Par la mort et la seconde naissance
« Il peut offrir ainsi et manger les graines potagères qui viennent dans l'eau et sur la terre, les fleurs, les racines les fruits des arbres et l'huile produite par les fruits.
« Qu'il évite le miel, le beurre, la viande, les végétaux qui poussent sur les bois morts, et que dans le mois d'aswina — août — il jette toutes les provisions de grains de racines qu'rl avait faites, ainsi que ses vieux vêtements.
« Quand même il souffrirait de la faim, il doit s'abstenir de tout ce qui pousse dans les champs labourés, bien qu'il eût l'autorisation du propriétaire, il ne doit rien accepter non plus qui soit fabriqué par la main des hommes.
« Il peut manger ses aliments cuits ou tels qu'il les ré» coite sur la terre, ou aux branches des arbres, et se servir de deux pierres pour les écraser.
« Il peut faire sa provision pour un ou pour six mois, pour un mois, pour un jour, mais il est mieux de ne ramasser ses grains que pour un jour.
a II faut prendre sa nourriture tous les jours, soir et ma» tin ; mais il est mieux de ne manger qu'une fois tous les soirs et même que tous les deux jours seulement.
a Les personnages qui sont arrivés au plus haut degré de sainteté, ont suivi les règles de la Tchoudryana, qui consiste à manger quinze bouchées le premier jour de la lune, et d^aller en diminuant, de sorte qu'une seule bouchée soit mangée le quatorzième jour, et que le quinzième soit consacré au jeûne. Il faut agir de même pour les quinze jours de la lune qui décroît.
a Pour observer strictement son devoir, le cénobite ne doit vivre que de fleurs et de racines sauvages, et les fruits tombés des arbres par eux-mêmes, et que le temps à mûris.
« Que pour prier il se couche sur la terre nue ou se relève sur les genoux, ou se tienne incliné sur les pieds, fuyant les positions agréables^ et qu'il fasse ses ablutions trois fois par jour.
« Pendant la saièon chaude, qu'il s'expose tout nu aux ardeurs du soleil ; pendant la saison des pluies, qu'il soit sans abri contre les torrents d'eau qui descendent du ciel et des montagnes, et pendant la saison froide, qu'il n'habite que des lieux malsains et humides.
« Que trois fois dans le jour, après les ablutions prescrites, il invoque le nom de l'Être suprême, soumette son corps aux austérités les plus rigoureuses, et flagelle jusqu'au sang son enveloppe mortelle.
« Arrivé à ce degré de mortification, qu'il éteigne le feu consacré, et se couvre de cendres ; qu'il n'ait plus ni de-
28o VOYAGE AU PAYS DES ÉLÉPHANTS.
meure ni abri, ne vivant plus que de racines crues et de fruits aigres.
« Exempt de tout désir sensuel, chaste comme un novice, qu'il n'ait d'autre lit que la terre, d'autre habitation que le pied des arbres.
« Qu'il ne demande l'aumône qu'aux autres anachorètes, et aux pères de famille à qui il est permis de se retirer dans la forêt, et si on lui offre quelque nourriture qu'il n'en reçoive pas plus que ce que contient une feuille ou le creux de la main.
« Celui qui a ainsi dégagé son corps de tout attachement charnel, par l'étude des livres saints, la prière, les mortifications et l'aumône, peut attendre sans crainte l'heure d'être admis dans le séjour de Brahma.
« Lorsque l'anachorète a passé ainsi la troisième partie de sa vie, quand il ne lui reste que peu de temps à vivre, qu'il quitte la forêt voisine des lieux habités pour se retirer dans les lieux déserts, incultes, habités seulement par les bêtes fauves, qu'il embrasse la vie ascétique, renonçant même au souvenir de toute affection.
c( Passant ainsi dans ce quatrième ordre, qui est le renoncement suprême à tout, l'homme est sûr, après sa mort, d'obtenir le plus haut degré de félicité.
ce Après avoir été successivement brahmatchari — étudiant élève en théologie, — grihasta — père de famille, — et vana prastha — anachorète, — qu'il dirige son esprit vers le mokcha — la délivrance finale, — qu'il devienne sannyassis nirvany — pénitent nu*.
a Mais celui qui, sans avoir accompli les devoirs prescrits, et payé les trois dettes de la vie, ambitionne le bonheur final, est précipité dans le naraca — enfer.
« Lorsqu'il a étudié le Véda et les commentaires de la sainte Écriture, qu'il s'est marié, a donné le jour à des fils, ofîert les sacrifices, les oblations et les cérémonies funéraires pendant le temps prescrit, alors il lui est permis d'envisager le mokcha et la délivrance finale.
a Après avoir accompli le sacrifice de pradjapati, qui est le renoncement à tout, après avoir éteint le feu des sacrifices, n'emportant qu'un bâton et une aiguière, qu'il s'éloigne des régions habitées. Qu'il embrasse la vie ascétique, celui qui désire arriver resplendissant de gloire au séjour céleste.
« Qu'il soit toujours seul sans autre compagnie que sa pensée, car pour obtenir le bonheur suprême il doit aban-