DE TRIVANDERAM A GOA ET BEDJAPOUR
Trivanderam. — Le capitaine Barcley. — Goa. — Un intérieur indo-portugais. — Départ pour Bedjapour. — Le village de Nandapour. — Le Prasada, poâme des poèmes. — Légendes de Tépoque patriarcale. — La grande incai> nation de Viscbnou. — La belle Kandâlikâ.
— Allons, capitaine, fis-je à mon compagnon, il est temps de s^arracher aux délices de Trivanderam,.. It vais donner l'ordre à Amoudou de tenir prêt Mahadéva et les bufflones pour demain au lever du jour.
— Encore vingt-quatre heures de grâce, me répondit mon ami d'un ton suppliant.
— Voulez- vous, oui ou non, suivre Titinéraire que nous nous sommes tracé, c'est-à-dire visiter les grandes ruines de Goa, Bedjapour,
Golconde, Eléphanta, Ellara, Karly..., étudier sur la pierre et le marbre, les vestiges des ^ vieilles civilisations disparues et soulever un coin de ce voile mystérieux qui recouvre depuis des milliers d^années la vie intime des Indous ?
Un soupir, accompagné de quelques bouffées odorantes d'un tabac vert de Coringuy, qui faisait les délices de mon ami, furent les seuls signes d'attention que je pus obtenir de lui, et je pris sur moi de tout faire préparer pour le départ.
Le capitaine au long cours Durand était un Bordelais qui commandait dans les mers de rinde pour une maison de Nantes. A la suite du terrible cyclone qui dévasta la côte de Coromandel, en i865, son navire avait été vendu à Pondichéry pour innavigabilité, et il se préparait à rentrer en France par la voie des steamers, lorsqu'une dépêche de ses armateurs vint l'aviser de rester dans l'Inde, pour y attendre l'arrivée d'un nouveau navire dont il devait prendre le commandement. Le brave marin pestait déjà contre les sept à huit mois de loisirs forcés auxquels il allait se trouver condamné^ lorsque le hasard nous ayant réunis, je lui proposai d'être mon compagnon de voyage.
Il avait accepté avec enthousiasme, et nous venions de parcourir ensemble les trois pro-
DE TRIVANDERAM A GOA.
vînces de Karnatic, Travencor et Malayalum^.
J'appartenais alors comme conseiller auditeur à la Cour d'appel de Pondichéry^ et grâce à cette qualité, j'avais pu obtenir des gouverneurs des présidences de Madras et de Bombay un bill of réquisition qui mettait à nos ordres tous les tKasildars ou chefs de villages du pays anglais.
Nous voyagions avec des charrettes recouvertes chacune d'un vaste dôme de paille tressée, dans lesquelles nous pouvions installer, le plus commodément du monde, nos lits, nos provisions et nos armes.
. Ces véhicules étaient traînés par desbufflones, métis de buffles et de vaches, rebelles à la fatigue et d'une sobriété à toute épreuve.
Un éléphant du nom de Mahadéva, que j'avais engagé pour la durée du voyage, nous servait de monture et de forteresse, lorsque nous traversions des contrées infestées par les fauves.
Notre personnel se composait :
D'un noir originaire de la basse Nubie, nommé Amoudou, qui était à mon service depuis de longues années; il m'avait donné de