‹ Voyage au pays de Tadoussac [microforme]Chapitre 2 sur 18 · FN AR ARE 30 TADOUSSAC · texte numérisé non relu

FN AR ARE 30 TADOUSSAC

ie on ne à la différence de température qu'il y a ertre la France et Tadoussac : c'était, dit Champlain, la cour du roi Petault, chacun voulait comman-

der. Paresseux et fainéants, ils consommèrent en

un rien de temps les vivres qui leur avaient été laissés ; la maladie s'empara d'eux ; ils seraient morts de faim et de froid si les sauvages ne les avaient recueillis dans leurs cabanes. Onze périrent misérablement. Ce premier essai ne découragea pas Chauvin qui poursuivit fructueusement son négoce en 1600. Il allait terminer aussi avantageusement la campagne de 16ot, lorsqu'il fut saisi, à Tadoussac même, d'une maladie, qui l'envoya dans un monde meilleur.

Dès cette époque lointaine, la réputation de Tadoussac était très répandue À l'étranger, Lewis Roberts, dans son dictionnatre du ComMerce, imprimé à Londres, en 1600, raconte que le port de Brest sur la côte du Labrador était le principal poste de la Nouvelle-France, la résidence d’un gouverneur, d'un aumônier et de quelques autres officiers, que les Français en emportaient

de grandes quantités de morues,des barbes et des

TAPOUSSAC 31

ts né mime és

huiles de baleine, ainsi que des peaux de castors et autres fourrures précieuses. Il ajoute que les Français entretenaient aussi un fort à Fadouss-e, pour y faire le trafic de pelleteries avec les sausauvages. Les relations et les voyageurs parlaient beaucoup deTadoussac, et les géographes, du fond de leur cabinet, décrètaient que c'était une ville ; quelques auteurs, comme l'abbé Langlet du Fresnoy, avancèrent même qu'elle avait une juridiction, ‘'outes ces exagérations eurent le don d’exaspérer Charlevoix, « La plupart de nos géographes, dit-il, (x) ont marqué une ville dans ce port, mais il n'y a jamais eu qu'une maison française et quelques cabanes de Sauvages, qui y venaient au temps de la traite et qui emportaient ensuite leurs ‘abanes, comîne on fait des loges d’une foire...»

Les matelots basques, bretons ou normands n'ont pas pes contribué À faire connaître le port de Tadoussac. De temps immémorial, ces hardis marins, bravant l'océan inconnue, faisaient la

ne mm

(} I vol, p, 65,

pêche sur les grands bancs et les côtes de T'erreneuve, Le jour où l’illustre pilote de Saint-Malo

aborda aux rives du Saint-Laurent, il y avait des siècles que d’obscurs caboteurs de Bayonne, de Dieppe, de Honfleur, du Hâvre de Grâce et de la Rochelle, poursuivaient dans ces parages les baleines et les morses géants, cétacés monstres, dont les loups marins de nos jours, ne sont que les descendants dégénérés et abatardis. Ils avaient donné des noms à plusieurs des ports qu’ils avaient l'habitude de fréquenter avant que le capitaine Jacques Cartier y allat, écrit Lescarbot, « Les grands profits, » dit le commentateur des Jugements d'Oleron, «et la facilité que les habitants de Capberton » (Cap Breton) « prez Bayonne, et les Basques de Guienne ont trouvé à la pêcherie des baleines, ont servi de leurre et d’amorce à les rendre hazardeux à ce point, que d’en faire la quête surl'Océan, par les longitudes et les latitudes du monde. A cette effet ils ont ci-devant équippé des Navires, pour chercher le repaire de ces monstres. De sorte que suivant

cette route, ils ont découvert cent ans avant les

een non anna ram eee

navigations de Christophe Colomb, le grand et petit banc des Morues, les terres de Terre-Neuve, de Capberton et Baccaleos (qui est à dire morue en leur langage), le Canada o1 Nouvelle-France, où c’est que les mers sont abondantes et foisonnent en baleines. »

Cartier raconte, en effet, comment on trouve jusqu’au Canada force baleines, marsouins, chevaux de mer. Charlevoix assure qu’étant mouillé avec le Æéros, en 1705, près de Tadoussac, il y vit quatre baleines qui étaient presque de la longueur de son vaisseau, Aussi, tousles anciens historiens écrivent que les Basques faisaient avec succès la pêche de ces cétacés dans les eaux qui baignent Tadoussac. Ils y ont laissé des traces de leur séjour en maints endroits. Un peu plus bas que l’île Verte, on trouve l'île au Basque, où du temps de Charlevoix, on voyait encore des restes de fourneaux et des côtes de baleines. L'archipel de la Madeleine a aussi son’ hâvre au Basque. Champlain et Lescarbot (Ip.

