‹ Voyage au pays de Tadoussac [microforme]Chapitre 6 sur 18 · RHONE · texte numérisé non relu

RHONE

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a TADOUSSAC 67

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qui pouvait préciser l'étendue de ces territoires

et en faire connaître les avantages,

Aubert de la Chesnaye partit pour sa mission

le 12 mai 1732, mais s'étant cassé une jambe à la Petite Rivière, au début de son voyage, l’ar-

enteur Joseph Laurent Normandin fut chargé J 8

de le remplacer, Normandin se rendit jusqu'à 200 milles au

nord-ouest du lac Saint Jean, plus loin qu'aucun

arpenteur moderne ne l’a fait encore, et dressa de

ioute cette région la carte la plus fidèle et Ja

plus détaillée que nous possédions, Sur cette carté On peut voir indiqué, à

nord-ouest du lac Saint-fean,

189 milles au l'établissement d’un M, Pelletier qui se dresse

inopinément au milieu de la solitude,

et dont l'apparition fait naître toute espèce de suppositions fan- (Qu'était-ce que ce M, Pelletie vivait ainsi seul dans ce

tastiques, r qui lointain presqu'inacces

sible, quels desseins étranges y pouvait-il nour-

rir, se demande f. Arthur Buies, (1) Etait-ce

un coureur des bois, un philosophe

enr mue

Où un ermite ?

(1) Le Saguenay : Avant propos, IX,

Aucune tradition ne nous éclaire à ce sujet : contentons-nous d'admirer l'audace et le courage d’un homme qui pouvait vivre absolument seul dans un pareil exil, entouré de tous les dangers et capable de les braver également tous,

Le 23 mai 1733, l'intendant Hocquart, se basant sur les observations de Normandin, fixa définitivement les limites du territoire saguenayen et de la traite de Tadoussac. Le Domaine du Roi, comme on appelait alors cette vaste étendue de terrain, dont la superficie était d'au moins 72,000 milles, partait de l'extrémité inférieure de ja seigneurie des Eboulements et se rendait jusqu'au cap Cormoran, plus bas que la rivière Moisy, c'est-à-dire une longueur d'environ trois cents milles. Une ligne droite tirée vers le nord à chacune de ces extrémités limitait l'ouest et l'est de la réserve. D'un côté, c'était la hauteur des terres qui partage les eaux des rivières Saint- Maurice et Batiscan de celles qui tombent dans

le lac St-Jean ; de l'autre, les régions encore

inconnues où vivent les Naskapis et les Esqui.

maux, Douze comptoirs principaux étaient

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alors en pleine opération dans ce réseau dont Tadoussac formait le point de ralliement. Ces limites étaient à peu près les mêmes que celles qu'avait indiqué l'arrêté de 1658 attribuant Ja traite de Tadoussac au sieur Demaure.

Du côté de l’est, une concession accordée le 25 février 1661 par la compagnie de la Nouvelle- France à François Bissot, sieur de la Rivière, avait déjà quelque peu écorné le domaine. Sur les instances de Carlier, les héritiers Bissot durent renoncer à la partie qu’ils réclamaient depuis l'île aux Oeufs jusqu'à la pointe des Cormorans, à quatre ou cinq lieues au dessous de la rivière Moisy. Vers l'ouest, la seigneurie de la Malbaie avait été autrefois aussi concédée à M. Hazeur, mais celui ci l'avait depuis revendue au roi à un prix considérable, (r} Elle fut réunie dès lors au domaine pour ne plus en être séparée qu'après la conquête. La limite extrême du nord avait toujours préoccupé le gouvernement de la colonie, On y avait envoyé plusieurs fois faire des prises

de possession mais les Anglais qui faisaient

(x) 20,000 livres, titre du 29 octobre 1724.

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commerce à la baie d'Hudson n'’entendaient point céder leurs prétentions. En 1713, le ministre écrivait à M. de Vaudreuil qu'il était persuadé que les Anglais auraient de la peine à céder le lac Nemiscau à cause de la traite qu’ils faisaient à Rupert. Il insistait sur la nécessité de conserver les Mistassins à cause de la traite de Tadoussac. On conserva le lac Nemiscau et les Mistassins quitte à se battre pour la partie en litige. Cette limite extrême contestée alors l'est encore aujourd’hui.

Dans l'ordonnance qui fixait les limites défini. tives du territoire de traite de Tadoussac, Hocquart remit en vigueur les défenses de ses prédécesseurs, Bien plus, personne ne pouvait approcher plus près de dix lieues, des bornes marquées,

Voilà avec quel soin jaloux les fermiers du domaine rent protéger leur monopole, Personne n'avait le droit d'aborder sur leurs terres, si ce n'est les officiers du gouvernement lors. qu'ils y étaient envoyés pour faire l'estimation

des bâtiments et des meubles des postes, à

nie:

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chaque mutation de fermier. Les missionnaires, cependant, avaient partout leur libre entrée : les traiteurs étaient des plus intéressés à leur faciliter l'exercice de leur ministère, afin de pouvoir grouper les sauvages et de les éloigner des comptoirs de la baie d'Hudson. Au printemps de 1725, M. de Tilly fit un voyage à Chicoutimi, mais c'était pour y examiner jes bois propres à la mâture des vaisseaux du roi.

