premier choix.
C'est tout au plu: si quarante nensionnaires logeaient au grand hôtel qui pouvait en contenir commodément trois cents. Et encore ce n'étaient que des femmes de passage dont les maris étaient allés faire la pêche dans le haut Saguenay. Il nous signalait spécialement une pauvre millionnaire qu'on conduisait sur la plage, au ut soleil du midi, dans une petite voiture à bras. Tout cela était bien malheureux, mais pour nous qui cherchions la tranquillité, cela nous allait supérieurement : nous pourrions jouir de quarante-huit heures de vrai repos.
Nous étions parvenus sur un coin de falaise, Véritable balcon d'où l’on pouvait à l'aise Contempler dans sa fière et rude majesté Du morne Tadoussac l'horizon tourmenté,
Du haut de ce plateau, dans cette nuit tombante, L'ombre était solennelle et la scène absorbante.
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Ici, le Saint-Laurent qu'on entend bourdonner Vaguement, et qui laisse À peine deviner
Ses lointains vaporeux noyés dans les ténèbres.
Là, le Saguenay noir, avec ses pics célèbres
Qui, jetant des flots d'ombre opaque aux alentours, Semblent comme un amas de fabuleuses tours Pleines de je ne sais quel farouche mystère,
Dressé là pour garder la ténébreuse artère,
À nos pieds le bateau bondé de voyageurs,
Dont les fanaux, hissant leurs sanglantes rougeurs, Ainsi que des reflets de brûlante oriflamme,
Dans la pénombre, au loin, font brasiller la lame. Et puis, par-dessus tout, un beau ciel étoilé Faisant, cintre d'azur de points d’or constellé, Comme un dôme féerique À ce sombre estuaire...….
C'est ainsi qu'avait chanté le bardg canadien, un soir que la lune le surprit là, plongé dans ses rêves,
Seul, et prétant l'oreille à la chanson des grèves...
Mais, n’est pas poète qui veut, et, voyageur attardé, nous jugeâmes qu’il valait mieux attendre l'aurore pour faire la cour à la beauté de Tadoussac endormi,
Pour nous servir d’une pittoresque expression
du classique Fénélon, Tadoussac a «un horizon fait à souhait pour le plaisir des yeux.» Blotti
dans une échancrure au flanc rude des Laurentides, il est comme un nid de verdure qu’enlacent des mornes stériles et désolés. Le plateau qui lui sert de piédestal est ainsi taillé que, d’un côté les eaux du grand fleuve y battent inces samment sur une grève rocailleuse, et, que de l’autre, le flot noir du Saguenay vient mourir au fond d’une baie tapissée d'un sable si fin et si moëlleux qu'il n’y a pas de plage qui lui soit comparable, L’ovale que forme cette baie est si régulier que l’on se prend à croire parfois que quelque mystérieux artiste le traça un jour pour faire contraste aux pics qui l’environnent que l'on dirait coupés à grands coups de hache.
Nous sommes à 300 milles de la mer, et il faudrait encore quarante lieues pour atteindre Québec. Le fleuve conserve ici une largeur de vingt-quatre milles, et par delà ses flots bleus, dans les temps clairs, l'œil saisit la ligne des montagnes du sud, les toits de Cacouna et dela Rivière du Loup qui scintillent dans la chaude lumière, Comme de grands navires à l'ancre, on aperçoit au large le rocher de l'ile Rouge, fertile en
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19 an na en ne mme samrn en een naufrages, et les terres plates de l'île aux Lièvres.
Par les jours de mirage, il semble qu'elles sortent des eaux et demeurent suspendues dans l'air, pareilles à des ex-voto fantômes.
Sur la droite, la vue plonge dans les gorges du Saguenay, estuaire étrange, abime creusé entre deux chaînes de montagnes pelées où croissent les bouleaux et les sapins rachitiques, si sauvage qu'un écrivain américain l'a appelé la rivière de la mort et qu’un autre, moins triste mais plus classique, a comparé au Styx et à l’Achéron.
Ce fleuve est aussi beau que la Seine, quasi aussi rapide que le Rhône et plus profond en plusieurs endroits que la mer, écrivait un ancien missionnaire Jésuite, On dit que son torrent impétueux quand la mer est basse fait sentir sensiblement son influence dans le Saint-Laurent à plusieurs milles et qu'il est assez fort pour changer la direction des navires (1). Jacques Cartier, avant que de s'aventurer à le franchir, avait attendu toute une nuit, ancré à l'abri de
l'ile aux Lièvres.
