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« préjudiciables d'armer ces infidèles qui s'en “ pourraient servir contre nous à l’occasion, » Tantôt ce sont des Espagnols qui viennent espionner jusqu'à Tadoussac les opérations de la compagnie, Les Rochellois et tous les contrebandiers du temps avaient leur poste d'observation sur l'île Verte. En 1621, de Caën et de Monts arment en course dans le port de Tadoussac et se jettent à leur pour. suite, Les ofseaux, dit Champlain, s’en étaient allés deux jours auparavant, On n'y trouva que le nid, qui était un retranchement de palissade, On le brûla, Dès le temps du pilote Jean Alphonse, on appelait déjà l'île Verte, l'ile de la guerre, Et, chaque année, Basques, Espagnols où Normands, sous prétexte de pêcher uniquement des baleines, s'arrangeaient de façon à échanger leurs marchandises pour les pelleteries,
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Champlain rencontre les Sauvages.—Comment d'une visite de courtoisie naît une alliance néfaste, —Le fondateur de la colonie, théologien.—Le premier qui cassa sa pipe. Les frères Kertk.—Comment le capitaine Daniel meurt à Tadoussac.…—Ses funérailles.
Champlain vint, et secoua les langes qui enveloppaient les origines de Tadoussac, avonsnous dit. Il a été, en effet, le premier historien de cette ferra incognita. Personne n'en a parlé mieux que lui. Ses descriptions sont toujours si fidèles, ‘toujours si exactes, que le chercheur n'a qu'à les parcourir pour retrouver la physionomie de Tadoussac.
Tel Tadoussac était alors, tel il est encore aujourd’hui. Prenons le journal de Champlain, le jour où il aborda pour la première fois au hâvre de Tadoussac, le 24 mai 1603, et lisons-le :
€ Tadoussac, écrit-il, est fait comme une anse, à l'entrée de la rivière du Saguenay, où ilyaun courant d'eau et marée fort étrange pour sa vi.
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tesse et profondité, où quelquefois il vient des vents impétueux à cause de la froideur qu'ils amènent avec eux. Ce port de Tadoussac est petit, il ne peut tenir que dix ou douze vaisseaux mais il y a de l’eau assez à l’est, à l'abri de la 5, . :gnenay, le long d’une petite mon. tagne qui est | :°sque confin de la mer. Le reste, ce sont montagnes hautes élevées, où il y a peu de terre, sinon rochers et sable remplis de bois, de pins, cyprès, sapins et quelques manières ‘arbres de peu. li y a un petit étang proche du dit port, renfermé de montagnes couvertes de bois. A l'entrée du port, il y a deux pointes : l'une, du côté de l'ouest, contenait une lieue en mer, qui s'appelle la pointe de Saint-Mathieu ou autrement aux Alouettes ; et l'autre, du côté du sud-est, contenant un quart de lieue, qui s'appelle la pointe de tous les diables, (1) ainsi nommée pour le grand danger qu'il y a Les vents du sud et sud sud est et sud surouest frappent dans le port. De la pointe Saint Mathieu à la pointe de tous les diables, il y a près d’une
G) Aujourd'hui la pointe aux Vaches.
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TADOUSSAC 41 lieue ; l’une et l’autre pointe assèchent de basse mer. »
Tous les historiens qui ont suivi Champlain
n'ont fait que de le copier, Il y ena peu qui aient
égalé sa puissance d'observation et sa justesse de
coup d'œil. La courte description qu’il donne du Saguenay,après l'avoir remonté sur un parcours de quinze lieues, est à relire. Comme c’est bien là “ cette terre de montagne de rochers, la plupart couverte de bois de sapins, cyprès et boulle, terre fort malplaisante, vrais déserts inhabitables d'animaux et d'oiseaux, » Avec quelle étonnante exactitude, encore, sur les simples récits des sauvages, il traça l'itinéraire de ces profondeurs mystérieuses jusqu’à la baie d'Hudson.
De 1603 à 1631, Champlain fait la chronique des principaux événements de ce poste lointain, chronique au jour le jour, toujours émaillée de détails typiques. On vit pour ainsi dire, en la lisant, la vie de ces temps primitifs. On assiste aux scènes qu'il décrit dans un style naïf et plein de charme à la fois, non pas comme un spectateur
posthume, mais comme un de ses contempo-
rain, qui en aurait été le témoin occulaire. Le livre se referme et le lecteur est tout étonné d’avoir voyagé si loin, en aussi peu de temps, et sans ressentir la moindre fatigue.