Dans un livre intitulé : Contest in America publié en 1757, le Dr. John Mitchell déclarait que les Français n'avaient droit dans l'Amérique du Nord qu'au rocher de Québec et au comptoir de Tadoussac, La conquête vint et le rocher de Québec comme le comptoir de Tadoussac passèrent aux mains des Anglais.

Le domaine du roi continua d'être, comme il l'avait été depuis cent ans, une réserve que l’on adjugeait au plus haut enchérisseur. Les fermiers continuèrent À exclure les étrangers de leur domaine et à en tenir les ressources cachées, autant pour maintenir leur monopole que pour

dérouter toute compétition chaque fois qu'il

s'agissait :e renouveler le bail. C’est ce qui fait qu'il r ÿ a pas plus de cinquante ans que le Saguenay a commencé d’être colonisé.

On voyait encore il y a quelques années dans les jardins du grand hôtel de Tadoussac les derniers vestiges des bâtiments qui avaient appartenu à l’ancienne compagnie des Postes du Roi. Ils sont disparus ainsi que les puissants traiteurs et les tribus montagnaises qui s’y donnaient jadis rendez-vous chaque été,

Des missionnaires de Tadoussac, — Huguenots et catholiques, — Récollets et Jésuites. — Cent soixante et sept ans d'apostolat.—1615-1782.

Deux idées dominent dans les premières chartes accordées aux explorateurs français sur la terre du Canada : religion et commerce. La pensée colonisatrice ne vint qu'après. Pour plusieurs, cependant, la conversion des peuples ne fut qu’un prétexte qui servit à couvrir Je pavillon de la marchandise, N'est-il pas étrange, en effet, de voir le gouvernement de la métropole charger des huguenots du soin de répandre la vraie foi chez ces nations nouvelles ?

Champlain termine le récit de la vaine tentative du premier établissement à Tadoussac et de son misérable avortement, en disant : « Ce » qui fut à blâmer en cette entreprise c’est d’avoir » donné une commission à un homme de con- » traire religion, pour pulluler la foi catholique,

» apostolique et romaine, que les hérétiques ont

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(tant en horreur et abomination. Voilà les « défauts que j'avais à dire sur cette entreprise. »

La vice-royauté éphemère du catholique commandeur de Chaste n’empêcha pas les premiers trafiqueurs de transporter sur la libre terre d'Amérique les tristes querelles de l'ancien monde. L'équipage de de Caën, en partie huguenot, en partie catholique, se disputait la préséance dans le port de Tadoussac. Quand il était à son bord, de Caën faisait chanter aux siens les psaumes de Marot dans sa cabine ou sur la poupe à la place d’honneur, tandis que les catholiques se partageaient avec les vulgaires matelots l'avant du navire.

Le beau moyen d'exécuter les ordres du roi et de catholiciser les naturels du pays, témoins journaliers de ces disputes !

Les historiens ne sont pas d'accord sur l'endroit où fut dite la première messe au Canada. M. Louis Fréchette, s’en rapportant à une vieille tradition qui veut que cette cérémonie ait eu lieu à l'endroit où s'élève aujour-

d'hui le village de Tadoussac, a écrit à ce propos

de beaux vers dans Za légende d'un peuple. Us

trouvent ici leur place, et nous laissons parler

le poète.

Derrière nous, dans l'ombre, un petit sanctuaire, Temple paroissial de cet obscur canton, à Dressait son humble seuil au lieu même où dit-on, Quelques cents ans passés, sur un autel rustique, Pendant que le refrain de quelque vieux cantique à Etonnait les échos de ces monts inconnus, Devant Cartier et ses hardis marins, venus Pour arracher ces bords aux primitifs servages, Pour la première fois sur ces fauves rivages, Un vieux prêtre breton, humble médiateur, Offrit au Dieu vivant le sang du Rédempteur.

CELTIC TE ELEC TEEN TER EE EEE PET TEE PRE CIT EL TEE ELITE

Je vous revis, là, tous ensemble agenouillés, Rudes marins bretons, dans vos sarraux souillés

Et raidis sous l’embrun des mers tempéteuses,

Au milieu de ce cirque aux croupes montueuses, Au fond de ce désert, loin du monde connu, Offrant à l'Eternel, tête basse et front nu,

Sur le seuil redouté d'un monde ouvrant ses portes L'holocauste divin qui fait les âmes fortes.