(r) Bouchette,
riinmemencnemmnssie ions nées an à TADOUSSAC IT
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{Ayant le vent bon à demi-flot couru, écrivait Champlain (1), à cause des marées du Saguenay qui portent hors, levez l'ancre et mettez à la voile, doublez la pointe aux Vaches, avec la sonde à la main; tenez toujours deux ou trois chaloupes prêtes afin de pouvoir, ayant doublé la pointe aux Vaches, se faire tirer en dehors des courants du Saguenay, s'il faisait calme, et ainsi entrer au dit port...
€ Etant dans le port, portez une bonne ancre à terre, enfoncez l'oreille dans le sable le plus que vous pourrez, mettez un. bois par le travers contre l'oreille et ayez des pieux que vous enfoncerez dans le sable le plus avant possible pour empêcher le vaisseau de chasser sur son ancre, Les vents de terre sont à craindre. Hs viennent du Saguenay, par bourrasques qui durent peu, mais ils sont violents et impétueux, »
Longtemps, longtemps, la fable fit de ce fleuve un monstre qui dévorait les marins assez audacieux pour s’y aventurer, On le disait tourmenté
par des remous et des tourbillons dangereux,
(1) p. 1002-3 éd, Laverdière,
OR TR 12 TADOUSSAC mm ne incessamment battu par des tempêtes ou des ouragans violents. Des barques de pêcheurs, empoignées par des trombes gigantesques, avaient été impitoyablement broyées sur ses rives inhospitalières, coupées à pic, sans abri, sans hâvre. Les compagnies de commerce, intéressées à conserver le monopole de ce territoire immense, avaient contribué à entretenir ces légendes.
Depuis tantôt soixante ans on est bien revenu de ces frayeurs. Ce fleuve mystérieux a été dompté. Il ne reste plus d’inconnu que ses profondeurs incommensurables. A certains endroits, la sonde plongée à 330 brasses n’a pu mordre le fond,
C’est sur sa rive gauche que s'ouvre la baie de Tadoussac, Les anciens écrivains ont répété tour À tour que c’était un bon port où vingt-cinq vaisseaux de guerre pouvaient se tenir à l'abri de tous les vents. Cette capacité a été grandement exagérée, C’est tout au plus si cinq ou six vaisseaux de moyenne taille y pourraient mouiller. Nous n'y avons vu que des goëlettes de caboteurs. Quand le jour tombe ou que la brise du large souffle trop fort, ils viennent s'y réfu-
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gier ou faire approvisionnement d’eau fraîche. D’autres vont jeter l'ancre dans l'anse a l'eau, petite crique fort saine qu’une péninsule étroite sépare de la baie proprement dite. C'est dans cette anse qu'aborde le bateau qui porte les touristes. Le gouvernement y a jeté une cale qu’il entretient avec beaucoup de sollicitude, Surtout à l’approche des élections.
Ces deux hâvres sont admirablement protégés Contre la tempête par les mamelons élevés qui les ceinturent du côté du nord. Les vents à redouter viennent du fleuve, mais quand la longue batture aux Alouettes qui termine la rive du Saguenay est découverte par la mer, elle forme une digue puissante.
C'est aux mamelons qui l’environnent que Tadoussac doit son nom, 11 fut ainsi appelé par les sauvages de la langue montagnaise qui y faisaient leur séjour, (r) mn
‘ (1) D'après M, Laflèche, le mot cri est Totoushkak, pluriel de Zotoush, mamelle, D'autres prétendent au contraire que Tadoussac est dérivé du mot Montagnais s4as4uko qui veut dire Ændroit aux Homards, Cette étymologie nous Paraît d'autant plus risquée que le petit cerdinat des mers
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Rien ne saurait peindre la tranquillité sereine de Tadoussac. Ce hameau n’est fréquenté que par les vrais amateurs, et celui qui cherche la douce flânerie n’a pas à y craindre la promiscuité des nomades qui abondent dans les stations balnéaires en vogue. La falaise est ainsi taillée qu'on s’y peut faire un nid à l'abri de tous les importuns, et, quelque part que vous soyez,vous avez toujours sous les yeux un spectacle ravissant. La mer vient battre à vos pieds, la plage est belle et les baigneurs y trouvent une onde pure et jamais perfde,
Au touriste sérieux que l'amour de l'inconnu tourmente, au pâle antiquaire qui cherche sans cesse à reconstruire les civilisations anciennes et veut fouiller les ruines partout où il vient planter su tente de nomade, Tadoussac donnera plus d’un attrait.
