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— Le
Jésuites pris par les anglais, vomissant contre lui
force injures. 11 fut surpris bientôt après d’une maladie qui lui ôta toute connaissance et le fit 4 mourir le lendemain comme une bête, Les chirurgiens qui étaient en nombre se trompèrent et donnèrent des remèdes soporifères à un léthargique, »
Caractère violent et irascible, Michel avait eu dans le port de Tadoussac une querelle fort animée avec le Jésuite Brébeuf. Un jour, David Kertk s'adressant aux Jésuites leur avait dit : « Messieurs, vous aviez l'affaire du Canada pour jouir de la propriété de M, de Caën que vous avez dépossédé, » « Pardonnez-moi, monsieur, reprit Brébeuf, ce n'est que la pure intention de la gloire de Dieu qui nous y amené, nous exposant à tous dangers et périls pour la conversion des sauvages, « (Ju), oui, convertir des sauvages, vous voulez dire convertir des castors, s’exclama Michel. «(Cela est faux, riposta Brébeuf, £ « Michel lèva la main comme pour le frapper ÈS
en disant : Sans le respect que je dois au géné-
si
LORS ECS EME SUP SCRUERE OSEO SRE, à
ral je vous donnerais un soufflet pour m'avoir démenti.
Brebeuf, bâti comme un hercule, garda son sang-froid : « Vous nrexcuserez, dit-il, je n’en. tends point vous démentir, j’en serais bien fâché. C'est une façon de parler que nous avons dans nos écoles, quand on propose une question douteuse, ne tenant point cela pour offense, c’est pourquoi je vous prie de me pardonner et de croire que je ne l'ai point dit pour vous donner du déplaisir. »
Ces excuses du père ne calmèrent pas la rage
de Michel. Il en eut une colère si violente, qu'elle
causa sa mort, au dire de plusienrs.
La mort de ce malheureux transfuge causa plus de plaisir que de regret ; néanmoins on le fit inhumer à Tadoussac avec les honneurs ds à sa bravoure et à son rang. Louis Kertk fit faire un cercueil où son cadavre fut placé. Sur le couvercle brillait une épée nue. Deux cents hommes d'armes descendirent à terre pour accompagner la dépouille mortelle que les offi-
ciers des vaisseaux portaient sur leurs épaules.
En tête du cortège marchait un homme armé de toutes pièces, avec la rondache et le coutelas. On rompit une demi-pique noircie qui fut jetée sur la tombe. Quand le cadavre fut descendu dans la fosse et que le ministre eût dit les dernières prières, les soldats firent par deux fois une décharge générale de mousque.
terie, pendant que les vaisseaux ancrés dans le port (1) avec leurs pavillons en berne, tiraient go coups de canon. Sitôt la cérémonie finie, tout le monde se rembarqua. # Le deuil n'en dura guères, ajoute Champlain ; au contraire, jamais ils ne se réjouirent tant et principalement en un vaisseau, où il y avait quelques barils de vins d'Espagne, Le voilà payé de tout ce qu'il a fait. »
Après le départ des Anglais, les sauvages déterrèrent le cadavre du pauvre Jacques Michel, lui firent toutes sortes d’ignominies, le pendirent à un arbre, puis après l'avoir mis en pièces, le
(1) Les vaisseaux étaient mouillés au Moulin Baude et l'on se donna la peine d'aller l'enterrer à Tadoussac, (Laver« dière.)
em
TADOUSSAC 57 ne donnèrent à leurs chiens. (1) « Voilà le salaire des perfides, je prie Dieu qu’il ouvre les YEUX aux autres, ajoute le père le Jeune après avoir raconté ces abominations. (2) »
En 1631, la compagnie des Cent-Associés équipa de nouveau un vaisseau pour la traite de Tadoussac, mais la crainte d'y rencontrer des Anglais le fit attérir à Miscou, à l’entrée de
la baie des Chaleurs. L'année suivante, le roi
de France faisait définitivement reprendre pos.
session de la colonie, et les trafiquants continuaient leurs relations de commerce avec les indigènes de Tadoussac.
ireimnie
(:) Relation de 1634.
(2) Relation de 1632, Plusieurs écrivains ont confondu le capitaine Jacques Michel avec l'un des frères de Kertk,
Denon reen conan À
Du commerce de Tadoussac.-—Poste de traite.— De la ferme du Roi et des sous-fermiers.-—De l'exploration de l'arpenteur Normandin,
Depuis la reprise du pays sur les Anglais jusqu’à la cession, le commerce de Tadoussac a passé par plusieurs phases. A l’origine, les compagnies avaient le monopole de la traite.