Cctte pointe de Saint-Mathieu que je vois là. bas se perdre dans l'horizon un peu brûmeux du mat:”, ,e me souviens d'y être abordé un jour dans une biscayenne poussée par quatre vigoureyx meét.:, au bas d’un petit côteau plein d'arbres de cyprès et de sapins. Je me souviens de la réception superbe que fit à Champlain, le 27 mai 1603, le grand sagamo Anadabijou er.
touré d’une centaine de sauvages, et comment les interprètes, ses compatriotes, lui racontèrent cè qu'ils avaient vu en France: les beaux châteaux, les palais, la puissance du grand roi qui lui envoyait de l’aide pour soumettre l’iroquois. Et le grand sagamo et ses guerriers, brandissant les crânes des ennemis qu'ils venaient de terrasser dans un grand combat, après avoir dansé et fumé le petun longtemps, avaient offert à Champlain un superbe festin de chair d'orignal. C'est sur cette pointe aux Alouettes, que se consomma,
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au milieu d’une festin improvisé, cette alliance entre Algonquins et Français, qui devait exercer une si grande influence sur les destinées de la Nouvelle-France, En vérité, cette langue de erre solitaire a été témoin de l’un des plus jm. Portants événements politiques de la période française. C'est plus qu'une étape, c'est un pas décisif. C’est là qu'est née la grande lutte contre l'Iroquois, c'est là que commence cette longue Campagne qui devait coûter tant de sang et de sacrifices à nos pères. On dirait que la destinée
étrange a voulu écrire sur les rives mouvantes de l'embouchure du Saguenay la date du pre-
ë mier établissement des Français en Canada en ta *
même temps que l'arrêt de mort de la colonie.(r)
Et, le lendemain de ce solennel passage du
Rubicon, je vois les sauvages s’embarquer sur leurs canots légers, « faits d’écorce de bouleau
renfoncés par dedans de petits cercles de cèdre
blanc, » puis attérir dans l’anse sablonneuse de
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(1) Se méfier des guides, comme Osgood, qui placent cette scène en 1610 À la Pointe Boule et qui font assister Lescarbot à ce grand conseil, alors qu'il n'est jamais venu en Canada,
Tadoussac. Ils viennent, comme l’auraient fait des diplomates de la vieille Europe, rendre la visite que Champlain leur a faite.
Un de leurs chefs, psalmodie une longue complainte, dans le genre des versets d'Ossian. Il y raconte les hauts faits et Îles prouesses de la dernière campagne, le nombre des ennemis qui ont mordu la poussière, leur valeur et leurs méfaits. Homère n'aurait pas mieux dit, Les vieillards, assis en demi-cercle sur le rivage, interrompent de temps en temps l’orateur par des ho ! ho! ho! gutturaux que notre civilisation a remplacé depuis par écoutez ! écoutez ! hear ! hear! A chaque verset, les femmes et les filles se livrent à une danse échevelée pendant laquelle à chaque pas, elles laissent tomber une pièce de leurs vêtements, de sorte qu'à la fin de la complainte elles apparaissent aussi légèrement et court vêtues que la blonde Amphytrite sortant du sein des eaux, hormis leur nature, ajoute Champlain, Les bacchantes des anciens dans leurs danses passionnées, furieuses, n'eurent jamais rien de comparable aux pas
TADOUSSAC 45 mr chorégraphiques qui s’exécutèrent ce jour-là sur les sables de Tadoussac.
Le carnaval passé, l'esprit inquisiteur et sérieux de Champlain gravite vers les sommets élevés. Il s’inquiete de l'âme et de la religion de ces enfants de la nature, Déjà, quand le roi avait confié le monopole de la traite de Tadoussac à Chauvin, Champlain déplorait que cet armateur fut de la secte des prétendus réformés. Il faut l'écouter, pressant de questions le grand Sagamo Anadabijou.
Et celui-ci, avec sa naïveté confiante, lui explique ses idées sur la formation de l'homme ; comment Dieu, après avoir fait une grande quantité de flèches, les fixa dans la terre, d’où il sortit hommes et femmes.