est assez rare dans nos parages, D'après le pére Jésuite Jérôme Lalemant, (relation de 1646), les sauvages appelaient quelquefois ce port Sadr/ege. Thevet, dans son Grand Insulaire, écrit Tadoyseau.
Les anglais écrivent Tadousac: les français disent Tadoussac, Cette dernière épellation est celle de tous les anciens manuscrits, Les grands dictionnaires modernes donnent Z'adoussac où Tadousac,
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C’est sur ce coin de terre que fut jeté le premier établissement français de la terre du Canada. De là rayonna pendant plus d’un siècle sur le royaume du Saguenay et ie Nord mystérieux, l'œuvre civilisatrise des missionnaires Jésuites. Les eaux de cette baie pittoresque ont vu tour à tour les nefs aventureuses de Cartier, le découvreur, les barques légères des flibustiers basques et bretons, les vaisseaux de Chauvin, Pontgravé et Champlain, C'était le premier port où les colons de France faisaient escale avant d'aborder au rocher de Québec. De là sont partis Druillettes, Dablon, Albanel pour atteindre les rives lointaines du lac des Mistassins et de la mer d'Hudson,
Pourquoi Tadoussac n’est pas une grande ville.—Les Sauvages des temps préhistoriques.
Tadoussac, Stadacona, les Trois-Rivières, Hochelaga ont été pendant longtemps les quatre grands postes autour desquels a rayonné tout le commerce de la colonie. Tadoussac, le plus ancien, le plus riche et le plus achalandé, est resté stationnaire et n’est encore qu’une misérable bourgade. Les autres ont grandi et sont devenus des centres prospères, ‘Tadoussac, à l'abord de deux grands fleuves, débouché naturel d’une vaste région de pays de chasse, premier port où abordaient les navires d'Europe, en remontant le Saint-Laurent, était admirablement situé pour un poste de traite, mais le jour où les fauves du nord, incessamment chassés, sont disparus, Tadoussac est redevenu ce qu’il était : un coin de pays sauvage entouré de montagnes
et de précipices. Le commerce, sensible comme
TADOUSSAC 17 tn enennin Auie éo a a LE une aiguille aimantée, capricieux comme un baromêtre, est nomade et lâcheur. L'agriculture seule, fonde les peuples et bâtit les grandes villes. Champlain l'avait bien compris le jour où, en dépit de ses associés, il désertait Tadous- SaC pour venir jeter au pied du rocher de Stadacona l'habitation de Québec, Malgré les compagnies contre lesquelles il eut à combattre toute sa vie, malgré les marchands avides, dont elles étaient composées, qui enlevaient les outils des mains de quelques colons qu'il avait pu réunir à grand peine, et leur défendaient de vendre leurs produits à d’autres qu’à leurs employés, d'acheter ailleurs que dans leurs magasins et de trafñquer sans leur permission, Champlain a fondé un grand pays où son nom est resté glorieux tandis que ceux de Monts, de Pontgravé et de Caën, ses maîtres, sont tombés dans l'oubli
Les Basques ont couvert pendant un siècle les eaux du golfe Saint-Laurent de leurs barques aveéntureuses. Ils sont disparus comme les grands cétacés auxquels ils faisaient la chasse, sans rien laisser que leurs noms sur quelques ilots déserts
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et inconnus. De même aussi sont tombés tous les comptoirs échelonnés le long de la côte nord du Saint-Laurent inférieur ; le port de Brest, si renommé un jour, le fort Pontchartrain, les postes de Mingan, de St-Modet, des Sept-îles et tant d'autres dont kh mémoire n’a pas même gardé l'enseigne éphemère. La mer, lasse de donner, a recouvert de son flot leur fortune engloutie.
Le commerce dés fourrures avait étendu au loin l4 renommée de Tadoussac.