Dès que la navigation était libre leurs vaissceaux se rendaient de France à Tadoussac, pour y chercher les pelleteries ramassées dans les divers postes échelonnés le long du fleuve et que des barques venaient y porter. En 1645, les colons, après avoir longtemps guerroyé, obtinrent enfin le commerce libre. Les colons s'étant formés en société sous le nom de « La communauté des habitants » prirent la direction du comptoir de Tadoussac. En 1648, la traite de ce poste donnait 40,000 livres de profit, et
il s'y fit du commerce pour 250,000 livres. On
TADOUSSAC 59 a ————— es Exporta 22,400 livres pesant de fourrures sans Compter 509 orignaux. Chaque printemps, la frégate de la communauté des habitants, comme on l’appelait, descendait à Tadoussac. Bissot, Bourdon, de Tilly, Godefroy, Repentigny,
Couillard de Tespinay étaient parmi les princi-
paux directeurs de la communauté, En 1653, un forban hollandais armé de seize pièces de canons, se rendit jusque dans ces parages pour y trailer avec les sauvages.
La compagnie des Cent-Associés, qui regrettait d’avoir concédé tant de privilèges aux colons, avait envoyé dans la colonie un agent actif, tenace, qui se mit À surveiller d’une façon fort serrée les opérations commerciales de la communauté. Avocat au parlement de Paris, Peronne du Mesnil était retors et avait le flair d'un policier, Il finit par accuser les directeurs du comptoir d’être À découvert de 644,700 livres. Comme ceux qu'il mettait en cause se trouvaient être les principaux habitants du pays, il fallut user de violence pour lui faire rengaîner ses accusations, On fit main basse sur ses pa-
piers et lui-même dût s'embarquer pour la France. Le mémoire que Peronne du Mesnil adressa au roi existe encore. Il est violent, agressif, malheureusement la preuve documentaire qui aurait pu étayer ses attaques, si elle a jamais existé, est disparue.
La coutume s’établit de vendre le privilège de traite de Tadoussac aux enchères publiques.
Les bénéfices que l’on en retirait servaient à payer les dépenses d'entretien de la colonie, On trouve, en 1653, un acte de société pour la traite de Tadoussac entre Louis Couillard et MM. Rosée, du Hamel et consorts, représentés par leur agent, Germain Le Barbier. Le 19 octobre 1658, un arrêt du conseil supérieur de de Québec adjuge le poste de Tadoussac au sieur Demaure. En 1663, le gouverneur d'Avau gour jugea à propos, de son autorité privée et contre la pratique suivie dans le pays, d’affermer
ce privilège pour deux annés consécütives à dix-
sept particuliers savoir : de la Tesserie, des Cartes, Le Gardeur, Gourdeau, Le Gardeur de Tilly, Desprez, Juchereau de la Ferté, Bissot,
Damours, Charron, Madry, Marsollet, Le Gardeur de Villiers, Chartier, P. Denis, Bourdon et Juchereau de St. Denis.
Cela déplut fort aux habitants. C'est un bien public que M. d’Avaugour ne pouvait aliéner, disaient-ils dans leur supplique au Conseil. Leur plainte fut entendue et le 4 octobre 1666, le Conseil mettait à néant le bail consenti par d'Avaugour. Ce jugement ne leur devait cependant donner aucun profit, le roi ayant déjà disposé au mois d’avril précédent de Ja traite de Tadoussac en faveur de la compagnie des Indes Occidentales qui s'était formée deux ans auparavant. La nouvelle compagnie devait jouir de ce privilège comme la communauté des habitants avait eu l’habitude de le faire, À la condition de payer les charges annuelles du pays. (1) En 1674, la compagnie des Cent-Associés en abandonnant son monopole, se réserva néanmoins la traite de Tadoussac qu’elle devait garder jusqu’à sa démission définitive. Les habitants avaient eu un instant l'espoir de remettre la
(x Ed, & Ord. t, r, p. 6x.
me
main sur ce comptoir, car on voit qu'en 1675 le conseil supérieur leur avait intimé l’ordre de s’'assembler pour savoir comment en disposer, Ce domaine qui était réputé contenir les meilleures places de chasse et de pêche de toute l'Amérique Septentrionale ne devait plus jamais tomber sous le contrôle des colons. Le roi le reprit pour son bénéfice, l’afferma d'abord à Oudiette et à ses associés et, de vingt ans et vingt ans, en renouvela le baïl avec les divers fermiers qui se succédèrent dans l’adjudication des gabelles de France. Dès lors la traite de Tadoussac qui comprenait le commerce exclusif avec les sauvages de la rive nord du Saint-Laurent inférieur fuit désigné sous le nom général de « Domaine du Roi» et fit partie des « Fermes Réunies de France. »
Ces fermiers voulurent faire produire à l'immense territoire qui leur échéait en partage tout ce qu'il pouvait donner. Leurs prétentious s’étendirent même sur la rive sud du fleur Les habitants de cette région s’opposèrent éne
giquement à ces empiétements, jusqu’à ce qu’au
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armement de
TADOUSSAC 63 mois de juin 1685 on leur reconnut le droit qu'ils avaient eu de teut temps de traiter avec les sauvages. Les fermiers empêchèrent aussi
pendant longtemps les entreprises qui de près ou de loin pouvaient nuire à leur monopole.