Champlain, à son tour, lui fait le récit de la tradition biblique sur la création d'Adam et d’Eve, lui parle de l'unité de Dieu et du mystère de la Trinité,
Le sauvage, après l'avoir écouté, songeur, continue :
Il a oui dire qu'ançiennement cinq hommes s'en allant vers le soleil couchant firent la ren-
contre de Dieu qui leur demanda: Où allezvous ? — Nous allons chercher notre vie, répondirent les cinq voyageurs. Et Dieu leur dit : Vous la trouverez ici.
Les voyageurs passèrent outre. -— Dieu prit une pierre, toucha deux des récalcitrants qui furent aussitôt changés en pierre. Où allez-vous, reprit-il, s'adressant aux trois autres? Nous allons chercher notre vie.—-Ne passez pas outre vous la trouverez ici. Ils s’arrêtèrent un instant, et voyant qu'il ne leur venait rien, ils continuèrent leur chemin. Dieu prit alors deux bâtons, dont il toucha de nouveau deux des voyageurs qui furent aussitôt transmutés en bâtons. Ebahissement du dernier survivant. Où vas-tu, lui demanda Dieu ? Je vais chercher ma vie. L’exemple de ses quatre camarades lui avait donné à réfléchir. Il s'arrêta et écouta. Dieu lui donna alors de la viande et il fit bonne chair,
Une autre fois, continue le grand chef devenu causeur, Dieu demanda à un homme qui avait beaucoup de tabac où était son pétunoir. Il le donna à Dieu qui pétuna beaucoup. Après avoir
TADOUSSAC 47 te mano et 6 bien pétuné, Dieu brisa le pétunoir en plusieurs Morceaux. — Pourquoi as-tu brisé mon pétunoir, tu vois bien que je n’en ai pas d’autre ? Et Dieu en prit un qu’il avait et lui donna en disant : -— En voilà un que je te donne, porte le à ton grand Sagamo, et dis-lui qu’il le garde. S'il le garde bien, il ne manquera de rien, ni lui, ni tous ses COMmpagnons. Tant qu'il l'eut les sauvages ne manquèrent de rien. Mais il le perdit un jour, et depuis ce temps les Sauvages ont souffert de la famine. à
Bonne chair et disette, voilà À quoi se réduisait la connaissance du bien et du mal chez ces primitifs habitants du Canada. Serait-ce l’histoire du pétunoir du grand sagamo Anadabijou qui a donné naissance au mot populaire que l’on entend parfois lorsqu'un homme a eu de la malchance : Il a cassé sa pipe ?
Champlain, sérieux, grave, tout en consignant dans ses mémoires les fables que Jui racontait le chef de Tadoussac, n'oublie pas d'y entrer les leçons de petit catéchisme qu'il lui ‘orinait en retour.
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Cela déplaît fort au sarcastique Lescarbot qui prétendait que les traditions bibliques étaient inexplicables pour ces peuples, quand même on aurait su parfaitement leur langue.
Avant que le roi eût donné le monopole du trafic de Tadoussac à des compagnies particulières, de nombreux navires venaient mouiller dans ce port. Un ancien racontait au père Charles Lallemant qu'il y avait vu jusqu’à vingt vaisseaux à la fois. (1) Bergeron, dans son 7raité de navigation, publié en 1629, dit la même chose. La relation de 1626 raconte ainsi de quelle façon les compagnies jalouses de leur privilège y faisaient commerce.
«Dès que la traite fut accordée à l’association privativement à tous autres, dit-elle, l’on n'y vit plus que deux navires qui appartenaient à l'association, et ce une fois seulement l'an, environ le commencement du mois de juin. Ces deux navires apportaient toutes les marchandises que
l'association traitait avec les sauvages, c’est-àsavoir, capots, couvertures, bonnets de nuit,
(x) Relation de 1626.