Essayons de retracer les grandes lignes de ce bourg jadis fameux et que les géographes, du fond de leur cabinet, avaient classé au nombre des grandes villes,
Le vaste territoire auquel on donnait, dans ces temps prunitifs, le nom de royaume du Saguenay, était habité par une douzaine de nations sauvages, tribus éparses et nomades, vivant de chasse et de pêche dans les bois ou aux bords des grands lacs, désignées ordinaire. ment sous le nom générique de montagnais, et qui se rattachaient à la grande famille algon-
en a ma À TADOUSSAC 19 no bat mad a quine. Ils n'étaient Pas tous de même sang, ni de même langue, mais ayant épousé la querelle commune contre les nations envahissantes du sud, une longue alliance en avait confondu les mœurs et les usages. L'instinct de la con. servation fait l’homogénéité des peuples.
L’étroite bande de terre qui s'étend sur les bords du grand fleuve St-Laurent, de la Malbaie jusqu'aux ilots de Jérémie, était le domaine des Tadoussaciens. La tribu des Betsiamistes appuyait leur flanc gauche et les séparait du pays habité par les Esquimaux, race étrange que la civilisation chrétienne n’à jamais pu atteindre bien profondément.
En pénétrant dans la rivière du Saguenay, on rencontrait aux abords des Terres Rompues, les premiers wigwans des Chicoutimiens, Ceux-ci avaient établi leurs Quartiers sur la presqu'île qui a gardé leurs noms. En arrière des hauteurs
de la berge gauche du Saguenay vivaient les
petits Mistassins et les Papinachois, Les premiers étaient un démembrenent des grands Mistassins, dont les pays de chasse s’étendaient
au loin vers le nord dans la zône encore indécise du lac Mistassini, immense mer intérieure où nos ancêtres avaient des établissements et où leurs descendants n'ont pas encore eu le courage de pénétrer. Le mot papinachois veut dire qui sourit toujours et l1 marque du caractère sympathique et doux de cette petite tribu est passée à toute la branche montagnaise. Sur les confins des Papinachois vivaient les Ounescapi, dans un pays si misérable et si difficile d'accès, qu'il n'y a pas plus detrente ans que les missionnaires y ont pénétré pour la première fois. Le voyageur audacieux, qui avait pu franchir, sans être frappé de mort, la sombre caverne de marbre où le grand esprit faisait sa demeure à la tête du lac Mistassini, atteignait enfin la tribu des Ouchestigouets. puis les Gens du Caribou et la Nation de la Loutre, dernier étape où l’on entendait battre les flots de la mer du Nord.
La presqu’ile de Chicoutimi franchie, on ren-
contrait encore les Piekougamiens, gens modes-
tes et posés, dont les canots légers sillonnaient
les eaux paisibles du lac Saint-Jean. Et, gagnant
on om A ne TADOUSSAC 21 ame nl tie es a a UE vers l’ouest, au-dessus des cataractes de PAssapmachouan, s’élevaient les campements des Chomouchouanistes et les huttes des sauvages pêcheurs du lac Nekouba,
On ne connaissait à ces peuples ni gouvernement, ni lois sociales et religieuses. Ils étaient dispersés au bord de la mer, le long des rivières et des lacs de l'intérieur, au fond des forêts, d’où ils tiraient leurs aliments. Les eaux de la mer et des lacs leur donnaient du poisson, les grands bois des gibiers sans nombre. Ils se délectaient à manger des viandes à moitié crues, et ils dormaient sur la mousse ou sur les sables des grèves. Autour d'eux s'élevait la grande forêt primitive, Ils y prenaient seulement quelques rameaux des sapins toujours verts pour orner leurs demeures. L'écorce flexible des bouleaux leur fournissait le vêtement, les ustensiles, la matière première de leurs canots si rapides, et tout ce qui constituait leurs habitations.