Donne non ren nn dnnntnnes cnnnnn ess nonntnnte 01000000 su

Les premiers missionnaires de la colonie nais-

sante furent les Récollets Le 25 mai 1616,

Champlain a ait à Tadousac, emmenant avec Champlain abordait ;

lui quatre de ces religieux, les P,P. Jean Dol-

beau, Denis Jamay, Joseph ie Caron et le frère

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Pacifique Duplessis. Les vaisseaux se rendirent quelques jours après à Québec, où l'on tint

conseil, On convint de placer les mission-

naires sur différents points du pays Le P.

Jamay resta à Québec d’où il desservit les Trois-

Rivières, le P. le Caron reçut en partage le

pays des Hurons où les Français n'avaient pas

encore pénétré, et le P. Dolbeau alla demeurer

à Tadoussac, pour instruire les Montagnais et

visiter les autres tribus sauvages jusqu’au golfe

Saint-Laurent, (1) Le champ était vaste: 350

lieues de pays en ligne droite.

Le P. Dolbeau se rendit au mois de décembre

de la même année, à Tadoussac. Il bâtit une

cabane, où il ménagea une sorte de chapelle afin

d'y faire les offices et d'y réunir les Français et

les sauvages. Il ne s'occupa pas seulement de

la conversion des Montagnais, mais il alla

encore jusque chez les Betsiamis, les Papina-

chois et les Esquimaux, porter le parole de

l'Evangile,

Tandis que Champlain agrandissait le champ

de la géographie américaine vers l'occident, le

(r) P, Leclercq : Æfablissement de la foi,

nn oo hé mo»

P. Dolbeau, dit Garneau, (1) en mission chez les Montagnais de Tadoussac, parcourait les pays montagneux et pittoresques du Saguenay et visitait les Bersiamistes ainsi que les autres tribus des contrées situées au nord du golfe Saint-Laurent, Beaucoup d'années après on trouva des marques de son passage au milieu d'eux. (2)

À son arrivée de France, en 161 7, le récollet Paul Huet dit la messe À Tadoussac, dans une chapelie faite de feuillages, pendant que deux matelots se tenaient auprès de lui agitant des rameaux verts pour chasser les moustiques. (3)

De 1618 à 1622, la mission de Tadoussac devint le partage du père Le Caron. Un chef nommé Choumin l'adopta comme son frère et lui donna rang dans sa cabane. Choumin, ou en français Xaïisin, avait reçu ce nom parce qu'il aimait le jus de la treille. On appelait aussi

(2) La Potherie, p. 208-I, (3) Parkman (7%e pionneers of France in the new world P. 418) dit que ce fut la première messe célébrée en cet endroit, Il faut, vraisemblablement,donner le pas à Dolbeau.

le Uadet, parce qu’il tenait ses habits fort propres et qu'il imitait de son mieux les manieres françuises, Il se rendit utile au missionnaire en lui aidant à construire plus solidement une maison, que les Récollets avaient commencée, sur un beau terrain donné l'anné: précédente par la compagnie des associés. Sa femme, Jui ayant donné un fils, Choumin consentit À ie faire baptiser, mais à condition qu'il serait nommé Père Joseph. ie P. Le Caron se résigna à suivre les idées de civilité auxquelles tenait Choumin. (4)

Parkman raconte l'effroi du père récollet Gervais Mohier, lorsqu'il vit pour la première fois à Tadoussac une troupe de sauvages parés pour la danse, Il crut avoir fait la rencontre d'une troupe de démons. Sa frayeur fut encore plus grande lorsqu'ayant été invité à un festin de deux cents couverts, il se trouva en face de quatre chaudières remplies de poissons, de pièces d'ours, relevés de pois, de pruneaux, de figues, de rai-

sins et de biscuits, dans lesquelles on agitait un

(5) l'erland, 203-1

aviron de canot en guise d'écumoir. Comme il ne semblait pas vouloir faire honneur au morceau de roi ue l’on avait déposé devant lui, ses hôtes tentèrent son appétit en lui offrant une large tranche de graisse d'ours, pièce qui était réservée d'ordinaire pour les grands personnages. Le bon père n'y put tenir et dût abandonner la partie.

Le P. récollet Le Caron fut le premier instituteur des Montagnais. Savant dans les langues sauvages, les études qu’il avait préparées sur es dialectes hurons, algonquins et montagnais, lurent présentées au roi,

Les Æelations des Jésuites ont ignoré les premiers travaux apostoliques des Récollets dans la région de l'adoussac, et le P, Charlés Lallemant ne donne pas la note juste lorsqu'il écrit en 1626 que depuis dix ans que les Récollets étaient dans le pays, ils n'avaient pu encore décider un interprète à leur apprendre la langue,

Cette remarque pourrait laisser croire que les fils de Saint-Francois n'avaient pas encore ntta-

qué l’œuvre des missions, faute de connaissar

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