HAMBOURG AU XVIH» SIECLE : LE PORT
Ces ombres au tableau sont loin de lui donner le lustre dont parlele poete. Nous nous sentions mal k I'aise, je vous I'assure, nous,
Francais.dans las rues de cette place allemande, ceinte de fortifica tions aux glacis verdoyants, fermee de lourdes portes blind6es percees de meurtrieres, bordee de quais aux murailles cr6nel6es et reliee par deux ponts k ses faubourgs entour^s de formidables Duvrages avanc^s. La vue de casernes bond^es de cuirassiers blancs et de fantassins, la rencontre de detachements d'hommes superbes, alignes comme des soldats de plomb, manoeuvrant avec cet ensemble dont vous vous souvenez, n'est-ce pas ? n'etaient pas faites pour nous retenir bien longtemps dans une ville que nous avions d'ailleurs visit^e dans un voyage pr^c^dent.
Months dans le train de Hambourg k une heure de I'apr^s-midi, nous descendions k cette station vers 9 heures 40 du soir.
Nous 6tions bien encore sur la terre allemande, mais las souvenirs de I'antique ville libre, la beauts de ses edifices et peut-etre aussi la fatigue du voyage, qui doit calmer, sans aucun doute, dans une certaine mesure, le chauvinisme la plus ardent, tout cela, dis-je, atlenua notre legitime Amotion, et ce fut avac une r6elle satisfaction que nous gagnames notre logis.
DE PARIS AU CAP NORD
Le lendemain, nous primes une voiture pour visiter la cit4 et ses environs charmants.
Hambourg se compose de deux villes bien distinctes, dans lesquelles se groupent, pour ainsi dire par corporation, 410 000 habitants. Les nouveaux quartiers, avec leurs magasins somptueux, leurs bautes fagades, edifiees dans le style allemand de la renaissance, se mirent dans les eaux de I'Alster. Get immense bassin, interdit aux grands navires de commerce, forme comme un lac interieur, dont les rives verdoyantes sont couvertes de villas sans nombre, k demi cach^es sous de frais orabrages, coquettement engairland^es de fleurs et de vignes-vierges. On croirait voir un petit Paris bati dans un immense bois de Boulogne.
Si vous remontez, parallelement aux allies du jardin zoologique, les rues en pente aboutissant a I'Observatoire, vous vous trouvez transports dans un autre monde. — Ici les maisons sont modestes, uniformes et percees d'innombrables fenetres; leurs Stages, fort peu Sieves, batis en encorbellement, s'avancent les uns sur les autres (chaque maison en comporte au moins six ou sept), et le dernier, reduit k la largeur d'une ouvertiire, s'abrite sous le faitage, car il faut vous dire qu'a I'instar des vieux logis du moyen kge, elles ont toutes pignon sur rue.
Suivez-nous encore pendant quelques instants, desceuaons de voiture et grimpons jusqu'i I'esplanade, d'ou Ton decouvre tous les environs. Quelle vue magnifique! Nous dominons I'Elbe et son port gigantesque; voyez ces quais encombrSs de barques, de planches, de peaux, de barils, de caisses et de ballots. Sur le fleuve, les vapeurs, les cbaloupes, se croisent dans un nuage de fumee; ils semblent gros comme des moucbes ou des coquilles de noix. Plus loin, voilk les grands navires tirant jusqu'i six metres d'eau; les chalands les accostent, les grues fonctionnent, les sifflets vibrent; au milieu de ce tumulte rSsonnent les coups rSpStSs du marteau frappant sans rel&ehe, dans les chantiers maritimes, et ceux du mouton k vapeur battant en cadence les pilotis enormes sur lesquels vont s'asseoir les nouvelles constructions.
Venez admirer les nouveaux docks, somptueux batiments de briques, SdifiSs dans le style du xiii' sifecle, reliSs entre eux par des ponts de fer, et surgissant pour ainsi dire des larges canaux qui baignent leurs fondations, Entrons dans la belle Sglise de
Saint-Nicolas, dent les colonnes 6I^gantes supportent la voftte bardie. Approchons-nous de sa chaire, d^taillons les precieuses mosaiques de bois rehauss^es de nacres multicolores dont la porte de la sacristie est d^cor^e et poursuivons notre visite.
II se fait tard, Hambourg ne doit 6tre pour nous qu'une ^tape. La presqu'ile scandinave nous attire, et la saison s'avance. Pour gagoer.
mam