‹ Voyage au pays des éléphantsChapitre 12 sur 17 · I. Les pfAVcacçiarai des Grecs · texte numérisé non relu

I. Les pfAVcacçiarai des Grecs

donner tout et être abandonné de tous, coucher sans vêtement sur la dure, ne parlant pas, fixant son esprit sur l'Être divin, tel est Tétat dans lequel doit se trouver le saint personnage, deux fois régénéré, qui approche de la délivrance £nale.

c Tout homme pour qui le Véda n'a plus de secret, qui ne craint pas la douleur et ne recherche pas la joie, qui quitte Tordre des pères de famille pour passer dans celui des cénobites, réjouit les cieux qui resplendissent de lumière.

c Qu'il soit toujours seul, sans compagnon, car la félicité suprême ne se conquiert que dans la solitude ; quand il a tout abandonné, c'est alors que les cieux ne l'abandonnent pas.

a Qu'il n'ait ni habitation, ni feu consacré, qu'il ne doive sa nourriture qu'au hasard ; un pot de terre, les cavités des grands arbres pour demeure, les vêtements les plus misé-, râbles et une vie solitaire, tels sont les signes auxquels on doit reconnaître un brahme qui approche de la délivrance finale.

« Qu'il ne désire pas la mort, qu'il ne désire pas la vie ; ainsi qu'un moissonneur qui, le soir venu, attend péniblement son salaire à la porte du maître, qu'il attende que le moment soit venu.

« Qu'il purifie ses pas en regardant où il met le pied, qu'il purifie l'eau qu'il doit boire, afin de ne donner la mort à aucun animal, qu'il purifie ses paroles par la vérité, qu'il purifie son âme par la vertu.

c Qu'il supporte avec patience, et sans jamais les rendre, les mauvaises paroles, les injures et les coups, qu'il se garde surtout de conserver de la rancune à qui que ce soit au sujet de ce misérable corps.

<c Méditant avec délice sur l'âme suprême, n'ayant besoin de rien, inaccessible à tout désir des sens, sans autre société que son âme et la pensée de Dieu, qu'il vive ici-bas dans l'attente constante de la béatitude éternelle.

ce 11 ne doit jamais chercher à se procurer sa subsistance, en expliquant les prodiges et les présages, ni au moyen de l'astrologie ou de la chiromancie, ni en donnant des préceptes de morale casuiste, ou en interprétant l'Écriture sainte.

(c Qu'il ne se rende jamais dans les lieux fréquentés par les ermites du premier degré qui n'ont pas encore entièrement renoncé au monde.

« Qu'il fuie toute réunion, même celles où n'assistent

que des brahmes, qu'il se garde sur son salut éternel de se rendre dans les lieux où Ton fait battre des oiseaux ou des chiens.

« Qu'il erre constamment dans la tenue prescrite, avec un plat, une aiguière et un bâton, mettant tous ses soins à ne pas faire du mal aux êtres animés.

« Un plat de bois, une gourde, un pot de terre et une corbeille de bambous, tels sont les ustensiles d'un cénobite autorisés par Manou; il ne doit rien conserver en métal précieux.

a Lorsque la fiimée ne s'élève plus dans l'air, que le charbon est éteint, que le bruit du pilon retombant en cadence sur la pierre ne se fait plus entendre, que les gens sont rassasiés, que les plats sont retirés, il est l'heure pour l'ermite de mendier sa subsistance.

« S'il ne reçoit rien qu'il ne se désole pas, qu'il ne se livre pas à la joie s'il obtient quelque chose; il ne doit songer qu'à soutenir sa maigre existence sans se réjouir ou s'affliger de la qualité et de la quantité des mets.

a Qu'il prenne peu de nourriture, c'est le meilleur moyen de maîtriser les organes des sens entraînés par la volupté, et c'est en maîtrisant ses sens que l'homme conquiert Timmortalité.

a Qu'il considère avec attention, pour mieux sanctifier sa vie, les transmigrations des hommes qui sont causées par leurs actions coupables, leur chute dans l'enfer et les tourments qu'ils y endurent,

« Leur séparation de ce qu'ils aimeat, la nécessité de supporter ce qu'ils détestent, la vieillesse et les maladies qui affligent l'humanité.

« Qu'il réfléchisse que l'esprit vital, en sortant du grand Tout, subit dix mille millions de transformations avant de revêtir la forme humaine.

«c Qu'il observe quels sont les maux incalculables qui résultent de l'iniquité, et les grandes joies qui naissent de la pratique de la vertu.

« Qu'il porte sans cesse son esprit sur les perfections et l'essence indivisible de Paramâtmâ — la grande âme, — qui est présente dans tous les corps, aussi bien dans le plus bas que dans le plus élevé.

« Qu'il sache bien qu'un atome est l'a reproduction exacte du Tout.