Les Iroquois et les Hurons, vivant dans les plaines fertil:s de l’ouest et du sud, étaient des
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nations stables, sédentaires. Ils bâtissaient des villages qu'ils fortifiaient contre leurs ennemis, cultivaient la terre et recoltaient une grande quantité de blé-d'inde. Les Montagnais n'étaient pas cultivateurs. [ls erraient l'hiver À travers la forêt par groupe de deux ou trois familles, s’arrétant là où la chasse Jonnait, L'été les retrouva au bord de la mer à Tadoussac, aux Trois- Rivières, ou à Québec. Ils y vivaient de viande d'orignal boucanée ou des produits de la pêche. S'ils rencontraient un arbre fruitier, ils l’abat. taient pour en cueillir le fruit.—(Rel. de 1633). Ils étaient grands, droits, forts, bien proportionnés, agiles, et n'avaient rien d’efféminé, I! n'y avait pas de nations sous le ciel plus moqueuse et plus gouailleuse, Leur vie se passait à manger, à rire, à se railler les uns les autres et à se gausser des tribus voisines. C'était le peuple bon enfant par excellence, Les Hurons étaient larrons par métier et en enseignaient l'art à leurs enfants, comme jadis les Spartiates,
Le Montagnais, lui, se piquait de désintéresse
ment,
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Les Hurons et les Iroquois possédaient des gouvernements réguliers. On dit que les pre miers étaient gouvernés par des femmes, et les seconds dirigés par des vieillards. Ce qui expli-
querait l’inconstance et Ja légèreté des uns et
l'ambition et l'astuce politique des autres. Les Montagnais n'avaient que faire de gouvernement Stable avec leur vie nomade.
cependant des chefs
Ils se donnaient OU capitaines de guerre auxquels ils obéissaient quand cela leur plai-
sait. Quelques-uns obtenaient le commandement
par drait de naissance, d’autres par élection, Si
le fils d’un Capitaine, par exemple, avait quelque
conduite, s’il était naturellement éloquent, il
succédait à son père sans contredit, Pour rendre
honneur à la vertu et au Courage d’un chef de
renom on le laissait sans successeur pendant
plusieurs années, ]| appartenait d'ordinaire aux
parents du Céfunt de nommer celui qui devait
Le jour de l'élection arrivé, on déchaussait le prétendant,
remplacer le mort,
on lui Ôôtait ses anciens habits que la famille du chef décédé templaçait par des nouveaux.
C’est elle encore
qui régalait les électeurs, et pour mettre fin à la cérémonie la femme du mort couronnait le nouvel élu, qui se trouvait ainsi à prendre jusqu’au nom de son prédécesseur, (1)
Ces chefs possédaient un pouvoir plus ou moins fictif. I} n'en était pas de même du sauvage heureux qui avait signalé sa valeur par quelque action d'éclat dans une mélée avec l'ennemi. Celui-là s'imposait et devenait un véritable maire du palais, sous le nom de Capitaine de guerre. Les capitaines de guerre de Tadoussac ont toujours eu une grande réputation, et l'histoire a gardé la nrémoire de plu. sieurs d’entre eux. On verra plus tard que lun d'eux par une alliance faite à l’improviste a marqué sa trace profonde sur les commence:
ments de la colonie,
Comme tous les nomades, les Montagnais regardatent les autres nations avec mépris et se piquaient d'être les seuls gentilhommes du pays. N'avaient-ils pas pour domaine les plus
belles chasses du monde, Aussi ces indisciplinés,
nana mem tes à
() Relation de 1669 passim
ces gens apparemment sans souci dominèrent longtemps, soit par leurs alliances, soit par les ramifications nombreuses que leurs groupes voyageurs avaient semées jusque dans les forêts les plus reculées.
De ‘Tadoussac, les Montagnais avaient fait le centre favori, la grande station d'été de toutes les nations du septentrion, On s'y rendait du nord et du sud, de l’est et de l’ouest, Là se faisait la traite des plus belles pelletcries du Canada, parmi lesquelles la marte tenait le premier rang. Les canots du Nipissing et du T'émiscaming, les Tête-de-Boule et les Poissons blancs, venaient aborder sur cette plage à côté des Micmacs, des Abénaquis et des Etchemins.
On troquait des flèches pour des peaux de castors vu de loutres. À tous, les Hurons apportaient les farines, le blé-d’inde et le petun qu'ils échangeaient pour des peaux d'orignal,
Voilà les peuples qui habitaient le mystérieux Saguenay et la rive tadoussacienne le jour où
Cartier y aborda pour la première fois.
Jacques-Cartier, —De l'établissement de Chauvin.—La cour du roi Petault.Champlain.—Les Basques, hardis navigateurs.—Leur commerce de contrebande.