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TADUUSSAC 49 dm a ae chapeaux, chemises, draps, haches, fers de flèche, haleines, espées, des tranches pour rompre la glace en hiver, des couteaux, chaudières, pruneaux, raisins, du blé d'inde, des pois, du
biscuit ou de la galette et du petun. En échange, les sauvages apportaient des peaux d’orignal, de loup cervier, de renard, de loutre, de martre, blaireau, rat musqué, mais principalement le, castor qui était le plus recherché, Une année,
on embarqua 22,000 peaux. D'ordinaire la car-
gaison était de 15 ou 20,000 à une pistole la
pièce. La compagnie employait quarante per-
sonnes et plus et l'équipage des deux navires
comprenait bien 150 hommes. ‘Tout ce monde
là était gagé et nourri. Ce qui faisait des frais
considérables. Les uns avaient 106 hvres, les
autres cent livres. Un truchement était payé
cent pistoles et avait droit à un certain nombre
de peaux, »
On peut juger avec quelle anxiété les sauvages attendaient chaque printemps la venue des navires. Dès la fonte des neiges, ils arrivaient à Tadoussac, et pendant de longs jours, groupés
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sur les plus hauts sommets, ils scrutaient l’horizon. Aussitôt qu’une voile était signalée, de grands feux s’allumaient à la Pointe de tous les diables, les plus empressés se jetaierit dans les canots et s’en allaient au loin sur le fleuve à la rencontre des navires. Vêtus de peaux d'ours, masqués et hideux, le nez peint en bleu, les eyeux, les soucils, les joues peintes en noir et le reste du visage en rouge, telle était la grande toilette des sauvages pour la circonstance, Les gros vaisseaux jetaient l'ancre devant Tadoussac et les barques continuaient le voyage jusqu’à Québec et aux Trois-Rivières pour y chercher les pelleteries et les apporter au comptoir principal. L'année où Champlain avait jeté les fondations de la capitale de la Nouvelle-France, il avait commencé à construire une habitation à ‘Tadoussac, Pas un seul navire ne remontait le fleuve sans avoir mouillé dans ce hâvre, C'est là que de Pontgravé et ses aides passaient l'hiver lorsque les besoins de la traite l’exigeaient. Québec n'était alors qu'un pied à terre.
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Depuis tantôt vingt cinq ans, les compagnies s'étaient succédées dans le monopole lucratif de Tadoussac, au milieu de vicissitudes diverses, Chauvin était mort laissant sa mission à de Chastes. De Monts et de Caën les avaient suivis, se disputant entre eux la dépouille quand les Basques, hardis contrebandiers, leur en donnaient le temps,
Champlain mettait tout l'esprit de conciliation dont la nature l'avait doué à accorder entre eux ces traiteurs avides, Le port de Tadoussac vit alors plus d'une scène acrimonieuse entre les équipages des trafiqueurs rivaux, Appelé comme arbitre, le père de la colonie, (ne voulait se montrer passionné ni pour un parti ni pour l’autre puisqu'il était question de rendre justice.» Pour ne pas être témoin des violences de de Caën, il raconte comment un jour il préféra s'avancer dans le Saguenay,
Quand on avait dompté les Basques, ennemis communs, ou convenu d’un mode de paftager les dépouilles de la traite, surgissaient des ques: tions de religion entre huguenots et Catholiques,
Ce n'étaient pas les moins épineuses,
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David Kertk, un rénégat dieppois, passé au service des Anglais, se chargea, dans lété de 1628, de mettre les partis d'accord en s’en rant de Tadoussac où il brûla toutes les barques des armateurs et rompit en pièces des meules que de Caën y avait laissées par négligence au lieu de les envoyer à Québec. «Il aurait mieux valu qu’elles fussent à Dieppe qu'à Tadoussac, remarque Champlain. Qu'en pouvions-nous faire là ?»
L'année suivante Keitk revint à la charge.
C’est de Tadoussac qu'il envoya ses deux frères sommer Champlain de rendre le fort de Québec. La petite garnison, oubliée par les traiteurs, sans secours, affamée, mit bas les armes et le vainqueur la dirigea vers Tadoussac. Kertk, enfé de son succès facile, y fit élever une tente environnée de verdures, où entouré de ses capitaines, il célébra sa victoire.
Les Kertk étaient d'anciens marchands de vin de Bordeaux et de Cognac et ne connaissaient
rien aux choses de la mer, Celui qui les avait
conduit dans cette expédition était un déser-:
nan demanda tm nement en re a da nanas ao mare means —
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teur français, le capitaine Jacques Michel, huguenot de Dieppe. Mécontent de ce que les Kertk sen attribuaient tout le mérite, il les menaçait déjà de leur enlever ce qui leur avait procuré, lorsqu'il fut pris tout à coup d’un grand assoupissement, Après avoir été trente- cin( heures sans parler il rendit l’âme, fort heureuse. ment pour les Kertk, mais pas aussi avantigeusement pour lui, si, comme Champlain n'en
doute pas, il est allé aux enfers.
€ J'ai laissé ma patrie, disaitil à Champlain,
comme ils l'ont fait, pour servir un étranger ;
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