« Que l'homme accusé faussement, et à qui on a enlevé ses insignes de caste et les insignes de son ordre, continue à remplir ses devoirs; porter les insignes d'un ordre n'est pas une preuve qu'on en remplit les devoirs, pas plus que

le. fruit du cataca qui purifie l'eau ne le ferait si on se bornait à prononcer son nom sur Faiguière.

« Que sans cesse en marchant le sanny assis regarde de jour et de nuit avec précaution où il met le pied pour ne causer autant que possible la mort d'aucun animal.

a Les purifications et le parvameda — petit sacrifice, — ont été institués pour racheter la mort des petits animaux, qu*il fait mourir involontairement.

<c II doit à cet effet prononcer trois fois, en retenant son haleine, le mystérieux monosyllabe Aum! la prière de la savitri, et les trois paroles sacrées : Bhour-Bhouvah-Swar.

a Ainsi que les impuretés des métaux sont détruites par le feu, ainsi les fautes que l'homme peut commettre sont effacées par la prière.

ce Que le sannyassis expie ses fautes parle recueillement^ la méditation, la répression de tout désir sensuel, les austérités méritoires, qu'il détruise en lui toutes les imperfections opposées à la nature divine.

« Qu'il suive par la méditation la marche de l'âme dans ses différentes transformations, depuis le degré le plus élevé jusqu'au plus bas, marche que ne peuvent comprendre les hommes qui ne se sont pas perfectionné l'esprit par l'étude du Véda.

a Celui qui est doué de cette vue sublime n'est plus captivé par les actions d'ici-bas; celui qui est privé de cette vue parfaite, n'étant point assez purifié, est destiné à retourner dans ce monde.

« Ce corps, dont les os font la charpente, à laquelle lesmuscles servent d'attaches, enduit de chair et de sang, recouvert de peau, et contenant les excréments infects, soumis à la vieillesse, à la décrépitude, aux chagrins, aux maladies et à des souffrances sans nombre, doit être laissé avec bonheur par le juste.

« Tout disparaîtra dans la pourriture terrestre; seules les bonnes actions et l'âme ne passeront point. Mais la demeure céleste ne s'obtient que par la méditation de l'essence divine, car aucun homme ne recueillera le fruit de ses efforts s'il ne s'est élevé à la connaissance de l'âme suprême.

« De même qu'un arbre abattu sur les bords d'une rivière suit le courant qui l'emporte, de même que l'oiseau rejette son nid et s'élève vers les cieux, de même l'homme s'élèvera au séjour de Brahma en rejetant son enveloppe périssable.

« Lorsque par sa connaissance intime du mal et son identification avec la vertu, le sannyassis obtient la félicité cter-

nelle, il s*élève jusqu'au séjour de Timmortel Brahma, qui existe de toute éternité.

« Affranchi de toute affection et de tous désirs mondains, insensible à tout, il est absorbé pour toujours dans l*Ame universelle, où il jouit d'une félicité sans égale.

« Tout ce qui a été dit et enseigné ne s'obtient que par la méditation sur l'essence divine; nul parmi ceux qui ne s*élèvent pas jusqu'à la connaissance de la grande âme, ne peut espérer de parvenir au séjour céleste.

a Que les sannyassis récitent constamment les parties du Véda qui concernent les sacrifices, celles qui ont rapport à l'Ame suprême, aux divinités, et observent tout ce qui est déclaré dans le Védanta.

« La sainte Écriture est un refuge assuré pour ceux qui la comprennent, et pour les esprits faibles qui ne la comprennent pas ; tous ceux qui la lisent, sachant que c'est la parole de Brahma, arriveront à une éternité de bonheur.

a Cest ainsi que le brahme qui embrasse la vie ascétique selon les règles qui viennent d'être déclarées, se dépouille pour toujours de tout péché et se réunit à la divinité.

ce Ainsi vous avez appris quels sont les devoirs imposés aux cautitchâras, aux bahoudacas, aux hausas et aux paramahausas, qui sont les quatre classes de brahmes sannyassis — ermites.

« Le novice, l'homme marié, l'anachorète, le prêtre et le dévot ascétique forment cinq classes qui tirent leur origine du père de famille.

a Le brahme ne peut parvenir à la condition suprême sans passer successivement par tous ces ordres conformément à la loi.

a Parmi tous ces ordres, le père de famille gui connaît et observe tous ses préceptes de la Srouti et de la Smriti * est supérieur à tous les autres ordres, car c'est de lui que procèdent les autres.

a De même que toutes les rivières et tous les fleuves vont se confondre dans l'Océan, de même tous les hommes de toutes les classes viennent s'absorber dans le sein de la divinité, mais le cénobite et le dévot ascétique sont les seuls qui n'aient pas besoin de la purification funéraire par les sacrifices prescrits.

a Les dwidjas qui appartiennent à ces quatre ordres dotvent toujours, avec le plus graad soin, pratiquer les dix vertus qui composent le devoir.

Page 1