C’est dans la relation de son deuxième voyage d'exploration, fait en 1535, que Jacques-Cartier signale le Saguenay, “rivière profonde, étroite et fort dangereuse à naviguer» Ayant jeté l'ancre à son embouchure, il faillit y perdre son galion. (1} Le navigateur malouin avait reçu l'ordre exprès, lors de l’expédition de 1540, d'explorer cette mystérieuse rivière, où d’après les renseignements des sauvages amenés en France, se trouvaient « de grandes richesses et des très bons pays.» (2) Cartier n'aimait pas la cüre du Saguenay (Ce roc sans aucune saveur de terre, »
qu'il pensait avoir été donné par Dieu à Caïn, aussi la tâche de la visiter fut-elle abandonnée
à Roberval, Celui-ci s'y rendit en 1543 avec
(1) Voyages de Cartier, éd. 1843, p. 209.
(2) ibid p. 70.
ne pans mnanirnth air pienrnpntes aintrgténnsnéinée
huit barques montées par 70 marins. Une de ces barques sombra dans les flots saguenayens et huit membres de l'expédition, parmi lesquels le Sieur Noire-Fontaine, et un nommé Levasseur, de Constance furent engloutis. (1) Le pilote de Roberval, Jean-Alphonse le Saintongeois, qui l’'accompagnait, retourna convaincu que « cette rivière vient du Cathay, car dans cet endroit il sort un fort courant, et il y court une marée terrible.» (2)
Atteindre le Cathay, en franchissant la terre américaine, c'était le rêve et ce fut l'ambition de de tous ces hardis pionniers de la mer.
Il n'existe aucune relation détaillée du voyage que fit alors Roberval, D'après la version qu'en a donné Hakluyt, les explorateurs partis de France-Roy le cinq juin, auraient été de retour au bout de neuf jours. Il est impossible de supposer qu'en un aussi court espace de temps Roberval ait pu pénétrer jusqu’à la tête du lac Saint-Jean, ainsi que quelques-uns l'ont écrit,
() Voyages de Roberval, P. 96. Pinkerton, (2) Le Routier, p, 84,
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Que dire encore de cette fable ridicule où l'on raconte sérieusement que Roberval né revint jamais de son expédition du Saguenay, et qu’il est tout probable que les vestiges d’un ancien retranchement trouvés sur les bords de la Mistassini indiquent l'endroit où il périt. (1)
A l’arrivée de Champlain, Tadoussac sort de ses langes, et la légende qui entoure son berceau commence à s’évanouir. C’est Champlain qui nous raconte comment de Pontgravé, un des principaux négociants de Saint-Malo, qui faisait depuis longtemps le trafic des pelleteries avec les sauvages du Canada, forma le projet de monopoliser ce commerce, Pour mettre son idée à exécution, il jeta les yeux sur un capi. taine de vaisseau normand, le Sieur Chauvin, homme très entendu en fait de navigation, qui avait des amis puissants à la cour et se recommandait par les services qu’il avait rendus dans
les dernières guerres, Chauvin obtint le privilège
() The maritime provinces d'Osgaod, éd, de 1883. Il a été bien constaté qu'en 1544, un an après son voyage du Saguenay, Roberval était en France,
exclusif que sollicitait de Pontgravé, à la charge d'habitér le pays et d’y fixer une habitation, Tous deux s’'embarquèrent À Honfleur en 1590, avec plusieurs personnes d’arts etde métiers,et vinrent aborder au port de Tadoussac. En dépit de de Pontgravé qui voulait jeter les bases d'un établissement plus avant dans le fleuve Saint-Laurent, Chauvin se décida à choisir Tsdoussac comme base de ses opérations, Il y fit édifier une maison de quatre toises de longueur sur trois de largeur, et de huit pieds de hauteur couverte d’ais, avec une cheminée au milieu.
Elle était construite en forme d'un corps de garde, entourée de clayes et d'un petit fossé fait dans le sable. (1) Il y avait un petit ruisseau au-dessous. Ils laissèrent seize hommes pour y passer l'hiver, Quand leurs gens « furent mis bien chaudement pour l’hiver, » Chauvin et de Pontgravé s’en retournèrent en France, L'hiver surve-
nant,fit bien connaître à ces malheureux délaissés
(1) Œuvres de Champlain p. 699. Sur sa carte de Tadous. sac (1608) Champlain indique l'habitation de Chauvin