214) rapportent comment les Basques faisaient la pêche à la baleine près des Escoumains dans

+ ————————— 34 TADOUSSAC une anse qui porte leur nom. A douze milles en

amont de Tadoussac, nous avons encore lé chafaut aux Basques. Enfin, le fondateur de Québec nomma lui-même le magnifique bassin formé pat la côte de Beaupré, l'embouchure de la rivière Saint-Charles, la Canardière et le cap ‘Diamant, la Nouvelle Biscaye. On voit dans le fleuve, dit la Potherie, (1), une très grande quantité de baleines. Les Basques y avait une pêche sédentaire il y a quelques années, et s’ils ne s'étaient pas amusés à enlever secrètement toutes les pelleteries de Tadoussac et des environs, ils ne s’en seraient pas vus frustrés dans la suite.

Le commerce appelle le commerce. La pêche de la baleine avait attiré les Basques dans le golfe Saint-Laurent. Ils rencontrèrent dans leurs courses aventureuses les Sauvag”s et commencèrent à faireaveceux latraite des fourrures,toujours très recherchées, et source d’un bénéfice consi-

‘ dérable et plus immédiat que l'exploitation des pêcheries, Jusqu'à là venue de de Pontgravé le trafic avait été libre £: sans contrôle, L’éta-

F3 ‘| Pa

mm

TADOUSSAC 35 om noms ne 6 2 blissement d’un monopole n’était pas de nature à plaire à des gens de mer, habitués à la grande vie libre des voyages.

Tadoussac était alors le rendez-vous des tribus nomades du Canada qui venaient chaque printemps rencontrer les marins de l’'Armorique et de la Bretagne pour troquer avec eux des peaux de castors et des martes. Les martes du Saguenay avaient déjà acquis une renommée européenne.

On ne change pas tout-à-coup des habitudes séculaires. Aussi, lorsqu’en 1608,de Pontgravé de retour à Tadoussac,annonçaaux Basques qu’ilsne pourraient plus traiter avec les sauvages sans en obtenir le privilège de de Monts, qui avait hérité du monopole obtenu par Chauvin, un confit sérieux faillit s'élever, Les Basques, commandés par le capitaine Darache, un vieux baleinier peu habitué aux restrictions solennelles des lettres patentes, tirèrent sans façon sur les vaisseaux de de Pontgravé, blessèrent deux de ses gens et en tuèrent un troisième. Ils étaient en train d’enclouer les canons de l'importun qui les venait troub'er dans leurs opérations, lorsque Cham-

te

mme

plain arriva. Plus diplomate que de Pontgravé, Champlain conclut une armistice avec les insurgés et l’on convint de part et d'autre de s’en rapporter à un jugement du roi pour vider le diffé. rend, Deux ans après, en 1610, le bruit s'étant répandu dans les ports de mer de France que le roi avait refusé à de Monts de lui continuer son privilège, l’avidité des marchands pour les peaux de castors, dit Lescarbot, (r\, fut si grande, que les trois quarts pensant aller conquérir la toison d’or sans coup férir, ne conquirent pas seulement des toisons de laine, tant était grand le nombre des conquérants, Champlain, de son côté, nous apprend qu’il y avait eu cette année si grande abondance de vaisseaux à Tadoussac que la traite y fut presque nulle, Plusieurs, ajoute.t.il, se souviendront longtemps de la perte qu'ils firent cette année, Cette année malheureuse ne découragen personne, En 1617, Tadoussac était encore couvert de neige que l’on vit trois vaisseaux y jeter l'ancre. En airivant les premiers, ils espéraient, dit le chroniqueur, faire plus ample aubaine,

on ne eme

(1) live V, chap, V,

ennemis monnaie sonner ace iens assé sosie mr om,

nn PENENNS nr mn —g—

mais les sauvages attendirent l’arrivée d’un plus grand nombre de vaisseaux pour vendre et acheter À de meilleures conditions, « Ainsi ceux s’abusent, remarque Champlain, qui pensent faire leurs affaires pour arriver des premiers: car ces peuples sont maintenant trop fins et subtiles. »

Les Basques, exclus du commerce de la traite, organisèrent une campagne de contrebande qui se poursuivit très activement dans ces parages jusqu'au commencement du XVIIe siècle. En 1613, Champlain, arrivant à Tadoussac, fit lecture de sa commission et ordonna d’attacher sur le port à un poteau les armes et les lettres missi. ves du roi, afin que personne n’en prétendit ignorance, Les Sieurs de la Moinerie et la Tremblaye, tout en promettant de se conformer à ces ordres, en continuèrent pas moins à troquer leurs marchandises contre les pelleteries des indigènes, Tantôt ce sont des vaisseaux de la Rochelle que Champlain surpre,.* ©‘ donner aux sau vages «quantité d'arines à feu, avec poudre,

«plomb, mèche, choses très pernicieuses et

Page 1