En 1681, Frontenac refusa à Radisson d’établir des postes le long de l'embouchure nord du Saïnt Laurent de peur de détourner le commerce de Tadoüssac,
Ce pays fut toujours fort prisé des contrebandiers. En 1707, Raudot faisait défense à toutes Personnes, même aux sauvages étrangers, de traiter ou de chasser dans l'étendue des limites de Tadoussac. En 1700, il renouvelait cette défense, permettant aux sous-fermiers de Tadoussac de piller les français qu’ils trouveraient à “ faire festin aux sauvages » ou à trafiquer avec eux, En 1701 et en 1720, ces mêmes ordres sévères étaient répétés,
Il est digne de remarquer que lorsque la traite de l’eau-de-vie était défendue dans la colonie, sous les peines les plus sévères, elle était per-
mise au poste de Tadoussac, où le commerce
était pourtant sous le contrôle gouvernemental. (1)
Les grands fermiers n’exploitaient pas toujours par eux-mêmes, quoiqu'ils eussent régulièrement un directeur de leur domaine dans la colonie, pour y percevoir leurs droits. La Potherie nous apprend qu'il y avait une compagnie de marchands à Québec qui payait tous les ans un certain prix pour avoir la permission de commercer seule avec les sauvages du Saguenay. (2)
Les sous fermiers furent nombreux, Louis Bergeron eut le bail de Tadoussac pendant six ans. (3) Cugnet, vers la fin du régime français, exploita ce poste avec un profit considérable, au
dire de Bigot. (4)
(x) Lettre d'Aubert de la Chenaye, 24 octobre 1693,
(a) M, Marmette, dans ses rapports sur les archives de Paris, indique un mémoire de M. Riverin du 19 novembre 1685, où il fait connaître ce qu'est la traite de Tadoussac, ce qu'on fait pour la détruire et les moyens nécessaires pour la conserver au roi,
(3) Collection de Québec, vol, 12, 3ième série, r73r,
(4) Lettre au ministre du Lr oct, 1749,
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TADOUSSAC 65 mm
En 1750, la veuve Fournel exploitait la ferme
de Tadoussac, Trois ans auparavant, Hocquart informait le ministre que personne n'avait voulu se charger de son affermage,
Les limites en dedans desquelles devait s’exercer le privilège de la traite de Tadoussac furent longtemps une source de difficultés. L'intendant Hocquart y mit un terme en 17323, L'année précédente, Pierre Carlier, adjudicataire général des fermes unies de France, lui ayant de. mandé l’autorisation de faire à l'exclusion de tous autres, la traite, la chasse, Ja pêche et le Commerce dans l’étendue du domaine du Roi, depuis l'ile aux Coudres jusqu'à deux lieues au dessons des Sept Iles ainsi que dans les dépendances des postes de Tadoussac, Chicoutimi, lac Saint Jean, Nekoubau, Mistassini, Papinachois, Naskapis, rivière Moisy, Sept-Îles y compris la terre et seigneurie de la Malbaie, sous peine de 2000 louis d'amende pour tout contrevenant, l'intendant, suivant les instru tions particulières qu'il avait reçues du roi, donna l'ordre à Louis Aubert de la Chesnaye de faire une carte exacte
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du domaine, depuis le bas de l’île aux Cou dres jusqu'à la rivière Moisy sur toute la profondeur embrassée dans cette étendue jusqu'à la hauteur des terres, et de dresser un procès-
verbal de ses opérations en forme de journal.
Les instructions données à M, de la Chesnaye étaient des plus détuillées. Non seulement il avait à relever et mesurer un immense territoire, mais encore il devait indiquer minutieusement es rivières qui se déchargent dans le Saguenay, avec leur direction depuis leur source jusqu’à leur embouchure, marquer jusqu’à quel endroit elles sont navigables en barques, bateaux ou canots, les sauts et rapides où l'on faisait portage, la situation et l'étendue des lacs, les noms de ces lacs et rivières et des pays traversés, les établissements et les magasins où se faisait la traite avec les sauvages, la chasse du loup marin et la pêche du saumon, les anciens établisse. ments où la traite s'était faite et dont il restait encore des vestiges, les noms des tribus
sauvages habitant ces pays ou qui y venaient
traiter, leur nombre, et, généralement, tout ce
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